C’est la rentrée à la Belle Lurette : Bercy/Dubois/Lubat et du slam !

Texte et photos Philippe Desmond.

La Belle Lurette, Saint Macaire le 8 octobre 2017.

C’est la rentrée du Collectif Caravan à la Belle Lurette de Saint-Macaire. Toujours plein d’idées il a concocté un programme révolutionnaire pour ce dimanche avec la célébration des 100 ans d’octobre 1917, la révolution russe. Quelqu’un arbore même un magnifique sweat CCCP. Autour de Thomas Bercy (p) et Jonathan Hédeline (cb) et puisqu’on évoque la révolution on ne pouvait pas se passer de Bernard Lubat, cette fois à la batterie. Au sax Julien Dubois pour son esprit d’avant-garde et originalité du jour, le slameur Marco Codjia qui anime les sessions slam du Quartier Libre à Bordeaux.

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Avant le concert octobre 1917 ce dernier nous explique un peu l’origine du slam, cette poésie libre, ouverte à tous, que l’on scande -ou pas – qui fait l’objet de tournois, de compétitions si l’on peut dire sur toute la planète. Ne pas confondre avec le rap ou le hip-hop. Marco est slameur et surtout auteur. Il va nous slamer avec un flow impressionnant un poème de sa composition « L’homme crocodile » une allitération de mots en « cr » pleine de rythme mais aussi de sens. De la haute voltige.

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Après l’intervention d’une slameuse avec un texte très noir sur Bordeaux qui donnerait presque envie de quitter la ville place au musiciens que Marco va accompagner pour ce qu’on appelle une performance.

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Sur deux longues suites dont un hommage à Coltrane, l’apport du slam sur la musique, un jazz très libre pour ne pas dire free, va apporter une touche inattendue et vraiment intéressante.

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Textes engagés, musique d’avant-garde, c’est ça le jazz, on l’a déjà dit, le renouveau permanent.

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Développements libres de Julien Dubois au sax alto, rythmique nerveuse de Bernard Lubat à la batterie assouplis par la rondeur de la contrebasse et les nappes aux claviers.

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Sur la terrasse comble, les gens ayant annexé une partie du parking, une fois la surprise passée on apprécie. Il faut dire que le public fidèle à ces après-midis de jazz est ici friand de découvertes. Ce lieu pour ça est admirable et insolite.

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A l’intérieur de la Belle Lurette une expo photos de Kami intitulée « About men and politics » accrochée jusqu’au 30 décembre et consacrée aux manifs souligne l’esprit engagé et citoyen du Collectif Caravan. Une remarque qui n’engage que moi, le tarif des photos paraît décalé par rapport au sujet qui relate souvent des revendications liées au pouvoir d’achat.

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La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la jam habituelle et là les instruments sortent de partout pour enfiler les standards avec des musiciens de tous âges et de tous niveaux ; une vraie jam ouverte, le blog en a souvent parlé. Celui qui souffle dans son bugle est le même que celui qui a fait le Sainte Croix du Mont que je suis en train de siroter, il n’y a qu’ici qu’on peut voir une chose pareille ! Première jam de la saison et certainement dernière en plein air avant de s’entasser dans la chaude ambiance de la Belle Lurette chaque premier dimanche du mois.

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Alors souhaitons une belle saison au Collectif Caravan qui organise le 28 octobre à Monsaguel (24), en association avec le Maquizart, un concert du Coltrane Jubilé intitulé « Orphée »

Coltrane Jubilé Quartet
Thomas Bercy – piano, compositions, arrangements et direction artistique
Maxime Berton saxophones ténor et soprano
Jonathan Hedeline  contrebasse
Gaétan Diaz  batterie

Avec la participation de
Bernard Lubat causerie & batterie
Claude Magne danse contemporaine
Marco Codjia slam
Sébastien Arruti – trombone

Christophe Dal Sasso/Sylvain Ghio : DaoElectro

Texte et photos Philippe Desmond.

Le Comptoir Ephémère, Bordeaux, jeudi 5 octobre 2017. 

Ce qui est intéressant dans la musique et notamment dans le jazz c’est que rien n’est jamais figé, il reste toujours des pistes à explorer ce dont certains ne se privent pas. Christophe Dal Sasso en fait partie, toujours une idée nouvelle en tête. Après son adaptation en big band de « A Love Supreme » de John Coltrane vue au Rocher de Palmer (voir Blog Bleu du 29 mars 2015, lien en fin d’article) il a créé et composé le projet « Les Nébuleuses » en associant un trio à cordes à un quintet de jazz. Pourquoi pas.

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Ce soir, avec son compère lui aussi varois, le batteur, au physique de 2ème ligne, Sylvain Ghio (prononcer Guio), il va nous faire voyager dans le cosmos avec son tout nouveau projet « DaoElectro ». Dans le Comptoir Ephémère pas beaucoup de voyageurs courageux pour embarquer dans le vaisseau alors qu’ils étaient si nombreux la veille pour parcourir le monde avec Ceïba… Les absents, comme souvent, ont eu tort. Il est vrai que le jeudi soir ça joue partout.

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Pour cette soirée le duo a invité Laurent Agnès – Julien Alour normalement – bien connu dans nos contrées et désormais trompettiste de Post Image ; entre autres. Laurent découvre la musique et joue en lisant quasiment sans répétition, une prouesse.

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Comme son nom l’indique le projet repose beaucoup sur des machines électroniques, claviers, pads, pédales d’effets, tout ce que la technique offre maintenant ; sacrilège ? Non, Bach et Mozart ou Jelly Roll Morton joueraient probablement du synthé maintenant et ajouteraient des loops à leur musique.

Pour autant ce que j’ai trouvé central dans cette musique c’est le rôle du batteur, lui seul jouant avec un son naturel. Tout tourne autour d’une rythmique nerveuse, répétitive, allant jusqu’à la transe. Les nappes électros proposées par Christophe Dal Sasso contrebalancent une énergie de percussion inouïe, la trompette de Laurent et les flûtes venant poser des mélodies ou des diversions sur cet ensemble. Parfois à la limite du free, souvent dans des développements mélodieux et toujours cette rythmique enivrante. Musique electro mais sans cette froideur souvent présente.

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Le drumming à la fois lourd et fin de Sylvain Ghio rappelle celui d’Elvin Jones – tiens revoilà Coltrane – il joue du tambour, très souvent avec les mailloches qu’il utilise un peu à contre-emploi percutant ses peaux et les cymbales sauvagement avec ;  il faut voir dans quel état elles finissent, totalement échevelées.

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Le premier morceau à ce titre a été édifiant, il relatait le décollage de la fusée vers le cosmos, une explosion d’énergie, un orage de percussions.

Trompette souvent en sourdine aiguë, parfois avec des effets surprenants, les flûtes variées, traversière, de Chine, de Lettonie, gardant elles leurs sons naturels Christophe, très affairé, en jouant avec toujours un œil et un doigt sur ses machines pour en gérer les effets insolites, tantôt planants, tantôt violents.

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Belle interaction entre les musiciens, Sylvain Ghio quand il n’a pas décollé pris par sa musique, fixant Christophe pour capter les infos. Bravo encore à Laurent Agnès qui a su entrer si vite dans ces compositions d’avant-garde.

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« Light Star », « New Star », « Planète Rouge »… nous sommes bien dans un autre univers. Vers la fin on vient se poser du côté de la Bretagne paraît-il avec un titre en forme de ronde dont la mélodie vous reste en tête ; c’est cela que j’ai aimé, ces audaces qui n’oublient pas la musique, ces expérimentations qui restent accessibles.

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Rien d’étonnant, Christophe Dal Sasso est un excellent arrangeur il a d’ailleurs électronisé le « Juba Juba » de Yusef Lateef – avec qui il a eu le bonheur de  jouer nous précise-t-il – Sylvain y martyrisant ses mailloches et le tom basse de la batterie prêtée par  Philippe Gaubert ; elle a tenu. Elle a tenu même après un extraordinaire solo hors sol – normal on est dans l’espace – où un Sylvain totalement habité a confirmé son talent reconnu pas les nombreux grands jazzmen avec qui il a collaboré. Epoustouflant.

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Une belle découverte que ce DaoElectro qui nous fait sortir des sentiers battus sans pour autant la crainte de se perdre.

https://www.facebook.com/DaoElectro-1693934134238155/

http://blog.actionjazz.fr/le-big-bang-du-dal-sasso-belmondo-big-band/

 

 

Ouverture du Comptoir Éphémère

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Bordeaux, mercredi 4 octobre 2017

Un endroit quasi historique

Le Comptoir du Jazz a une longue histoire. Créé en 1997 en même temps que le restaurant mitoyen « Le Port de la Lune » par Michel Daroque – et sa moustache à la Dali – il a vécu après la vente par ce dernier en 2011 des moments compliqués et pas toujours glorieux, notamment une fermeture pour mauvaise gestion, ce qui est un euphémisme… Musicalement par contre il a connu des nuées de soirées remarquables et des moments inoubliables de jazz et de blues.

Il y a deux ans suite à une prise de contrôle par des personnes proches du monde du Rugby bordelais, le Comptoir avait essayé de changer de nom pour « le Club-House », dénomination qui n’a guère convaincu, la communication se faisant toujours avec ce nom suivi de « ex Comptoir du Jazz » et la mayonnaise sport/musique n’a jamais vraiment pris malgré une programmation régulière de qualité.

En mai dernier l’affaire étant disponible Benoît Lamarque et sa société Arcadia Ego, déjà gérants du Caillou, ont décidé d’investir le lieu pour le relancer. De nouveaux noms ont été évoqués dont « le Pastorius » en hommage à Jaco, ou encore « l’Abattoir » en référence aux anciennes installations voisines ; mais avouez qu’envoyer des musiciens à l’Abattoir aurait pu être mal pris par ceux-ci ! Finalement au regard du passé du lieu, de sa notoriété et des habitudes des Bordelais il a été décidé de garder le nom « Comptoir » en y ajoutant le qualificatif « Moderne ».

Vers la démolition du lieu

A Action Jazz, un peu au courant de l’affaire, nous en étions restés à cette dénomination jusqu’à que commence à poindre de la communication avec « Le Comptoir Ephémère ». On a compris de suite. L’établissement se trouve dans un quartier en pleine transformation urbaine et allait en faire les frais. Effectivement en juillet Benoît Lamarque a appris par le propriétaire des murs que le lieu était voué à démolition, l’obligeant à réduire ses projets à la baisse. Ceci a d’ailleurs créé une polémique assez vive entre différents acteurs dans laquelle nous n’avons pas à nous immiscer, notre rôle étant seulement d’informer le public jazz sur les lieux où il peut vivre sa passion.

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En présence de Fabien Robert adjoint à la culture de la ville de Bordeaux, et devant un nombreux public, le mercredi 4 octobre a donc vu la (re)naissance du « Comptoir Éphémère » et cela pour une durée indéterminée allant de un à deux ans. Alors autant en profiter pour vivre intensément ces mois restants.

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Une exposition des superbes photos de Thierry Dubuc accueille les visiteurs qui découvrent aussi la nouvelle décoration.

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Fini les cadres avec les maillots de rugby tout avachis, place à une déco plus sobre et élégante, des boiseries rouges et noires, des écrans vidéo, une nouvelle sono, un bar réaménagé et surtout une nouvelle scène ! Celle-ci était jusque là engoncée entre un mur et un énorme poteau, ressemblant plus à un tunnel dans lequel s’entassaient les musiciens ; le simple fait d’y avoir ajouté une avancée l’a métamorphosée. On se demande comment cette solution n’avait pas été trouvée avant.

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La programmation du lieu devrait être plus éclectique gardant sa forte couleur jazz mais avec aussi de la chanson, de la danse, du cabaret et cela du mercredi au dimanche. Musique du monde aussi notamment pour cette soirée inaugurale avec Ceïba présentant son nouvel album « Tout Va ». Voir sur le Blog Bleu du 29 septembre le compte-rendu du concert au Rocher.

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Alors pour une fin heureuse il faut donc profiter de ces dernières heures du « Comptoir » qui disparaîtra sous les coups de bulldozer d’ici peu. Quand ? Nul ne le sait !

https://comptoirephemere-bordeaux.com/

Galerie photos d’Alain Pelletier :

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Concert de Soutien à FIP Bordeaux

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher, mardi 3 octobre 2017.

