Nola news # 4

Nocca Jazz Ensemble

Nocca Jazz Ensemble

Cette journée du New Orleans Jazz Fest commençait avec beaucoup de fraîcheur car c’est la Nocca (célèbre high school locale) qui débutait la suite des 6  concerts journaliers. Et ce sont quelques jeunes musiciens prometteurs de 15 ans qui interprétaient 3 standards sous les encouragements du public. Ils laissaient la place à leurs grands frères (17) qui se taillaient, eux aussi, un beau succès sous l’œil vigilent et les consignes professionnelles de leur directeur Mickael Pellera.

Mickael Pellera

Mickael Pellera

 

Les parades sillonnent la grande enceinte du JazzFest et ce sont les indiens qui défilent toutes les heures derrière quelques percussionnistes, pour le plus grand bonheur des photographes … la preuve.

Big Queen

Big Queen

 

The Woodshied : Trombones. Les 2 trombonistes Stephen Walker et David L. Harris nous exposaient leur projet commun et leurs improvisations respectives  démontraient leur talent,

Stephen Walker & David L. Harris

Stephen Walker & David L. Harris

soutenus par le batteur qui monte, qui monte à NewOrleans : Jamison Ross (récemment nominé pour un award).

Jamison Ross

Jamison Ross

 

Le pianiste Larry Sieberth se produisait avec une belle section de cuivres dont Brad Walker et Rex Gregory se faisaient remarquer aux saxophones. Un excellent percussionniste et un batteur soutenaient cette sympathique formation.

Larry Sieberth

Larry Sieberth

 

Un des chefs de file local de la batterie, le magicien  Herlin Riley proposait avec ses baguettes,

Herlin Riley

Herlin Riley

une formation de très haut niveau. Pianiste, contrebassiste, trompettiste et saxophoniste interprétaient de magnifiques compositions du batteur, toujours souriant et d’une créativité débordante. Et tout ça, sous les yeux de … George Wein, son ami.

George Wein

George Wein

 

Pour le duo de choc de la journée, les bénévoles de la sécurité devaient être renforcés pour contenir et canaliser la foule qui s’accumulait sous l’immense chapiteau ainsi qu’aux abords. Et, nos fringants compères sont entrés sur scène très souriants, sous les acclamations de leurs fans. Et là, le miracle s’est avéré réel … nous étions transportés sur une autre planète dans un silence religieux, malgré l’affluence.  Herbie Hancock faisait résonner avec douceur son piano

Herbie Hancock

Herbie Hancock

mais faisait retentir parfois son synthétiseur, ce qui devait diviser par la suite le public et notamment les inconditionnels de l’acoustique qui regrettaient les quelques effets électroniques. Wayne Shorter, très en forme et très attentif ravissait le public en prenant quelques superbes envolées au soprano.

Wayne Shorter

Wayne Shorter

En tous cas, ces deux intarissables musiciens repartaient sous les ovations d’un public qui aurait aimé les entendre plus longtemps. 1h15 de concert n’est déjà pas si mal et ça allait être difficile de retomber sur terre.

Terence Blanchard

Terence Blanchard

Et pourtant, c’est un autre enfant du pays qui nous faisait retomber dans la réalité du moment. Terence Blanchard et son E-Collective nous offraient une musique plus électrique que jamais avec un jeune guitariste qu’on avait pu apprécier déjà aux côtés d’un certain Chick Corea. Une petite partie du public, décontenancée, quittait la Jazz Tent. Il est vrai qu’après le duo des 2 géants, il était difficile d’écouter autre chose. Les organisateurs devaient certainement  avoir des raisons pour programmer dans cet ordre-là. Toujours est-il que nous avons assisté à un superbe concert, avec un Terrence Blanchard plus évolutif que jamais.

