Shakespeare in jazz…

Concert à l'auditaurium de Bordeaux

Par Carlos Olivera, photos Pierre Murcia

Retour du concert Shakespeare Songs le 31 mars à L’Auditorium

On pourrait commencer cet article par une question : quel est le rapport entre le jazz et Shakespeare ? Une première réponse serait de dire que les bases de la poésie sont la musicalité et le sens du rythme (et Shakespeare était avant tout un poète), les mêmes que pour le jazz. Mais en rester là serait rester à la surface, et minimiser l’énorme travail réalisé par ces trois musiciens et la comédienne sur scène. Et je ne parle pas (seulement) du travail de composition et d’adaptation de la musique aux textes et des textes à la musique, travail qui pourrait être le sujet d’une chronique complète. Je parle de la passion et de la vie qu’ils ont donné aux paroles de Shakespeare à travers le jazz.

Christophe Marguet (batterie), Guillaume Chassy (piano), Andy Sheppard (sax) et Delphine Lanson (paroles), sont les artistes qui, en s’inspirant des différents personnages de Shakespeare, nous ont offert un voyage sensoriel et profond. Et c’est à travers cet univers sonore qu’ils ont donné vie à Hamlet et Othello, à Juliette et Cordelia, au farouche Caliban et au farfadet Puck.

Concert à l'auditaurium de Bordeaux

Concert à l’auditaurium de Bordeaux

 

Au début de chaque morceau les paroles ont été soutenues par la musique, presque éthérée. Les passages récités des pièces de Shakespeare nous donnent l’ambiance : tragédie ou comédie. La batterie se réveille comme un orage, comme une tempête. C’est le thème « Vengeance won’t take place » de Marguet qui nous transporte dans l’univers magique de « La Tempête ». On entend la poésie et ce sont les paroles, avec l’accent anglais, qui créées le rythme du bebop, qui mettent la syncopa, qui suivent le swing de la chanson. Ensuite, sans transition, on change de thème et on assiste à la danse des Capulets et des Montagues : « Messieurs, soyez bienvenus ! Celles de ces dames qui ne sont pas affligées de cors aux pieds vont vous donner l’exercice ! » (Texte de Roméo et Juliette de Shakespeare). La batterie se transforme en un tambour sauvage, et c’est la fête. On danse, c’est inévitable.

La soirée est un voyage au cœur de l’univers shakespearien. Le piano, comme un pinceau, dessine les larmes d’Othello. On est sur « Othello’s Tears » et le saxo traduit sa douleur en musique. Puis Hamlet fait son entrée. Une marche obscure, une danse macabre s’installe quand Hamlet fait son introspection, dans « Hamlet in front of himself ».

Guillaume Chassy prend la parole : « On est dans le temps de la bêtise, l’ignorance et l’obscurantisme. Mais l’obscurité a peur de la culture » nous dit avant de reprendre le piano. La musique et les personnages de Shakespeare continuent à remplir la salle de l’Auditorium de Bordeaux. Le concert se termine avec « During that night », inspiré du Songe d’une nuit d’été. Mais le public veut plus, et ne se résigne pas à partir. Les musiciens et la comédienne reviennent avec un texte en français et une musique qui n’est pas inspirée de Shakespeare mais qui parle aussi d’un roi, Henri IV. Après ce dernier acte on part avec le cœur plein de musique et de poésie. Et dehors, il ne pleut plus. Que-est-ce qu’on peut demander de plus ?

Concert à l'auditaurium de Bordeaux

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