Vous le savez certainement les trois locales de FIP, celles de Nantes, Strasbourg et Bordeaux/Arcachon sont menacées car remises en question par le PDG de Radio France Mathieu Gallet. Le dossier est très avancé et la fin annoncée très proche paraît-il. Économies. Pourtant une goutte d’eau dans la galaxie Radio France, car une locale c’est 7 ou 8 personnes et la moitié en équivalent temps plein. Par contre pas de reclassement prévu pour ces personnes… Idem à Nantes et Strasbourg les deux autres locales rescapées des précédentes purges.

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Certes FIP continuerait à diffuser sa bande son mais comme le déclare la pétillante animatrice Stéphanie

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puis Patrick Duval dans son mot d’accueil « chez lui » au Rocher de Palmer, devant une 650 pleine, finies les annonces locales si importantes pour la vie culturelle : les concerts, les expositions, le cirque, le théâtre, le court métrage, les pestacles pour enfants, les rencontres littéraires, les conférences, les « petits » festivals, tous ces événements qui ainsi ne passent pas inaperçus.

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Souvent ces spectacles ou événements annoncés n’ont pas accès au grands médias ils trouvaient là un relais important.

Ces radios FIP créées il y a plus de 40 ans ont déjà subi trois attaques, la première en 1986 comme le rappelle Patrick Balbastre, ancien de Radio France.

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A cette époque à Bordeaux nous avions FIB, il y avait FIL à Lyon, FIM à Marseille et aussi d’autres, FIP étant uniquement à Paris ; le FI voulant dire France Inter, la troisième lettre correspondant à la ville. Devant le mécontentement des auditeurs les radios avaient subsisté mais sous le seul nom de FIP et avaient tout de même gardé leurs antennes et ainsi leurs annonces locales. La dernière attaque date de 2000, époque où FIP Lille a été supprimée comme le précise Jean-Gabriel Guichard du comité de soutien.

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Et voilà que ça recommence au moment où cette radio vient d’être déclarée la meilleure du monde par Jack Dorsey le PDG de Twitter. Les présidents de la Région, du Département, de la Métropole, de gauche et de droite, solidaires de FIP,  ont écrit à ce sujet au PDG de radio France sans résultat pour le moment.

FIP est un joyau, combien de découvertes avons nous faites en l’écoutant.  Ma discothèque est pleine de disques puis de CD entendus sur FIP pour la première fois. Je me souviens au début où il fallait téléphoner pour connaître le titre, notant l’heure dans la voiture et appelant le soir ou le lendemain ! Puis le portable permettant d’appeler immédiatement, puis les playlists sur le net jusqu’aux autoradios indiquant maintenant le titre en direct. Combien d’entre nous on téléphoné au 05 56 24 13 13 pour essayer de gagner une place pour un concert à Eysines, au Fémina ou ailleurs ou encore pour gratter un album à l’œil. Je me souviens avoir gagné plusieurs fois. La musique certes mais aussi les annonces.

Ces annonces ce sont les jolies voix des Fipettes qui nous les prodiguent et ce soir elles sont là révélant ainsi – enfin – au public leurs personnes, leurs visages, comme Zorro qui enlève son masque. C’est que la situation est grave.

Les amateurs de la radio se sont déplacés et après l’inquiétude de voir arriver le public au compte goutte c’est la satisfaction de constater la 650 pleine. FIP c’est avant tout la musique et peu de paroles alors va pour peu de discours et beaucoup de musique(s) ce soir.

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FIP c’est tout, le jazz, le classique, la chanson, la pop, les musiques du monde… tout on vous dit mais de qualité, alors ce soir l’échantillon proposé est éclectique et de grande valeur.

Du jazz avec Edmond Bilal Band le quartet de bordelais bien connu d’Action Jazz car vainqueur du Tremplin 2013. Prestation courte de 20 minutes comme les autres mais dense et sans round d’observation. Les excellents Paul Robert au sax, Mathias Monseigne à la basse, Simon Chivallon aux claviers et un époustouflant Curtis Efoua à la batterie. Une musique inventive, dynamique et moderne, une découverte pour beaucoup une confirmation pour nous. Ecoutez leur dernier opus sorti en mai dernier « Starouarz » vous verrez.

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Changement radical avec Las Hermanas Caronni, deux sœurs jumelles argentines venant de Rosario, mais vivant à Bordeaux depuis plusieurs années et fidèles auditrices de FIP comme elle nous le révèlent. Laura au violoncelle et Gianna aux clarinettes, les deux chantant. Un moment de grâce d’une beauté dépouillée magnifique et si musicale mais bien trop court – j’ai déjà eu la chance de les voir lors d’un vrai concert, merveilleux, ne vous en privez pas à l’occasion – Pleines de fraîcheur et d’humour en plus, comme Gianna qui nous déclare pendant que Laura s’accorde que celle-ci a accouché sous FIP. Style indéfinissable mais à quoi bon, du jazz, du tango, de la chanson, une touche de classique, FIP à elles deux. Une 650 bouche bée sous le charme ; moi quand je les vois et les entends, c’est simple, je tombe amoureux des deux à la fois.

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FIP sans musique du monde n’est pas FIP nous voilà partis dans les Balkans avec la Cie Mohein et ses 8 musiciens « seulement », la chanteuse n’étant pas là.

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Autour du cymbalum – un piano sans clavier en quelque sorte – au son si caractéristique, trois violons endiablés, la clarinette de Nicolas Lascombes, une guitare, une contrebasse et des percussions.

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Ça virevolte, ça balance, le public finissant debout. Musique aux sons parfois tristes et pourtant si gaie, musique d’émotions, pour mariages et enterrements comme on le dit pour elle.

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Tout les musiciens viennent saluer rejoints par les Fipettes, les applaudissements de la salle debout sont scandés, c’est émouvant et rappelons nous, seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.

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Sauvons les locales de FIP, signez la pétition !

