Un bien joli oisillon… Luc/ Chazarenc/Ker Ourio

par Annie Robert, photos Philippe Marzat

La Teste de Buch      Salle Cravey
DSC04592_GF

C’était la fête ce samedi 14 mai à La Teste de Buch: fête sur la place, flonflons et stands à guirlandes, animations, chichis et promenades mais aussi fête dans la salle Cravey juste en face qui recevait un Trio jazz inédit, un trio à peine sorti de l’œuf mais pas fragile pour un sou.
Cheveux en pétard, allure de collégien dandy, Matthieu Chazarenc officiait derrière les drums. Il fait partie de ces batteurs qui savent que leur rôle n’est pas seulement de taper le plus fort et le plus souvent possible. Léger, peu envahissant, soutenu mais aérien, il ne cherche qu’à colorer le morceau, sans arrêt au service d’ une atmosphère, de façon inventive et variée. Il nous a gratifié pourtant d’un solo époustouflant de force aux mailloches qui en a laissé plus d’un pantois et d’une écoute de tous les instants.

DSC03926_GF
Olivier Ker Ourio, breton des îles lointaines et harmoniciste délicat, silhouette longiligne appuyée sur son tabouret, tout en interrogations inquiètes ou en mélodies nostalgiques a su se montrer également un improvisateur sans drame mais pas sans âme. On lui doit les odeurs d’épice et de blues qui par instants ont envahi la scène, un « Syracuse » d’une fine douceur et des écharpes de rythmes créoles, gaies et dansantes.

DSC04628-2_GF
Quant au dernier, le petit géant, le meilleur guitariste sans doute de sa génération ( ou plus) que dire sur lui qui n’ait pas été dit….  Sylvain Luc est amoureux, depuis petit, depuis toujours et sans doute pour toujours aussi.
Amoureux de la musique  dont il a incorporé les atomes et les ondes, les oscillations et les complexités et amoureux de sa guitare, qu’il enserre et love contre lui, qu’il cajole et qu’il chouchoute, qu’il traite avec tendresse, avec respect, dont il tire l’essence et le parfum, qu’il berce en dansant, en équilibre sur sa chaise ; ou qu’il rend furie sous des accords électriques.

DSC03927-2_GF
Pas de problèmes techniques, pas de soucis de manche ou de cordes pour lui, c’est résolu depuis longtemps, bien loin derrière. La guitare fait corps, elle est ses tendons et ses muscles, sa voix et ses émotions, sa peau et ses ongles. Elle est son prolongement, son image mentale, sa virtualité.
En solo, il est éblouissant de virtuosité, d’intensité, rayonnant et son discours musical sans cesse renouvelé, jamais attendu se révèle généreux et grand ouvert. Lorsqu’il partage la scène comme ce soir, avec deux autres musiciens de grand talent, il sait écouter, se fondre, être au service, embellir les autres. C’est un partenaire idéal.
«  C’est un trio qui se rode… vous êtes un peu notre salle-test… », nous dit il en souriant.
Eh bien, on ne va pas s’en plaindre, bien au contraire !!!
Quel bonheur que cette petite incertitude, cette mise en danger, ces moments où ils se cherchent et se trouvent toujours, ses glissements d’un morceau à l’autre sans en avoir l’air, ces ruptures, ces fioritures qui circulent, reprises par l’un, amplifiées par l’autre, détournées et déployées. De l’improvisation pure, offerte, dangereuse et riante. Une intranquillité puissante.

DSC04095-2_GF
On se promène d’une compo de Sylvain Luc aux « Ponts de Paris » d’un clin d’œil à Queen avec un « We will rock you » déchaîné à des chants de grillons, d’un « Hymne à l’amour » à peine évoqué, au plus « Beau des tangos du monde ». Chacun mais toujours ensemble cherchant les limites du morceau, les passages secrets à emprunter et les trouvant toujours !!
Les minutes passent sans que l’on se lasse, toujours étonnés, toujours impatients de la suite, éclaboussés de couleur et déçus lorsque le set s’arrête. «  Comment déjà ? »
Ils ne pourront donc pas échapper au rappel qui sera aussi magique que le restant de la soirée.
Tout prêts du bord de la scène, c’est un peu comme s’ils nous invitaient dans leur salon. Matthieu Chazarenc a abandonné sa batterie pour une caisse à savon, des petits balais et un tabouret qui lui servira de caisse claire. Les deux autres l’entourent comme au coin du feu et ils entament une « Javanaise » délicate qui va s’étaler et mettre rapidement les voiles vers d’autres mélodies inconnues. (Improvisations, improvisations quand tu nous tiens.)
Pour un oisillon sorti de l’œuf, ce trio a déployé grand ses ailes, a regardé vers le soleil sans barguigner et nous a emporté avec lui pour finir dans un souffle d’harmonica, un accord délié  et une caresse au balai.

Du grand art !!
DSC05056-2_GF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *