Serge Moulinier Trio au Siman

Le dur et beau métier de musicien.

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Ce soir il y a du jazz au Siman, le nouveau restaurant à la mode de la Rive Droite à l’étage de l’ancienne gare d’Orléans, un lieu magnifique surplombant la Garonne avec une vue imprenable sur le pont de pierre et la façade XVIIIe des quais. Régulièrement l’équipe de l’établissement fait venir des formations diverses et notamment de jazz. Belle initiative, il n’y a jamais assez de lieux pour écouter cette musique que nous aimons. http://siman-bordeaux.com/

Un restaurant donc où les gens viennent manger – très bien d’ailleurs –  et pas forcément écouter du jazz ; à se demander même si certains entendent la musique. De tout temps une tradition pour les jazzmen d’évoluer dans de tels lieux devant un public souvent indifférent, ne sachant pas ce qu’il perd, les musiciens jouant aussi bien que si la salle leur était acquise ; peut-être mieux pour accrocher les oreilles.

Il y a quelques semaines au Rocher de Palmer en première partie du Belmondo  – Dal Sasso Big band le Serge Moulinier Trio se produisait devant 650 personnes qui certes n’étaient pas venues pour lui mais dont la qualité d’écoute et les applaudissements furent à la hauteur du talent déployé par ces trois musiciens. Un réel succès.

Contraste.

Pourtant quelle chance de voir de si près la musique se fabriquer, se polir. Personnellement plus que sur un disque c’est comme ça que j’aime écouter un trio ou dans un tout autre genre un quatuor à cordes. Ecoute distraite donc, en plein morceau certains clients partent, pas un regard pour le trio… C’est dommage surtout pour eux, ils ne savent pas qu’ils passent à côté d’un petit moment de bonheur. Oreille formatée par le bruit de fond bas de gamme ambiant de la télé ou des radios autrefois libres…

Qu’importe, tous les trois font le job et drôlement bien. Serge Moulinier au piano électrique  – tout neuf – plaque ses accords chaleureux alternant ses propres compositions avec quelques standards pour selon lui tenter d’accrocher l’écoute des convives. Mais les standards des uns ne sont pas les standards des autres, les beaux chorus passent inaperçus.

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Christophe Jodet à la contrebasse – pas neuve elle ! – se tortille sur son manche, alternant l’assise rythmique et les chorus mélodieux et utilisant assez fréquemment son archet.

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Didier Ottaviani à la batterie cisèle délicatement le rythme, jamais en avant – sauf sur un bref solo – mais avec élégance et sensibilité ; il a une parfaite maîtrise des cymbales et des balais ; est-ce pareil à la maison ?

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Le répertoire de la seconde partie reprend les titres originaux du dernier album du trio « Tyamosé Circle » (voir chronique du CD dans la Gazette Bleue #7) avec notamment « Ding ding dong Song » l’amusante libre adaptation de « Frère Jacques ». Vraiment un excellent trio.

Il est bientôt minuit, les assiettes sont vides, la salle s’est clairsemée, les quelques amateurs de jazz et autres musiciens sont eux toujours là, près du bar ; oui on peut venir simplement boire un verre. Un moment agréable vient de passer, Serge Moulinier est content il trouve qu’il y a eu de l’écoute ; Thierry – auteur de ces belles photos – confirme, quelquefois le public n’applaudit même pas à la fin des morceaux…

En repartant un dernier petit plaisir mais visuel cette fois, à Bordeaux on a la Bourse ET la vie.

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Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (sauf palais de la Bourse par PhD)

 

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