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Les six Fipettes (Photo Dom Imonk)

lien pétition : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

contact : fipbordeauxarcachonendanger@gmail.com

 

 

THE SOUL JAZZ REBELS IN BORDEAUX – 30/09/2017

Par Dom Imonk

 

The Soul Jazz Rebels

Une chose est sure c’est que, quoiqu’on en dise, le jazz est furieusement vivant et a envie qu’on l’aime. Il y a pour cela des musiciens qui s’y entendent à merveille pour faire découvrir, ou rappeler toute la diversité de cette musique multiple, des rivages mainstream aux sentiers escarpés du free. The Soul Jazz Rebels font partie de ces passeurs. Ils ont choisi une filière carrément jazz-blues-funk « roots », d’abord pour le plaisir, c’est évident en les écoutant, mais aussi pour séduire un public qui ne demande qu’à se trémousser sur des rythmes qu’il avait déjà connus dans les années soixante, ou même un peu plus tard. Le terrain de jeu de nos musiciens est bien plus qu’une simple chapelle « revival », où ils ne se contenteraient que de jouer des covers d’artistes que pourtant ils vénèrent. Non, leur musique, ils la composent, avec beaucoup de soin et de fraîcheur, et cette précision qui est l’un des ingrédients indispensable pour toucher le public en plein cœur et déclencher instantanément ce fourmillement irrésistible dans les gambettes, qui pousse au dancefloor. On a tous connu ça ! Savoir écrire et sonner comme dans les sixties, ce n’est pas si simple, il faut que le groove soit puissant, nourri d’un soupçon de blues un peu gras, avec l’épice funk à la suave moiteur des soirs d’été, mais pas trop quand même, pour rester actuel, fresh et sans détour. Tout est question de finesse et de tact. Pour se faire une idée, on écoutera leur remarquable « Chittlin Circuit », album sorti en début d’année chez Black Stamp Music, qui est un vibrant hommage au circuit des clubs US comme l’Apollo de Harlem ou le Cotton Club, où se jouait cette musique, prétexte à des jam mémorables. On rappelle que The Soul Jazz Rebels, ce sont Jean Vernhères (saxophone ténor), Christian Ton Ton-Salut (batterie), Hervé Saint-Guirons (Hammond) et Cyril Amourette (guitare). Quatre garçons dans le vent fort de la Great Black Music, c’est dit ! Excellents musiciens, présents sur bien des fronts, on les a vus en juin dernier groover en diable au Festival Jazz 360, faisant ainsi trembler les feuilles et fleurs odorantes des tilleuls de la place de Camblanes. Puis un peu plus tard, c’est Jazz in Marciac qui les accueillait et nos rebelles ont mis le feu au Bis, public soufflé par l’énergie de ce groupe. Immédiateté, simplicité, impact, mais aussi un contact à la chaleur sincère et surtout une âme collective souriante, dont l’ardeur est communicative. Ils ont la pêche et ils vous la donne !

Le concert de samedi dernier au Caillou du Jardin Botanique a en tous points confirmé ces impressions estivales. Jean Vernhères est le front man, il sait mettre l’audience dans sa poche : sourire charmeur, anecdotes et humour, et quand il part au sax, les phrases sont généreuses, savantes et d’un lyrisme qui rend honneur à ces Sonny Stitt et autres Gene Ammons qu’il cite et dont il ne cache pas l’inspiration qu’il en tire. Même chose pour Cyril Amourette. Lui c’est du côté de George Benson période Jimmy Smith que ses doigts le promènent. Attentif et concentré, son jeu est un bijou de précision et ses échappées solistes des modèles du genre, tatouées d’un délicieux grain roots qui les colore, sans l’aide d’aucun effet, le pur son originel. En maître incontesté des baguettes, professeur, leader, sideman, Christian Ton Ton – Salut joue comme un esthète et survole ses peaux et cymbales avec l’inspiration d’un aquarelliste. La beauté naturelle de son jeu, ses relances, ses chorus et cette élégance racée, soudent le groupe avec raffinement et le mettent en valeur sans jamais l’effacer. Du grand art. Attardons-nous sur Hervé Saint-Guirons, qui est notre maître ès orgue Hammond. Il est depuis longtemps la référence en cette ardue matière, et ses collaborations sont légion, avec par exemple Ernest Dawkins, Dave Blankhorn, Monique Thomas et Alex Golino…. « Le Réverend », comme le surnomme affectueusement Roger Biwandu, autre figure importante du jazz local, mais pas que, avec lequel il joue très souvent, notamment à l’Apollo de Bordeaux, est l’un des plus ardents défenseurs de ce jazz-blues-funk, et son jeu remarquable, dont le son est enrichi par sa fidèle « leslie », trahit ses influences qu’il confie être quelque part entre Brother Jack McDuff et Dr Lonnie Smith. Excusez du peu ! Hervé Saint-Guirons  a une belle âme, habitée par la mémoire de ses prédécesseurs et les routes tracées, ainsi que par ce respect de l’autre qui est de chaque instant. Le concert de ce soir n’a donc pas failli à la réputation de ces quatre pointures et de ce groupe très attachant. Ils ont mouillé la chemise en reprenant la plupart des titres de leur récent album, en y insufflant cette ferveur live qui est leur sceau, en un flow up-tempo irrésistible. Deux sets, deux courses folles, on croyait qu’ils nous avaient tout donné, et bien non ! En rappel, le « Filthy McNasty” de Horace Silver est venu porter le coup de grace à une assistance définitivement conquise. Début 2018, Hervé Saint-Guirons indique que le petit frère de “Chittlin Circuit” devrait venir au monde, alors surveillons ça de très près, nous en reparlerons ! En attendant, si vous le pouvez, foncez voir The Soul Jazz Rebels en concert et achetez vite leur disque, l’hiver arrive, il faut vous réchauffer, songez-y !

Par Dom Imonk

souljazzrebels.com

facebook.com/blackstampmusic

THE SOUL JAZZ SETLIST :

1° set :

1 – Chittlin blues (Cyril Amourette)

2 – Baby Foot Party (Jean Vernhères)

3 – Bap Boss (Christian Ton Ton-Salut)

4 – Don’t Stop the boogalou (Hervé Saint-Guirons)

5 – Smoothie shoes (Cyril Amourette)

6 – Mojo (Christian Ton Ton-Salut)

2° set :

1 – Inner City Street (Jean Vernhères)

2 – Boogie Trop (Jean Vernhères)

3 – The night remember (Hervé Saint-Guirons)

4 – Mooving the lawn (Cyril Amourette)

5 – Betty Boop (Cyril Amourette)

Rappel :

Filthy McNasty (Horace Silver)

Les photographes d’Action Jazz s’exposent. Concert d’OD en bonus

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat Lire la suite

Ceïba au Rocher : Tout Va !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, jeudi 28 septembre 2017.

