SAX SUMMIT par Jazz and Wine 17/07/17

DAVE LIEBMAN : soprano

JOE LOVANO : tenor

GREG OSBY : alto

PHIL MARKOWITZ : piano, CECIL McBEE : contrebasse, BILLY HART : batterie

On se le rêvais, c’est resté un rêve !  On le sait bien qu’il ne suffit de rassembler quelques grosses pointures pour gagner à tous les coups … Pourtant tout est là : lieu d’exeption, Chateau Maison Blanche à Montagne-Saint-Emilion, sono plus que correct, organisation qui a fait ses preuves, 3 des plus fameux saxophonistes actuels… et puis, voila : un beau concert auquel il manquait de ce quelque chose qui rend l’instant inoubliable.

Dave Liebman se pose. Il a amené ses vieux potes aux piano et section rythmique, déjà présents sur « Méditations » (hommage à Coltrane en ’97, par ailleurs pas son meilleur opus…) . Ce bon vieux Coltraniste de la 1ère heure invite, pour  honorer  les 50 ans de la disparition du Maître,  2 collègues qui tiennent le haut du pavé dans leur catégorie : Lovano, qui possède le ‘soul’, et Osby qui a la ‘Force’ . Le répertoire concerne la dernière époque de Trane. Un 1er morceau de ‘mise en bouche’, et puis une belle intro : Dave flûte à bec, Joe au bansuri, c’est : ‘India’. Superbe, tous les espoirs sont encore permis. Mais ce sera le pic de la soirée, avec une très sensitive version de ‘Selflessness’ aussi… et puis voila. On visite ‘Love Supreme’, Meditations’ et autres, chacun manifestement y met tout son art, mais…

Le piano de Phil Markowitz est irréprochable. Accompagnement et chorus magnifiquement architecturés. vieux compagnon de route de Dave, rompu à toutes ses trouvailles, écrites ou improvisées. De même pour Cecil McBee, axe indéfectible, pierre angulaire du projet. S’il dévie d’un ton, d’un battement, c’est juste pour faire rebondir la balle que le soliste du moment prendra au vol pour explorer d’autres horizons. Le grand Billy Hart, toujours à l’écoute, présent et discret, souvent aux maillets. Malgré tout, ce n’était peut-être pas le batteur idéal sur ce coup là, un petit manque de folie !? Joe Lovano, impérial. Cependant, il faudra attendre presque la fin de l’évènement pour qu’il nous livre toute la mesure de ses capacités incomparables, sans retrouver pleinement l’émotion dont il nous avait envahit 2 ans avant à Blaye. Quant à Greg Osby, fameux co-fondateur du mouvement M’Base (avec Steve Coleman, Cassandra Wilson, Kevin Eukbans, entre autres), n’a de cesse de déverser feu et flammes, les idées se bousculent et emplit l’espace qui lui est concédé. le reste du temps, il restera légèrement à part, sur une extrémité de la scène, rejoignant le groupe pour faire très largement son boulot sur les splendides arrangements des thèmes, tutti et contre-chants, et bien sur, ses chorus volcaniques.  Il joue beau, fort, inspiré, libre, coltranien donc, dans le fond de l’âme, avec une formulation que n’aurait probablement désavoué le grand John.

Alors ? Tous ces remarquables musiciens, excellentissimes chacun, semblent avoir du mal à se trouver, à communiquer, à jouer, comme des enfants qui crient, s »affrontent, se chamaillent, se disputent, mais c’est pour de rire, pour faire vivre le plaisir d’être ensemble. Nous attendions, par cette chaude soirée estivale, un vent frais et torride de grande force, sans autre direction qu’indique le bonheur de transmettre un héritage immortel. En bref, un vent libertaire qu’ils auraient chevauché tous vraiment ensemble,  à se dépouiller de tout code, à partager chaque ‘impression’, surenchérir tous, au même moment… Bon, soit, il nous reste à accepter les variations, les aléas, l’impermanence de l’être humain, tout héros que nous en avons fait. Acceptons les contingences et les difficultés du musicien en tournée avec résignation. Une autre fois …?! en attendant re-écoutons l’ intégrale de l’inspirateur de cette tentative, les meilleurs enregistrements de nos hôtes de ce soir (n’oublions pas « live under the sky – Liebman et Shorter, un must). Et puis, peut-être que le plus bel  hommage  rendu au grand génie célébré, réside dans l’essence, l’esprit qui perdure dans la voie qu’il a ouverte il y plus de 50 ans. Partant, toutes nouvelles expérimentations,  prises de risques instantanées, destructurations systématiques viennent de l’héritage de notre mystique saxophoniste chéri, l’entretiennent, le nourrissent et le font encore grandir .

Merci John, et à  tous les autres aussi.

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