Tonnerre de Jazz # 5 !

par Lydia de Mandrala

Isotope trio

Isotope trio à Billère salle de Lacaze, jeudi 18 février 2016.

Ce sont les lauréats du tremplin jazz 2015 Action Jazz que nous avons souhaité inviter.

Et c’est un trio inusité, peu ouï, cette association guitare, trompette, batterie.

Le leader/parleur, c’est Thomas Boudé, venu tout droit d’Uzeste, où il joue avec Bernard Lubat. Un humoriste qui nous promet d’emblée « on va faire deux sets gagnants ». Puis qui annonce Bigue gencive, une composition de Tom Peyron (le batteur).

Le public rit d’abord, et leur réserve un accueil chaleureux, quoique un peu dans l’attente lors du premier morceau. Long, lent et doux, plein de silences. C’est important ça : ces trois-là s’installent sur la scène sans avoir peur de nous laisser les regarder, ils laissent prendre la sauce sans accélérer.

Cela me laisse le temps de voir que Thomas est un guitariste danseur, toujours en mouvement, monté sur ressorts. Il bouge les jambes en pistons, le torse d’avant en arrière, et sa tête acquiesce, les yeux fermés. Sa guitare rouge plaquée contre lui… il semble parfois skier.

Thomas Boude

Thomas Boude

On s’élance dans Progressive Spirit, un autre morceau de Tom.

La mélodie est portée par le mariage de la guitare et de la trompette d’Olivier Gay.

Quant à moi, dès que la musique commence plus rien n’existe. Et c’est palpable. Mes oreilles m’emportent plus loin que mes yeux. Pour preuve : même au cinéma j’ai toujours conscience d’être dans un lieu relié par des routes à mon ordinaire. Par contre, dans la musique, quel que soit l’endroit où elle se joue, je m’envole, je quitte mon corps et mon quotidien. Et généralement, quand je ressens cela, c’est que la musique est bonne !

Sur la fin du morceau déjà la cohésion du groupe est impeccable, et on est dans leurs couleurs.

Vient ensuite Package (composition de Tom).

Tom Pyeron

Tom Pyeron

La mélodie vient de la trompette qui raconte l’histoire, la batterie court derrière pour nous signaler que la vie s’élance et piétine à son rythme. Tandis que la guitare complète et nous raconte la version grave de ce récit. La trompette fait la corne en continu. Le bateau qui entre au port, parfois l’essaim d’abeilles. A la fin l’histoire finit mal, nous dit Thomas après le final emballé en brouhaha.

Ils nous proposent un morceau de Sonny Rollins. « On a essayé de ne pas le jouer comme lui parce que… de toute manière on n’a pas de saxophone » Evidemment le public rit. Thomas sait présenter leur musique, c’est sûr !

Ils finissent le premier set par une composition sans nom de Thomas Boudé, pendant laquelle il danse toujours, une sorte de valse, tandis que la batterie est sèche et grave. C’est prenant et gambillant comme un opus folklorique. Et nous laisse pour l’entracte, souriants et dans l’attente.

Ah, nous n’avons pas de CD à vendre, mais nous attendons des souscriptions pour pouvoir le fabriquer…

Au deuxième set Olivier Gay démarre, sous l’œil très attentif des deux autres compères. Thomas à la guitare le suit de près, suivi de Tom à la batterie. L’ambiance nait. Un long duo guitare batterie, avant le retour de la trompette. C’était Tempête en été, une composition de Tom.

Olivier Gay

Olivier Gay

Le morceau suivant est dansant, sinueux, comme un charmeur de serpent musclé, féroce. C’est au sujet d’un certain Mr Marsoute, une composition de Thomas Boudé.

Ils s’amusent, ils s’étonnent, se regardent et s’entendent. Toujours. Nous voyons la fraîcheur et le sérieux, l’humour et la danse, le décalage et l’orage. Quatre temps. Orage. Trois temps. On se laisse emporter.

La batterie broie le cœur en profondeur. Le tonnerre gronde. Thomas hurle au loup et le public applaudit. Porté, emballé, conquis par cet Isotope : morceau composé par Joe Henderson qui a donné son nom au groupe.

Pendant Baillon de jambon (compo de Tom), j’admire les hanches mobiles de Thomas. La guitare permet cette expression physique. L’accord avec Tom avant qu’Olivier ne vienne trancher dans le vif de sa trompette, chantant une autre version de cette histoire.

Ils nous réjouissent ensuite en présentant les musiciens, terminant par Oh when the Saints go marchin in.

Pour le rappel ils nous rejouent Tempête en été, dans lequel j’entends un air des Caraïbes. Biguine et sable chaud, danse frottée entre guitare et batterie qui secouent les cocotiers… juste pour nous laisser amorcer notre nuit après cette si belle soirée.

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