Sortie de l’album « Tout va »

La sortie d’un album n’est pas un événement anodin quand on est de véritables artistes. Elle est là pour couronner le travail de plusieurs mois, lui même assis sur une base de plusieurs années.

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Une sortie en public est bien sûr une des meilleures façons de présenter son œuvre à condition que tout se passe bien. Pour que tout se passe bien il faut une forte préparation des artistes et que le public réponde présent. Connaissant les musiciens nous n’étions pas inquiets sur le premier point et cela s’est confirmé de façon éclatante lors du concert. Pour le second et bien la salle de 650 places du Rocher s’est avérée trop petite et la chasse aux places disponibles s’est ouverte à peu près en même temps que la traditionnelle ; complet depuis deux semaines.

Nous avions rencontré Ceïba et ses musiciens lors de l’enregistrement de l’album au studio Cryogène de Bègles pour un article paru dans la Gazette Bleue #22 de mai 2017. La minutie du travail, le soin des détails nous avaient frappés et déjà, avant même le mixage définitif, on avait perçu la beauté et la richesse des compositions. . Le résultat est un très bel album de dix titres baptisé « Tout Va », c’est son contenu que beaucoup vont découvrir ce soir avec d’autres surprises. Ceïba a pratiquement tout composé avec bien sûr la pianiste Valérie Chane-tef sur quelques titres.

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La première surprise c’est la présence sur scène outre Ceïba, Valérie Chane-tef, Franck Leymerégie et Benjamin Pellier le quartet habituel, de Guillaume Thévenin l’ingénieur du son et responsable du studio Cryogène. Il est aux « machines » électros et sa guitare est près de lui. Guillaume qui est aussi musicien, a été une pièce importante de l’enregistrement, apportant ses idées, ses suggestions et c’est naturellement que le groupe l’a intégré pour ce spectacle et les suivants. Il va proposer les ambiances sonores faites de voix off africaines, de bruits de marchés, de nature, de divers bruitages, chanter et ponctuer les thèmes de virgules musicales avec sa guitare. Une excellente idée.

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Un voyage plein d’émotion

Le concert commence avec la perle « Un Petit Bout de Toi » qui ouvre aussi l’album. Valérie l’introduit au piano, puis la rythmique arrive sur la voix délicate de Ceïba ; le voyage commence. Si tu veux partir avec moi je t’attends (… ) viens je t’emmène en voyage (…), voilà « Kidou » et l’arrivée sur scène avec sa valise d’une voyageuse, la danseuse Khady Saar que nous avions vue avec Ceïba en 2016 à Ambarès ; toujours cette grâce et cette puissance félines, cette présence scénique ondulante très forte qui va nous régaler toute la soirée et nous manquer dans l’album !

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A voir ses réactions c’est déjà gagné avec le public dans lequel beaucoup d’amis mais aussi énormément de gens qui découvrent le groupe et sa musique.

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Souffle alors l’émouvant « Vent Nouveau » dont il faut un peu raconter l’histoire. Il y a deux ans le groupe avait repris « Evariste Siyed Lon » un titre créé par Kan’nida sur le rythme Boulaguel traditionnel de la Guadeloupe, ce style dont certains ont fait un emblème politique lié à l’indépendance de l’île. Et certains là-bas – et ici – ont pris ça comme une provocation que des métropolitains s’emparent de leur musique allant même jusqu’à des menaces. « Vent Nouveau » est une réaction en forme de droit de réponse, mais surtout un message de fraternité, de tolérance et d’amour. D’ailleurs l’an dernier le groupe avait pu se rassurer sur la nature humaine en chantant lors d’un festival en Guadeloupe « Evariste Siyed Lon » devant un public chaleureux.

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Le voyage va continuer en Afrique, aux Antilles avec une belle variété. Voilà des intermèdes où tous sont aux percussions Khady Saar étalant son talent de danseuse dans des costumes et des chorégraphies extraordinaires, Ceïba n’étant pas en reste dans ce domaine. Elle sait d’ailleurs tout faire à merveille.

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Qualité musicale et visuelle

Le spectacle est coloré, visuellement très soigné grâce aussi aux éclairages. L’harmonie des voix, les breaks, les fins de titres, on comprend qu’il y a eu énormément de travail car tout est fluide.

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Valérie Chane-tef , pièce maîtresse du groupe, apporte sa touche jazz créole comme elle la définit elle-même et nous offre quelques moments de grâce avec notamment un chorus au piano sur lequel elle scatte , ou des développements qui font tourbillonner Khady Saar.

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Franck Leymerégie nous a réservé lui aussi une surprise avec quelques interventions assis sur un ka dont il joue des deux mains et d’un pied, technique venant du Bèlè martiniquais. Au set de percussions il est inégalable avec sa rythmique au rasoir et ses trouvailles. Il nous offre même un passage au bendir, cet instrument à la vibration sonore si caractéristique.

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Au fond à droite comme toujours, Benjamin Pellier à la basse, avec son groove plein de rondeur indispensable à la charpente du groupe, va même nous proposer des chorus dont une magnifique intro en solo ; personnage discret mais si efficace !

Vers l’issue du concert, Ceïba va enfin libérer le public qui a depuis longtemps des fourmis dans les jambes en lui proposant de se lever et danser ; il n’attendait que ça ! Khady Saar elle est survoltée

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Triomphe, rappel bien sûr et cette fois Ceïba qui fait chanter la salle conquise.

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Une dernière surprise avec l’arrivée sur scène du Béninois Ewa Touhinnou magnifique chanteur et percussionniste pour le dernier titre de l’album dont il est co-auteur avec Ceïba « Wedouto ».

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Un spectacle complet très abouti, magnifique !