 

Durant la période du JazzFest, le disquaire de référence, Music Factory, organise de nombreux showcase, particulièrement intéressants. Ce jour-là, de midi à 19h00 se succédaient, toutes les heures, Bamboula 2000 (formation locale), le pianiste et chanteur, Jon Cleary, NOLATET, Zachary Richard (qui sera en France au mois d’aoû), le Bluesman de Baton Rouge, Kenny Neal (toujours en famille), l’autre Bluesman local, Little Freddie King (presque toujours jeune … il ne passe plus sa jambe par-dessus le manche de sa guitare) et un formidable Brass Band, toujours local, Stooges Brass Band. La superbe formation NOLATET (Brian Haas au piano, Mike Dillon au vibraphone, James Singleton à la contrebasse et à la trompette et enfin « le peintre » Johnny Vidacovich, à la batterie) est vraiment à découvrir et à écouter sans modération. Ils nous faisaient découvrir la musique de leur CD (« Dogs) avec une énergie débordante.

Nolatet at Music Factory

Nolatet at Music Factory

Zachary Richard venait, lui aussi, présenter son dernier CD (« j’aime la vie ») rempli d’émotions, avec beaucoup de chansons en français. (Il vit entre Louisiane et Québec).

Zachary Richard at Music Factory

Zachary Richard at Music Factory

L’émotion était à son comble lorsqu’il faisait monter sur scène son petit-fils (handicapé mental) pour reprendre le refrain d’une chanson qu’il lui a dédié. Harmonica à la bouche, c’est avec amour et tendresse qu’il tenait son papi par le cou. Belle et grande ovation d’un public qui avait les yeux rougis.

Zachary Richard et son petit fils

Zachary Richard et son petit fils

Le Blues du dernier CD (« Favorites ») de Kenny Neal, toujours énergisant, tant au chant, qu’à la guitare ou qu’à l’harmonica faisait taper du pied et claquer des mains, le public compressé entre les rayons de disques.

Kenny Neal at Music Factory

Kenny Neal at Music Factory

 

Le club Gasa Gasa, excentré, sur Freret street, proposait une chaude nuit de musique (de 21h à 5h). A commencer par le NOLATET dont nous avions particulièrement apprécié le showcase. Mike Dillon est un musicien qu’il faut absolument découvrir. C’est un extraterrestre lorsqu’il est au vibraphone ou lorsqu’il sort toute sa « quincaillerie » d’instruments ou d’objets qu’il a transformé en instrument. Toujours heureux d’être sur scène et de partager sa musique, il propose une musique souvent novatrice. Bref, NOLATET … j’adore.

Nolatet at Gasa Gasa

Nolatet at Gasa Gasa

Pour le deuxième concert, Mike Dillon restait sur scène pour nous proposer son « Percussion Consortium » avec un batteur et quatre autres jeunes vibraphonistes. Et Mike joue ses compositions, dirige comme un chef d’orchestre ses jeunes élèves. Mike aime partager et faire partager sa musique avec d’autres musiciens et le public. Encore un grand moment.

Mike Dillon & Percussion Consortium at Gasa Gasa

Mike Dillon & Percussion Consortium at Gasa Gasa

C’est le rock intense d’ Hildegard (Sasha Masakowski, Cliff Hines, Max Moran …) qui nous ont fait jeter l’éponge, déjà tard dans la nuit, car nos oreilles, malgré les bouchons, ne supportaient plus les décibels imposés par une sono trop forte pour une musique déjà très électrique. Les tympans ont besoin parfois de repos …

 

Une autre soirée retenait notre attention et cette fois à l’ Old U.S. Mint – Louisiana State Museum où un des chefs de file du free jazz local, Kidd Jordan, se produisait. Il rendait hommage à un de ses amis disparu, le trompettiste Clyde Kerr Jr. C’est un excellent quartet qui débutait cet hommage en interprétant 2 morceaux, avec beaucoup de talent, de leur maître et professeur, Kidd Jordan.

Kidd Jordan & friends

Kidd Jordan & friends

Le saxophoniste de 81 ans prenait alors place sur scène aux côtés de ses élèves et régalait le public de ses compositions. Un son formidable et un plaisir de jouer toujours intact faisait de cette soirée un moment exceptionnel. Kidd Jordan a apporté beaucoup comme professeur et initiateur aux jeunes musiciens en herbe. Il est un des plus anciens intervenants au « Summer Jazz Camp », stage annuel très prisé. Encore un musicien Louisianais à découvrir.

Kidd Jordan

Kidd Jordan

 

Jazz Fest écourté.

