Tri-Nation guitar trio aux jeudis du Jazz

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Jeudi 15 décembre 2016, Centre Culturel de Créon (33)

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Les vacances se profilent, celles de Noël à en croire les guirlandes lumineuses qui jalonnent mon parcours jusqu’à Créon pour un traditionnel « jeudi du jazz », systématiquement placé avant chaque congé scolaire. Traditionnelle dégustation de vin avec ce soir un délicieux « La Parcelle » de Haux.
C’est au Tri Nation Guitar trio d’animer le lieu à l’invitation de nos amis de l’association Larural, des gens précieux. Une nouvelle fois la salle est pleine, ceux qui connaissent et ceux qui viennent découvrir, les plus nombreux. Le nom du groupe s’inspire librement de celui du championnat de rugby, désignant ici les trois pays pratiquant ce sport dont sont originaires les guitaristes, l’Australie de Dave Blenkhorn, l’Argentine de Gaston Pose et la France de Yann Pénichou. Sur scène donc, un drôle de mélange avec un wallaby, un puma et un coq pour une cohabitation qui va s’avérer des plus harmonieuses.

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Mise en scène minimaliste sur fond de rideau rouge et surprise quant au choix des guitares. Dave dispose d’une Stratocaster de rocker, immaculée, Gaston d’une guitare acoustique et Yann de sa guitare de jazz demi-caisse. Choix délibéré pour trancher de l’uniformité de timbre du jazz manouche par exemple ? Oui mais pas seulement, Gaston me confiera que le choix de la Strato par Dave est dû à un problème sur sa demi-caisse lors d’une répétition et que le résultat leur a plu justement par ce contraste.

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« Favela » de Jobim lance harmonieusement le concert laissant découvrir la structure du groupe. Gaston Pose « une section rythmique à lui tout seul » selon Dave, les deux autres se partageant les mélodies et les chorus ; mais il y aura des exceptions bien sûr. « Freight Train » de Coltrane ensuite dans une version méconnaissable pleine d’une légèreté insolite pour cette évocation d’un train de marchandises. Le ton du concert est donné, il va être cool, apaisant, paisible, trop me confie même un ami. Et bien justement tout ça fait le plus grand bien et d’ailleurs la salle s’en accommode parfaitement avec une réelle écoute, toujours remarquable ici.

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Baden Powell bien sûr avec « Berimbau » immortalisé chez nous par le « Bidonville » du grand Nougaro. Harmonie des guitares, rythmique impeccable. Ils enchaînent avec une version blues intimiste et minimaliste de « Mood indigo » de Duke Ellington, chantée par Dave, les notes des guitares roulant comme des perles. Le tour d’horizon des grands jazzmen continue avec un thème de Charlie Parker sur un tempo plus envolé, de Bird bien sûr.
Dave Blenkhorn joue mais il compose aussi et en bon Australien il nous propose sa « Dave’s Bossa Nova », Gaston marquant le tempo sur sa caisse de guitare. Un medley avant la pause confirme le choix éclectique et grand public du répertoire avec « Nuages » dont je n’avais jamais entendu la mélodie sortie d’une Stratocaster – ça marche drôlement bien – enchainé par « Les Copains d’Abord » et conclu par la valse « Indifférence » de Tony Murena.
L’ambiance dans la salle est très sereine, très bon enfant et déjà les musiciens se mêlent au public ce qui est toujours apprécié.

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On repart avec Django et sa « Douce Ambiance », de circonstance donc, puis une version insolite de « Cherokee » celui-ci devant être un cousin des autres, vivant dans une tribu brésilienne. Gaston Pose lui aussi compose et propose « Ma Moitié de Citron » à l’intro claptonienne. Sur le titre suivant il reste seul en scène avec une autre composition personnelle, une douce chanson d’amour « Samba para Anita de Jerez » ; le message pour Anita me paraît très clair malgré mon Castillan de Costa Brava… A l’issue de cette ballade Gaston nous précise avec humour qu’il est « le tranquillo des trois » ; pas toujours. Encore un titre de Gaston avec « Valse para Lucho Gonzalez » en hommage au musicien péruvien et enfin une belle composition de Yann Pénichou « Blue Sleeves ». Musicalement tout cela est d’une grande délicatesse, à l’opposé des guitar heros et des concours de riffs de certains, on est ici dans l’élégance, la sensibilité.
Un nouveau medley annonce la fin du concert, un pot-pourri plutôt – mais au fait pourquoi pourri ? – car fait de titres bien de chez nous, pensez-donc, « La Javanaise », « La Mer » et « La Vie en Rose » ! Et toujours cette belle harmonie des guitares devant le public captivé et le plus discipliné du monde.
En rappel « une version de « Sunny » avec un arrangement, que personnellement j’adore, qui en dévoile un peu plus sur l’énergie et le groove qu’est capable aussi de transmettre le trio qui ce soir est resté très sage, trop répète mon ami. Mais non, un peu de douceur dans ce monde de brutes ça fait un bien fou !

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