Trio Marcelle à Jazz 360

Par Philippe Desmond

Cénac le 5 /11/2016

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Nous sommes à Cénac pour une des soirées Jazz 360. Cette belle association organise chaque mois de juin un très relevé festival de jazz et pour calmer son impatience à voir revenir cet événement elle propose des étapes comme celle-ci. Le principe est simple, un concert, une dégustation de vin, ce soir l’excellent Château Brethous de Camblanes, des assiettes gourmandes. Accueil simple, chaleureux pour une salle remplie, soit 120 personnes. On déguste et on mange avant le concert pour ne pas le gêner.

Le trio Marcelle est à l’affiche avec Cédric Jeanneaud au piano, Jéricho Ballan à la batterie et le local de l’étape Laurent Vanhée à la contrebasse.

Ça se fait rare mais il y a un piano, un vrai avec des cordes, le capot relevé – mauvais signe pour une voiture, bon présage pour cet instrument – l’exigence commence par là. En effet Cédric Jeanneaud est un esthète de ce point de vue là et il a ainsi transporté jusqu’ici son propre quart de queue. La qualité devrait donc être au rendez-vous.

« Marcelle Mood », une ballade, va de suite installer l’ambiance de la soirée ; un jazz ciselé, très mélodique, apaisant, parfois à la frontière de la musique classique tel ce titre en hommage à Claude Debussy commencé par un concerto de piano suivi d’une montée en puissance progressive et enfiévrée.

Délicatesse, élégance sont les mots qui viennent à tous. Originalité aussi dans le traitement des différent instruments.

Laurent Vanhée, et sa contrebasse au foncé caractéristique, ne se contente pas d’assurer la rythmique, il le fait d’ailleurs très bien avec un groove naturel, il se fait aussi souvent soliste, jouant la mélodie, la tordant, la modifiant. D’ailleurs il n’est pas derrière comme habituellement tous ces pauvres contrebassistes, il est au milieu, sur la même ligne que ses deux compères.

La batterie aussi ne se contente pas de son soutien rythmique, elle participe aussi à la construction de la musique. Jéricho, tout en retenue, passe des baguettes aux balais et souvent aux mailloches de façon permanente. Il va nous gratifier de trois magnifiques chorus totalement différents mais toujours fort à propos, le premier notamment très long sans que le tempo ne s’en ressente.

Mais « le patron » c’est Cédric Jeanneaud, d’abord comme compositeur des onze titres de la soirée et comme magnifique interprète, glissant, je l’ai dit, du jazz au classique, du swing à la ballade, avec une réelle pureté de son, sans esbroufe, sans démonstration, ses longs doigts caressant le clavier avec élégance et émotion. C’est lui qui assure les transitions avec un réel humour et une fausse maladresse très sympathiques. Il fait souvent référence à cette fameuse Marcelle dont plusieurs titres contiennent le nom, tout comme le trio et qui n’est pourtant pas sur scène. A cette heure-ci Marcelle est dans sa niche ou son panier, c’est en effet sa chienne qui porte ce prénom immortalisé par Bobby Lapointe.

Le public est vraiment sous le charme, pris par l’atmosphère apaisante, l’écoute est parfaite et même les applaudissements d’après chorus disparaissent parfois pour ne pas percer cette bulle musicale qui nous entoure ; les musiciens s’en rendent compte et apprécient me dira Laurent Vanhée. A d’autres moments les applaudissement jailliront spontanément au delà de la convention parfois un peu convenue du genre.

Après une valse lente, c’est un hommage à Brad Meldhau « Merci Brad » très riche et plein de nuance qui va terminer le concert.

Dernier gag de Cédric qui enfile ses bottines de gitan achetées à Séville pour un rappel hispanisant et endiablé « Juan Carlos de la rumba » surnom que quelqu’un lui a un jour donné.

Un concert de toute beauté dont on sort tout léger, apaisé et heureux. Merci aux musiciens et à tous les bénévoles qui nous permettent de vivre des moments de grâce comme ce soir.

Juste une demande, la prochaine fois on veut Marcelle sur scène et avec une pédale ouah ouah !

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