« NOUR » Electro soul jazz et dessin live !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès (33), vendredi 3 novembre 2017.

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Attention les oreilles, attention les yeux !

Le bonheur du spectacle vivant c’est justement qu’il est vivant et ainsi capable de surprendre. La surprise est d’autant plus grande quand elle vient de quelqu’un que vous croyez connaître artistiquement pas cœur. Cette personne c’est Valérie Chane-Tef qu’Action Jazz a toujours suivie avec Akoda et ses différentes formes, Ceïba, Nougaro en 4 Couleurs, en duo avec Diana Baroni…

Quand lors d’un de ses spectacles elle a rencontré la chanteuse Laurène Jean-Pierre-Magnani le courant est passé de suite, un courant électro même.

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Valérie a toujours un projet en tête elle est dans le coup d’après, Laurène elle a toujours le cerveau en fusion, l’esprit vif et plein d’humour ce qui ne gâte rien. Et ainsi dans le plus grand secret et suite à la proposition du directeur du Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès, qui leur a donné carte blanche pour une résidence et un concert, elles ont inventé un spectacle. Car il s’agit bien d’une invention.  Le nom du projet ? « NOUR », la lumière en Arabe. Le thème ? Ce qui se passe dans notre cerveau ! A y réfléchir et vu comment fonctionne le mien ça peut vite devenir n’importe quoi, mais ça ouvre aussi des perspectives infinies à la créativité et à la poésie.

Valérie est pianiste, Laurène chante, les deux composent . Avec le fonctionnement électrique du cerveau l’électro avait naturellement sa place et c’est ainsi que Thibault Despagne s’est retrouvé aux machines. Il fallait aussi de la vie, du rythme et ainsi l’excellent batteur Hugo Raducanu (Atrisma) a intégré l’équipe. Le cerveau fonctionne avec des contrastes, il fallait donc en créer ; va pour un trio de cordes : Élisa Dignac au violoncelle, Élodie Robine à l’alto et Thérèse Labrousse au violon.

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Pour traduire tout ce qui se passe dans nos têtes la musique n’était pas suffisante et ainsi le dessinateur Joachim Sontag a apporté sa palette graphique et numérique.

Voilà donc un projet osé et complexe élaboré lors d’une résidence de cinq jours, techniquement difficile à mettre en place, musicalement pas facile non plus. Cette sortie de résidence a ainsi montré bien plus qu’un teasing, un vrai concert de presque une heure qui ne demande qu’à se développer.

La surprise en arrivant c’est la scène, séparée du public par un voile en tulle noir translucide et qui va on va le voir servir d’écran à la projection graphique. Les premières notes, ou plutôt les sons, pénètrent notre corps par des fréquences sub-basses provenant des machines ; personnellement j’adore cette sensation. Sur l’écran en même temps que la batterie s’anime et que des voix lointaines se font entendre, se trace ce que je pense être un arbuste ou une fleur et qui n’est autre qu’un neurone avec ses synapses et ses dendrites.

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Les rendus sonores et visuels sont immédiatement spectaculaires. Puis le piano se fait plus présent avec un son naturel contrastant avec les effets ondulants des machines et la batterie percutante ; Laurène nous révèle sa voix, merveilleuse. Elle va nous éblouir davantage dans la reprise de Bjork « Hidden Place » sur un tapis d’hyper basses, un piano en gouttelettes et la trouvaille du trio de cordes .

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Des chœurs célestes bouleversants, un onirisme planant, une version de toute beauté. Avec ces paysages qui se dessinent sous nos yeux on est emporté très loin, on perd ses repères. Mais avec facétie Laurène se charge de nous ramener à la réalité en duo avec Valérie répétant qu’elle ne tourne pas en rond, une roue de bicyclette un peu cabossée se traçant à l’écran. On est là pour parler de ce qui trotte dans la tête, des émotions les plus gaies à d’autres plus noires.

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Arrivent les ombres chinoises des musiciens sur du jazz hip hop, un long et beau solo à l’alto aux effets électros, puis un titre très profond et dense joué derrière une foule s’étoffant de personnages inquiétants comme notre cerveau en invente souvent. C’est beau, tout « simplement ».

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Plus aucune référence pour s’accrocher, les oreilles sont bousculées, les pupilles impressionnées, les cerveaux vrillés. Quel culot mesdames de nous secouer comme ça, quel dépoussiérage, quelle belle idée !

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Bravo aussi à Thibault Laisney au son et Fred Warmulla à la lumière, inventive et violente parfois, qui ont une part prépondérant dans cette réussite.

On en veut davantage pour que ce projet si lumineux devienne éblouissant !

Les photographes d’Action Jazz s’exposent. Concert d’OD en bonus

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Ceïba au Rocher : Tout Va !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, jeudi 28 septembre 2017.

Sortie de l’album « Tout va »

La sortie d’un album n’est pas un événement anodin quand on est de véritables artistes. Elle est là pour couronner le travail de plusieurs mois, lui même assis sur une base de plusieurs années.

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Une sortie en public est bien sûr une des meilleures façons de présenter son œuvre à condition que tout se passe bien. Pour que tout se passe bien il faut une forte préparation des artistes et que le public réponde présent. Connaissant les musiciens nous n’étions pas inquiets sur le premier point et cela s’est confirmé de façon éclatante lors du concert. Pour le second et bien la salle de 650 places du Rocher s’est avérée trop petite et la chasse aux places disponibles s’est ouverte à peu près en même temps que la traditionnelle ; complet depuis deux semaines.

Nous avions rencontré Ceïba et ses musiciens lors de l’enregistrement de l’album au studio Cryogène de Bègles pour un article paru dans la Gazette Bleue #22 de mai 2017. La minutie du travail, le soin des détails nous avaient frappés et déjà, avant même le mixage définitif, on avait perçu la beauté et la richesse des compositions. . Le résultat est un très bel album de dix titres baptisé « Tout Va », c’est son contenu que beaucoup vont découvrir ce soir avec d’autres surprises. Ceïba a pratiquement tout composé avec bien sûr la pianiste Valérie Chane-tef sur quelques titres.

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La première surprise c’est la présence sur scène outre Ceïba, Valérie Chane-tef, Franck Leymerégie et Benjamin Pellier le quartet habituel, de Guillaume Thévenin l’ingénieur du son et responsable du studio Cryogène. Il est aux « machines » électros et sa guitare est près de lui. Guillaume qui est aussi musicien, a été une pièce importante de l’enregistrement, apportant ses idées, ses suggestions et c’est naturellement que le groupe l’a intégré pour ce spectacle et les suivants. Il va proposer les ambiances sonores faites de voix off africaines, de bruits de marchés, de nature, de divers bruitages, chanter et ponctuer les thèmes de virgules musicales avec sa guitare. Une excellente idée.

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Un voyage plein d’émotion

Le concert commence avec la perle « Un Petit Bout de Toi » qui ouvre aussi l’album. Valérie l’introduit au piano, puis la rythmique arrive sur la voix délicate de Ceïba ; le voyage commence. Si tu veux partir avec moi je t’attends (… ) viens je t’emmène en voyage (…), voilà « Kidou » et l’arrivée sur scène avec sa valise d’une voyageuse, la danseuse Khady Saar que nous avions vue avec Ceïba en 2016 à Ambarès ; toujours cette grâce et cette puissance félines, cette présence scénique ondulante très forte qui va nous régaler toute la soirée et nous manquer dans l’album !

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A voir ses réactions c’est déjà gagné avec le public dans lequel beaucoup d’amis mais aussi énormément de gens qui découvrent le groupe et sa musique.

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Souffle alors l’émouvant « Vent Nouveau » dont il faut un peu raconter l’histoire. Il y a deux ans le groupe avait repris « Evariste Siyed Lon » un titre créé par Kan’nida sur le rythme Boulaguel traditionnel de la Guadeloupe, ce style dont certains ont fait un emblème politique lié à l’indépendance de l’île. Et certains là-bas – et ici – ont pris ça comme une provocation que des métropolitains s’emparent de leur musique allant même jusqu’à des menaces. « Vent Nouveau » est une réaction en forme de droit de réponse, mais surtout un message de fraternité, de tolérance et d’amour. D’ailleurs l’an dernier le groupe avait pu se rassurer sur la nature humaine en chantant lors d’un festival en Guadeloupe « Evariste Siyed Lon » devant un public chaleureux.

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Le voyage va continuer en Afrique, aux Antilles avec une belle variété. Voilà des intermèdes où tous sont aux percussions Khady Saar étalant son talent de danseuse dans des costumes et des chorégraphies extraordinaires, Ceïba n’étant pas en reste dans ce domaine. Elle sait d’ailleurs tout faire à merveille.

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Qualité musicale et visuelle

Le spectacle est coloré, visuellement très soigné grâce aussi aux éclairages. L’harmonie des voix, les breaks, les fins de titres, on comprend qu’il y a eu énormément de travail car tout est fluide.

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Valérie Chane-tef , pièce maîtresse du groupe, apporte sa touche jazz créole comme elle la définit elle-même et nous offre quelques moments de grâce avec notamment un chorus au piano sur lequel elle scatte , ou des développements qui font tourbillonner Khady Saar.

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Franck Leymerégie nous a réservé lui aussi une surprise avec quelques interventions assis sur un ka dont il joue des deux mains et d’un pied, technique venant du Bèlè martiniquais. Au set de percussions il est inégalable avec sa rythmique au rasoir et ses trouvailles. Il nous offre même un passage au bendir, cet instrument à la vibration sonore si caractéristique.

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Au fond à droite comme toujours, Benjamin Pellier à la basse, avec son groove plein de rondeur indispensable à la charpente du groupe, va même nous proposer des chorus dont une magnifique intro en solo ; personnage discret mais si efficace !

Vers l’issue du concert, Ceïba va enfin libérer le public qui a depuis longtemps des fourmis dans les jambes en lui proposant de se lever et danser ; il n’attendait que ça ! Khady Saar elle est survoltée

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Triomphe, rappel bien sûr et cette fois Ceïba qui fait chanter la salle conquise.

