LUCKY DOG 23/06/17 chez Brouss’art(assosax)

Par Alain Flèche
Frédéric BOREY (tenor, soprano saxophones, compositions)
Yoann LOUSTALOT (trompette, bugle, compositions)
Yoni ZELNIK (contrebasse), Fred PASQUA (batterie)

Nos deux bordelais (d’adoption) de passage !
Frédéric ne cache pas sa joie d’être là. Heureux de travailler à Paris, mais il sait que c’est en province que ça se joue! Content de retrouver son sourire permanent et son jeu original. Il a escamoté ses influences hendersonienne pour affirmer d’autant sa personnalité qui s’affine au cours du temps, avec un son toujours clair, chaleureux et précis. Notes détachées et attaques franches. Volubile mais sans pathos. Chacune des nombreuses notes prend sa place dans une architecture imprévisible mais harmonieuse
Yoann est plus aérien mais avec des racines bien ancrées sur terre. Un flocon qui virevolte au gré de ses idées qui ne cessent de se bousculer et qu’il expose avec grande sensibilité, délicatesse, poésie. il jongle avec les notes, celles qui sont en l’air, celles qui lui traversent l’esprit, choisissant les plus belles, celles qui iront plus loin jusqu’à se nicher au creux de notre mémoire
Ils sont venus nous présenter leur prochain album (live) à sortir en fin d’année.

Et c’est parti : mise au point, mise en souffle, compo.(de Yoann) un peu arithmétique, des lignes qui emplissent l’espace pour les relier les 4 protagonistes ensemble. Puis compo. de l’autre soufflant (elles semblent être alternées tout le long de la set-list): franchement blues, enfin blues contemporain évidemment, avec de larges plages tonales où chacun raconte son histoire prenant place dans cette narration commune ! Ça continue dans des ambiances très modernes. On entend des réminiscences de « Old and new dreams » (avatar Ornette Colemanesque des ’70 avec Don Cherry, Dewey Redman, Charlie Haden et Ed Blackwell). De même, Fred Pasqua fait sonner ses tambours, s’emballe dans des construction précaires mais solides, semble découvrir, avec nous, toutes les capacités surprenantes et percussives de son multi-instrument.
Et chacun de s’échapper du schéma des thèmes, partir à la découverte de leur propre monde où ils nous invitent à les suivre à travers des méandres parfois tortueux, ou bien sur des lignes plus épurées, toujours très personnelles… près à se perdre dans des voyages improbables. Mais il n’y a aucun danger: Yoni veille au grain. Axe (presque) imperturbable, référence permanente, il est consulté comme lorsque on demande l’heure, subrepticement, à un passant, rassuré d’avoir le temps de flâner encore avant de rejoindre ceux de l’équipe qui piaffent déjà de prendre bientôt leur tour de gardien du feu.
C’est vrai que cela fait fait un moment, près de 5 ans, que cette formation existe. Ensemble tout à fait cohérent, complices d’idées en partage, chacun apportant la richesse de ses multiple projets pour continuer à construire une œuvre commune qui nous enchante et nous ravit.
Peu de monde ce soir. Pourtant, l’énergie, la joie, le plaisir sont là, sur scène et dans la salle, palpables. Nous ne les laisserons en paix, leur accordant un repos mérité, que rassasiés, saoulés du bonheur de ce beau cadeau qu’ils nous offrent de leur présence ici.
On les en remercie, ainsi que Didier Broussart qui les a invités.

Itamar Borochov, un trompettiste essentiel # 3 Jazz à Oloron

Samedi 24 juin 21h00, salle Jéliote

Chronique de Dominique Legeay, photos de Thierry Dubuc

Itamar BOROCHOV, trompette
Alessandro LANZONI, piano
Yoni ZELNIK, contrebasse
Francesco CINIGLIO, batterie

Samedi soir le Festival Des Rives & Des notes accueillait le quartet d’Itamar Borochov, une découverte pour certains, un artiste déjà confirmé pour d’autres.

Basé depuis de nombreuses années à New York après avoir passé son enfance à Jaffa en Israël, il a démontré, mais on s’en doutait un peu qu’il devient un trompettiste incontournable de la scène actuelle.  Il met sa technique au service de chorus d’une musicalité immédiate et subtile.