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Dire que j’évitais les musiques classées du monde avant de connaître Ceïba…

Si vous avez raté ce concert, rendez-vous le 4 octobre à 21h30 lors de la soirée d’ouverture du Comptoir Éphémère quai de Paludate ou au festival de la Ruche à Saucats le 14 octobre.

http://ceibamusic.com/ ; http://valeriechanetef.com/ ;

Gazette Bleue n°22 – Mai 2017

 

 

Jam Jazz Bordeaux – Rentrée 2017/2018

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

Quand arrive Septembre et ses rentrées plus ou moins gaies, il faut bien se faire une raison, c’est la reprise ! Alors pour se consoler, rien n’interdit de lorgner un peu sur les soirées de ce qui est encore un peu l’été. Et là, bizarrement, le sourire revient vite si l’on parle des concerts à venir, mais aussi et surtout, des fameuses « jam » jazz, car il s’en passe de bien bonnes dans le Bordeaux by night, on est ravi de les retrouver et la saison 2017/2018 se présente au mieux. Tout a commencé pour nous le 1° septembre au Bar l’Avant-Scène au 42 Cours de l’Yser, où le mystérieux trio « Mimoon » doit y démarrer les hostilités. Ici, on aime aussi le rock, comme en témoignent quelques affiches, AC/DC, Frank Zappa etc… Un lieu très accueillant et chaleureux, vraiment ouvert à toutes influences. « Mimoon » c’est Clément Bourciquot à la batterie, Félix Robin au vibraphone et Louis Laville dit « Vendeen » à la contrebasse, ces deux loustics formant la moitié du groupe Capucine. Le concert est filmé par Jérôme Mascotto, saxophoniste qu’on retrouvera plus tard, et féru de cinéma. Les choses jazz vont déjà bon train, les standards se bousculent et s’étirent avec  passion, alimentés de chorus et d’échanges qui instaurent une ambiance club dans laquelle on se sent bien.  Les « jam addicts » sont arrivés, et c’est du costaud ! Mathieu Calzan, qui investit le piano droit du bar et en titille avec délice l’ivoire, Louis « Cash Express © » Gachet (from « SF »), qui dompte sa brûlante trompette à la « hubbarde » et en extirpe des sons très « shaw », Jérôme Mascotto donc, et son beau saxophone tout neuf, et ce son engagé et chaleureux qui est sa marque. On n’oubliera surtout pas les « drumming » impeccables que distillent tour à tour Yoann Dupuy et Thomas Galvan, ainsi que la finesse de la contrebasse de la douce Marina Kalhart, qui nous quitte pour Copenhague (mais que l’on reverra), fidèle de ces jam et dont on avait apprécié le récent projet « Melodious Tonk » en trio avec le batteur Simon Lacouture et le guitariste Patrick Bruneau.

Mimoon Trio

Clément Bourciquot et Marina Kalhart

La semaine suivante, cette joyeuse animation n’allait certes pas se calmer, vu que dès le lundi, ce fut au tour de Thomas Despeyroux, exquis batteur et grand artificier de la jam bordelaise, d’ouvrir celle du Café des Moines au 12 rue des Menuts, pour laquelle il a invité deux jeunes pointures de la scène parisienne : Simon Chivallon aux claviers, que l’on connait bien chez nous (Edmond Bilal Band, Alexis Valet 4tet & 6tet, Gaëtan Diaz 5tet, JarDin…), et Gabriel Pierre à la contrebasse, excellent musicien et hyper actif dans foule de jams parisiennes, mais que l’on a aussi grandement apprécié à Marciac, au sein du trio d’Alexandre Monfort. On a plaisir à le retrouver le lendemain pour une nouvelle jam jazz, organisée elle aussi par Thomas Despeyroux tous les mardis en un nouveau lieu : Le Bad Motherfucker Pub (ce nom !) 16 Cours de l’Argonne. Accueil sympathique, salle assez vaste avec un beau billard tout au fond, on peut grignoter et la bière est bonne, bref. Il nous propose un trio très pointu et bien en jambes, d’autant qu’il marque le retour de Guillaume « Doc » Tomachot en excellente forme, qui nous gratifiera d’un suprême chorus enflammé sur le « Mr P.C. » du Trane, son sax est chaud bouillant ! Pour la jam arrivent un batteur mystérieux, mais aussi Alexis « Elastic » Cadeillan qui s’empare de la basse et va la faire danser, ainsi qu’à ses côtés le fort talentueux Rémi Dugué-Luron, armé d’une guitare acoustique électrifiée un peu vintage, dont il extirpera les plus beaux sons de son âme manouche.  Superbe entente improvisée qui fait de cette première une réussite, on y reviendra !

De g à d : Gabriel Pierre, Thomas Despeyroux et Guillaume « Doc » Tomachot.

Jam Badmotherfucker Pub

Le lendemain mercredi, c’est probablement la jam jazz la plus en vue de Bordeaux, la « Jazz Night Session » du Quartier Libre (lequel fête d’ailleurs ses deux ans d’existence !), 30 rue des Vignes aux Capus, tout ça grâce à Julian et son équipe, qui y ont cru dès le début mais aussi à celui dont c’est presque la fille spirituelle, Thomas Despeyroux, vrai « master of ceremony » que revoila en super forme, à la tête d’un quartet sacrément musclé. Avec lui on retrouve Guillaume « Doc » Tomachot visiblement ragaillardi par la soirée d’hier, il le prouvera tout au long du set, alors que la belle Laure Sanchez tient la contrebasse et nourrit le groove, son associé de trio Robin Magord s’y entendant à merveille pour faire jongler les bulles herbiennes. Tout fonctionne au quart de tour et cette superbe mécanique jazz poursuivrait bien sa route dans la nuit, si dame jam ne piaffait pas d’impatience à venir en découdre avec la note bleue improvisée. Ce soir c’est noir de monde et les musiciens sont légion. Alexis Valet a laissé son vibraphone à Paris, mais le clavier encore tiède de Robin Magord n’a pas de secret pour lui, alors il s’en empare avec élégance, bien décidé à ne pas s’en laisser compter et à en tirer les phrases perchées que l’on aime chez lui. La bande des aficionados est réunie pour écouter ses potes ou s’en donner à cœur joie sur scène. On cite Marina Kalhart, Louis Gachet, Mathieu Calzan, Jéricho Ballan, Louis Laville, Félix Robin et surement quelques autres… Vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient laisser passer une telle occasion, mince, c’est la rentrée ! Soirée de rêve dans un torrent jazz bien fresh, jusqu’à tard dans la nuit, ce sera dur de se lever le lendemain, mais quel pied ! Puisqu’on parle du Quartier Libre, profitons-en pour rappeler qu’il offre aussi une table inventive et gouteuse, et qu’en plus d’une riche programmation de concerts en tous genres, où ne sont pas oubliés le rock, le slam, l’electro, l’avant-garde, bruitiste ou pas, bref, tout ce qui sonne « mutant sound », d’autres jams que celle jazz s’y tiennent comme la « Jam Old Jazz » (le mardi), la « Jam Blues Funk » (tous les 1° jeudis du mois) et la «Soul Jam Party » (le samedi) , alors ne les manquez surtout pas !

