Olivier Hutman trio invite Tom Ibarra

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Caillou du Jardin Botanique,

Bordeaux, le 23 juin 2017.

Ce soir deux bonnes raisons me poussent à aller au Caillou ; certains vont me dire que je n’en ai pas besoin pour m’y rendre… Et oui, il est annoncé un concert du trio d’Olivier Hutman avec en invité Tom Ibarra. Le second on en parle souvent dans ces lignes et même très récemment, et il est ma première raison, l’autre c’est la première fois.

Olivier Hutman est un grand pianiste, primé en 1984 par l’Académie du Jazz, qui a joué notamment avec Toots Thielemans, Philip Catherine (le guitariste belge pas le chanteur déjanté) , Eric le Lann, Christian Escoudé… a accompagné de nombreuses chanteuses comme Dee Dee Bridgewater, Anne Ducros, Denise King, récemment Alice Ricciardi pour Cristal records et le phénomène web Camille Bertault. Il a aussi beaucoup composé pour le cinéma et la télévision.

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Mais tout ça à la limite ne m’intéresse pas, pour moi il a surtout joué dans un disque que je possède depuis plus de quarante ans, au sein d’un groupe de jazz rock – on ne parlait pas encore de jazz fusion – bâti autour des frères Patrice et Mino Cinélu, « Chute Libre ». J’avais acheté leur 33 tours – on ne parlait guère non plus de vinyle à l’époque – en février 1977 et il n’était toujours pas dédicacé par un de ses membres. Voilà donc ma deuxième raison.

Terrasse bien remplie avec une fraîcheur enfin retrouvée qui au bout d’un moment nous ferait presque regretter la canicule, beaucoup d’amis présents ce qui me rajoute une troisième raison et un premier set en trio, comme la veille où l’assistance était malheureusement moins nombreuse.

Au piano donc Olivier Hutman, à la basse Marc Bertaux et à la batterie Tony Rabeson au CV lui aussi impressionnant. Un trio habitué à jouer ensemble depuis plus de trente ans ! Du jazz à la limite de la fusion sans tout à fait y être tout en y mettant le pied, la présence d’une basse pastoriusienne plutôt que d’une contrebasse étant quand même un indice. Olivier utilise toutes les facettes du Yamaha électrique, le faisant sonner comme un orgue, un Fender Rhodes… ou un piano. Il a un jeu riche et foisonnant mais utilise aussi les silences. Tony lui joue tout en légèreté, avec une posture qui lui est propre, inhabituelle.

A la pause je vais donc utiliser la machine à remonter le temps et oser aborder Olivier Hutman avec mon album exhumé le matin même, identifié de mon nom avec la date du 11/2/77. Et là je vois à sa réaction, que cette relique le touche et le fait instantanément rajeunir de 40 ans. « Oh là là, à l’époque on en vendait plus de 50000 alors que maintenant quand on arrive à 500 c’est pas mal » et ainsi avec beaucoup de retard Olivier me propose spontanément de le dédicacer. Sur la pochette il est le seul avec des lunettes, il a 22 ans, j’en avais 21. A noter, avec perfidie, un titre de cet album nommé « Pénélope au balcon » prémonitoire quand on s’appelle Chute Libre… Et à la réécoute un disque qui n’a pas tant vieilli que ça, contrairement à d’autres du genre plus datés, avec un son de soprano et de flûte intéressant . Tom Ibarra est à mes côtés, curieux de la réaction d’Olivier et imaginant en 2055 un ancien combattant de mon genre lui présenter son album « 15 » !

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Au second set comme prévu, après deux titres joués en trio, Tom Ibarra monte sur la scène-remorque, particularité du Caillou, et qui retrouve son garage chaque nuit. C’est Benoît Lamarque le maître du lieu qui a eu l’idée de proposer à Olivier d’inviter le jeune guitariste. Ils ne se sont jamais rencontrés bien qu’ils fréquentent tous les deux le Centre des Musiques Didier Lockwood, l’un comme élève, l’autre comme professeur, je vous laisse deviner dans quel ordre.

Au programme deux titres de Miles Davis, « Solar » et « All Blues ». Avec son groupe, Tom a souvent repris et bien tordu « So What » mais m’avoue que question standards il n’est pas au top et a besoin de concerts comme ça pour trouver le bon tempo et le bon flux ; on le sent un peu nerveux. C’est ce qui est bien avec lui, il ne bombe pas le torse et mène sa carrière avec lucidité et humilité.

C’est lui qui attaque le thème de « Solar » et de suite on sent la mayonnaise prendre, la guitare éclairant le trio de son timbre. Très long chorus – tant mieux – réponse d’Olivier et de Marc, drumming de dentelle de Tony, tout baigne. Confirmation sur le mythique « All Blues » et l’envie d’un rappel réclamé au public (!) par Olivier Hutman. Ce sera un standard, un vrai (ceux qui sont issus du répertoire des comédies musicales de Broadway), de Cole Porter « What is this thing called love » immortalisé par Ella. Allez Tom c’est le métier qui rentre ! Et il apprend drôlement vite le bougre, superbe.

Le jazz n’a pas d’âge, pas de limites, tant mieux on n’a pas l’impression de vieillir comme ça ! Et pourtant…

http://olivierhutman.com/

http://www.tomibarra.com/

 

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