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Une dernière surprise avec l’arrivée sur scène du Béninois Ewa Touhinnou magnifique chanteur et percussionniste pour le dernier titre de l’album dont il est co-auteur avec Ceïba « Wedouto ».

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Un spectacle complet très abouti, magnifique !

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Dire que j’évitais les musiques classées du monde avant de connaître Ceïba…

Si vous avez raté ce concert, rendez-vous le 4 octobre à 21h30 lors de la soirée d’ouverture du Comptoir Éphémère quai de Paludate ou au festival de la Ruche à Saucats le 14 octobre.

http://ceibamusic.com/ ; http://valeriechanetef.com/ ;

Gazette Bleue n°22 – Mai 2017

 

 

Akoda au Jazz Club [at] Sortie 13

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Sortie 13, vendredi 3 février 2017.

Une soirée comme celle-là ça fait plaisir, découvrir un nouveau lieu culturel au milieu d’amis et pour écouter des musiciens qu’on aime, en plus quand l’apocalypse est annoncée pour la fin de la nuit !

Ce nouveau lieu c’est « Sortie 13 » tout près de la sortie 13 – sans blague – de la rocade bordelaise à Pessac. Des anciens bâtiments d’un journal gratuit local transformés en lieu culturel. 600 m² dédiés aux expositions de peinture, photo, sculpture (en ce moment des œuvres magnifiques de Lucile Callegari – Phil Meyer – Mikki sur le thème « Instants de femmes »), aux concerts de tous styles et donc ce soir de jazz.

La programmation jazz est assurée pat [at] évènements comme au Caillou. Le tempo prévu est d’une fois par mois sous le nom de « Jazz Club [at] Sortie 13 ». L’endroit est composé de trois espaces, une salle d’exposition, une salle de concert de 120 places debout et une salle de bar de taille modulable, grande ouverte hier soir.

C’est Akoda et son jazz créole qui ouvre le bal à l’occasion de la sortie – une release pour les initiés – de son dernier EP « Résonances » récemment enregistré au studio Cryogène de Bègles. Des nouveautés donc dans la lignée de leur tonalité exotique et bien sûr leurs « standards » comme la version fulgurante de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg.

Le concert se déroule dans la salle du bar mêlant chaises, poufs, canapés mange-debout, tables, un endroit sympa. Quelques tapas, un verre – pour commencer – et c’est parti.

Valérie Chane-tef est vraiment très émue, elle s’est beaucoup investie dans ce nouveau projet et en plus de ses fidèles Franck Leymerégie aux percus et Benjamin Pellier à la basse elle a invité d’autres musiciens pour se rassurer. Intro de piano et ensuite une succession de rythme et de douceur, et toujours cette émotion joyeuse dégagée par le groupe comme dans « Amour Content » une des compos originales de VCT.

Pour « Résonances » Laure Sanchez nous offre sa douce voix – je suis fan – et François-Marie Moreau ajoute ses touches de sax, c’est cool. « Easy » et sa mélodie nostalgique , un titre pas si facile que ça, qui commence délicatement comme un concerto de piano – ah si elle avait un vrai piano ! – et se termine en transe permet d’admirer la palette de chacun.

Un vieux tube des Îles arrive maintenant sur un bien joli arrangement, « Maladie d’Amour » d’Henri Salvador, pas celle de Sardou faut pas charrier ! Une surprise sur ce titre avec la venue du guitariste Gaston Pose qui fait un bond de son Argentine natale vers les Antilles.

Sur l’indémodable « Nature Boy » c’est au tour de FMM de nous étaler ses talents de crooner en duo avec Laure, la rythmique bien souvent très virevoltante de Franck et Benjamin se faisant ici délicate sur un arrangement latino très réussi . Un concert comme celui-là sans Ceïba ce n’était pas possible alors la voilà bien sûr avec toujours ce corps ondulant de rythme et cette voix chaude.

Valérie va exceptionnellement laisser sa place au piano à FMM pour nous montrer qu’elle aussi sait chanter et drôlement bien en plus ; elle s’est détendue tout au long du concert et elle est maintenant rayonnante.

Encore une surprise dansante et bondissante cette fois, Agnetha Dihy en solo puis en duo mixte magnifique lors du rappel !

L’air de rien, un concert de deux heures, le temps est passé très vite.

Vraiment une soirée bien agréable, cool, cosy et très amicale, avec des musiciens bourrés de talent et de gentillesse, dans un lieu à découvrir et qui manquait dans ce coin.

http://www.sortie-13.com/

http://akoda.e-monsite.com/

 

Akoda invite Gaston Pose au Caillou

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Caillou, jeudi 29 octobre 2016

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Akoda chez Action Jazz on les connaît par cœur. Ben non, perdu !

Akoda c’est trois musiciens, ou quatre, ou cinq ou plus. Akoda c’est du jazz, du jazz créole comme ils le précisent et vous savez tous que ce qui caractérise le jazz, le vrai, c’est qu’il est imprévisible.