 

De g à d : Thomas Despeyroux, Guillaume « Doc » Tomachot, Laure Sanchez et Robin Magord.

De g à d : Jericho Ballan, Louis Gachet, Louis Laville et Alexis Valet.

Le jeudi de la semaine suivante, nous voici rendus au Starfish Pub, 24 rue Sainte Colombe. C’est la rentrée d’une jam qui existe depuis un an et s’y tiens les 1° et 3° jeudis du mois. Menée par le groupe Capucine – on ne présente plus Thomas Gaucher, Félix Robin, Louis Laville et Thomas Galvan – les festivités sont reconduites pour la nouvelle saison et on s’en réjouit ! La journée a été rude pour certains car il y avait audition au Conservatoire tout proche, sous la houlette de l’invité du soir, Julien Dubois, leur professeur et aussi leader du groupe JarDin. Nos musiciens arrivent fourbus, mais ils n’en laisseront rien paraître tout au long d’un set consacré au grand Wayne Shorter, dont on fêtait en août les 84 ans ! Peu de thèmes mais magnifiquement développés et un Julien Dubois au jeu riche, militant et combatif, et quelque fois risqué, sa patte « mbase » ressortant par moment ses griffes pour aciduler ses remarquables phrases, dont certaines un soupçon free style. La fatigue a comme disparu et Capucine tient bien le rythme, le flow et les chorus assurent, nos quatre jeunes gaillards rendant élégamment honneur à leur professeur, même si les doigts de Vendeen sont en surchauffe. La jam va suivre et ça va jouer du feu de Zeus jusqu’à pas d’heure ! Quelle énergie, quelle passion, quelle force collective ! On a retrouvé là toute la « bande » déjà croisée précédemment, avec de nouvelles têtes comme Mathieu Tarot et David Bonnet à la trompette, Joseph Rouet-Torre à la guitare et Alexandre Aguilera, sans sa flûte car il a décidé de reprendre son sax pour les jam, et c’était très réussi pour une première ! Bordeaux, la « belle endormie » ? Pas si sûr ! Ces jams le prouvent et vous font de l’œil, ne vous en détournez pas ! Tous ces lieux et ces musiciens vous ouvrent en grand les portes de leurs nuits étoilées ! Alors n’hésitez pas, venez donc y faire un tour, ils n’attendent que ça, et vous ne serez pas déçus !

Capucine et Julien Dubois

Jam Starfish

Jérôme Mascotto et Mathieu Calzan

Jam Starfish

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

barlavantscene.fr

cafedesmoines33.com/

quartierlibrebordeaux.com/v2

starfishbordeaux.fr

 

Dianne « Diamond » Reeves

mercredi 13 septembre 2017, Rocher de Palmer

Dianne Reeves : chant
Peter Martin : piano
Romero Lubambo : guitare
Terreon Gully : batterie
Reginald Veal : basse

A l’instar du titre de son dernier album, Beautiful life sorti en 2013 (déjà) chez Concord Records, une soirée avec Dianne Reeves c’est une tranche de belle vie assurée.

Comme d’habitude, le quintet identique qui l’accompagne depuis 4 ans entre en scène et installe l’ambiance ; un jazz blues où le piano et la guitare entament une conversation très savoureuse. Le sens de l’improvisation de Peter Martin éclabousse déjà les premières minutes du concert. A la guitare, Romero Lubambo le brésilien lui répond et soutien l’échange à un très haut niveau. La complicité de ces gars-là, qui se partagent la scène plusieurs centaines de soirs par an, fait plaisir à voir et surtout à entendre.
Dianne Reeves fait son entrée sur les premières notes de « The Twelfth Of Never », un titre enregistré il y a 20 ans sur l’album That Days. Démarrage tout en douceur, presque en retenue. S’amusant sur les octaves de sa large tessiture Dianne chauffe sa voix en scatant son ‘‘bonsoir’’ au public. « nous avons plein de musique pour vous ce soir, alors relaxez-vous, tapez dans vos mains…», une recette qu’elle réussit à merveille pour amener le public et sa voix à bonne température.
C’est avec ‘‘Minuano’’, un titre très mélodique de Pat Metheny que le charme s’installe. Scaté de bout en bout, cet instrumental est interprété comme si Dianne Reeves utilisait sa voix comme un instrument, mimant la gestuelle d’un contrebassiste ou d’un saxophoniste. Le regretté Al Jarreau en avait fait sa spécialité.
‘‘Nine’’, titre star du répertoire de la diva du Michigan est une chanson ritournelle formidablement accompagnée par Peter Martin au piano. 9 ans, dit-elle, c’est le dernier anniversaire de la vie qui s’écrit avec un seul chiffre. Brin de nostalgie de cette grande dame qui a écrit ce texte en 1995 déjà.
Déjà, oui, car elle a 40 ans de carrière, 20 albums sous son nom, 5 grammy awards et 61 printemps souriants et dansants sur scène.
Plusieurs titres s’enchainent, tantôt blues, tantôt jazz, jusqu’au duo guitare voix avec Romero Lubambo, « Love Is Here To Stay ». Plus encore qu’un duo, qu’une conversation musicale, c’est une véritable communion sur fonds de bossa nova. Celui dont elle dit qu’il est le frère d’une autre mère (« my brother from another mother ») donne toute la mesure de sa virtuosité et de sa sensibilité sud-américaine sur sa guitare acoustique. Le Rocher de Palmer se retrouve un instant balayé par les alizés et prend des allures de pain de sucre. C’est Rio de janeiro sur Garonne, c’est la garota de ipanema qui chante en anglais dans le texte.
Dianne enchaine avec un autre tube inamovible de ses tournées, Suzanne, reprise du fameux Léonard Cohen. Dans cette version où la rythmique piano basse captive, on ne ressent plus la mélancolie originale du morceau, et le coffre de Madame Reeves se met au service de la puissance du texte.
Dans la foulée, Dianne Reeves délivre un des plus beaux morceaux de son dernier opus (Beautiful life 2013), ‘‘Cold’’, composition originale de Peter Martin et Terreon Gully, sur laquelle elle a plaqué un texte fort sur la séparation. Avant de quitter le public du Rocher attentif et conquis, elle reprend le célébrissime ‘‘Waiting in vain’’ de Bob Marley, surfant sur cette douce mélancolie et ce thème complexe, universel et inépuisable de l’amour, qui a toujours été celui de prédilection dans l’œuvre de Dianne Reeves.
Ad libitum, le tempo reggae qui tourne bien et qui a fait se lever le public, lui permet de présenter une ultime fois ses musiciens en chantant, comme elle a pris l’habitude de le faire depuis les années 90.
« Peace, light, love and good health » (paix, lumière, amour et santé) lance-t-elle à la salle en s’éloignant.
Applaudis chaleureusement, les musiciens et Dianne réapparaissent rapidement pour un rappel en forme de plaidoyer pour la planète. Pendant l’intro de « You Taught My Heart To Sing » (Album I remember, 1991), Dianne ‘‘Diamond’’ Reeves, porte un regard engagé sur le monde. Elle nous interpelle sur les catastrophes naturelles et les ouragans qui viennent de ravager les Caraïbes. Vivre est déjà bien difficile, n’en rajoutons pas, luttons contre le réchauffement climatique, nous pouvons changer le monde, dit-elle en substance.