Tout avait pourtant bien commencé au Jazz Fest avec un passage à la Gospel Tent avec le « First Baptist church of Vacherie Mass Choir »

First Baptiste Church of Vacherie Mass Choir

First Baptiste Church of Vacherie Mass Choir

puis à la Blues Tent pour Henry Gray avant de rejoindre une des 14 scènes, la Jazz Tent.

Henry Gray

Henry Gray

Une bonne découverte du trompettiste et chanteur « Andrew Baham and 4am » qui nous régalait de ses compositions bien structurées. Une magnifique section de cuivres où l’on retrouvait, entre autre, l’excellent tromboniste « Big Sam » donnait une dimension particulière à ce très bon concert. Apparition également remarquée d’une chanteuse de talent puis de la fille d’Andrew Baham, elle aussi, chanteuse en devenir et déjà un bon sens de la scène.

Andrew Baham

Andrew Baham

Le showman James Rivers faisait rire et chanter le nombreux public. Il passait du saxophone au chant avec brio pour finir à la cornemuse, ce qui ne manquait pas d’attiser la curiosité. Excellent instant musical.

James Rivers

James Rivers

Il laissait la place à une autre grande chanteuse locale, Germaine Bazzle. Influencée par Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, une voix toujours émouvante et un tonus d’enfer, Germaine Bazzle, 84 ans, enthousiasmait l’assistance avec son scat d’une remarquable précision. Elle imitait trompette et saxophone, ce qui faisait lever le public pour l’ovationner. Quel concert !

Germaine Bazzle

Germaine Bazzle

 

Louisianais d’origine, il a fait ses études à la Nocca (fameuse high school de New Orleans) avec, entre autre, Trombone Shorty, le pianiste Jon Batiste est toujours accueilli avec beaucoup de ferveur. Il avait droit à une des plus grandes scènes (Acura Stage) devant laquelle un énorme public se pressait. Maintenant expatrié à New York où il a été nommé Directeur artistique du Musée National de Jazz à Harlem. Il reste toujours fidèle à la musique qui l’a bercé et c’est avec une étonnante vitalité et un sens inné du spectacle qu’il ravit ses fans. Entouré de musiciens de grande classe et notamment une belle section de cuivres, il faisait vibrer l’énorme public venu l’applaudir. Un large succès et un excellent concert.

Jon Batiste

Jon Batiste

 

La pluie s’installait sur le Jazz Fest et les scènes couvertes étaient très recherchées. Affluence pour le concert d’un autre enfant du pays, qui anime aussi son club, tous les jours, Jeremy Davenport. Très bonne prestation du trompettiste, il faut dire aussi, très bien entouré, sur des standards de jazz swing et sur ses compositions.

Jeremy Davenport

Jeremy Davenport

 

Le tonnerre grondait de plus en plus et la pluie redoublait comme je n’avais encore jamais vu. Nous étions encore à l’abri et Gregory Porter commençait à chauffer le public mais il fallait compter avec la pluie qui formait une rivière au milieu de l’immense chapiteau, le coupant en deux parties et perturbant ainsi le concert. Nous avions à faire à d’énormes orages tropicaux qui ont obligé les organisateurs, non seulement à arrêter ce concert mais à faire évacuer totalement le site. Dommage pour Steve Wonder, Rebirth Brass Band, Jeff Beck, Arturo Sandoval, Buddy Guy et beaucoup d’autres qui n’ont pu régaler leur public.

Gregory Porter

Gregory Porter

Retour vers le futur : Bayonne 1976

Par Philippe Desmond.

  1. Giscard est à la barre et Barre est aux affaires courantes, Concorde, modèle de modernisme, effectue ses premiers vols commerciaux mais la peine de mort, modèle d’archaïsme, est toujours en usage. Si les poteaux avaient été ronds au lieu d’être carrés St Etienne aurait battu le Bayern de Munich en finale de coupe d’Europe. Les ados fantasment en allant voir au ciné « A nous les petites Anglaises », les adultes larmoient devant «  le vieux fusil ». Après plusieurs chocs pétroliers la France est sortie de ces fameuses trente glorieuses mais on ne le sait pas encore car l’expression ne sera créée qu’en 1979.

Moi j’ai 20 ans, bientôt 21, des projets plein la tête mais le projet de ce mois de juillet 1976 c’est un concert qu’il ne faut pas rater aux arènes de Bayonne.

