Sébastien Arruti Quartet au Caillou, Bordeaux le 08/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Pour le troisième concert de l’année au Caillou du Jardin Botanique, c’est le Sébastien Arruti Quartet qui est finalement venu jouer vendredi dernier, suite à l’indisponibilité de Shekinah Rodz, à laquelle nous souhaitons un prompt rétablissement. Infatigable acteur de la scène régionale, notre homme a su gérer l’urgence, et s’est donc emparé de son précieux trombone, de quelques partitions, et a pu compter sur trois autres très sérieuses pointures amies, qu’on a toujours plaisir à retrouver. Sébastien, plus Olivier Gatto à la contrebasse, Loïc Cavadore au piano et Philippe Gaubert à la batterie, un quartet de classe qui allait chauffer un public venu nombreux et qui en avait grand besoin, après toutes ces pluies. Le premier set démarre, nos musiciens se mettent en place et trouvent leurs marques, ils se testent, le moteur commence à bien tourner et le voici à température. Son carburant ne pollue pas mais enivre, il est à base de standards, que l’on découvre pour certains, des thèmes plutôt classiques et rafraîchis, qui gambadent allègrement, du « Byrd’s House » de Donald Byrd au « Bag’s groove » de Milt Jackson, en passant par « Drop Me Off in Harlem » de Duke Ellington et « New Orleans » de Hoagy Carmichael, ces deux derniers présents sur le disque « Got Bone ? » de Sébastien Iep Arruti. On a aussi pu apprécier une composition du patron : « Camp de Sélection N5 », et on s’est régalé du suave « There Is No Greater Love » d’Isham Jones et du délicieux « Cherokee » de Ray Noble.

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Fin du premier set qui nous donne l’occasion de parler des musiciens. On est impressionné par le jeu ample et généreux d’un Sébastien Iep Arruti toujours souriant, c’est important. D’abord, la beauté et le son de l’instrument, puis la maîtrise, ce lyrisme entier, qui nourrit de savantes envolées, entrecoupées de silences et de micro-scats cuivrés, qui relancent le rythme, à la manière d’un « funkyste » enjazzé. Bop et New-Orleans sont fondus par un tel feu. On se reportera à son album « Got bone ? », où le morceau « Slide by slide » semble bien être un vibrant hommage à Slide Hampton.

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Olivier Gatto est une force tranquille, imperturbable, en symbiose spirituelle avec son instrument. Il en articule les sons, de rythmes en chorus, on comprend ses notes parce qu’il nous les parle. Son jeu précis nous émeut par sa profondeur, comme chez un Ray Brown ou un Charlie Haden. L’intense présence du bois, de la nature et le respect qui leur est dû, sont en interligne de ses cordes.

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Loïc Cavadore nous a conquis par son jeu de piano subtil et très riche, main gauche, main droite, aucun répit. Une belle science pianistique, particulièrement mise à contribution, face à la justesse un peu rétive de son instrument ce soir-là. Pilier indissociable de ce quartet, il l’est aussi de la scène régionale où on l’aimerait plus présent. Messieurs les organisateurs, it’s up to you ! Régalons nous de son tout dernier opus « Andantino » qui vient de sortir, à écouter sans modération.

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Enfin, last but not least, Philippe Gaubert est lui aussi un musicien qui mouille sa chemise pour le jazz. Il est omniprésent, et en particulier au Caillou où il s’investit sans compter. Son jeu puissant fourmille d’idées et en fait par exemple l’un des complices favoris d’Ernest Dawkins, quand il vient en France, c’est dire ! Ce soir on a senti son drive plus intériorisé, il y avait certes de belles frappes, mais dans la retenue, plutôt des frôlements (appuyés) et des caresses (expertes) de peaux, bien adaptés au répertoire en fait. Et le tout enjolivé d’un jeu de cymbales foisonnant.
Le break terminé, voici un deuxième set qui débute par deux perles qu’il fallait aller chercher. Tout d’abord le « Juliano » de Julian Priester, écrit à l’origine pour Max Roach, morceau au souffle de liberté, servi par une très belle interprétation du quartet, qui ouvre les grilles et s’envole. Suit une reprise vraiment bien ficelée du « Mo’ Better Blues » de Bill Lee (le papa de Spike), joué par Branford Marsalis dans le film du même nom. La cerise du gâteau au Caillou, ce sont les jams, et nous avons été gâtés !

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La magnifique et rare Carole Simon se trouvait parmi le public. Après le concert, elle nous confiera être devenue adepte du be-bop, grâce à ces musiciens qui l’invitent ce soir. C’est d’un chant éblouissant qu’elle va illuminer le « Bye Bye Blackbird » de Ray Henderson. Son scat emporte tout, avec une délicatesse, une inventivité et une précision qui nous ont laissés sans voix.

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Puis c’est sur « But Not For Me » de Georges Gershwin qu’arrive Nolwenn Leizour, qui chipe la contrebasse d’Olivier Gatto, pour en faire sa « Mémé » d’un soir, et en extraire un drive subtil et agile, avec l’élégance de jeu qu’on lui connait. Deux jeunes musiciens rejoignent enfin le groupe pour y souffler leur passion, Alex Aguilera à la flûte et Mathieu Tarot à la trompette. Ils sont très talentueux et savent raconter de belles histoires, par des chorus inspirés, qu’ils pourraient presque jouer jusqu’au bout de la nuit. Le public ravi en redemande et les voici repartis, sous le regard bienveillant de Sébastien Iep Arruti, dans un superbe « The Theme » de Miles Davis. On n’en revient pas, mais quelle soirée ! Le quartet se reforme pour un bien soulful « (Sittin’ On) The Dock Of The Bay » d’Otis Redding, et le rappel final, « Pour Tonton » (de Sébastien), sera empreint d’un peu de tristesse, rendant hommage à l’oncle de Philippe Gaubert.
Encore une belle soirée qui fait montre de la vivacité du jazz à Bordeaux, et en particulier de ce lieu, le Caillou du Jardin Botanique, à la programmation très futée, que l’on peut apprécier tout au long de l’année, en dégustant si on le souhaite, les succulents plats au menu de sa carte.

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