Tonnerre de Jazz #4

par Lydia de Mandrala

salle Delacaze à Billère

Paul Jarrett Trio

Paul Jarrett Trio

PJ3 + invités

Le trio qui joue sur du velours…. Celui des tapis qui recouvrent la scène. Car Tonnerre de Jazz est une association qui a du standing : elle promène ses tapis pour le confort des musiciens !

Vous savez maintenant que sa première caractéristique est de proposer un concert de jazz mensuel dans un lieu différent, à Pau ou dans l’agglomération.

Cette fois cela joue un jeudi : un pari supplémentaire.

18h. J’entends, de l’extérieur, la musique prenante, exigeante, swingante.

Dans ce cocon de confort : scène noire, fond noir, profondeur, sol rouge des tapis, j’entrevois, arrivant sur le côté, les musiciens qui terminent la balance.

Immédiatement je lâche mes soucis et autres problématiques pour entrer dans le moment et la musique.

Retrouvant avec plaisir ce trio que je connais déjà et vois évoluer depuis quelques années. Impatiente d’en entendre davantage. Quand ils descendent nous échangeons des nouvelles, des plaisanteries, nous parlons de l’association et de comment la faire évoluer.

Tout se poursuit à table où chacun des membres de l’association a amené un plat à partager, ou une bonne bouteille. Le tout est donc entrecoupé de commentaires culinaires et d’exclamations de plaisir. L’instant est convivial et à la fois porté par l’intention que nous y mettons, le sens. La musique est notre but. Nous sommes tendus vers elle.

Le public, impatient d’entrer dans la salle pour se réchauffer, est bien présent.

Après la brève introduction de notre Président les musiciens montent sur scène.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

A leur suite on part sur les tapis, survolant des paysages savoureux et intéressants. Paul Jarret (guitariste et leader) nous explique ensuite « on a commencé avec … rien. On ne savait pas ce qu’on allait jouer, c’était une impro, qui s’est terminée avec des accents de Skylark, un standard ».

Ils continuent avec un morceau dédié à Paul Bley (mort le 3), il le jouait avec Paul Motian et Charlie Haden (eux aussi morts récemment) : When will the blues leave. « C’est une sacrée période  en ce moment. Mais nous on est là, et vous aussi, alors on y va ! »

La complicité de ces trois-là !

Et le public porté, sur le fil, attentif et conquis dès l’abord : qui applaudit chaudement cette fougue et cette virtuosité.

Alexandre Perrot

Alexandre Perrot

Regards d’Alexandre Perrot (contrebasse) vers Paul, regardant Ariel Tessier (batterie). Genre « tu entends comme il nous fait ça ? »

Et puis chacun, replié sur son instrument l’instant d’après. En communion, avec soi et les autres.

Le plaisir. La fraîcheur.

Paul « D’ordinaire on ne joue pas ça avec le PJ5 : ce sont surtout des compo pop rock jazz. »

Ça joue sur la scène, ça applaudit dans les fauteuils roses. Avec chaleur.

« Merci à vous et à TdJ. Des asso comme ça il n’y en a pas dans toutes les mairies, et pouvoir écouter du jazz près de chez soi c’est précieux »

Après l’assentiment du public il y a un blanc… des regards entre les musiciens.

Paul explique « Ariel ne veut pas jouer ce qu’on avait prévu » Rires. « Alors on va jouer une compo de Thelonious Monk : Nutty »

Ariel Tessier

Ariel Tessier

Force et présence.

Applaudissements nourris, respectueux.

Puis vient un solo de guitare. Comme dans un western. Désert et solitude. Cheval et poussière. Le saloon qu’on vient de quitter. J’imagine la contrebasse comme un cactus qui salue Jolly Jumper. La batterie nous entraîne à nous demander ce qui va se passer. On attend peut-être un événement brusque. On laisse se dérouler le pas du cheval dans la terre battue.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

Paul danse, il est bien plus mobile que la dernière fois que je l’ai vu. Alexandre est recueilli sur sa contrebasse. Illuminé quand il regarde ses complices. Il se sert de sa contrebasse comme d’une percussion en tapant sur le manche.

La danse de Paul continue, jambes agiles et pieds sur les pédales. Trees est une de ses compositions. C’est un régal de vélocité, une joie communicative.

C’est donc le sourire aux lèvres qu’on va se désaltérer, et continuer d’échanger sur la musique.

Au 2ème set et en trio ils démarrent par un morceau de Wayne Shorter Fee fi fo fum.

Ensuite Antoine Perrut, saxophoniste local, les rejoint sur scène pour jouer une bossa composée par Paul. L’exercice est différent et requiert inventivité, écoute, ouverture.

Puis c’est Mehdi Firah un autre saxophoniste qui vient former un 5tet. Ils ont eu le temps de travailler dans l’après midi une composition de Mehdi : Credo, qui fait partie d’une œuvre de quatre morceaux. Cela exprime la beauté, la force, la présence. Mehdi est éclairé comme une madone.

Le troisième saxophone est Fabien Vergez. On s’est un peu invités dit Antoine.

Mais ça permet de vrais échanges et c’est très enrichissant explique Paul.

Et les voilà qui enchaînent sur une composition d’Antoine : VT, pour Vincent Thomas, peut-être certains d’entre vous le connaissent. J’entends quelques « oui, oui » dans la salle (il s’agit d’un batteur, fondateur du groupe Maroconnection).

Le public est enthousiaste et présent, responsif.

Paul Jarret remercie les trois saxophonistes, disant que c’est précieux d’aller écouter du jazz près de chez soi, surtout en ces temps troublés.

Le PJ3 ensuite nous joue Blue train de John Coltrane, flirtant avec la magie, la beauté presqu’inatteignable. Ces trois-là ont de la poésie dans les yeux, ils vivent un rêve éveillé dans une concentration extatique.

Au salut leurs yeux brillent.

Le public sort, sourire aux lèvres, cœur grandi. Encore une fois la soirée était réussie.

Paul Jarrett Trio + guests

Paul Jarrett Trio + guests

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