Confirmation ce jeudi soir au Caillou où je me rends par amitié, par plaisir bien sûr mais certain de ce que je vais entendre ; le samedi matin précédent j’étais aussi allé les écouter en show case au magasin Cultura de Bègles ; j’y avais même amené mes petits enfants de trois ans dont je me charge de l’éducation musicale… Ce jour là ils étaient quatre, Valérie Chane-Tef bien sûr, la pianiste compositrice leader du groupe, Franck Leymerégie aux percussions, Benjamin Pellier à la basse et François-Marie Moreau aux sax.

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Ce soir FM n’est pas là. Par contre une surprise nous attend en la personne de Gaston Pose (prononcer Possé) qui va compléter le groupe avec sa guitare de jazz.

Gaston Pose on le connaît notamment avec le Tri Nation guitar trio où lui l’Argentin joue avec le Français Yann Pénichou et l’Australien Dave Blenkhorn ; trois nations de… rugby. Valérie l’a invité, comme ça pour le plaisir, pour notre plaisir. Finalement vu d’ici l’Argentine n’est pas si éloignée des Caraïbes et ça devrait fonctionner ; ça va fonctionner et drôlement bien même. Gaston va amener sa touche latine, voire brésilienne en écho au piano chaloupé de Valérie. Pourtant il ne retrouve plus son médiator, pas son médicament mais son plectre, ce bout de plastique qui sert à pincer les cordes. Qu’à cela ne tienne une personne de l’assistance en découpe un dans une carte Fnac et voilà le travail !

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Le trio est en osmose parfaite, ils se connaissent par cœur, tombent toujours juste sur des rythmes parfois complexes et prennent visiblement du plaisir partagé ; Gaston Pose va s’intégrer avec justesse, écoutant d’abord, plaquant quelques accords discrets puis se lançant dans des chorus impeccables.

Les thèmes de l’album Mariposa sont égrainés et les ailes du papillons trouvent ce soir une couleur nouvelle et aussi chatoyante. Valérie, en chemise cravate s’il vous plaît, mène le groupe et dialogue tranquillement avec le public lors des transitions. Elle est toujours à la recherche du titre pour un morceau et demande au public de l’aider ; ça fait six mois que ça dure ! Je propose « Latino Concerto » libre de droits.

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Morceau de bravoure du groupe le « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg adapté d’un arrangement du pianiste Pierre-Alain Goualch (chronique du 24/05/2016 au Baiser Salé) ; du pur plaisir. Benjamin – qui me dira à la pose ne pas s’entendre, nous oui – y excelle à la basse sur un riff envoûtant.

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Franck, aux percussions, on dirait Shiva ; on ne sait pas combien il a de bras et de mains il est toujours époustouflant.

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Il me vient à l’esprit que comme ce soir Gaston est là ils pourraient aussi jouer du Nino Ferrer, « le Téléfon » par exemple mais j’ai trop honte de leur demander…

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Je préfère écouter les rythmes de maloya ou des morceaux venus de Guadeloupe, de la Réunion, berceau de Valérie, ou …des USA avec le « Children Song » de Chick Corea. On a même droit au standard des standards, avec « Caravan » qu’on imagine sur ces tempos, transporter des feuilles de tabac à cigare à Cuba plutôt que du sel au Sahara…

Voilà, encore une soirée qu’il ne fallait pas rater, ouf on y était !

Akoda sera ce mercredi 5 octobre au Point Rouge quai de Paludate, peut-être y aura t-il une autre surprise ?

Ah ! Au fait après le concert Gaston a retrouvé son médiator au fond de sa poche…

http://akoda.e-monsite.com/

 

Je (ne) hais (plus) les dimanches

par Philippe Desmond.

Le problème des dimanches c’est qu’ils finissent par se terminer et débouchent ainsi sur le lundi. Pour beaucoup la reprise du boulot avec certes ses satisfactions mais aussi ses contraintes et ses soucis, pour d’autres l’absence de boulot et ses désagréments. « Je hais les dimanches » avait chanté Juliette Gréco. Et bien Action Jazz a trouvé la parade et depuis un moment déjà : aller écouter du jazz ! Et oui plutôt que se fader Drucker en fin d’après-midi et le film saucissonné de pubs un peu plus tard, il est ainsi possible de passer une belle soirée musicale à Bordeaux.

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On peut commencer à 18h30 au Molly Malone’s quai des Chartrons et cela de septembre à juin au moins. Ce soir c’est un de nos groupes favoris qui opère, Akoda en trio pour l’occasion – du moins au début – avec autour de Valérie Chane-tef, la pianiste compositrice, les fidèles Franck Leymerégie au set de percussions et Benjamin Pellier à la basse. On connaît leur jazz créole inspiré, teinté de des rythmes antillais et réunionnais , leurs envolées lyriques et chaleureuses avec une belle énergie et beaucoup d’élégance. Les trois sets, comme au tennis, vont nous le confirmer. D’autant que très vite le trio accueille un invité, qui n’en est pas vraiment un, François-Marie Moreau, « FM », au soprano et au chant avec notamment un très beau « Nature Boy ». Leur répertoire reprend les titres du dernier EP « Mariposa », pour la plupart composés par VCT, plus la très belle version, méconnaissable pour beaucoup, de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg et quelques standards dont un « Caravan » modèle de luxe, toutes options, double essieu et surtout de toute beauté. Duke a dû apprécier. Précisons qu’au troisième set un vrai invité a complété le groupe, finissant ainsi en quintet, Michaël Geyre, l’excellent accordéoniste du Peuple Etincelle, la formation jubilatoire et inclassable de la galaxie Lubat.

