Popa rescucite le blues de Jimi

par Philippe Desmond, photos David Bert.

Le Rocher de Palmer 1200, jeudi 2 février 2017.

Ce blog parle de jazz, ses lecteurs aiment le jazz mais avouez-le, vous n’avez pas écouté que ça dans votre vie ? Même les plus mûrs d’entre nous ont été jeunes, peut-être portaient-ils les cheveux longs et des pattes d’eph…suivez mon regard dans le miroir. Et ils ont dû écouter ou au moins entendre Jimi Hendrix. C’est mon cas et même encore régulièrement. Alors ce soir c’est direction Le Rocher de Palmer, comme souvent, pas pour du jazz mais un de ses parents, du bon gros blues électrique. Popa Chubby « plays Jimi » annonce l’affiche, belle accroche car je rencontre un ami qui ne le connaît pas mais a flashé sur le « plays Jimi ». Il doit y en avoir d’autres.

Le public est nombreux, la 1200 est pleine, beaucoup de crânes chauves, de cheveux gris comme pour les concerts de jazz mais aussi leurs enfants ou petits enfants comme rarement pour les concerts de jazz…

Voilà Popa, look d’Hells Angels avec des kilos, des poils gris et certainement des tatouages en plus par rapport à sa dernière venue (il vient à Bordeaux assez régulièrement) ; il a vraiment du mal à marcher son poids ayant depuis longtemps explosé un quintal, voire deux. Il va d’ailleurs jouer assis sur un tabouret ; bon matériel, très solide. Dans un autre gabarit ça me rappelle un des derniers concerts de Johnny Winter, ici-même, se faisant quasiment porter sur scène pour ensuite nous faire une éblouissante démo avec sa stratocaster blanche.

Rejoignent Popa Chubby un bassiste sorti direct de la fin des 60’s et un batteur. Le combo de base, guitare, basse, batterie, pas de fioritures. Tiens tiens le premier porte un t-shirt avec « Festival de Jazz de Madrid » et le second avec « New Orleans Louisiana » ; on est donc avec des potes.

Direct « Hey Joe », une version strato-caster-sphérique, un quart d’heure. Popa nous fait d’entrée la totale, d’un bout à l’autre du manche. La batterie prend très cher, à froid ça doit laisser des traces, la basse vrombit comme un gros V8 américain. Gros gros son ! A la limite on aurait pu partir à la fin du titre, un bouquet initial valant un bouquet final. On va se régaler ! Popa n’a pas de retour, pas la peine il est devant un muret d’amplis Marshall et Fender, à mon avis il doit s’entendre. Quant au batteur je me demande s’il avait besoin d’être amplifié tant il tape fort, jouissif.

Tiens un riff très connu, pas du Jimi mais il paraît qu’il le jouait : « Sunshine of your Love » de Cream ; pas du jazz par contre des impros de guitare dans tous les sens, mais pas des concours de vitesse ou de moulinet, avec des nuances ; et oui le gros Popa sait très bien le faire. Trois accords de strato légendaires annoncent « The Winds Cries Mary », belle version assez libre. On repart chez les Gypsys avec « Who Knows » et son riff caractéristique sur une basse monstrueuse. « Foxy Lady » et le blues monumental que constitue « Red House », la rythmique bien épaisse mais la guitare mélodique et agile. Les amis j’ai 16 ans, je me revois achetant le « In The West » un de mes premiers 33 tours ; on ne disait pas encore vinyle.

Petite pause méritée des deux sidemen qui viennent de bûcheronner durant une heure et Popa en solo nous fait une surprise pleine d’émotion avec une magnifique version d’ « Alléluia » de Leonard Cohen. Et à l’invite du guitariste les vieux rockers de la salle, parents et alliés se mettent ainsi à chanter comme des enfants de chœur à la messe ; touchant. La vieille strato – dont personne ne voudrait, pas même à Easy Cash, sonne clair, capable aussi de jouer des ballades. Une compo du dernier album puis « Third Stone for the Sun » et pour finir un tonitruant medley de « Wild Thing » et « Purple Haze ». C’est fini, j’ôte mes bouchons d’oreilles, Popa se lève, les bras vers le ciel, s’approche du bord de la scène vers la foule en délire ; non Popa ne saute pas dans le public, pitié !

Un concert comme ça de temps en temps ça vous fait un bien, pouvez pas savoir. Un truc simple, carré.

Deux minutes après dans le hall notre Popa, doux comme un agneau, dédicace CD et affiches, se livrant avec bonhomie à la corvée des selfies. Mais dis donc Theodore Horowitz dit Popa, faudrait peut-être se mettre au régime, on a envie de te revoir en bonne santé !

Un commentaire sur “Popa rescucite le blues de Jimi

  1. PIAROU Irène dit :

    Magnifiques photos et comme d’habitude un Philippe dithyrambique, passionné, émouvant, qui sait si bien nous faire partager et regretter de ne pas y avoir assister.

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