Nick Hudson, Toby Driver & Keith Abrams, au Quartier Libre le 19/02/2016.

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

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Maintenant, à Bordeaux, il y a des quartiers où le bruit n’est pas le bienvenu, c’est interdit ! Les riverains ne sont pas contents, ils préfèrent surement l’opium télévisuel qui ramollit les neurones, c’est tellement mieux ! Donc il faut faire avec. Et la ville pourrait bel et bien porter longtemps le vocable de “belle endormie”, sauf qu’il y a encore de nombreux endroits qui font de la résistance, pour que vivent les musiques que les gens aiment vraiment, et nous devons les soutenir. C’est le cas du Quartier Libre, en plein Saint Michel, qui a su contourner la difficulté en proposant plus tôt ses spectacles. Et quelles programmations ! Ainsi, vendredi dernier, lors d’une « Cassette Party », ce sont de vifs représentants des scènes anglaise et américaine qu’on y a retrouvés en concert, étant actuellement en tournée européenne, près de quarante dates pour ce BALLADS : European tour 2016.
Le premier set est mené par Nick Hudson, artiste basé à Brighton (UK), musicien aux projets multiformes, construisant de singuliers univers, allant du prog au psyché, en passant par des bribes d’expérimental, de folk/pop et de jazz. Il peut avec une égale conviction reprendre en solo « Gotham lullaby » de Meredith Monk, « After school special » de Mr Bungle ou « The bed » de Lou Reed, ou carrément se fondre dans les grandes envolées du collectif « The Academy of sun ». Ce soir, accompagné de sa guitare et de sa belle voix, il a interprété des chansons graves et pleines d’émotion, une sorte de folk habité, où l’on pouvait par endroits ressentir un peu de la magie simple d’un Nick Drake. On a ainsi eu droit à de superbes morceaux, avec entre autres «Time is the greatest failure », « White rose of Peru », « Alice in Sunderland » et un final saisissant formé de « Something falling slowly », tiré de son album « A day without comfort », et de « Dambala », repris du groupe caribéen folk/psyché Exuma. Il faut écouter Nick Hudson, c’est un artiste à l’âme vraie et sincère, et sa musique est très touchante.
C’est alors le tour de Toby Driver, qui lui vient de Brooklyn. Il est connu comme un brillant créateur, friand de musiques expérimentales et multi-instrumentiste. Sur scène, il chante et joue surtout la basse, mais ce soir, c’est guitare, samples et un peu de clavier qui enrichissent sa magnifique voix. Il a lui aussi défriché d’impressionnants territoires sonores avec ses groupes devenus cultes, comme Maudlin of the Well, et en particulier Kayo Dot, dont il est venu accompagné du batteur Keith Abrams.

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Toby Driver était déjà passé à l’I-Boat de Bordeaux, et à Jazz In Marciac, en tant que bassiste capuché au sein des mythiques Secret Chiefs 3 de Trey Spruance, mouvance Zorn. Et en parlant de ce dernier, évoquons son club The Stone, dans le lower east side, et regardez cette belle vidéo d’ Avignon par Toby Driver au Stone, qui y fut filmée en Août 2015, et qu’il nous a jouée ce soir. C’était un peu ça l’esprit de son set. Une poésie fragile dite par un troubadour urbain, marchant et chantant sur un fil tendu entre les immenses tours de la Grosse Pomme, avec sa Telecaster comme barre d’équilibre, le sobre drumming de Keith Abrams figurant les percussions incantatoires de quelque célébration occulte. Et puis, sans être dans le même registre, on pouvait aussi furtivement penser au Jeff Buckley de Live at Sin-é. Avant « Avignon », on avait pu écouter « The Scarlet Whore/Her Dealings With the Initiate”, “Marked” et “Parsifal”. Après, c’est “Boys on the hill” et “Craven’s dawn” qui clôturèrent un set d’une rare profondeur. Soirée exceptionnelle qu’il ne fallait pas manquer. La tournée est encore longue, alors un conseil, retenez vite vos dates et ne les loupez pas !

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Nick Hudson
Toby Driver et Kayo Dot

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