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La chaleur est encore intense et la musique en rajoute, obligeant le public à tester la large palette de couleurs de ce pub irlandais ; blanche, blonde, rousse, ambrée, brune, il y en a pour tous les goûts. Quant au fish and chips, le simple fait ce soir de le regarder vous fait couler de grosses gouttes sur le front. Mais pourtant fish and chips et burgers traversent sans cesse la salle aux mains des serveurs affairés. Du monde, beaucoup de musiciens venus écouter leurs collègues et amis, une ambiance conviviale et bon enfant, de la très bonne musique, une fin de dimanche après-midi idéale.

C’est fini, il est 21h30, il faut rentrer. Et bien non, ce serait trop triste.

Direction le CanCan, rue du Cerf Volant dans le vieux Bordeaux, où ça guinche jusque dans la rue au son de la musique New Orleans. Le lieu n’est vraiment pas très grand et malgré la clim il y règne une chaleur tropicale. Il faut dire que Perry Gordon & his Rhythm Club rajoutent des calories au climat général. Quatre musiciens sans retenue pour le plus grand bonheur des danseurs que l’étroitesse du lieu ne décourage pas : Ben Ransom à la trompette et au chant, Denis Girault à la clarinette, Nicolas Dubouchet à la contrebasse et le nouveau du groupe Florian Mellin à la guitare dobro.

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Bonne nouvelle, ici la musique New Orleans attire des hordes de jeunes qui viennent faire la fête et danser. On oublie trop que le jazz est à l’origine une musique festive et ce lieu vivant nous le rappelle. Déco vintage hétéroclite, bière artisanale locale et une belle carte de cocktails originaux aux noms insolites comme « Joyeux Bordel », « Sans Culotte », « Fallait que j’en prende ? », à base de breuvages aux noms oubliés, Guignolet, Rinquinquin…

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Sur scène, car il y en a une, Ben Ransom anime la soirée de son fort sympathique accent anglais, alternant la trompette et un chant aux effets eux aussi vintage. Répertoire old jazz, blues New Orleans et beaucoup de swing, la clarinette entraînante de Denis Girault faisant plus que répondre à la trompette. La rythmique souvent déchaînée de la contrebasse et de la dobro contribue à ne pas vous laisser de marbre ! Un bien bon moment.

Minuit approche, le Mississippi va redevenir Garonne, petit à petit les danseurs repartent réalisant qu’apparemment demain c’est lundi. Et oui cette fois c’est fini. Mais mardi ça redémarre chez le Pépère avec la jam mensuelle !

 

Plus près que « là-bas », Monségur et son festival.

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Aller à Monségur aux « 24 heures du swing » c’est un peu comme une préparation à un autre festival plus couru, vous savez là-bas, au mois d’août dans ce coin un peu perdu du Gers… Le parallèle est assez frappant, déjà pour arriver jusqu’ici au fin fond de l’Entre deux Mers, comme pour là-bas ça se mérite. La ville de Monségur est elle aussi une bastide avec ses traditionnelles galeries à arcades – chez moi à Créon on parle d’arceaux » – et ici aussi la place est animée par des bars, des restaurants, des boutiques, des stands de tout et de rien, d’artisans et de marchands avec un fond musical perpétuel de circonstance. Mais si on veut clore la comparaison, j’y trouve un avantage ici dans la mesure où l’on est encore à une échelle plus artisanale que là-bas. Mais avec une sacré belle organisation, ne vous méprenez pas sur mes propos.

A mon arrivée j’ai juste le temps d’assister à la dernière partie du concert de Laure Sanchez Trio sur la jolie petite scène installée rue Barbe, comme ça en plein milieu. Le trio, prix de la Note Bleue au dernier tremplin Action Jazz est désormais bien rodé et offre un répertoire de compositions originales plein de fraîcheur de musicalité et de groove. Pour ce dernier Laure n’hésite pas à utiliser sa basse électrique tout en chantant.

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Robin Magord est vraiment épatant au piano, quant à Nicolas Girardi il invente sans cesse à la batterie celle-ci avec sa toute petite grosse caisse paraissant sortie d’un magasin de jouet. Invité surprise, un chien, celui du voisin, fait un moment les chœurs !

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Il reste moins d’une heure avant le concert sous la halle, le temps d’aller se régaler au stand du boucher local dont le pavé de bœuf va s’avérer à tomber ; un petit vin des voisins de Duras et nous voilà prêts pour affronter la soirée ; elle va être longue, deux heures du matin pour la fin du dernier concert !

