Uzeste : Jazzmosphère… suite

 Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

 

Uzeste, jeudi 17 Août 2017

C’est une soirée dédiée à John Coltrane à laquelle nous convie Mr Loyal : Bernard Lubat. En guise de présentation, il nous rappelle qu’un hommage ne consiste pas à copier, mais à poursuivre…

1ère partie : Coltrane Jubilé Quartet projet de Thomas Bercy (Piano), accompagné de Maxime Berton (Saxs), Jonathan Hedeline (Contrebasse) et , Gaétan Diaz (Batterie) 

Plus une revisitation, une nouvelle (actuelle) interprétation du monde musical de Trane, qu’une prolongation. Un “Giant Step” “arrangé”, tempo élastique, des libertés prises dans les suites harmoniques, réappropriation d’un thème emblématique, même si son auteur dut admettre que cette voie le conduisit à une impasse… n’empêche, bel exercice où nos 4 talentueux trublions se placent comme dignes héritiers du majestueux legs laissé trop tôt en chantier par le génial saxophoniste regretté. Puis des compositions originales, même si les 3 notes du thème de “A Love Supreme” restent le fil conducteur de cette prestation. Pourtant c’est plutôt un son post-bop, “60/70 qui en ressortira. Le piano exulte, envolées lyriques, gros travail de la main gauche omniprésente jusqu’à être percussive, sans pour autant, copier le style “blockcords” de McCoy Tyner. Le contrebassiste ressemble  plus  à Dave Holland qu’à Jim Garrisson (ou à Mr P.C.) – tant physiquement que dans le style – et c’est tant mieux ! C’est de l’air, de l’espace ! La batterie ? En place ! Sûr, ce n’est pas Jones non plus, mais… Y a le son nom de nom ! La pulsation des tambours battants battus est là, pas question de s’endormir ! Enfin : le sax, bien sûr. Jeune émulation. Gros potentiel. Se réclame  autant de Rollins que de Trane, et, in fine, la bataille des “ténors fous” n’a pas eu lieu. Tant l’un doit à l’autre.

Nous sommes tous sous le charme. Même si… nous en reparlerons.

 

2ème séance : Bernard Lubat (Piano)/Luther François (Sax et flûte)

Rescapés de la soirée de folie de lundi. Le gascon v/s  Le martiniquais. Que le meilleur gagne, y a pas de perdant ! Et allons-y jeunesse, roulez petits bolides ! Démarrage petite foulée, mise en oreille, mise en esprit. On va voir un peu de tous les côtés comment ça marche, et ça cavale, grave ! On le sent, il va se passer quelque chose, de rare… et puis voilà, ça enchaîne, direct : Naima. Là, on y est. Sans doute ce qui manque peut-être encore un peu aux précédent groupe, une forme de maturité. Un petit nuage se dessine, il y a de la place pour tous… et en voiture ! Promenade dans (et avec)  les étoiles. Ça chante, ça pétille. Tout est là, rien à jeter. L’âme de Trane nous envahit  dans une jouissance éternelle. Pour finir le set, Lubat attaque son piano par le début de l’histoire : c’est stride, ça part dans tous les coins, comme Jacky Byard aimait à s’y frotter. Le sax ? On entend Shepp, le digne successeur, Henderson, bête à part, son unique. De folie.

Avant la fin du morceau, tout le monde est debout. Heureusement, nous sommes à même la terre dans ce beau parc où est montée la scène, sinon, je ne pense pas que les sièges eussent résisté à la montée de fièvre convulsive qu’induisirent les deux fous d’amour du bel œuvre qui nous enchantèrent en convoquant le souvenir très présent ce soir, du Maître Spirituel du saxophone, toute époque, tous styles confondus

 

3ème couche : François Corneloup (Sax bar.)/Simon Goubert (Batterie) 

Le grand François, à la hauteur de son éléphantesque instrument, éternel sourire ravi, rejoint Simon  qui accordait ses fûts. Quelques lignes d’approche sinusoïdale, clins d’œil complices furtifs et, se découvre à nouveau, parcimonieusement, puis de toute évidence : Naima ! Si ! Encore plus fou, plus déstructurée, un p’tit tour à côté, ailleurs, à presque se perdre, mais non, retour aux armes honnit ! Embarqués dans un vaisseau de rêve, souffle des auditeurs retenu afin de n’en modifier le parcours tellement parfait ! C’est un flot d’amour pur qui se déverse sur nous, à en pleurer de bonheur. Une excursion un peu plus lointaine, les accords se transforment de proche en proche, juste avant de s’évanouir dans l’infini du cosmos, c’est cette bonne chère vieille “Femme Seule” (Lonely Woman) qui nous rend visite. Soirée hommage ? Ornette Coleman y est invité. Et personne ne le poussera du pied, du coude ou de l’esprit. Bienvenu petit grand Homme. Même si je n’ai souvenir de rencontre entre les 2 héros, nous n’oublions pas l’album “The Avant-Garde” (Trane et Don Cherry) où le ténor reconnaît l’altiste comme compagnon de libération. Figurez vous que c’est avec un bout de chanson de la grande Juliette Gréco que nos amis prendrons congé. Perdu, reconnu, retrouvé… on s’est, on sait. Tout. No comment. L’histoire parle d’elle-même. Sarabande furieuse. Les peaux tonnent, cymbales éclatantes, le pachyderme s’élève vers des sphères lointaines qu’il rapporte jusqu’à nous. Rien n’est sphère mais… il faut le sphère… sphère, mon c.. atmo, à nous, à eux, à tous !

Ébahis, comblés, heureux, ovation énorme pour tous ceux qui nous ont régalé de leur don de magiciens du son, de l’air, du feu !

Alors, faut bien, bouger, se quitter, voir ailleurs… d’ailleurs, sur le chemin : Café de sports, chez Marie-Jo. Nous attendent, en s’occupant à jouer, les joyeux animaux du Quartet de début de soirée. Le répertoire : McCoy Tyner. Beaucoup de monde s’est déjà arrêté. Ils ont bien fait ! Se désaltérer d’un bon p’tit coup de rouge, d’une rasade de notes qui glissent dans les oreilles comme le “Graves” dans le gosier. Ambiance très chaleureuse. Intime. 1(one) Time comme dit André (Minvielle). Le sourire reste figé sur nos lèvres, encore du bonheur, de la joie d’être ensemble. Bien plus détendus que sur la scène du parc,  les musiciens provoquent et partagent notre plaisir de se retrouver à nouveau ensemble. Pour un instant encore. Pour la nuit, pour la vie. Pour toucher du bout de l’âme, le centre d’où tout jaillit !

Août of Jazz 2017 à Capbreton

Texte et photos Philippe Desmond. 

Capbreton, du 16 au 20 août 2017.

Recentrage sur Capbreton.

Le festival en est déjà à sa 27ème édition. Créé à l’origine comme un événement autour de la contrebasse par Christian Nogaro, il a évolué au fil du temps vers un vrai festival de jazz. Un tournant a été pris par nécessité en 2014 avec la disparition de son créateur et chef d’orchestre.

C’est désormais François Lacharme président de l’Académie du Jazz, celle qui décerne chaque année le prix Django Reinhardt, qui a pris les commandes de la programmation du “in”, Bernard Labat, l’animateur de Côte Sud FM, se chargeant du “off” et cette année tout se passe à Capbreton grâce à la volonté municipale et à d’autres partenaires publics et privés.

Patrick Laclédère (Maire), François Lacharme et Bernard Labat

Préambule avec On Lee Way

Étalé sur trois jours le festival a été précédé d’un concert gratuit en guise de préambule, le mercredi 16, avec un groupe qu’ Action Jazz connaît bien, On Lee Way, primé au dernier tremplin (voir chronique du blog le 17/08). Ce prix leur a d’ailleurs ouvert les portes de pas mal d’événements cet été ce qui nous conforte dans notre démarche. Le prix certes, mais surtout la qualité du quintet. Leur jazz et ses compositions dans l’esprit de Lee Morgan est plein de chaleur et plaît à tous les publics. On attend un album avec impatience car leurs prestations en live sont de haute volée.

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Nicolas Lancia, Jérôme Armandie, Jérôme Dubois, Paul Robert, Lionel Ducasse

Vendredi : une journée éclectique

Réel départ le vendredi matin place de l’Hôtel de Ville avec Les Gosses de la Rue, formation bordelaise de jazz, dans un répertoire allant du manouche, Django bien sûr,  à la chanson française revisitée – Brel, Gainsbourg – en passant par Gershwin. Deux guitares, un violon, une contrebasse et plus surprenant une flûte traversière qui donne une couleur originale et bienvenue à la formation. Réel succès auprès des estivants encore nombreux sous un ciel hésitant.

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Nicolas Frossard, Nicolas Bombard, Franck Richard, Robin Dietrich, Arno Berthelin

Le soir le off donne rendez-vous sur l’esplanade de l’Estacade, cette jetée en bois signature Second Empire de Capbreton.

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Un concert grand public offert aux baigneurs et aux touristes avec le Swingin’ Bayonne. Le trio des voisins basques à invité le saxophoniste Claude Braud pour un répertoire de standards, idéal à écouter sans modération à l’heure de l’apéritif.

Claude Braud (sax) et le Swingin’Bayonne

Juste à côté le public du concert in du soir commence à arriver ; c’est complet depuis longtemps comme le samedi soir d’ailleurs. En effet l’organisation de la cité marine a réduit la voilure cette année recentrant le festival sur la ville même et les concerts ont lieu au PH’ART la salle du casino. Des plus de mille places des Bourdaines à Seignosse, la jauge passe à moins de trois cents. Tant mieux pour nous, pour la qualité musicale ce n’est que meilleur.

La première partie accueille le Watt’s Quartet du pianiste Fred Nardin, prix Django Reinhardt 2016 et du saxophoniste Jon Boutellier. Avec Patrick Maradan à  la contrebasse et Romain Sarron à la batterie le quartet propose des compositions modernes, mélodiques et inspirées qui ne renient pas pour autant les glorieux aînés.

Fred Nardin

La magnifique ouverture du concert avec “Walk Spirit Talk Spirit” de McCoy Tyner est là pour le prouver. Réelle osmose des musiciens pour un jazz alerte alliant virtuosité et nuances.

Patrick Maradan et Jon Boutellier

Reflet de l’album sorti il y a déjà quelque temps et chroniqué dans la Gazette Bleue #15 de mars 2016 ce concert révèle au public quatre excellents musiciens déjà bien installés dans la scène française.

Place nette sur la scène où le beau piano se retrouve au centre, seul, pour accueillir Chano Dominguez. Cet Espagnol, compagnon notamment de Paco de Lucia ou Jorge Pardo, fait partie de ces musiciens sans frontières passant du flamenco au jazz avec bonheur. Du flamenco ou de la tradition espagnole il en est de suite question  avec une composition originale puis une pièce d’Albeniz en version “muy libre”.

Chano Dominguez

On passe à Monk avec “Monk’s Dream” et “Evidence” et les qualités du pianiste scintillement alors de façon manifeste. Quelle main gauche, un ostinato éblouissant au service d’une main droite volubile et sensible à la fois. Le public ne s’y trompe pas, la salle réagit  Chano le sent. Il dira après le concert que le piano était un peu dur pour lui mais qu’il a senti très vite le courant passer avec l’assistance “ alors j’ai tout donné “. Merveilleux moment plein d’émotion aussi avec ce “Searching for Peace” de McCoy Tyner  en hommage aux victimes de la Rambla de Barcelone où il se trouvait le jour tragique. Et toujours dans son jeu cette Espagne qui pousse un peu sa corne comme disait le grand Claude.

Chano Dominguez

Un concert extraordinaire d’un artiste éminemment sympathique bouclé par deux rappels dont le dernier avec une version bien personnelle de “Black or White” de Michael Jackson illustrant encore plus l’éclectisme de l’artiste.

Samedi : des hommes et des ladies

Le samedi le off de 11 heures accueille le Gaëtan Diaz Quintet révélation 2016 du tremplin Action Jazz.

Gaëtan Diaz quintet

Répertoire original en grande partie pour ce groupe au son très marqué par les percussions, Gaëtan Diaz à la batterie et Jean Marc Pierna aux congas alimentant la rythmique par une pulsation cyclique et continue très caractéristique.

Gaëtan Diaz et Jean-Marc Pierna

Influences latinos de samba et autres sur lesquelles Simon Chivallon au clavier et Illyes Ferfera au sax alto peuvent broder à l’envi, bien épaulés par Samuel F’Hima. Un projet qu’on aimerait entendre plus souvent amis programmateurs.

Simon Chivallon, Illyes Ferfera et Samuel F’Hima

Le soir nous revoilà à l’Estacade avec le Slam Bam trio un peu modifié, le guitariste blessé étant remplacé par le pianiste Didier Datcharry que nous sommes tous ravis de voir revenir sur scène. Public dans la poche pour ces trois musiciens de la région.

Gérard Siffert (tr), Laurent Astanian (cb) et Didier Datcharry (piano)

Seconde soirée du in avec une surprise que nous a concoctée François Lacharme,  la venue de Ian Shaw, pianiste et chanteur anglais que nous sommes nombreux à  ne pas connaître. Pas de balance pour lui, pas la peine a t-il dit.  Il arrive en effet trois quart d’heure avant le concert et en dix minutes tout est réglé ; pas sérieux tout ça ? Et bien si ! Quelle découverte,  un chanteur inclassable, un crooner créatif selon l’expression de François Lacharme fier de son coup.

L’étonnant Ian Shaw

Issu du théâtre et du cabaret Ian Shaw en plus de sa voix à la tessiture très large et qu’il module instantanément d’un extrême à l’autre, possède une fantaisie et une truculence étonnante. “Not for Me” est plus que chantée, jouée,  il s’amuse sur du Nat King Cole, raille Teresa May, “May not”, assassine le Brexit, imite Johnny Mathis.  Un clown ? Pas du tout, un pianiste chanteur remarquable, une personnalité atypique, une originalité artistique rare. Et soudain au milieu de cette fantaisie l’émotion absolue qui surgit, un déchirant “If You Go Away /Ne me quitte pas” qui embarque tout le monde ; des larmes coulent, quel personnage ! Medley Lou Reed (Perfect Day) / Al Jarreau (Spain) en rappel ! Étonnant « Shaw » man.

On enlève le piano car il faut faire de la place pour un autre très gros meuble, un orgue Hammond B3 et sa cabine Leslie, les deux habillés de bois. Et encore la deuxième Leslie branchée n’est pas sur scène,  mais juste à  côté !

Orgue Hammond B3 Cabinet

 Ce mobilier c’est pour Rhoda Scott venue avec son Lady Quartet : Sophie Alour (sax ténor), Géraldine Laurent (sax alto) et Julie Saury (batterie). Des femmes et du jazz, quelle belle idée pour faire la preuve par quatre que finalement cette musique n’a pas de genre, ni masculin ni féminin. Faites écouter l’album, qui est capable de deviner que le quartet est entièrement féminin ? Les filles écoutez ça, c’est pour vous aussi le jazz, vous pouvez y faire autre chose que chanter entourées d’hommes.

Rhoda Scott Lady quartet

Ceci étant dit et constatation faite que nous avons quatre ladies devant nous il est ensuite question de musique et de musique uniquement. Je vous épargnerai donc les remarques machistes voire sexistes, les vannes lourdingues, pas de ça ici.

Ce son d’orgue,  cette onctuosité mais que c’est beau ! Avec ses pieds nus bien sûr, et le gauche notamment, Rhoda Scott nous envoie à travers le corps ces ondes de basse qui vont nous faire vibrer tout le concert.

Rhoda Scott bien sûr

Dès le premier titre le ton est donné, ça va groover ! Très vite deux chorus de sax,  puis Rhoda l’éternelle avec son swing légendaire et pour moi une découverte à la batterie, l’excellente – et amusante – Julie Saury.   

Julie Saury

Les regards bienveillants de Rhoda Scott envers ses ladies sont éloquents, elle prend un plaisir énorme,  elle est aux premières loges. C’est le dernier album “We Free Queen” qui est joué alternant reprises ( Wayne Shorter, Trenet, Ray Charles) et compos originales dont celles très groovies de Sophie Alour où Julie régale.  

Géraldine Laurent et Sophie Alour

Unissons des sax ou harmonies avec la verve de l’alto de Géraldine, le velouté parfois piquant du ténor de Sophie, qui font le contrepoint à l’onctuosité de l’orgue que Rhoda pilote si bien. Belle énergie, gaîté,  une distribution de bonheur bienfaisante. Merci les Ladies.

Dimanche : Post Image puis la fête

Post Image

Dimanche déjà et à partir de 19 heures la clôture  sur la place de l’Hôtel de Ville.  Pas n’importe qui pour finir en beauté, voilà  Post Image ce groupe de fusion qui existe depuis plus de trente ans, creuset de tant de talents et toujours avec l’historique bassiste Dany Marcombe.

Dany Marcombe

Lieu, heure et public un peu inhabituels pour ce groupe, de quoi s’interroger sur l’accueil reçu. Dès les premières mesures on sent pourtant que c’est gagné, l’auditoire accroche et l’écoute va être magnifique.

Laurent Agnès (tr), Jean-Christophe Jacques (ss), Frédéric Feugas (kb) et Alain Debiossat (sa)

L’énergie dégagée par le groupe, ce foisonnement rythmique, cette pulsation au service des solistes ne peut laisser insensible d’autant qu’un invité de marque est là, le saxophoniste Alain Debiossat plein de verve et de fantaisie.

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Patricio Lameira

Très beau succès et excellent choix au final que cette programmation dans ces circonstances.

Eric Pérez et Dany Marcombe

Le final est confié au groupe de musique cubaine Fruta Bomba dans une ambiance salsa de fête avec un public très nombreux.

Fruta Bomba

Un festival très réussi grâce à une toute petite équipe de bénévoles, évidemment aidés par les services municipaux, avec une réelle qualité d’accueil.

Bravo !


40e HESTEJADA – UZESTE 2017

 

Par Alain Flèche

Dimanche 13 aout, La Collégiale

LOUIS SCLAVIS Clarinettes, VINCENT COURTOIS, violoncelle, DOMINIQUE PIFARELY, violon

Jazz de chambre. Bois et cordes. Solennité et acoustique du lieu qui forcent à l’écoute respectueuse du discours développé par ces 3 vieux complices qui communiquent d’un regard, un mouvement, un geste dans la progression des œuvres interprétées, qui prennent vie à partir de thèmes très élaborés, souvent signés de notre fameux lyonnais clarinettiste. Sur ces trames savantes, la musique se créée de chaque nouvelle idée, notes et silences, de chacun de ces architectes qui inventent des ponts entre le réel et le rêve .

Comme cet enfant, des jolies cartes sorties du porte-feuilles de maman, s’invente une marelle qui va relier la Terre au Ciel. L’âme des auditeurs, captés de l’esprit qui hante les instruments, vont s’attacher aux mélopées gracieuses, capricieuses, évidentes ou tourmentées, hypnotisées des charmes des magiciens du son, qui n’auront de cesse d’élever l’attention au niveau de leur intention ! Très haut niveau de perfection. Création instantanée. La hauteur de la nef est à peine suffisante à contenir les mondes variés inventés et la farandole des esprits de tous les visiteurs de ces nouveaux horizons, tourbillonnant jusqu’à tutoyer les anges. Les 3 passeurs s’y connaissent en voyages,  spirituels, homériques… humains. Sclavis continue à écrire ses carnets de route, dans une géométrie plus légère mais plus complexe, intime, sublimée. Courtois en appelle toujours à l’imprévu et Pifarely est un magicien qui nous fait naviguer entre les couleurs des vitraux sacrés que cisèle son archet. Une trentaine de doigts qui se promènent, cavalent entre les cordes et les clés, peu importent les notes, les thèmes (très pointus), l’essentiel est le chemin que nos guides dessinent et nous entraînent à découvrir avec eux Quelqu’un : « mais, ils ne tournent pas les pages des partitions !? » Non, ce sont quelques notes de support, elles donnent un ton, une direction, carte d’un itinéraire changeant au gré de l’imaginaire des fous jouant. Le temps s’est arrêté dans un présent éternel.  Folie et joie de se perdre dans l’instant. L’écho de chaque note apporte à la suivante, tout es lié. Les notes, les visions, l’audition, les désirs, les délires se mêlent et se reconnaissent dans le bonheur partagé. Dans ce voyage de l’âme qu’induisent les 3 Maîtres de musique, chacun se retrouve face à lui-même, tous ensemble. Et la fin du concert n’y changera rien, rien ne sera tout à fait pareil, d’avoir découvert de nouvelles voies  lumineuses. Les fidèles quittent le lieu chargé de vibrations célestes, complices, heureux, comblés.

Lundi 14 août, l’Estaminet

Fin d’après-midi d’une torride journée estivale. La petite salle est comble, la température est prohibitive, mais bon, on est là pour une « Petite vengeance «  assumée par :

Raphaël Quenehen aux sax

Jérémy Piassa : batterie

Piliers du beau goupe ‘Papanosh’, en prise de risque directe. Un solo multiplié par 2, qui forme un. Exercice hautement périlleux, dont le succès de la tentative n’est réservé qu’aux grands. Souvent.  ceux-là n’oublient pas leur expérience réussie avec le grand altiste trop peu reconnu Roy Nathanson (qui s’est déjà frotté à la discipline du duo). Alors , ils y vont !

De longs morceaux qui s’étendent  jusqu’aux limites sans cesse repoussées, de leur imagination fertiligineuse. Longue ribambelle de rythmes baihiaesques, samba riante, à la barbe de Barbieri, sans bas, que des hauts ! La batteries, tellement les 4 mailloches ne laissent aucun répit à l’instrument qui se fait un plaisir de répondre aux sollicitations permanentes, par des éclats, et qui tonne, explose, emmène  le temps et le vent. Le sax suit. Sans faute, avec goût. Épicé, aussi. Ça souffle, époustoufle et pis tout partout, dans tous les sens, sur tous les tons, sensitif, complexe décomplexé de l’un à l’autre, chacun joue en reflet renvoyé à travers les facettes scintillantes de son alter ego qui joue à s’amuser et assumer le jeu en court, en cours, rebondissant encore. Après cette sarabande (d’)allumée(s), d’autres tempi. Blues distendu. Notes étirées. Sucre coton flou . Les contours d’une idée entendue s’émissent, se précisent, le blues perdu dans son informelle ébauche se concrétise dans le cœur d’une femme seule … « Lonely Woman ». chef d’œuvre ornettien, standard renouvelé de/à chaque interprétation . Réinventé ici aussi et encore, et toujours nouveau, désespéré et envoûtant. Lamentations, plaintes, soupires, détresse, peine, mais Force. Et Beauté. Enfin, un autre monument élevé par Wayne Shorter pour Davis (dont vous me pardonnerez d’avoir perdu le titre), une haute bâtisse qui ne crains ni les temps ni les vents, ni te tonnerre ni les tourments, les doutes abandonnés pour des certitudes aléatoires qui basculent aussitôt vers leurs contraires. Gros beau boulot que nous livrent ces zigotos. Mais il n’est pas tard, et il fait trop chaud.

Le temps d’avaler un rafraîchissement, d’apéritiver… Nous allons passer au plat de résistance à la bêtise cambrée.

 

Presque nuit, parc Lacape, concert manifeste :

Impwovizion

Lien évident qui réunit les sons d’ici (compagnie Lubat augmentée) aux sens de là-bas, ou là-haut, Antilles antennes , jazzcogne contre les murs de la barbarie. Chants traditionnels ‘bélé ‘ , face aux paroles et musiques improvisées. La créolisation est en travaux ! (lire Édouard Glissant : Sur les épaules du passé… au présent cinglant… inventer de l’avenir). Pont entre les Frères d’Âme. Projet fomenté par la rencontre non fortuite de Bernard Lubat et Luther François (assoc. Nomad Martinique). Avec :

Luther François : sax – Nenetto, Alys Varasse : chant – Alfred Varasse : batterie tambours – Bernard Lubat : piano, voix, direction – Fabrice Vieira, Thomas Boudé : guitares – Jules Rousseau : basse – Louis Lubat : batterie – Jacques DiDonato, Nicolas Nageotte : clarinettes – et Christophe Mert : plasticien qui habillera tout le long de la soirée, un panneau composé d’éléments hétéroclites avec des peintures, mouvantes, renouvelées au gré  des sons, des humeurs (toujours bonnes!) et des impressions (dans le sens coltranien), comme une poussière d’étoiles qui continue à scintiller dans le plein (et non le vide) intergalactique de la musique exprimée ou suggérée.

Créolisation ou créolité : rencontre, assemblage innés de différentes culture pour en composer une nouvelle, sans rien perdre de chaque identité. L’expression se libère en s’enrichissant. Riche sons, qui nous transportent par delà tout clivage, habitudes et préjugés. Les chants ancestraux hissent les couleurs, haut et fort. Appuyés de battements et accompagnements complices, de plus en plus compliqués, distincts cependant, privilégiant chaque partie dans le tout. Les chants lancinants et brillants, sont rejoints puis dépassés de mille voix qui explosent à chaque endroit de la scène. Les instruments affûtés, chauds comme des marrons de peaux, se placent, suivent, dévient, s’imposent, disparaissent un instant, reviennent suivre une nouvelle idée générale, partent dans des directions où ils ne resterons guère seuls bien longtemps, vite validées d’un écho permanent, intelligent . Moment impossible à résumer. Comme la toile fabriquée et colorée qui évolue à chaque instant, pas une mesure de répit. Ni pour les musiciens à l’écoute permanente de soi, de l’autre, du son, du sens , souvent induit par les claviers de Bernard, et de sa voie, et des textes susurrés, cités, vociférés, affirmés, proposés à l’intelligence de l’esprit et du cœur . Ni pour les auditeurs qui n’en perdent une miette de ce maelström explosif , en réclament encore des éclats de joie, que l’on voudrait mettre de côté pour réchauffer les jours plus ternes, plus sombres. Ne plus jamais oublier que le bonheur est dans le partage. Comment parler de la folle joie constructive de chacun des participants qui parlent, chantent, jouent, même seuls toujours absolument ensemble ! Pas une tête, pas un instrument qui dépasse, ils ne font que se surpasser . Union de la scène et du public. Fête générale .

Communion

 

Août of Jazz à Capbreton, c’est ce week-end ! On Lee Way en préambule.

Le 15 août est passé,  mauvaise nouvelle pour certains, bonne pour d’autres : c’est le temps de Août of Jazz le festival de Capbreton, dans les Landes, comme son nom ne l’indique pas.

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Le festival donne toujours lieu à quelques concerts de teasing comme celui de ce soir qui intéresse au plus haut lieu Action Jazz car c’est lors du tremplin 2017 où le groupe s’est révélé que Bernard Labat le chef d’orchestre du off les a débusqués.

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Il s’agit de On Lee Way je dois dire un de mes favoris.  Lee en référence non pas à Bruce Lee mais à Lee Morgan, le trompettiste assassiné au revolver sur scène  par sa femme jalouse ; il faut dire qu’il avait du tempérament.

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Si la référence est forte ce n’est ou autant pas un Tribute,  même si certains thèmes de Morgan sont repris, mais très peu finalement. Le groupe a composé dans l’esprit du trompettiste, comme cet hommage à  “The Sidewinder” LE tube.

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Pas trompette mais bugle pour l’excellent Jérôme Dubois bien épaulé par Paul Robert remarquable au sax ténor. Derrière, même si ce mot me gêne, une rythmique hyper solide avec Nicolas Lancia au clavier (électrique ici),

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Jérôme Armandie un costaud avec curieusement une contrebasse ¾

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et Lionel Ducasse qui fait sonner sa batterie à force cymbales comme Jack deJohnette.

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Ce style de jazz, chaud, mélodieux plaît beaucoup notamment aux néophytes parfois désarçonnés par des choses plus complexes ou totalement déconnectés de la chose.

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A quand un album pour figer – et encore ce n’est pas le mot – tout ça ? On y pense m’a confié Jérôme Dubois. Un set de plus d’une heure trente très réussi et apprécié.

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Vendredi commence donc le festival : à noter la présence des groupes bordelais “Les Gosses de la Rue”,  “Post Image” intemporel et d’un des lauréats du tremplin Action Jazz 2016, le quintet de Gaëtan Diaz. 


VENDREDI 18 AOÛT

>>>>>> 11H-13H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

APÉRO-SWING / Les Gosses de la Rue
Swing Manouche
Gratuit / Tout public

>>>>>> 19H-21H / ESPLANADE DE LA LIBERTÉ

APÉRO-SWING / Swingin’ Bayonne invite Claude Braud
Swing
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Fred Nardin & Jon Boutellier Watt’s Quartet
La révélation de l’année !
Tout public

>>>>>> 22H30 / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Chano Dominguez
Le grand pianiste Jazz et Flamenco
Tout public

Tarifs pour la soirée : 30€ (plein) 20€ (réduit)



SAMEDI 19 AOÛT

>>>>>> 11H-13H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

APÉRO-SWING / Gaëtan Diaz Quintet
Latin Jazz
Gratuit / Tout public

>>>>>> 19H-21H / ESPLANADE DE LA LIBERTÉ

APÉRO-SWING / Slam Bam Trio
Swing
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Ian Shaw
En exclusivité !
Tout public

>>>>>> 22H30 / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Rhoda Scott Lady Quartet
Une légende de l’orgue !
Tout public

Tarifs pour la soirée : 30€ (plein) 20€ (réduit)



DIMANCHE 20 AOÛT

SOIRÉE DE CLÔTURE

>>>>>> 19H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

Post Image
Jazz Fusion
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

Fruta Bomba
World Jazz

Chroniques Marciennes 3.17

Chapiteau de Marciac 11 août 2017 Chronique Annie Robert, Photos Thierry Dubuc

Fleurs des chants, larmes et joie

Wynton Marsalis Quintet
spécial guest Cécile Mc Lorin Salvant

Le festival Jazz in Marciac tire à sa fin, c’est vrai, mais ce n’est pas pour autant que les concerts s’étiolent, se font moins beaux ou moins forts. Pas pour autant que les rues se vident et que le chapiteau met les voiles. Le grand navire est toujours aussi éclairé et éclairant et ce soir fut un moment intense, cueilli par l’émotion. D’abord le septet de Pierre Boussaguet avec un Jacky Terrasson au meilleur de sa forme pour un hommage à Bill Coleman et Guy Lafitte, les parrains historiques et regrettés du festival (chronique à venir de Fatiha Berrak sur ce même blog). Et ensuite le concert de Wynton Marsalis, que nous ne sommes pas prêts d’oublier…
Parfois, on serait tenté de bougonner: « De quoi ? Encore Marsalis !! ».
Car bien sûr, Marsalis est présent sur le festival depuis 26 ans (!), bien sûr chaque année, le public jamais déçu, toujours fidèle remplit le chapiteau, suit ses traces, se régale de son approche mélodique, de son sens du swing, de la brillance de ses compositions. Mais ce soir, il nous a offert des suppléments inattendus, un magnifique cadeau d’anniversaire…
Un groove léger porté par une trompette inventive et claire entame le set. Chorus toniques avec des mises en tensions parfaites, le « boss » est aux manettes de son quintet, élégant et relâché. Ses compères que nous reconnaissons comme des amis sonores sont toujours aussi parfaits, à l’écoute les uns des autres, dans un jeu sophistiqué, raffiné et plein de vie (Walter Blanding au sax, Carlos Henriquez à la contrebasse, Dan Nimmer au piano et Ali Jackson à la batterie)
Avec l’arrivée de Cécile Mc Lorin Salvant, le quintet se transforme en accompagnateurs de luxe pour une première chanson « Haïti » tirée du répertoire de Joséphine Baker et on ne peut pas rêver d’une meilleur attelage…
Un quintet inspiré et class et une chanteuse au rayonnement assuré !
Il émane en effet d’elle simplicité et bienveillance. Son goût pour des morceaux peu connus ou délaissés, son humour incisif et enjoué, sa façon de ne pas se prendre au sérieux, son rire éclaboussant renforcent une tonalité et une élocution parfaites, une palette tonale riche et variée, un swing flexible, et un lien profond avec ses textes. On ne sait pas pourquoi mais on l’aime tout de suite. Elle pourrait nous chanter le bottin, qu’on trouverait ça bien !!
Un délicieux « Doudou » antillais composé par elle, un « Why » qui hume bien le club des années 30 développent des chants à 2, des clins d’oeils, et de délicats petits décrochages. On a du sourire plein la tête grâce à eux tous.
La musique va s’arrêter quelques instants pourtant car Winton Marsalis a demandé à Cécile Mc Lorin de traduire et de lire un texte qu’il a écrit pour ce 40° anniversaire, un beau texte, à la fois militant et rempli de gratitude pour cette terre qui a accueilli le jazz, tous les jazz, en faisant référence au combat pour les droits civiques, et à ces 26 ans passés ensemble. Wynton Marsalis en pleurs, acclamé par le public debout pendant de longues minutes aura bien du mal à reprendre le cours du concert après ce moment d’émotion intense, pas trafiqué, comme le partage de la musique peut en procurer.
Mais le bonheur va se poursuivre et la théâtralité au bon sens du terme de Cécile Mc Lorin va nous ravir encore tant elle aime chanter les paroles, quel que soit le genre. Et elle pratique tous les styles avec une belle facilité, faisant ressortir l’histoire cachée d’une chanson, avec des éléments de sa propre personnalité et toute la gamme de ses perspectives émotionnelles, du troublant et noir au riche et comique, pour donner vie aux textes. Le répertoire de Damia avec « Tu n’es plus rien » transformé entre biguine et valse et « Juste un gigolo » bien différent de l’interprétation de Louis Prima, une chanson haïtienne baptisée « Confiance » au charme enfantin, un « A good man is hard to find » moitié en anglais , moitié en français, décalée et taquine nous déroulent ses qualités magnifiques d’interprète.
A tout moment pourtant, le quintet garde la main, il impulse, colore, relance. Les coups d’archet de la contrebasse, le piano délicat, les frottés aux balais, les dialogues et les échanges, magnifient le chant, le soulignent, ou l’accompagnent simplement. Marsalis en compositeur et arrangeur attentif y mêle son style reconnaissable entre tous. C’est une collaboration dans laquelle chacun s’exprime. Tous sont au devant et tous sont au service. Exemplaire et si enrôlant que les rappels n’ont pas manqué. Il faut dire que c’est dur de se séparer quand on est aussi bien ensemble.

Quand je trouve quelque chose de beau qui me touche, j’essaie de le serrer dans mes bras pour le partager avec le public.”a dit Cécile McLorin Salvant.

Ce soir, nous avons effectivement été serrés, bercés, chouchoutés, émus, tonifiés. Marsalis va avoir du mal à faire mieux pour la 41e édition. Quoique….

Jazz et Vin en Double : Alain Jean-Marie, Philippe Parant …

La Roche-Chalais, samedi 12 août 2017.

Il y a les gros festivals et il y a les autres, pas les petits, les autres comme celui de la Roche-Chalais en Dordogne malicieusement nommé « Jazz et Vin en Double ». La Double est une grande forêt qui a donné son nom à cette région limitrophe des deux Charentes. Ici nous sommes dans le Greenwich Village du coin, le méridien du même nom le traversant – comme tant d’autres – mais qu’un fier panneau ne manque pas de préciser.

Pourquoi du jazz ici ? Par la volonté d’un élu qui en a confié l’organisation à une bande de bénévoles avec à leur tête le jeune président Alain Trotet. Combien de festivals en France naissent-ils ainsi, certains devenant énormes, en jazz notamment, suivez mon regard…

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Alain Trotet , Marcel Vignaud (festival de jazz de Saint Saturnin en Charente) et Alain Piarou (pdt d’Action Jazz)

Ici l’air de rien ça dure 6 jours ! Un conte musical le mardi, Chet Baker au ciné le mercredi, un apéro-concert (toujours important l’apéro pour attirer les mélomanes) le jeudi avec le trio de Jean Bardy, deux autres concerts le vendredi avec les Romanoe Dandies et le Jean-Philippe Bordier Quartet, une journée jazz – foire aux vins (toujours important le vin pour attiser la curiosité musicale) le samedi. Clôture le dimanche avec du Gospel et le concert en matinée – l’après-midi quoi – de Latin Spirit.

Action Jazz ne peut pas être partout et avait donc choisi le samedi, pas pour la foire aux vins mais pour le jazz, sans modération.

Le lieu est très agréable avec un magnifique point de vue sur la vallée de la Dronne et le fameux méridien de Greenwich ; enfin lui il faut se l’imaginer, la ligne tracée sur le globe terrestre ayant depuis longtemps disparu sous la végétation. Vérification faite le GPS indique bien 0° de longitude.

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La Dronne et à sa gauche le méridien

Parlons musique. C’est le Interplay Quartet qui nous accueille, un groupe de briscards périgourdins dont le trompettiste Laurent Agnès ne nous est pas inconnu (Post Image, Roger Biwandu All Stars…). Aux baguettes Emilio Fabrice Leroy, à la contrebasse Jacques Boireau, à la guitare Jim Nastick (Philippe Pouchard).

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Une set list idéale pour le public où amateurs et badauds se mélangent. On y retrouve pèle-mêle « Afro Blue », « Blue in green » de Miles, « Blues Connotation » d’Ornette – ça fait beaucoup de bleu tout ça – « The Sidewinder », « Caravan » … et « One Day My Prince Will Come » dédié au mariage se déroulant à l’église toute proche, dont la volée de cloches a provoqué une pause imprévue dans le concert.

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Entrée en matière très agréable pour le public un peu trop clairsemé en cette enfin douce après-midi d’été.

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Jacques Boireau (cb) et Jim Nastick (gui, Philippe Poucrd)

Place au duo Patou BernardVincent Lamoure et son installation aussi minimaliste que saugrenue. Vincent à la guitare et Patou à la contrebassine mono-corde.

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Un set plein de fantaisie et de trouvailles amusantes, s’appuyant sur l’histoire du jazz, nous faisant même remonter jusqu’en 1910, effet sonore de disque qui gratte garanti.

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Nat King Cole pas mal à l’honneur mais avec la verve chantée de Patou Bernard qui nous montre aussi ce qu’il sait bien faire à la flûte et au soprano, Vincent Lamoure jouant lui le rôle sérieux du clown blanc à côté de ce drôle d’auguste.

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Très sympa ce moment et musicalement bien au point.

Mais déjà les effluves de grillades nous attirent à table dans ce cadre champêtre bien adapté. Et à 21 heures il y a le concert dans la salle de spectacle et il faudra traverser la ville de part en part, environ 300 mètres, pour l’atteindre.

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Le trio de Philippe Parant assure la première partie. Assurer est bien le mot car il vont drôlement le faire, une découverte pour moi que ce guitariste compositeur – que des œuvres personnelles – bien épaulé par Guillaume Souriau à la contrebasse et Emile Bayienda à la batterie. Le flow de Philippe Parant est presque un chorus permanent, mélodieux, inspiré et remarquablement suivi presque à la note près par le jeu musical de la batterie, la contrebasse cadrant le tout.

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Son jeu et son registre me font penser à ceux de Philip Catherine. C’est un jazz à la fois moderne et accessible – oui parfois c’est un peu incompatible – qui nous est offert avec une sérénité sur scène qui fait plaisir à voir, les regards mutuels des musiciens ne trompent pas.

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Des fantaisies dans les titres, « Marché Opus », « les Aventures de Bob l’héros » un boléro bien sûr, un très bel hommage au fameux label ECM, un titre funky en final et une valse en rappel qui finissent de conquérir le public. Excellent.

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Après la pause – il reste des bouteilles de la foire aux vins – Jean Bardy nous présente brièvement le CV de l’artiste vedette suivant : Prix Django Reinhardt 1979, Djangodor en 2000, chevalier des Arts et Lettres et du Mérite, le grand pianiste guadeloupéen Alain Jean-Marie, une carrière bien remplie qui lui a permis de jouer avec les plus grands ; on va vite comprendre pourquoi.

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Avec lui à la contrebasse dont il fabrique lui même les cordes en boyau et qu’il sonorise à l’ancienne, micro devant, Gilles Naturel. Lui c’est un esthète de l’instrument dont il tire une profondeur de son remarquable. A la batterie le Cajun de Bâton Rouge, mais installé en France, Jeff Boudreaux un incroyable mélodiste de cet instrument.

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Alain Jean-Marie nous annonce un set de standards qu’il définit comme l’Esperanto des jazzmen qui leur permet de se retrouver sur un terrain commun pour laisser libre cours à leurs improvisations. Standards me direz vous, encore ! Sauf qu’à ce niveau on peut parler de stand’Art. Avec une main droite aussi baladeuse sur le clavier du Steinway de concert, une main gauche aussi catégorique, avec la chaleur et la précision des cordes « Naturelles » et un tel drumming de dentelle on est dans le grand art.

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La forme du trio piano, contrebasse, batterie peut paraître trop classique et bien je peux vous dire qu’ici dans la jolie salle de cette petite ville du fin fond de la campagne il n’y a pas une seconde d’ennui mais un émerveillement permanent. Prenons « In a Sentimental Mood » où Alain Jean-Marie noie le chagrin dans une cascade de notes, « Night and Day » et le chorus de Jeff Boudreaux qui nous en joue la mélodie aux baguettes, le décalage au piano des harmonies de « Round Midnight » dont Gilles Naturel reprend le thème comme un guitariste, on redécouvre ces si belles compositions.

Philippe Parant rejoindra le trio pour le final et jouer un blues en sol improvisé. Coltrane en rappel d’un mémorable concert en récompense aux organisateurs qui sont à féliciter et voilà une belle journée de jazz qui s’achève.

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Retour à Bordeaux finalement tout proche, pensez-y l’année prochaine, ce n’est rien à faire et ça en vaut la peine.

 

Chroniques Marciennes 3.16

Chapiteau de Marciac le 9 août  2017, chronique Annie Robert photos Thierry Dubuc

Chacun cherche son chat…

Youn Sun Nah
Joshua Redman «  Still dreaming »

Chercher est peut-être la marque des grands : se renouveler, se perdre, se fourvoyer parfois, savoir retourner sur ses pas, apprendre de ses erreurs ou réussir sa mue, ne pas dormir sur ses acquis, sont des audaces que tous les musiciens n’enclenchent pas, des risques que tous ne prennent pas. Il est sans doute plus simple de rester dans ce que l’on sait faire et bien faire…et dans ce que le public aime et attend. Et après tout pourquoi pas ?

Les deux grands de ce soir s’engagent eux, en permanence dans cette voie difficile : changer, muter, se transformer, aller plus loin.


En première partie, Youn Sun Nah, la petite fée magnifique. Elle a voulu faire une pause après l’extraordinaire succès de « Lento » et le tourbillon de tournées qui s’en est suivi, pour aller voir ailleurs et autrement. Elle revient ce soir avec son nouvel album au titre clair «  She moves on ». Et de fait, on plonge dans un projet assez différent des précédents, davantage tourné vers ses succès à la mode coréenne, dans un tour de chant plus classique : moins d’étonnement, moins d’improvisations mais des chansons toniques ou romantiques, avec des sidemen affûtés et cohérents dans le projet. Dans les 3 premiers morceaux, nous voici face aux grands standards musicaux américains : belle et douce ballade, rengaine folk bien sur ses appuis avec le guitariste Clifton Hyde (Santiags aux pieds et Stetson sur la tête.) puis romance pop.

C’est avec le 4° morceau, emprunté à Jimi Hendrix que l’on retrouve la voix de Youn Sun Nah dans toute sa plénitude et sa folie : voix pleine, voix de gorge, voix de tête pour des virtuosités de dentelle, belle, équilibrée, puissante ou délicate. Elle joue sur une incroyable palette de timbres et de couleurs, une technique exceptionnelle qui lui permet de passer des aigus aux graves avec une étonnante facilité et un humour pimpant qui est l’autre face, savamment rythmée, de son heureux caractère. Quasiment seule avec son petit kalimba et la contrebasse de Brad Jones, elle entame « Black is the colour » comme une porteuse de nuages, puis  un dialogue scat avec sa batterie de Dan Rieser rappelant son fameux « Momento magico », puis un joli chant de Peter, Paul and Mary d’une tendre beauté. Après d’autres chansons, elle terminera le set d’ une voix de vieux rockeur enfumé pour une reprise rock à fond de  Tom Waits.

Mais c’est sa magnifique capacité à faire surgir l’émotion, en toute simplicité, en toute pureté  qui nous saute à la gorge et aux yeux dans le  2° rappel  avec « Avec le temps » de Léo Ferré accompagnée par Franck Woeste ( Piano et Rhodes) impeccable de bout en bout. Même si la mutation de Youn Sun Nah  laisse en partie partagé, du moins pour moi, parce que moins dense dans le choix des chansons, moins exigeante dans les audaces vocales, plus consensuelle, elle a du moins le mérite d’exister. C’est une artiste qui prend des risques et on la remercie pour cela, et également pour l’émotion qu’elle a procurée à un chapiteau vibrant  de bonheur.

 

La deuxième partie est consacrée au grand Joshua Redman, à son sax limpide à la belle rondeur. Sur la scène, les quatre musiciens sont installés très près les uns des autres comme pour un rassemblement amical, un moment d’échange à bâtons rompus et ce n’est sûrement pas innocent. Leur musique semble à la fois très écrite et très libre, gorgée de belles phrases claires, habitées et véloces, à la recherche également des petits interstices dans lesquels vont se glisser des éraillements et des crissements. Le groove ne se lâche pas d’un poil, toujours bien présent. Le dialogue ou plutôt les dialogues s’instaurent, une vraie conversation, à deux, à trois, ou à quatre. Cela s’emballe, se dispute, se cherche pour finalement se mettre d’accord. Chacun argumente, développe ses points de vue et accueille les croisements. Il y a parfois des moments de calme ou de surenchères, des disputes et des sourires, des digressions et des futilités, des sujets de fonds, des histoires et des anecdotes. Comme dans une vraie discussion entre potes.

Il faut dire que les trois musiciens qui entourent Redman sont des voix originales, de vaillants chercheurs de sons, de gros preneurs de risques : Scott Colley à la contrebasse étoffée, marquant de son sceau les nuances,

Brian Blade à la batterie capable du meilleur

et Ron Miles au cornet, un partenaire parfait, élégant, un imaginatif qui bouscule. Ils sont capables d’accueillir tout et d’impulser tout. Un beau groupe, soudé, ami.

« C’est la soirée la plus fraîche du festival paraît-il, on espère que  vous repartirez réchauffés ». Une petite minorité  du public ira se réchauffer ailleurs, trop bousculée peut être mais la grande majorité restera concentrée, oreilles bien ouvertes et ne sera pas déçue. Même si la sensualité n’est pas absente, le jazz de Redman est davantage intellectuel que charnel, plus pensé que joyeux mais il possède un allant, une dynamique et un souffle qui nous emportent. Les chorus éblouissants, parfois âpres, ne nous lâchent pas la main, et nous récupèrent sur une onde dansante. La variété, l’étonnement sont sans arrêt de mise.

C’est sur une quasi marche funèbre ponctuée à la contrebasse, et se terminant en feux de joie que se clôturera le set.
Une flopée de jeunes musiciens et de jeunes bénévoles éblouis arracheront un rappel  sur un blues lumineux dans lequel Joshua Redman chantera à la manière de Sonny Rollins.  Du grand art.
Ce soir, chacun aura cherché son chat, le public comme les musiciens. Dans cette course vers l’inconnu, le retour du matou n’est pas certain et sans doute pas le plus important. C’est sa recherche qui importe, c’est elle qui crée les plus belles rencontres…..

Chroniques Marciennes 3.15

Chapiteau de Marciac le 09 Aout 2017, Chronique Fatiha Berrak photos Thierry Dubuc

Wynton Marsalis Septet, invite Naseer Shamma

 

Wynton Marsalis : trompette

Naseer Shamma : oud

Walter Blanding : saxophone

Jeffery Miller : trombone

Immanuel Wilkins : saxophone

Dan Nimmer : piano

Carlos Henriquez : contrebasse

Ali Jackson : batterie

 

Il n’y a que Wynton Marsalis pour s’affranchir de toutes les réticences, et oser se lancer dans une telle expérience ! A-t-on encore besoin de le présenter ? Parrain du festival et personnalité « phare » de Jazz In Marciac à l’aura internationale. Ce soir son invité est Naseer Shamma, d’origine irakienne. C’est lors d’une cérémonie qu’Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, l’a nommé « Artiste de l’UNESCO pour la paix », le 23 février 2017. Naseer Shamma prête son talent pour des collaborations scéniques, des bandes-son de films, des pièces de théâtre et des feuilletons. Installé en Egypte, il a fondé et dirige une école de musique prestigieuse, Bayt al ûd (la Maison du luth).

Les deux artistes font se côtoyer et rimer cet instrument qui a vu le jour il y a plus de quatre mille ans avec les cuivres et cordes plus récents. La trompette et le oud semblent aux antipodes l’un de l’autre. Les sonorités de la trompette sont souvent légères et lumineuses. Alors que celles du oud, sont habitées la plupart du temps par une indescriptible profondeur, teintée de nostalgie et peut-être même d’un soupçon de mystère ancestral.

Il y a un ajustement habile, une lumière intermédiaire, entre l’aube et le crépuscule. Cet ajustement, précisément apporté par le jeu du oud à la façon d’une guitare ou parfois d’un banjo, un curieux pont au design arabo – new orléanais, qui interpelle l’oeil de notre oreille tel un impromptu. C’est le jazz qui crée de nouveaux reliefs, de nouveaux visages. Ces nouveaux reliefs qui se suspendent aux murs d’un univers jazz et que l’on peut regarder, tel un tableau original fantaisiste ou encore telle une fenêtre ouverte, à l’aube d’un nouveau jour musical.

En fin de concert, Gregory Porter nous a fait la surprise de se joindre au septet

 

Chroniques Marciennes 3.14

L’Astrada de Marciac 8 août  2017 Chronique Annie Robert, Photo Patrick Guillemin (Dust Of Soul Pictures)

L’élégance au bout des doigts

Ray Lema/ Laurent de Wilde

Deux pianos face à face, deux miroirs comme l’eau d’un lac de montagne, noirs et sages mais pleins de mystère. Deux délicats touchers pour une musique que l’on a du mal à qualifier : pas tout à fait du jazz, pas tout à fait de la musique du monde… une musique née d’une rencontre souhaitée, voulue par deux pianistes aux carrières et expériences variées et intenses, ayant le goût du risque : Ray Lema qui a impulsé de grands projets (star du label Island de Chris Blackwell, collaborateur d’Alain Bashung, de Jacques Higelin, de Claude Nougaro, des Voix Bulgares…) et Laurent de Wilde, surdoué, touche-à-tout génial, normalien, écrivain, compositeur, chroniqueur, chef d’orchestre, auteur de documentaires, musicien acoustique comme électronique et j’en passe…

Les deux artistes, qui se connaissent depuis vingt-cinq ans, ont beaucoup de choses à se dire, ils ont récolté des milliers d’idées au cours de leurs périples, des idées plantées sur leurs différences et leurs similitudes.

Ceux qui espéraient une bataille de virtuoses seront déçus. Certes, comme dit Laurent de Wilde  « deux pianos, c’est deux fois 88 balles dans un chargeur, ça peut faire mal… » mais entre les deux musiciens, il y a du respect, le désir d’accompagner l’autre, de ne pas se pousser du col en bavardages inutiles et une écoute, un sourire que l’on sent dans les regards qu’ils échangent. Ce répertoire composé à deux est leur lieu de rencontre. Joués, frappés, caressés, les pianos chantent à tour de rôle, toujours lyriques, jamais bavards. Le thème passe d’un piano à l’autre, de même que l’accompagnement sur de belles mélodies ciselées et expressives. Cela fleure bon le ragtime, le new orleans, ou le nocturne classique par exemple mais des impulsions modernes viennent bousculer sans arrêt cette apparente régularité tonale.

Le titre de leur album commun « Riddles » (Enigmes) est bien le reflet de l’interrogation que l’on ressent à l’écoute : on n’est pas toujours capable de savoir qui joue quoi, et à quel moment, comme pendant cet air de Tango qui plante quelques banderilles blues dans le rythme. Les morceaux se déroulent en répétitions successives avec  des glissements insensibles, des petites variations qui s’accrochent comme des liserons. ( D’ailleurs un de leurs titres Lianes et banians y fait allusion). Tout est sujet à jeu commun : un beau thème malien, hommage à une amie défunte avec un piano trafiqué aux sonorités de kalimba, un croisement de Rumba et de JS Bach, un vieux blues nommé « Cookies » qui tourne en spirale ou un hommage à Duke Ellington.
C’est également une musique imagée, cinématographique, expressive, où viennent se bousculer des reflets de Château volant de Miyazaki , de tableaux de Hopper, de promenades dans le Paris de Gershwin, ou les rues de Kinshasa.

Seul petit « bémol », la bienveillance dont ils font preuve l’un envers l’autre, l’envie qu’ils ont de ne pas se marcher sur les pieds (ce qui serait bien facile) les empêche parfois de s’essayer à des moments plus forts et plus puissants, à des envolées déchirées. L’énergie est parfois un peu étale, identique ou semblable.
Un beau rappel double sur un ragtime dé- composé et une reprise de Prince « Around the world in a day » terminera ce beau concert où l’on a pris plus que du plaisir à les voir se compléter, s’épauler, mélanger leurs touches noires et blanches. Une collaboration exemplaire et émouvante.

La deuxième partie de cette soirée voyait arriver le swing en force, avec le Rodha Scott Lady Quartet, avec trois jeunes instrumentistes filles qui vont donner libre cours à leur joie de jouer avec une aînée aussi chaleureuse que Rhoda Scott, une des rares à utiliser encore le pédalier de l’orgue Hammond, d’où son surnom de l’« organiste aux pieds nus » et « à l’orteil absolu ».
Géraldine Laurent au sax alto, Sophie Alour au sax ténor et Julie Saury à la batterie vont mener la danse. Né par hasard, ce quartet, pas « sextaires » est bourrée d’énergie et d’une modernité étonnante dans une structure au départ classique.
Bref, que du bonheur, de la joie, du rythme dispensés généreusement. À consommer sans modération. Nous en parlerons plus avant dans un prochain numéro à venir de la Gazette Bleue….

Merci au service presse pour son coup de pouce (salle bondée) mais pas facile de chroniquer avec juste une fesse posée sur une marche…. 

Chroniques Marciennes 3.13

Chapiteau de Marciac le 5 août 2017, Chronique de Fatiha Berrak, photos de Thierry Dubuc

 

Carte Blanche à Henri Texier

 

Henri Texier : contrebasse

Airelle Besson : trompette

Sébastien Texier : saxos

François Corneloup : saxo baryton

Jocelyn Mienniel : flûte

Manu Codjia : guitare

Louis Moutin : batterie

Manu Katché : batterie

Henri Texier est le grand chef autour duquel se tient une belle assemblée. La « French All Stars », où chacun apporte l’élément essentiel de sa touche personnelle. Sur une trame musicale tissée tout au long de cette soirée, tel un bijou orchestral, incrusté de perles auditives. Nous sommes dans le registre d’un hommage dédié aux peuples des grandes plaines et des grands espaces amérindiens. Notamment avec un très beau titre parmi d’autres, « Sand Woman ». Les Sioux, les Comanches sont évoqués.

Manu Katché est l’invité spécial d’Henri Texier, il se tient sur sa monture or et feu qu’il cingle de ses houssines de maestro. Du Solo aux duos éclatants avec son compagnon de chevauchée Louis Moutin.

Airelle Besson, François Corneloup et Sébastien Texier, cuivrent et colorent le paysage sauvage et gracieux sur un nuancé de vert et de bleu. Manu Codjia illumine le ciel aux rayons de sa guitare

et la flûte de Jocelyn Mienniel, élève le chant des oiseaux et leur attribue des ailes, comme autant de messages au-dessus des nuages …

Il y a aussi cet hommage dédié à un ami disparu avec le titre « Sunshine ». Si vous avez manqué ce voyage, dites-vous qu’il était quasi chamanique.

Alors que Henri Texier décoche les plus belles flèches de son carquois, Manu Katché et Manu Codjia font résonner sur terre, la ruée de sabots de bisons encore libres en ces lieux. Ils sont conduits par les parfums du printemps, puis de toutes les saisons qui se jouent dans la joie aux confins de ces plaines encore vierges de la moindre idée, celle qui sème convoitise et haine, ici comme ailleurs. Que cessent les pleurs afin qu’éclosent toutes fleurs.