Jazz à Caudéran : Atrisma / MT4

photos Thierry Dubuc.

La Pergola, vendredi 10 novembre 2017.

Le week-end en pente douce

Des mois de réflexion et de préparation et déjà deux jours sur trois de passés !

Soirée cool hier soir, pour les bénévoles d’Action Jazz d’abord, pas grand chose à remettre en place, presque rien à ranger…

Mais surtout soirée cool musicalement avec deux groupes pleins de délicatesse.

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Alain Piarou nous présente de façon très paternelle le trio Atrisma, lauréat du Tremplin Action Jazz 2015. Ces trois jeunes musiciens issus du Conservatoire National de Région de Bordeaux sont bien soutenus par notre association ce qu’ils auront l’élégance de souligner. Sur des compositions de Vincent Vilnet (piano, synthé, moog, effets) le trio va proposer son univers plein de délicatesse et de modernité.

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Johary Rakotondramasy n’est pas un guitar hero, il caresse sa guitare plus qu’il n’en joue, il en tire des sons subtils et chauds souvent en retenue mais toujours mélodieusement.

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Même chose pour Hugo Raducanu à la batterie avec laquelle il fait plus de musique que de percussions, en jouant avec finesse mais aussi modernité par un usage intelligent de pads électroniques.

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Le lunaire Vincent virevolte d’un clavier à l’autre, du beau piano à queue aux synthés les plus modernes. Musicalement on est vite pris dans un cocon d’émotions, de la joie à la mélancolie. On pense à Satie, à Pierre Henry à d’autres. Prise de risque pour ces jeunes musiciens qui n’ont pas choisi la facilité au grand bonheur du public surpris et sous le charme comme les commentaires de l’entracte le confirmeront. Pour les initiés une confirmation que ce concert d’hier.

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A l’entracte un ami me confie qu’il lui manquait quand même la contrebasse ; attends un peu tu vas être servi…

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Au tour de MT4 de faire connaissance avec le public. Que cache ce drôle de nom ?Certains comme nous on connu MC5 mais vraiment rien à voir. MT c’est Marc Tambourindéguy qui comme son nom l’indique n’est pas breton et comme il ne l’indique pas, joue du piano ; 4 parce que quartet tout simplement. Marc est aussi la cheville ouvrière de « Jazz sur l’herbe » le festival d’Anglet au Pays Basque. Mais ce soir il est pianiste et ravi du beau piano qui lui est proposé ; c’est Alain Claudien qui a fourni l’instrument dont vous pouvez lire le portrait dans la dernière Gazette Bleue #25 de novembre.

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Avec Marc, Pascal Ségala à la guitare, le bordelais Pascal Legrand à la batterie et Jean-Luc Fabre à la contrebasse ; mon ami est sauvé. Le public aime les étiquettes pour définir ce qu’il va entendre alors allons-y. Disons que l’univers de MT4 peut s’approcher de celui de Pat Métheny dont Pascal Segala a d’ailleurs écrit une jolie biographie.

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Musique délicieusement élégante, mélodieuse, romantique parfois, toujours pleine d’harmonie. Des improvisations qui ne sont pas prouesses mais émotion, une musique qui vous enveloppe délicatement, confortablement . La voix fredonnante de Marc rajoute cette couleur humaine à ce jazz déjà chaleureux. Régal du piano en son naturel, de la guitare aux cordes pincées avec suavité, de la batterie caressée mais pas que, de ce son si rond et profond de la contrebasse.

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Finir la semaine, trépidante pour beaucoup, dans cette ambiance là est vraiment une offrande, un début de week-end en pente douce.

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Tiens à propos de pente, celle de la scène caractéristique des plateaux de théâtre. Elle est si prononcée que Jean-Luc Fabre en perdait ses repères aux balances, la position de la pique de l’instrument étant plus basse que d’habitude et modifiant ainsi son équilibre, surtout pour les accords aigus sur lesquels il se penche. Le diable est dans les détails.

Et nous voilà donc au troisième jour du festival avec un plateau de choix encore.

Les gagnants du Tremplin Action Jazz 2017 d’abord, les bordelais de Capucine tous issus du CNR avec leurs compositions originales la guitare de Thomas Gaucher et le vibraphone de Félix Robin dialoguant sur la rythmique de Louis Laville à la contrebasse et de Thomas Galvan aux baguettes. Un répertoire qui vit, qui s’étoffe en public, encore un groupe de la nouvelle génération à découvrir.