La halle se remplit doucement, la fouille est bon enfant. Quelle beauté cette construction de fonte et de verre du XIX siècle ! Pour l’acoustique par contre…

Ce soir, que des Anglais au programme, comme quoi ils ne sont pas tous prêts à se replier frileusement sur leur île. La chanteuse Malia pour commencer, accompagnée d’un trio piano, basse, batterie. J’attendais une brune, c’est une blonde qui arrive vêtue de blanc et noir un chapeau melon sur la tête, référence à John Steed ou à Malcolm McDowell dans Orange Mécanique ? Vous ne verrez pas de photo, les instructions de la diva étant claires, les photographes accrédités peuvent agir sur le seul premier titre et pas de gros plan ! Et le service d’ordre est vigilant. Thierry n’aura pas eu le temps de mitrailler et après tout si elle ne veut pas qu’on fasse sa promo, ça la regarde. D’autant que le concert ne va pas nous marquer, elle chante très bien et dans plusieurs tessitures, les musiciens jouent bien mais, est-ce le son difficile ici, le répertoire un peu plan-plan, nous n’avons pas accroché. Les « Fipettes » de Bordeaux qui étaient à nos côtés ont, elles, adoré !

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Un petit tour sur la place avant que la deuxième partie ne démarre, la soirée est douce, c’est vraiment l’été. Place à Incognito, présenté comme du soul-jazz-funk ; exact.  Neuf musiciens, trois chanteuses, un gros son. Le leader Jean Paul Maunick, Mauricien d’origine, va animer le concert, présentant les titres avec ses commentaires humanistes et en français.

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A tour de rôle les trois chanteuses occupent le devant de la scène dans des registres allant d’Aretha Franklin à Randy Crawford des Crusaders avec parfois un light show à la Soul Train. Mais à mon avis c’est en instrumental que le groupe donne toute sa puissance, la musique partant en liberté avec un groove d’enfer, la fin du concert étant ainsi énorme !

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Il est minuit bien tassé, direction la place des Tilleuls ; les stands de cuisine espagnole, marocaine sentent bien bon en passant, on se laisserait presque tenter.

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Latin Spirit joue déjà ; ils se définissent ainsi : « des harmonies salsa, des chorus jazz, des rythmes cubains » ; voilà vous savez tout. Ou presque. Au programme du Tito Puente, Poncho Sanchez ou Paquito Riviera et surtout de la joie ! Le public un peu timide au début ne va plus vouloir s’arrêter de danser !

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Avec un super son (enfin) dans ce lieu magnifique les musiciens vont nous régaler ; on en connaît bien certains à Action Jazz, notamment Franck Leymerégie (congas) et Benjamin Pellier (b) d’Akoda et même Valérie Chane-Tef (p) pigiste de luxe ce soir, associés à d’autres excellents musiciens bordelais.

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Mayomi Moreno mène la danse au chant ; Rodolphe Russo (fl, direction musicale) Bertrand Tessier (st) Rémy Béesau (tr) Renaud Galtier (tb) Frédéric Jarry (dr). Chaud bouillant ce concert et qui nous amène à deux heures du matin sans aucun effort, le genre de moment qu’on adore dans les festivals.

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L’air de rien il y a une heure de route pour rentrer à Bordeaux, bon mais c’est quand même plus près que là-bas… Dire que demain avec le programme swing qu’il y a je ne vais pas pouvoir revenir…

Alê Kali chez Alriq ; une nuit ensoleillée

Par Philippe Desmond.

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Un bien triste printemps agité n’arrête pas de se traîner vers un été qui semble parti en goguette, la journée en a été le reflet total. Aller à la guinguette Alriq ce soir quelle idée ? Quelle bonne idée oui, merci de me l’avoir soufflée mon amie !

Il est 21 heures, plus un nuage, un ciel d’un bleu azur presque inquiétant, un coucher de soleil éblouissant sur les quais de Bordeaux, une corne de brume, voilà une invitation au voyage qui ne se refuse pas. Direction le Brésil avec la soirée de sortie d’album d’Alê Kali la musicienne chanteuse brésilienne la plus connue de Bordeaux où elle est installée depuis cinq ans.

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Jolie scène, décorée des créations d’Eduardo Ver illustrant les titres de l’album, bien remplie avec Mathieu Cayla à la guitare, Anthony Duvalle aux percussions et l’étonnant bassiste brésilien Josias Pedrosa (les deux derniers déjà entendu au Caillou en 2015).

Avec Alê Kali et notamment sur l’album qu’elle présente on est bien sûr au Brésil mais loin des clichés habituels. De la samba oui mais parfois lente, souvent poétique, pas de folklore. D’autres rythmes qui me sont étrangers arrivent mais mes oreilles les apprécient de suite. De la modernité, du dub-blues « Nâo Precisa », de la pop-rock électrique énergique avec « Nâo me fale nada ».

Alê Kali c’est surtout une voix superbe, claire, sensible et une belle présence scénique rehaussée par le scintillement de sa tenue mordorée contrastant avec ses boucles noires. On ne comprend pas les paroles mais la douceur et la suavité de la langue brésilienne laisse augurer de belles histoires. La guitare de Mathieu Cayla installe souvent le climat des morceaux (au fait pourquoi on dit morceau comme pour la viande?) dans le registre très caractéristique de la musique du Brésil. Aux percussions Anthony Duvalle s’active sur ses nombreux accessoires avec énergie ou grande douceur, un régal. La découverte c’est Josias grand bassiste sachant excellemment tout faire, même du slap ou du dub. La grande classe.

