Une soirée féerique : Dave Holland quartet

Par Philippe Desmond

Jazz and Wine c’est toujours le gage d’une soirée de qualité, les lieux et musiciens choisis par Jean Jacques Quesada – un grand merci – étant souvent exceptionnels. Hier soir les deux étaient tout simplement ( !) extraordinaires.

Le château la Rivière de Fronsac semble tout droit sorti d’un conte de fées. Sur la route étroite qui y mène, surtout quand la nuit approche, vous vous attendez à voir surgir quelque monstre ou une meute de loups, tant la voûte végétale est serrée et cache la lumière. Et comme dans un livre d’enfant, tout à coup, surgit le château, blanc, lumineux, magnifique. Conte de fées oui, avec les bonnes et les mauvaises fées, le sort des trois récents propriétaires ayant été dramatique. Ce soir ce sont les bonnes qui veillent sur nous bien qu’une ait réussi à retarder d’une petite demi-heure le début du concert en perçant un nuage juste au-dessus de nous.

Au programme le légendaire contrebassiste Dave Holland en quartet – certains mauvais esprits diront « pas étonnant qu’il ait plu avec un Holland dans les parages… » – avec Chris Potter aux sax ténor et soprano, Lionel Loueke à la guitare et Eric Hartland à la batterie. La scène est installée dans la cour du château avec point de vue imprenable sur le lit naturel de la Dordogne ; ça devrait être bien. Ça va être même bien mieux que ça.

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Le leader on le connaît, un Maître qui a joué avec les plus grands et qui depuis 50 ans poursuit une carrière solo impressionnante sans arrêt renouvelée et donc toujours moderne. L’homme est exigeant et s’entoure donc de musiciens hors pair, à commencer par Chris Potter, pas forcément très connu – sauf des spécialistes, mais eux connaissent tout le monde – mais souffleur remarquable d’inventivité et d’aisance. A la batterie Eric Hartland, batteur de seulement 36 ans mais qui a déjà joué avec tout le monde, rien d’étonnant il est stratosphérique ! A la guitare et aux effets le Béninois Lionel Loueke, qualifié de « peintre musical » par Herbie Hancock. Et c’est le cas, on est très loin du guitar hero mais sa participation au quartet donne une couleur incomparable à l’ensemble ; on pense aux différents guitaristes qui ont joué avec Miles dans les 70’s.

Le concert qui commence calmement va être une longue suite ininterrompue de plus d’une heure trente, assise sur une rythmique de contrebasse – en mini-jupe, voir photo – aux lignes d’une richesse et d’une musicalité inouïes avec aux commandes un Dave Holland flegmatique – son sang anglais -sourire permanent aux lèvres. Rythmique au combien soutenue par un drumming extraordinaire, une pulsation, régulière, précise et d’une inventivité permanente.  Les interventions de Chris Potter au ténor ou au soprano vont, à nous et pas à lui heureusement, régulièrement nous couper le souffle ; mais qu’est-ce qu’il est bon, et facile en plus ! Toutes les nuances vont y passer des murmures aux explosions, une démonstration sans démonstration. Le tout donc avec cette couleur donnée par les effets de Lionel Loueke qui avec sa guitare vous plante des ambiances sonores parfois insolites, toujours superbes. Le concert va se clore par un calypso qui va tirer des grondements de plaisir d’une audience étourdie par tant de beauté.

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Ce concert extraordinaire m’a donné l’impression de me tenir près d’un volcan qui bouillonne sans exploser, une gigantesque énergie présente mais maîtrisée, quelques coulées de lave qui s’échappent de temps en temps. Du jazz en fusion, loin du jazz infusion que nous subissons parfois ; non je ne donnerai pas de nom.

Un rappel introduit par un chant béninois de Lionel Loueke et le public va pouvoir se remettre de ses émotions avec une dégustation du cru local, millésime 2008, appellation Fronsac. Là aussi magnifique, l’occasion de quelques échanges avec de nombreux musiciens locaux présents, qui eux aussi affichent une joie certaine d’avoir assisté à cette soirée.

Il est plus de minuit, heureusement les voitures ne se sont pas transformées en citrouilles et nous permettent de revenir au monde réel après cette plongée dans un univers féerique.

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