Émouvante    et sincère, elle a su partager avec son auditoire un beau moment de vie, une tranche de ‘‘beautiful life’’, un peu comme une célébration pour que le monde sache s’interroger, partager et s’aimer.

Merci Madame Reeves.

Photos : Thierry Dubuc, Action jazz

Combat de Swing : Flora Estel Swingtet vs Rix’tet

Le Carré des Forges, Fargues Saint-Hilaire

samedi 23 septembre 2017

Aujourd’hui je ne vais pas vous raconter un concert mais une soirée sportive, pas à la salle Wagram, célèbre pour ses combats de catch, mais au Carré des Forges pour un combat de swing !

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Devant nous deux groupes vont s’affronter pour une rencontre très engagée… musicalement. « Chiffes molles s’abstenir ! » a prévenu Joris Seguin le batteur du Rix’Tet, une des deux formations. En face le Flora Estel Swingtet.

Les deux leaders Flora et Rix font leur entrée en musique dans la salle, comme à la boxe, peignoir rouge pour elle, bleue pour lui, le ton est donné !

La salle, très belle, est pleine avec une grande piste de danse car ça va danser et drôlement même. Plusieurs écoles de swing sont présentes signe du renouveau de cette discipline qui et c’est tant mieux ramène vers le jazz un public varié et nouveau et surtout jeune souvent. Le swing et le jazz c’est la même famille, une porte d’entrée comme une autre.

Qui dit combat dit arbitre, il est là plutôt elle est là en la personne d’Emmanuelle Cazal épatante dans son rôle et la tenue qui va avec.

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Explication des règles du jeu : les deux groupes sont sur scène, le Flora Estel Swingtet à jardin et le Rix’Tet à cour (petit moyen mnémotechnique, en regardant la scène vous pensez à Jésus Christ, JC, ou à Jacques Chirac et ainsi vous avec jardin à gauche et cour à droite) et vont s’affronter en plusieurs « battles . Soit en « mixte », les deux formations jouant ensemble, soit en « relais » avec deux variantes : l’une succède à l’autre sur le même titre avec un changement de tempo – plus rapide – soit avec un titre différent mais sur le même tempo. L’arbitre ou le public récompense d’un point le groupe vainqueur de chaque battle. Ah oui c’est pas de la rigolade !

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Dès le premier titre les provocations commencent entre musiciens, mais est-ce bien sérieux tout cela ? N’est-on pas dans la parodie, bien sûr que si vous vous en doutez et dès le départ on sent le trucage arriver et le match nul se dessiner, on sent surtout qu’on va se régaler !

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Les deux groupes ne sont pas n’importe qui, deux leaders dans le genre musical du swing, d’un côté l’énergie et la verve étincelante de Flora Estel, de l’autre l’élégance de crooner de Rix et bien sûr des musiciens hors pair, bien connus des lecteurs habituels de ce blog ; line-up, comme on dit pour faire chic, en fin d’article.

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Nous voilà partis pour près de quatre heures avec certes des pauses mais pas pour les danseurs, un DJ set meublant les intermèdes.

Première manche de battles, deuxième manche où chaque groupe joue seul sept titres et enfin dernière manche à nouveau de battles. Le répertoire est swing bien sûr reprenant les derniers albums de chaque formation, très Sinatra pour le Rix’Tet , plus 40’s 50’s pour le Swingtet.

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C’est un bonheur que de voir ces deux groupes faire danser tant de monde, des plus chevronnés danseurs et danseuses de swing, de lindy hop, de balboa, de claquettes, de collegiate shag aux simples danseurs de rock comme moi. Tenues travaillées pour certaines et certains rappelant l’époque des grosses voitures américaines aux couleurs acidulées et bardées de chromes, tout un petit monde bien gai.

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Si on ne danse pas, pas de problème le spectacle est là avec un très bel éclairage et musicalement c’est du haut niveau ; avant de « s’affronter » les deux formations ont travaillé ensemble et l’osmose déguisée en rivalité est totale.

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Il est plus de minuit trente et le résultat est proclamé par l’arbitre. Devinez, match nul ? Non, l’adjectif n’a ici aucun sens tant la qualité était présente, disons plutôt égalité. Le public en voudrait encore et il aura droit à un rappel avec un « Sing Sing Sing » bien enlevé mais pitié pour ces lutteurs qui depuis des heures sont sur la brèche ; en plus ils ont tout le matériel à ranger…

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Respect les musiciens ! Et merci à la commune de Fargues Saint Hilaire d’avoir permis l’organisation de ce spectacle à priori unique en son genre.

The Rix’tet
Chant/Guitare : Eric Delsaux
Guitare : Joachim Montbord

Trompette : Jérôme Dubois
Contrebasse : Pascal Fallot
Percussions : Joris Seguin

Flora Estel Swingtet

Chant : Flora Estel
Piano / Chant : Hot Pepino
Guitare : Eddie Dhaini
Saxophone : Pierre Maury
Contrebasse : Aurélien Gody
Batterie : Thierry Oudin

Maîtresse de cérémonie et arbitre : Emmanuelle Cazal

Conception Lumière : Art’ty
Son : B. Michelina