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Le vent est tombé, la soirée devient presque douce grâce à la musique et à la beauté insolite du lieu, quelques verres de jus de canne distillé diplomatiques aidant bien à cette atmosphère. Des invitées sont appelées sur scène, Patricia Sireyjol et son cavaquinho, Valérie Chane-Tef au piano et même Ceïba qui y découvre le surdo, ce gros tambour brésilien dont le son très grave vous traverse le corps.. De la douceur on est passé à la chaleur car la piste de danse est remplie et ce qui n’était qu’un rappel devient presque un second set !

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Jolie parenthèse que cette nuit ensoleillée, demain il pleut…

www.alekali.com

Akoda en liberté au Caillou

par Philippe Desmond, photos Pierre Murcia.

Je l’avoue, Akoda fait partie des chouchous d’Action Jazz, de par la personnalité de son leader la pianiste compositrice Valérie Chane-Tef , la qualité musicale proposée, le talent du groupe et les différentes formes que celui-ci peut prendre. En quintet avec chanteuse, en quartet sans chanteuse, en quartet avec chanteuse invitée – Ceïba – et ce soir en trio. Prosaïquement c’est un format idéal pour l’exiguïté du Caillou – ce soir encore archicomplet – cela va s’avérer un format idéal pour la liberté musicale.

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Valérie est bien sûr au piano et au clavier électrique, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie au set de percussions. Toujours une curiosité d’ailleurs que de voir ce dernier, baguette dans une main l’autre sans rien, s’activer sur cet étrange équipage, mélange de batterie et de percussions, notamment un cajon installé à l’horizontale (!), cloche, cymbales de toutes tailles, congas, bendir… La sobriété matérielle de son collègue Benjamin contraste, quatre cordes seulement à une époque où les basses en voient le nombre augmenter, pas d’effets ; si justement ce soir il y en aura : un !

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Le répertoire on s’y attend va tourner autour de leur dernier EP « Mariposa » mais, on s’y attend moins, va comporter quelques belles surprises. Aux titres de l’album comme « Mariposa », le presque tube « Ou pas » et d’autres, vont venir s’ajouter de nouvelles compositions et des arrangements de titres d’autres artistes.

La première surprise pour un groupe se réclamant du « jazz créole » est la reprise de « Seven Days of Failing » d’E.S.T le trio suédois. Le regretté Esbjörn Svensson est un des pianistes favoris de Valérie Chane-tef, ceci explique cela. La douceur et le balancement du thème conviennent très bien à Akoda et l’adaptation est très réussie.

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Le public est appelé à baptiser un nouveau titre pour le moment intitulé par Franck « easy » en référence au easy listening qu’il est certes au début mais plus trop à la fin tant le tempo va se durcir. Pour le titre on cherche toujours.

Dans cette formule en trio le groupe est vraiment en totale liberté, plus de « contraintes » liées au chant. C’était le souhait de Valérie Chane-tef que de proposer cela, permettant ainsi une approche plus libre et donc plus jazz, les chorus et improvisations n’étant plus freinées par la structure musicale découlant du chant. Une autre façon de mettre en valeur ses propres compositions. La couleur du groupe est toujours bien présente avec cette forte assise de la basse, colonne vertébrale de l’édifice, parfaitement tenue par Benjamin, l’omniprésence et la créativité des percussions du toujours surprenant Franck et bien sûr le toucher subtile et chaloupé de Valérie ; on pense notamment à celui de Mario Canonge ce maître antillais du piano.

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Une autre reprise va arriver avec « Cinéma G » du jeune pianiste israélien Shaï Maestro interprété avec une extrême délicatesse par Valérie, Benjamin et Franck jouant tout en retenue. Tiens au fait le piano du Caillou va mieux, un accordeur a dû passer par là.

Le public – très à l’écoute pour un restaurant – est à nouveau sollicité pour deviner le thème qui arrive avec cette ligne de basse envoûtante et répétitive ; oui bon sang mais c’est bien sûr ! Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le découvrir quand vous irez voir Akoda ; juste quelques indices, disons que cela évoque un couple de gangsters et que la version originale est chantée par un mec pas dégueu. Vous pigez ?

Un autre des pianistes préférés de Valérie est appelé en la personne de Chick Corea avec un arrangement du mélodieux « Children’s song » . Le piano chante.

Et bien sûr la Guadeloupe, Cuba, la Réunion, autant de contrées qui seront évoquées musicalement à travers les titres joués. Akoda a vraiment une signature reconnaissable, c’est une qualité.

Alors qu’après les ovations la salle s’est vidée, un couple revient et s’approche de Valérie Chane-Tef. La dame guadeloupéenne, très émue, lui dit qu’elle est revenue car elle n’arrive pas à partir sans l’avoir embrassée tant elle a été bouleversée par le concert. Le genre de récompense que les vrais artistes apprécient ; Valérie apprécie.

http://akoda.e-monsite.com/

Akoda en quintet – avec sa chanteuse historique Mayomi Moreno – jouera au festival de Saint Emilion le samedi 23 juillet à 17 h.