Final en beauté avec Eric Séva et son projet « Body & Blues » pour un concert coïncidant avec la sortie de l’album du même nom. Un CD superbe que vous pourrez faire dédicacer ce soir. Au tour d’Eric Séva et de ses saxophones, Noé Huchard (piano), Manu Galvin (guitare), Christophe Wallemme (contebasse), Stéphane Huchard (batterie) et Michael Robinson (chant) que des pointures ! Hommage au blues la musique source avec une musique d’une grande richesse.

Et toujours l’exposition dans le hall des photographes d’Action Jazz.

Places sur www.actionjazz.fr

A ce soir ! Il y aura même une petite surprise gourmande à la fin…

Retouvez sur ce blog les articles sur tous ces groupes en tapant leur nom dans la case rechercher.

https://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n25-novembre-2017/

« Les chemins de traverse »

Par Annie Robert, Photos : Irène Piarou
Atrisma   Quartier Libre          25 février 2017
                         

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Atrisma

Après cinq jours d’enregistrement sur leur nouvel EP, le trio bordelais Atrisma donne à entendre devant un public venu bien nombreux, leurs toutes nouvelles compositions au Quartier libre. La nuit calme et fraîche est  à l’unisson de leur jazz délicat, onirique par instant, renforcé par des mélodies claires, des structures travaillées, et une énergie sans faille.
Au centre, sagement assis sur son tabouret, Johary  Rakotondramasy et sa guitare rouge carmin, installe tranquillement, souplement, avec tact et subtilité un groove tout en finesse. C’est une merveille de guitariste qui ne cessera pas de dessiller nos yeux et de sublimer nos oreilles, à l’aise dans tous les domaines du jeu.

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Johary Rakotondramasy

La mélodie suit, elle bavarde avec joie ou romantisme sur les claviers habités de Vincent Vilnet, compositeur de la plupart  des morceaux et hardi combattant de la musique libre. Ca roule, ça discute, le ton est  féroce ou discret. La batterie lance le combat ou l’apaise, calme les ardeurs ou les relance.

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Vincent Vilnet

C’est une musique d’évocation, impressionniste et voyageuse qui se déroule et se renforce. On accompagne les circonvolutions des pensées, leurs chemins de traverse, la tension des nerfs, les larmes des muscles fatigués, les vibrations du souffle. Un des morceaux  se nomme «  le voyageur immobile » et c’est véritablement ce qui caractérise ce trio, sa capacité à emporter l’auditeur dans des moments colorés chacun de manière précise, comme des paysages mentaux qui s’animeraient pour nous : des souvenirs ou des oublis, des désirs ou des soucis. C’est tantôt confortable et tonique, tantôt déroutant mais toujours captivant. Les styles se croisent et se métissent.

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Johary Rakotondramasy et Hugo Raducanu

La marche dans les chemins de traverse peut reprendre, on a le sentiment de suivre leurs pas, leurs idées musicales, dansantes et sautillantes, portées par le groove ou bien tristes et mélancoliques, parsemées d’arpèges.  Ils nous prennent par la main, la ballade est quelques fois ardue, il faut grimper, éviter les roches amères mais le  paysage est là, avec des airs de sable et de prairies, de tempêtes et de hauts fonds. Le travail d’Hugo Raducanu à la batterie est un modèle du genre, varié, créatif, roulant ou soyeux  suivant les besoins. Souvent en contraste, parfois en contrepoint, il ne se contente pas de souligner, il bouscule, ou encadre, relance avec une complicité patente, au service de ses deux compères mais libéré.

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Hugo Raducanu

Piano, guitare et batterie, la disposition est peu courante, porteuse de grands avantages (deux instruments harmoniques) mais aussi dépourvue d’une basse permanente. Pas de soucis pour autant, chaque instrumentiste prend en charge cette ligne à tour de rôle, discrètement, sans qu’à aucun moment, on s’aperçoive d’un manque.
Si leur virtuosité à ces trois-là, est bien réelle, elle n’est jamais ostentatoire. Elle est au service du morceau, du moment, de l’intention. Ils ne cherchent pas à nous en mettre plein les mirettes, à nous en donner pour notre argent avec trois milles notes au kilo. Ce  n’est pas un simple jeu cérébral, mais une vraie création pensée et collective, comme une symphonie libre, certes complexe dans ses contre-pieds, ses changements de rythme et de style mais toujours parlante, toujours évocatrice, un vrai ton et un vrai univers.
Le rappel, mâtiné de blues et de rythme des îles, porté quasiment seul par Johary à la guitare, se finira par des accords debussyens au piano et  une  résonance  à la cymbale d’une simplicité parfaite. Une conclusion claire pour une soirée  à circuler dans les chemins de traverse d’Atrisma.
Leur EP sort bientôt ; un conseil : ne le ratez pas !!

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Vincent Vilnet, Johary Rakotondramasy, Hugo Raducanu