The Bad Plus & Isotope Trio – Rocher de Palmer 10/11/2016

Par Dom Imonk, photos David Bert

Il y a un an, nous nous étions retrouvés au Salon des Musiques du Rocher, pour assister à un remarquable concert du duo Sylvie Courvoisier/Mark Feldman. C’était le 13 novembre, la beauté de cette musique nous avait tous laissés sur un haut nuage, et personne n’aurait alors pu s’imaginer la sanglante tragédie qui se déroulait au même moment à Paris. Depuis, le sang a de nouveau coulé sur la planète, mais en maints endroits, la vie a repris et, par une collective prise de conscience, la peur est peut-être désormais mieux combattue. Par réaction, ou réflexe militant plus appuyé, il semble que le Rocher de Palmer ouvre encore plus la voie de ses programmations à toutes les voix, du world au rap, en passant par le rock, la pop, et diverses directions jazz, dont l’une, et pas des moindres, nous fût proposée ce soir. De plus, en prenant le parti de programmer Isotope Trio, en première partie de The Bad plus, groupe mondialement reconnu, on voit aussi le souci du Rocher, et de Patrick Duval en particulier, de mettre en lumière de jeunes talents prometteurs.

Isotope Trio

Isotope Trio

Ainsi, c’est donc à Olivier Gay (trompette), Thomas Boudé (guitare) et Tom Peyron (batterie) qu’incombait la lourde tâche d’ouvrir pour le légendaire trio de Minneapolis. En une poignée de compositions, aux développements inspirés, le groupe propose des constructions d’alpinistes, où l’interaction brille par sa diversité et une prise de risque osée. En effet, une formation sans contrebasse, ce n’est pas banal ! Mais on l’a vu, le trio ne cache pas ses influences, du Tiny Bell Trio de Dave Douglas à Jim Black, en passant par Marc Ducret. Trois garçons dans le vent acidulé d’un post jazz turbulent. Olivier Gay, grave et habité, dont la trompette serpente et grimpe sans relâche vers une voie nouvelle, Thomas Boudé, au jeu charpenté et boisé, plutôt rythmique ce soir, la voix du groupe, et Tom Peyron, concentré, jongleur des silences, au jeu tournoyant entre peaux et cymbales, fin compositeur. Belle introduction à ce qui allait suivre, on sent qu’Isotope Trio est en vrai devenir, il se libèrera encore plus avec la route, qui passe actuellement par le Baiser Salé à Paris, où ils sont en résidence.

Arrivée de The Bad Plus, souriants et sans frime, accueil chaleureux d’un public de fidèle, on me dit à l’oreillette que certains seraient surtout venus pour le batteur… En un set  et deux beaux rappels, The Bad Plus a joué un best-off de sa déjà longue carrière : plus de 12 ans et déjà le 11° album, « It’s hard », dont quelques thèmes repris  ce soir. La marque de ce groupe, et ce qui a fait son succès, c’est la variété de son inspiration collective.

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Ethan Iverson (piano), Reid Anderson (contrebasse) et Dave King (batterie), sont un, mais chacun semble avoir un rôle bien défini. Le pianiste est un virtuose universaliste, qui vous promène de la balade jazzy la plus romantique, à des ambiances plus classiques, entrecoupant le tout de ruptures, destinées à vous faire (re)prendre conscience, auxquelles s’associe dans l’instant la rythmique. Pas de temps morts. C’est un peu comme si, au long d’une route calme, le conducteur d’une voiture s’amusait subitement à accélérer, puis, freiner, tout en donnant quelques coups de volant intempestifs, pour réveiller ses passagers. Le contrebassiste joue plus en gardien du temple jazz, il a livré de remarquables chorus, mais ses lignes sont elles aussi gambadeuses à souhait et pilonnent dès que besoin certains flux obsédants. Quant à Dave King, c’est l’ion rock du groupe, une puissance d’impact époustouflante, qui relance inlassablement la machine. Ses solos nous ont cloués au sol ! Mais puissance ne signifie pas pour autant manque de finesse, qu’il a su montrer dans les instants les plus calmes et réfléchis. Une synergie impressionnante lie ces trois hommes, constructeurs d’une passerelle géante entre jazz, rock, classique et même plus. Des ambassadeurs éclairés. Leur dernier album « It’s hard » en est un signe fort, puisqu’ils y reprennent, en les remodelant à leur façon, des titres pop comme « The Robots » (Kraftwerk) ou « Time after time » (Cindy Lauper), dont le traitement live leur sied à merveille. Au rayon des autres friandises jouées ce soir, le public a été gâté et a acclamé comme il se doit « Mint » et « Giant » (album « Prog »), «Epistolary echoes » et « Mr Now » (album « Inevitable western »), mais aussi « Prehensile dream » (album « Suspicious activity ») qui a ouvert le concert, suivi de « My friend melatron » (album Never Stop) et quelques autres.  Au final, une soirée en mode « Art of the trio » qui a séduit un public qui s’est vu offrir deux beaux rappels, et à n’en point douter, il reviendra le  31 janvier 2017 au Rocher (Salon de Musiques) pour la venue du Dave King Trio. Affaire à suivre de près !

Par Dom Imonk, photos David Bert

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The Bad Plus

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