Raphaël Imbert et Big Ron Hunter à l’Entrepôt.

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

L’Entrepôt du Haillan le 9/11/2016

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Ce mercredi est un peu spécial, très spécial même, comme beaucoup je me suis réveillé au son d’une annonce inattendue concernant les USA, et toute la journée les médias et réseaux sociaux n’ont pas arrêté de nous parler ce ce pays, plutôt en mal. Ce soir nous voilà à l’Entrepôt au Haillan pour écouter des musiciens français mais où là aussi il ne va être quasiment question que de l’Amérique, de la Louisiane, de New Orleans, plutôt en bien.

La voix off du directeur de la salle nous accueille avec un humour inhabituel pour ce genre d’exercice, commettant un faux lapsus en se trumpant, nous invitant bien sûr à éteindre nos portables mais aussi à ne pas manger, ni boire ni…nous accoupler. L’ambiance ce soir est détendue, elle va le rester.

Le guitariste Thomas Weirich se présente alors, seul, jouant de son instrument à plat sur les cuisses, bottle neck au doigt bien sûr. Le ton est donné, nous sommes dans le Deep South. Le reste du groupe et son leader Raphaël Imbert le rejoignent et attaquent un bon gros blues sur lequel ce dernier au sax ténor va de suite montrer ses qualités de bopper, même de hard bopper. Intéressante la superposition de ces deux styles, la relative langueur du blues avec la frénésie volubile du ténor. Jean-Luc Di Fraya à la batterie, Pierre Fenichel à la contrebasse et Pierre-François Blanchard au piano, excellents, complètent le quintet.

Le parcours déjà long de Raphaël Imbert est très intéressant, musicien, professeur mais aussi érudit et chercheur. Il a écrit des ouvrages liant spiritualité et jazz, surtout dans le sud des USA, mais travaille aussi sur des logiciels de musique. Allez voir ça sur le Web, le personnage est vraiment très riche.

Personnellement je ne l’ai découvert que très récemment grâce à FIP, comme souvent, qui diffuse des extraits de son dernier CD « Music is my Home », un superbe album. Ses nombreux voyages aux USA influencent plus que fortement ce dernier album, ils le nourrissent. Il aime ce pays, surtout le Sud, il l’aimera toujours malgré les circonstances ; il vante son hospitalité, le partage avec les musiciens locaux, la beauté et l’immensité des paysages… Raphaël est bavard, il nous fait partager sa passion ; il nous avoue aussi que l’accueil à la bordelaise, différent de celui d’Evian ou de Vittel, est pour quelque chose dans sa volubilité ! Un personnage plein d’humour mais surtout quel saxophoniste !

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La première partie du concert est instrumentale, avec une reprise de Paul Robeson, cet athlète, chanteur, acteur des années 30 et 40 et, je cite Raphaël, « cumulant tous les handicaps, artiste, noir et communiste », l’émouvant « Peat Boy Soldiers » évoquant les camps de concentration sur une très douce mélodie. Suit « Easter Queen » une ballade, sorte de valse lente et un solo de guitare déchirant, un sax de velours avec une rythmique douce et discrète. Arrive « This Land is Your Land », un rythme cajun bien enjoué de Woodie Guthrie dont la guitare était orné du fameux slogan « This machine kills facists » toujours d’actualité.

La deuxième partie nous l’attendons tous car elle est synonyme de l’arrivée sur scène d’un grand blues man, l’archétype même du genre, un noir bien costaud à barbe et cheveux blancs, chapeau vissé sur la tête, steel guitare en bandoulière « le blues man le plus heureux du monde » nous dit Raphaël, rencontré lors de ses périples aux USA, le charismatique Big Ron Hunter.

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Une présence manifeste sur scène qui attire le regard et la sympathie, un jeu de dobro solide et une vraie voix de blues. Le magnifique « Going for Myself » (allez voir la vidéo studio officielle de ce titre sur you tube) illumine l’assemblée et nous voilà repartis dans le Deep South, avec ensuite du Gospel, « Walk With The Lord », puis un bon gros blues bien épais où, d’abord seul, Big Ron écrase de sa présence, au chant et à la dobro sans aucune pédale d’effet, nature. « I Got Ramblin » avec un chorus de sax sans sax de Raphaël Imbert, juste l’embouchure, un peu comme un cazoo, puis l’endiablé « Make That Guitar Talk » que les musiciens étirent de leurs chorus en liberté, pour finir par « Sweat River Blues ». Que c’est bien le blues !

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Deux rappels seront nécessaires pour calmer l’enthousiasme du public, un public un peu trop grisonnant – tout comme moi – à mon goût, mais ça c’est une autre histoire..

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Belle soirée organisée par le Rocher de Palmer, délocalisée en partenariat avec l’Entrepôt ; on ne prenait donc aucun risque à y venir, de la très grande qualité comme toujours.

Un commentaire sur “Raphaël Imbert et Big Ron Hunter à l’Entrepôt.

  1. MERLE Jacques dit :

    Excellent concert et découverte aussi; quant au public un peu trop « grisonnant », c’est bien une autre histoire qui vaut bien qu’on s’interroge? Moi le premier et je ne suis pas le seul au sein des organisateurs de cette musique que nous défendons par la diffusion en « live »! Au fait Patrick Duval m’avait demandé (et ce n’est pas la 1ère fois) de lui donner un coup de main pour la promo de ce concert, résultat une bonne majorité de spectateurs qui viennent aux concerts de Jazz And Blues, un point d’honneur et un merci à eux mais çà reflète bien un certain malaise!!!

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