Dans son jeu on trouve autant de force que d’expressivité, un phrasé fluide, l’art du contrepoint, un vibrato splendide. Ses compositions balancent entre la langueur orientale et un hard bop trépidant. Le set est dépouillé, sans fioritures, il conduit son quartet à l’essentiel, l’épicentre de sa musique.

Yonathan Avishaï Trio au Caillou

Texte : Philippe Desmond ; photos : Alain Pelletier

©AP_-7227

En arrivant un petit regret que le Caillou ne soit pas Rocher car il est plein, trop plein – tant mieux – et même debout au bar les places sont chères… alors que l’entrée est gratuite.

Ce soir apparemment c’est du sérieux, en effet Philippe Méziat s’est déplacé et il est attablé devant les quelques mètres carrés qui font office de scène. C’est que le pianiste Yonathan Avishaï commence à prendre une place importante dans la scène jazz et notamment avec son nouveau trio. Le voilà donc revenu dans la région, il n’y a pas si longtemps, installé en Dordogne, il jouait en duo avec le batteur Bertrand Noël qui au passage jammait la semaine dernière au Tunnel. Mais revenons à notre Caillou.

Coincé au bar entre le passage et une table je ne sais pas encore que ce soir je vais avoir droit à un concert en stéréo. Le trio vers ma gauche, une famille attablée à ma droite.

Yonathan présente ses compères, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Départ en douceur pour « Modern Times » restitution de son dernier et superbe album. On sent de suite une touche de poésie notamment lors de passages minimalistes alors qu’à ma droite la conversation commence à s’organiser une fois la commande passée ; mais je ne suis trop distrait par la musique pour comprendre les règles du jeu de rôles évoqué et dont je n’ai pas entendu le nom.

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Le trio a un style vraiment original ce qui n’est pas une mince affaire pour ce genre de formation souvent conventionnelle. Beaucoup de nuances, de délicatesse, des fulgurances puis un retour au calme. Les musiciens s’écoutent, dialoguent, trialoguent. La musique parait très écrite ce que me démentira Donald le batteur à la pause, on fait nos solos ensemble plaisante-t-il. On sent l’histoire du jazz poindre de ci de là, du ragtime au détour d’un morceau, les années 20, le swing des années 40, Duke, Louis…C’est très riche. A ma droite moins, j’apprends que Supertramp passe en automne à Bordeaux et que « cette fois je vais pas les rater ».

Le toucher d’Avishaï est très particulier, passant des mains et doigts tendus très percutants à des caresses aux mouvements imperceptibles ; un virtuose. Il ira même « trafiquer » dans le ventre de son piano à même les cordes. Yoni Zelnik le bassiste est très musical lui aussi capable de finesse et d’énergie. Quant à Donald Kontomanou il joue de la musique plus qu’il ne fait des percussions, il nous gratifiera d’ailleurs d’un solo très original. A ma droite ça l’est moins, on évoque les frais de taxi de l’ex présidente de l’INA « un scandale ! et en plus elle a un chauffeur ! ».

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Tour à tour les passages poétiques et je l’ai déjà dit minimalistes vont se mélanger à un thème latino proche du cha cha, une citation de béguine, un suave tango puis une jolie rumba pleine d’élégance. C’est une découverte permanente. Pas de découverte à ma droite où l’on déplore la France en faillite, la dette et tout le tintouin. On se croirait sur BFM. Heureusement pour eux et pour moi la viande est bien cuite.

Certains passages sont résolument modernes presque free. Puis – j’aurais tendance à dire enfin – Yonathan Avishaï nous montre ce qu’il a dans les doigts. Et là ça décolle vraiment. Quel pianiste, il est tout simplement magique. Moins magique est la situation financière de la justice en France, notamment le tribunal de Niort ; faudra que j’aille vérifier.

Très beau concert, très varié, plein de surprises. Un univers original loin de la routine de certains trios, de la finesse, de la subtilité et beaucoup de gaîté. Et le dessert était délicieux, nous voilà donc tous heureux. Et un dernier scoop pour la route : « c’est MC Solar qui a inventé le rap, vous devriez écouter les enfants ».

Yonathan Avishaï, retenez ce nom et ne le ratez pas quand il revient.

 

Texte : Philippe Desmond ; photos : Alain Pelletier