Youpi Quartet

par Annie Robert, photo : Thierry Dubuc

Youpi Quartet

 

Un dérisoire et si nécessaire sparadrap                 Youpi Quartet

Le Caillou  20/08/ 1015

Hier soir, le monde semblait enfonçer  avec force ses maudites griffes dans les têtes: mort à Palmyre, fumées d’arsenic en Chine, désespoir des migrants à Calais et autres douleurs ignorées … brr .. c’était peu de dire que la gaieté ne nous accompagnait pas. Même si le ciel était clair, le monde était fichtrement gris.

Mais hier soir aussi, un rayon de soleil frôlait le Caillou, se tissait entre les tables colorées de rose et donnait vie alentours. Entre les grands arbres du Jardin Botanique, le clapotis  deviné de la Garonne, avec la mature tressée de l’Hermione, un peu de douceur dans ce monde de brutes se glissa jusqu’à nous et nous emmena en voyage sur le dos des instruments, un voyage joyeux, doré et revigorant. Le Youpi Quartet était sur scène. Merci à eux.

Ce fut une belle découverte pour un quartet original avec l’association  rare dans le monde du jazz de deux instruments peu utilisés: la flûte aux accents d’oiseaux d’Emilie Calmé et l’harmonica solide et véloce de Laurent Maur. Prenant le thème parfois à l’amble, parfois en contrepoint, tantôt leaders, tantôt accompagnants, ces deux-là s’entendent et se complètent parfaitement bien. Ils offrent à cette formation un côté aérien, musique de chambre (?)  avec une force légère mais réelle. Valses, biguines, morceaux dansants mais aussi rêveurs tels cette très belle composition sur le désert avec une flûte indienne aux respirations de souffle se succèdent. On les accompagne du Brésil aux Caraïbes, du  » made in France  » au sable chaud. On est drôlement bien. D’ailleurs les conversations se font discrètes et les bruits de couverts disparaissent, les enfants dansent et frappent du pied devant la scène, les têtes ondulent et se balancent.

Derrière la flûte et l’harmonica, une rythmique de très grande qualité. Retenez les noms de ces deux jeunes gens, on les reverra. Ouriel Ellert à la basse sait faire chanter son instrument comme personne, le rend mélodique et inventif, solide mais créatif. Un vrai plaisir qu’il doit pouvoir exprimer sans doute dans d’autres styles ( dans du funk, ou du bop, ça doit donner comme on dit!). Quant à Curtis Efoua à la batterie, ce n’est pas pour rien qu’il a été élu meilleur instrumentiste au Concours National de Jazz à la Défense cette année. Le batteur d’Edmond Bilal Band peut tout faire et sait être au service d’un groupe. Là, il est dans un registre discret, la grosse caisse est peu utilisée et le rythme est souligné d’une grande variété de sonorités douces. De la belle ouvrage.

Le soir tombant, la musique se fait plus vibrante, plus world, plus nostalgique. Les notes de flûte indienne s’envolent dans la nuit comme autant de promesses de rêves.

Dix heures, l’heure fatidique où la scène se transforme en citrouille, l’heure du repos pour les voisins l’heure de se séparer. Pendant une heure trente, une petite bulle de douceur jazzy, nous aura enveloppés, portés, accueillis et soustraits. On se retrouve revivifiés, de miel et de soirs bleus.

Merci à la musique, à toutes les musiques, à l’art , aux créateurs de garder ce tout petit pouvoir, si fragile; celui du dérisoire mais si nécessaire sparadrap à la douleur du monde…  ( je sais, c’est peut être grandiloquent mais…)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *