ORGANIK ORKEZTRA : LagunArte

Par Alain Flèche

Jeudi 8 décembre 2016, théâtre Molière- Scène d’Aquitaine

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A ma droite : Kristoph Hiriart composition, direction, voix. Et quelle voix ! Elle se promène sur un nombre ahurissant d’octaves qu’il parcours avec facilité, espièglerie, surprise, technique accomplie, surtout feeling de l’instant, qui lui permettent de belles acrobaties sur des contrepoints accompagnant ses propres chants avec des écarts phénoménaux faisant presque douter que toutes ces lignes sortent du même organe ! Son origine basque le rapproche de son homologue Benat Achiary, mais on pense plutôt à Phil Minton dans ses explorations, ses recherches de sens, sa capacité de toujours suivre l’architecture de ses interventions, même si elle s’écarte parfois de la ligne mélodique suivie par l’orchestre, sans bien sûr, que les dissonances éventuelles gênent l’oreille mais bien enrichissent les harmonies des compositions présentées ici. Compositions écrites avec Jérémie Ternoy , assis derrière son piano, de l’autre côté de la scène, à ma gauche. Un instrument qu’il utilise avec simplicité, sans prouesse technique apparente, mais d’où l’on sent une réflexion permanente sur le choix des notes, des accords, des parties écrites ou improvisées .

Entre les deux : dix autres musiciens qui ne sont pas venus ici faire de la figuration ! Ils sont répartis en groupes distincts :

Trio de cordes : Julie Laderach au violoncelle, assez sage elle fait le lien entre la contrebasse implacablement régulière de Christophe Hache et l’alto fou de Chris Martineau, qui est une prolongation de sa voix, elle navigue d’un instrument à l’autre quand elle n’utilise pas carrément les deux simultanément en ajoutant des pas de danse, des sauts, et autres délirantes chorégraphies surprenantes venant de ce petit bout de bonne femme dont les richesses sont insoupçonnées tant qu’elles ne sont exprimées !

Quatuor de vents : Christian Pruvost : trompette qui élèvera l’ensemble vers plus de lumière, Vianney Deplantes : Tuba qui n’en peut mais de swinguer et de « mouver » la folle équipe, Sakina Abdou : Sax alto et Voix, la (les) voix « black » , prétexte et expression de la négritude qui réclame à ne pas minimiser le « blues » toujours à fleur de note pour qui se réclame d’une écoute/restitution de l’art afro-américain , Maryline Pruvost : Voix et Flûtes, comme un papillon qui virevolte, s’adresse à tous et à chacun, entre par les oreilles pour toucher le cœur …

Trio que nous pouvons (?) appeler « jazz » : Alexis Therain qui fait fonctionner la guitare comme une ponctuation régulière avec des éclats de brillance convaincants . Didier Ithursarry : accordéon atypique et pic épique qui se pique de jouer en piqué sans s’épuiser , enfin Yoann Scheidt lequel, sur quelques percussions choisies, à faire la nique à d’autres batteur sur-équipés de fûts et rondelles , assure la cohésion du bidule à l’aide d’outils qu’il manie toujours au bon moment pour relancer les propositions naissantes, puis faire son « grand chef » es-prit frappeur à l’occasion de 4/4 avec notamment les deux leaders (lieder ‘s?)

Voilà, la machine est en place, toute neuve de ce projet mené tous tambours et joyeuses âmes debout battants . Trois longues suites nous serons données, offertes sur coussins d’art, chargées de traditions mêlées, originalités chorégraphiées d’ambiances mouvantes, démarche vers un universalisme du son à travers des liens qui rassemblent traditions diverses et actualité contemporaine .

Chacune de ces suites commencent par les voix, des chants qui émeuvent l’esprit et l’âme, puisant dans la mémoire ancestrale de notre civilisation et un de ces aboutissements proposé aussi dans les travaux/trouvailles d’un John Zorn, par exemple . Puis les autres instruments s’immiscent subrepticement , tourbillonnent sur des mélodies improbables qui s’éloignent, se transforment, réapparaissent, explosent, se diluent, vivent enfin !

On entend les profondes origines du pays Basque enclavé, incluse dans la diversité hexagonale qui flirte avec les sons nouveau de la Lande de Canterbury, réminiscences de Caravan et de la « machine molle » … mais c’est surtout à Carla Bley que l’on pense, compositions en accords mineurs sombres qui deviendrons majeurs comme dans la Musique d’un Orchestre Libéré (de Mr. C.Haden) , voyages oniriques échevelés comme la femme qui illustre le « Cri  »de Munch

je ne vous en dirais pas plus sur ce concert encore plus touchant qu’unique, tant pis pour les absents ; les présents serons à nouveau là jeudi prochain pour une autre partie de LagunArte, haletants, pressentant de nouvelles folies du chef voix et de sa troupe qui ne sauront manquer de nous surprendre à nouveau ! (jeudi 15 décembre à 18h30 )

Oups, j’allais oublier de vous dire un mot sur le rappel justement demandé, entendu, préparé et justifié. Car en marge et complément du projet présenté ce soir, un clin d’œil au travail qu’a nécessité la préparation de cette performance, le public est sollicité pour participer, voire animer un exercice de direction d’ensemble gestuel , d’où, à partir de codes immédiatement perçus par l’assemblée, laquelle va répondre à la demande d’organisation du Maître de Céans, guidant magistralement l’harmonie d’une nouvelle suite improvisée, à la mesure des participants donnant de leur mieux pour partager cette expérience … et ça chante ! C’est un mantra, renouvelé à chaque instant, qui rend heureux d’être ensemble ! Grâce à la belle imagination pédagogique du guide de cet unisson spontané, nous pouvons ainsi aborder la beauté et la hauteur du travail nécessaire à la réalisation puis présentation d’un tel spectacle !

Bravo les mecs ! Et les filles donc !

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2 commentaires sur “ORGANIK ORKEZTRA : LagunArte

  1. pierre scheidt dit :

    bien vus super texte qui reflète la réalité, vivement la prochaine

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