Thomas Bercy trio invite Duke Ellington

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Latour-Martillac (33)

jeudi 8 juin 2017.

Il y a des pianistes avares de notes et d’autres plus généreux sans pour autant être prolixes. Thomas Bercy fait partie de cette dernière catégorie, c’est notre McCoy Tyner, un pianiste au style lyrique, foisonnant. D’ailleurs Thomas joue souvent son répertoire ou celui bien sûr de John Coltrane mais ce soir il avait une commande de Jacques Merle, l’organisateur du festival Jazz and Blues, faire du jazz « classique » jouer du Duke Ellington… en trio. Un jour, à quelqu’un qui lui demandait de faire du jazz moderne, Duke a répondu « Pourquoi voulait vous que je recule ainsi autant dans le passé ? » boutade rappelée par Thomas car cette musique est intemporelle et surtout adaptable à dessein à toutes les époques, tous les styles.

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Ainsi il a accepté la proposition et s’est mis à retravailler un répertoire qu’il jouait dans le passé sauf un titre emblématique qu’il propose régulièrement, on en reparlera. Pour l’occasion il a gardé Jonathan Hédeline son fidèle contrebassiste depuis trois ans et s’est adjoint un spécialiste de ce que les amateurs d’étiquettes appellent le jazz classique, le sensationnel batteur Guillaume Nouaux. Des sensations il en donne à chaque fois en effet.

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A propos d’étiquettes mais dans un autre genre en voilà qui portent les jolis noms de Château Latour-Martillac, Château le Sartre, Lafargue, Bardins. Et oui comme d’habitude une dégustation de Pessac-Léognan est proposée avant le concert qui se déroule dans le magnifique site du premier château nommé, un Grand Cru Classé. La famille Kressman propriétaire des lieux est d’ailleurs là, presque au grand complet, pour accueillir le public dans la belle salle de réception. Il y a bien cent cinquante personnes présentes et ça c’est une bonne nouvelle et une joie pour les musiciens, ils m’en parleront.

Thomas Bercy ne pouvait pas commencer par un autre titre du Duke que « Take the Coltrane », morceau qui va donner le ton de la soirée ; du Ellington mais à la manière Bercy (Thomas, pas l’autre). Titre qui figure sur l’album de 1962 cosigné de ces deux seigneurs du jazz. Ca part très fort, Thomas ruisselle déjà et s’envole dans son univers, il grimace, souffre de plaisir, chantonne à la manière d’Eroll Garner. En plus ce soir il a un vrai et beau piano !

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Pas de round d’observation non plus pour Jonathan et Guillaume, ça promet.

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Voilà « Come Sunday » un titre plus gospel puis l’éternel « Take the A Train » qui en trio prend une autre dimension au gré des chorus de Thomas, Guillaume Nouaux aux aguets ne le quittant pas des yeux.

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Très beau passage avec « Azure » sur un arrangement intimiste d’Olivier Gatto joliment servi par son ancien élève Jonathan Hédeline, avant l’éblouissant « Perdido » de Juan Tizol le tromboniste de Duke. Thomas Bercy le tord très vite à sa façon puis Guillaume Nouaux nous embarque très loin dans un solo d’un autre monde, provoquant des ovations spontanées, revenant petit à petit dans le thème de par sa mélodie comme il sait si bien le faire avec ses baguettes.

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On redescend sur terre par « In a Sentimental Mood » alors que l’orage se déclenche et que le bruit de la pluie fait écho au son des balais sur la caisse claire. Thomas l’entend et cite plusieurs fois « Singing in the Rain » dans son chorus, ainsi que, plus insolite, « La Maison près de la Fontaine » un thème qu’il adore. « Day Dream » puis « Mack The Knife » mais sans Ella et évidemment le titre que tout le monde attend est qui est un peu devenu l’hymne de Thomas Bercy « Caravan ». Thomas et sa productrice Cécile Royer animent en effet dans le Sud Gironde et bien sûr au-delà, le Collectif Caravan dont ce blog relate souvent les événements. Chaque bœuf mensuel organisé par ce collectif se termine avec des « Caravan » à toutes les sauces voire salsas.

Très musclée ce soir la caravane, chaque membre du trio faisant avec elle un dernier – ou presque – tour de piste flamboyant. Deux titres en cadeau bonus vu l’ovation finale et un grand bonheur pour tout le monde.

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Dehors c’est toujours le déluge mais sans grêle c’est bon pour la vigne.

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