Voici de la douceur… Tenderly Stacey Kent

Par Annie Robert

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L’actualité jazzistique étant un peu au point mort ces temps-ci sur le bordelais,( mais cela va rebondir) une fois n’est pas coutume, c’est un CD que j’aimerais partager…. Un moment pour se faire du bien.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle comme dit Baudelaire, que tout est gris : gris froid, gris triste, gris du ciel dégoulinant en traits réguliers, gris du sol des pavés aux reflets lavés, gris des âmes grignotées de peurs diffuses, gris des cœurs surtout, pesant et comme à l’arrêt… Bruine, brume…Quand ça suinte dur l’hiver et l’inquiétude. Quand on se renfrogne chez soi, qu’on évite les terrasses qui n’ont, de toute façon, rien d’attirant, qu’on évite les foules trop fragiles. Quand rien ne va, rien ne va, rien ne va… il faut bien trouver du cocon, du réconfort, une bûche crépitante, une couverture douillette et intime, bref de la musique réparatrice, du bien-être, de la chaleur, de l’empathie… !
« Tenderly » est le nom du dernier CD de Stacey Kent et il porte bien son nom !! Un havre de paix à lui tout seul, un peu de douceur, celle qui nous manquait, celle dont on a tant besoin. !
Normalement, je ne devrais pas trop aimer Stacey Kent…. Trop sage, trop belle, presque trop parfaite et l’air si aimable…
Moi, j’aime le jazz quand il pulse, qu’il est un peu incorrect, à la limite, pas trop clean, qu’il va chercher du côté du rock, de l’impro, de l’incongru, du surprenant. Rien de tout cela vraiment chez Stacey Kent. Pas de quoi tournebouler les dièses et décoiffer les bémols.
Les arrangements sont millimétrés, les notes bleues et limpides et les rythmes de bossa nova souples omniprésents.
Mais il y a sa voix infiniment séduisante, infiniment claire, infiniment simple et directe. On pourrait la trouver sans éclats, pas assez percutante, pas assez puissante, pas assez swing, pas assez swag… elle est juste retenue et placée, délicate et dansante.
Son phrasé subtil, son émotion permanente ont sur moi l’effet que le chant des sirènes devait avoir sur Ulysse. Je m’y laisse emporter, sans vraiment résister, comme avec une amie.
En fait c’est cela sa grande force, cette proximité intime, ce cœur ouvert bien large, cette nudité sans fard du chant.
Qui n’a pas écouté son interprétation du « mal de vivre » de Barbara ne sait pas ce qu’est la nostalgie, la saudade brésilienne compagne de toujours mais qui fait du bien quand la vie fait mal.
Ce dernier CD baigne dedans, accompagnée très simplement à la guitare par Robert Menescal, 78 ans de bossa nova et une qualité magique, et par Jim Tomlinson au sax et à la flûte.
« Toute jeune, j’étais celle qui ne supportait pas la tristesse chez mes frères et sœurs, mes amies. Il me fallait les consoler en leur chantant des choses, cela m’aidait, se souvient Stacey Kent. Et il reste tant de monde à consoler… » C’est en cet épouvantable vendredi 13 novembre qu’est sorti en France chez Okey/Sony Music, Tenderly.
Il y a des coïncidences terribles

Par Annie Robert

 

 

 

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