Jugez-vous même grâce au billet que j’ai conservé.

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Le prix 40 francs une fois converti grâce à l’indice monétaire de l’INSEE serait maintenant de seulement 25 € ! 164 francs soit dit en passant…

Motos, tentes de camping, des vrais avec des piquets pas ces machines automatiques de maintenant, et nous voilà partis vers le sud à trois potes sur l’ancienne N10.

Je franchis pour la première fois la porte d’une Plaza de Toros pour y rencontrer de sacrés « figuras ». Un monde fou dans le « sol »,  le « sombra » étant réservé aux musiciens, ambiance festival, normal c’en est un.

Billy Cobham ! On sait qu’il est là car une gigantesque batterie est déjà  installée. Le maestro n’a guère changé de méthode comme le prouve cette photo prise lors d’une tournée de 2014. (Merci Camélia  ; photo Steve Hamilton)

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On connaît tous pas cœur l’album « Spectrum » sorti en 1973 et le titre qui est devenu l’hymne de l’artiste « Status ». Nous n’avons pas encore de grosse culture jazz et Billy est alors pour nous le plus grand batteur de l’univers.

Il est donc en formation avec George Duke aux claviers et au chant et notamment Jon Scofield à la guitare. Du jazz rock comme on dit à l’époque électrique et très funky qui quarante ans après accuse quelques faiblesses et travers – abus de synthé, d’effets – mais très novateur en 1976. Cette musique permettra à bon nombre d’entre nous de pénétrer dans l’univers complet du jazz. Cette tournée européenne de Billy a été captée dans l’album « Live on tour in Europe ».

Herbie Hancock et sa coupe afro arrive ensuite avec les Headhunters, il est dans sa pleine période jazz rock électrique et funky juste avant de reformer « VSOP ». Les titres emblématiques comme « Watermelon Man » sont méconnaissables mais ça sonne bien et gros et en plus on ne connait guère les originaux ! Pour nous c’est ça Herbie Hancock, un gars qui joue super bien du synthé, on découvrira après tout le reste, d’avant notamment…

John Mc Laughlin est annoncé mais dommage, pas avec le Mahavishnu Orchestra ce groupe qui nous fait planer et monter au Nirvana sans aucun autre artifice ou produit illégal. Petite – grosse – déception, John s’installe en effet avec Shakti la formation indienne certes intéressante mais un peu décalée ce soir-là. Au moins ça nous ouvre les oreilles vers d’autres voies.

On attend avec impatience Larry Coryell accompagné des « Eleventh House », du jazz-rock énergique et puissant autour de la belle guitare du leader. Larry se présente pour le moment seul, avec sa guitare, s’approche du micro et nous entonne « Band on the Run »  de Paul Mc Cartney. On a compris, son groupe l’a planté et il va donc jouer tout seul ! On ne saura jamais le fin mot de l’histoire.

La nuit est tombée c’est l’heure du bulletin météo que tout le monde attend après ces deux petites et relatives désillusions. Weather Report est au sommet de son art en 1976. Joe Zawinul a réussi à créer un son, un style. C’est l’année de l’album « Black Market », Wayne Shorter est là – dont nous ignorons tout le passé à l’époque ; je rappelle aux plus jeunes qu’il n’y avait pas internet  – ainsi qu’un phénomène de 25 ans à la basse Jaco Pastorius. Tous les autres leaders de la soirée avec leur trentaine ou quarantaine pour Joe et Wayne font figure d’ancêtres à côté de lui…et de nous. Alex Acuña est là aussi et à la batterie certainement Chester Thompson. Un concert fabuleux avec ces atmosphères riches et changeantes, ces envolées de Joe et Wayne, ces solos slapés de Jaco et ces percussions inégalées. Un très grand souvenir. Et la musique de Weather Report a elle réussi à traverser les années.

Une soirée extraordinaire– nous en rendions nous compte à ce moment-là ? – et inoubliable que j’ai eu le bonheur d’évoquer avec Billy Cobham en avril dernier au Rocher (voir chronique sur le blog) , dont, relativité des choses, il se souvenait à peine… « Yes, Bayonne, I remember it was in Spain no ? ». Mais 39 ans après j’ai eu ma dédicace !

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