Ceïba à Ambarès : émotion sans frontières.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Blog Bleu d’Action Jazz parle de jazz, le jazz n’a pas de frontières, Ceïba n’a pas de frontières, Ceïba est du jazz ! Alors parlons de Ceïba.

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« Chants du Monde » résume le projet. Pour certains cette étiquette est attirante, pour d’autres, dont je fus,elle suscite la méfiance ; chants du monde, musique du monde, du folklore avec flûte de Pan, bonnets péruviens, tam-tam, tout l’attirail et le répertoire baba-folklo surfant sur des grandes idées parfois de circonstance. On est ici à des milliers de kilomètres de cette vilaine caricature. Je le sais depuis la première fois que j’ai vu Ceïba, c’était au Siman en septembre dernier (voir chronique sur le BB). D’ailleurs deux semaines après j’allais les revoir, en plein air lors d’une fête de village devant un large public qui avait été lui aussi plus que conquis.

Hier soir au Pôle culturel Ev@sion d’Ambarès Ceïba présentait ses nouvelles créations à l’issue d’une résidence d’une semaine dans cet endroit. Un projet rendu possible grâce à l’IDDAC de la Gironde (Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel) et la ville d’Ambarès. De l’argent public très bien utilisé cette fois. Le concert constituait ainsi le point d’orgue d’une semaine très riche selon les musiciens.

Les musiciens parlons en, ils sont tellement bons, tellement fusionnels ! Ceïba qui porte le projet est au chant, aux percussions (ah ce bâton de pluie !) et danse ; elle compose aussi bien sûr. Sa complice Valérie Chane-Tef joue du piano, chante, compose et arrange. Benjamin Pellier est à la basse, aux percussions et aux chœurs. Franck Leymerégie régale aux percussions sur un set très hétéroclite et assure aussi les chœurs. Tous les deux sont la colonne vertébrale de l’édifice, Franck spectaculaire bien sûr et Benjamin alternant groove implacable et délicatesse.

Mais ce soir il y a un bonus, la danseuse Khadi Sarr, originaire du Sénégal qui va rajouter sa puissance féline et gracieuse à la beauté de la musique. Car il s’agit de cela, de beauté et d’émotion. Ceïba a, dans cette salle Didier Lockwood, un écrin à la hauteur de la qualité de sa proposition artistique : grande scène, beaux éclairages et un son parfait. Toute la semaine ils ont travaillé dans ce lieu en conditions réelles de spectacle et le public va ainsi ressentir cette perfection et cette élégance que seul un vrai travail peut produire.

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Devant une salle comble, le spectacle va se dérouler magnifiquement, alternant les nouvelles compositions aux anciennes figurant sur leur premier album ; un second est en préparation. Ceïba a beaucoup voyagé et continue, elle y trouve son inspiration et son énergie. En Afrique, en Amérique Latine elle puise des pépites musicales ou capte des moments qu’elle arrange ensuite à sa façon avec Valérie Chane-Tef. Celle-ci nous entraîne dans des chorus de piano et des improvisations très jazz tels qu’elle en développe avec son groupe Akoda, classé « jazz créole » ; on retrouvera d’ailleurs une adaptation de « Ou Pas » qui figure sur son dernier EP et quelques citations. De plus ces deux artistes sont belles et lumineuses, irradiées par leur musique, Valérie toujours souriante – alors qu’elle avait une trouille noire m’avouera t-elle – et Marion (le prénom de Ceïba) le corps toujours en mouvement et partageant avec le public ses émotions de voyageuse. On les suivrait partout dans ces trains exotiques, ces pays lointains que leurs chansons évoquent.

Une autre femme a ce soir de l’importance, la danseuse Khadi Sarr, un corps de statue, puissante et ondulante, dans de belles robes drapées ou des voiles légers, et dont les interventions vont enrichir d’une façon inouïe le rendu visuel d’un spectacle déjà très esthétique. Une parfaite osmose entre musique et danse présentée ce soir pour la première fois.

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Des ballades émouvantes, des morceaux endiablés et gais, des trouvailles de percussions, des chansons sensuelles, beaucoup d’émotion – tiens des larmes qui coulent – de la musique tout simplement et d’une qualité rare ; en rentrant chez moi après le concert je suis tombé – failli me faire mal – sur les Victoires (?!) de la musique à la télé, j’ai tenu cinq minutes.

Quelle belle soirée mais elle n’est pas finie ! Le groupe a passé une semaine au Bénin en décembre dernier pour des concerts, des rencontres et une création, Il y a ainsi composé sur place un titre « Vent Nouveau » et en en tourné un clip vidéo – quel vilain nom dans ce contexte – dont nous avons la primeur. Belle chanson sur le racisme et encore des frissons qui parcourent le public et les musiciens encore sous l’émotion de ce voyage.

Nous les retrouvons après le spectacle émus mais radieux ; comme tous les vrais artistes ils n’étaient pas sûrs d’eux, notamment pour les nouvelles compositions ; la chaleur du public dès les premiers titres les a vite rassurés. Ils avouent avoir travaillé très dur toute la semaine, ils sont fatigués, rincés ; le spectacle les a portés.

On en redemande.

http://ceibamusic.com/