L’improRobotique Dialogue – Cie Lubat

Molière – Scène Aquitaine, 18 mai 2017
Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

Avec, dans le dés-ordre et en toute pertinence : Bernard et Louis Lubat, Jaime Chao, Fabrice Vieira, Jules Rousseau, Thomas Boudé, Juliette Kapla, Tanguy Bernard + Gaël Jaton, Hugo Dodelin, Olivier Ly, Clément bossu.

1er Acte – nous étions quelques-uns à découvrir, le mois dernier à Uzeste, un peu avant une prestation libertaire mémorable du trio (et +) “Das Kapital”, un nouveau projet du maître de céans, annoncé “électro-acoustique”, avec presque la même équipe, qui paraissait être une belle exploration, mais encore trop proche des origines du genre, évoquant Pierre Henri ou Xénakis, sans laisser entendre une nouvelle orientation originale, justement, malgré un évident désir de communication, par des moyens et instruments, où les claviers deviennent numériques et abstraits, traitant sons et humeurs par filtres synthétiques dont se cherche encore quelque sentiment…

2ème Acte – la bande à Lubat, jeudi dernier, sort de résidence de “Molière –..”. je n’y suis pas. Il se dit : comme il me reste impression précédente…

3ème ! Ha ! Ah ! Les voilà ! Tout beaux tout neufs. Une scène avec des instruments plus “physiques”, voir “connus” (piano de Lubat, batterie de Louis, des guitares, basse, voix [là, il y a Juliette en plus, qui joue d’elle, et donne une folubie gracieuse et forte et vraie, qui n’efface pas pour autant, du tout, le boulot, plus dans le son que le texte, de Fabrice] et puis les ordis, qui font que plus rien n’est ni ne sera comme avant leur arrivée dans la sphère musicale, et des micros qui recueillent tous les sons et bruits qui s’en approchent. Et surtout, plein de trucs, par terre, et sur un plateau soutenu de tréteaux, où se bousculent des machins en plastoc, en peluche ou métal, plutôt jouets, près à bouger, déjà frémissants de clignotements d’yeux lumineux impatients.

Et ça démarre. Tranquille, pour voir, et s’entendre, et dire. Bernard, piano, qu’il traite, de tout. Au fouet, doucement, et puis des espèces de jouets encore, qui rebondissent sur les vibrations des cordes qui les portent et les supportent. Louis le rejoint de mailloches, frôlent et frappent fûts et frames. Les autres cordes arrivent, s’installent, puis, les sons multiples de Vieira. Et puis, voilà, les plus tellement jouets, plutôt robots qui bougent. Mis en scène, en lumière et en sons. Jaime joue d’un drone aérien et on ne sait qui dirige l’autre et le fait danser. Il est là, ici, partout. Fée Clochette ou hélico de “Apocalypse Now”, d’où début d’un doute. Devant scène, des bestioles plastic s’agitent, s’attirent, s’agrippent, se fâchent et se lâchent. La musique ne cède devant rien de ces jeux qui semblent leur échapper… mais non. Tout est construit maintenant.. Aboutit, en place, mots, motivation, actes, actions et participactions de ce qui fait sons et sens. Des mots, Juliette en dit. Tra [lala] duire. Tourne autour et décortique ce verbe par le sien plus ou moins propre. Des mots jetés et rattrapés au vol, au moment où ils ne disent plus rien, mêlés, retournés, détournés, en-chantés, reprennent sens et vie, en d’autres langues aussi. Triturés, mis en chantier, dentelés à coup de programmes multibits insensés mais dit-gérés, les ordis s’emparent subrepticement et de plus en plus viol-amant des mots envolés, volés à leur génitrice pas triste qui crie et hurle des volées logorrhées diction par scission inventée. Les tambours noie le poison en assourdissant les parties son. Le piano, pas ni, ni, pas nô non plus, juste juste où il fait. Des pincées de cordes pincées se parent de sens, partent en l’air de rien, parlent entre elles et se mêlent aux restes des sons. Aussi des souffles et des drôles de bruits. Plein. On ne s’en plaint pas !

Sont-ce les robots qui gesticulent dans tous les sens, dans tous les coins, passent, s’affrontent, se calment, repartent ailleurs, qui induisent les sons qui eux, se transforment, et avec quelle aisance !, en musique, ou bien ce sont les musiciens qui pensent diriger leur instrument vers les mouvements choisis des robots qui en prennent à leur aise ? Qui sont les maîtres à bord ! Le navire singulier, pluriel, chahute. La réponse se trouve entre les yeux et les oreilles, et appartient à chacun des acteurs et des auditeurs qui sourient, rient à l’éclat latent de la performance. Et puis les questionnements remplacent le confort de l’écoute passive, puisque nous sommes interpellés, happés dans l’imaginaire des compositions qui nous sont adressées. Tous ces petits machins qui envahissent la scène et les sens font sens. Le divertissement devient une lutte ! Les rires sonnent faux, les sourires se crispent. Qui sont donc les robots ? Nés de nécessité de jeu, de commerce, ils commencent à vouloir gérer leur vie propre. Malhabiles puis de plus en plus précis, forts de leur multitude, ils ne semblent désormais répondre qu’à leur désir, encore embryonnaire pour l’heure, d’indépendance, de liberté, et de conquête. Peut être est-ce pour de rire, peut être pas, plus. Éblouis nous sommes, de sons neufs, mais gênés des questions posées, et ne s’arrêtant pas là où il suffirait. Le doute donc, les sièges deviennent moins confortables, les joujous rigolos nous inquiètent, prêts à déborder de la scène, à outrepasser leur rôle ludique. Les musiciens improvisent, les robots vont plus loin déjà, qui les retiendra ! La musique ne s’arrêtera pas, le progrès non plus. Au se cours la compagnie, il fait peur, comme il fait noir.

Une heure de spectacle, il faudra quelques jours pour s’en remettre.

Capucine’s Jam n°3 au Starfish Pub le 17/11/2016

Par Ivan Denis Cormier, photos Dom Imonk

Capucine Quartet feat. Louis Gachet (tp)

Capucine Quartet feat. Louis Gachet (tp)


En jazz comme en politique, pour bousculer la hiérarchie, se faire une place au soleil, il faut  des tueurs, instinctifs mais intelligents, de préférence roués, fins stratèges, persévérants et impitoyables, animés par de vrais projets personnels et collectifs. S’ils ne sont pas encore arrivés au sommet de la pyramide, les musiciens de Capucine en prennent assurément le chemin.
La cohésion du groupe est la condition première. Dressons l’oreille, car nous avons affaire à une meute habile, structurée et organisée, qui ne tombe pas dans les pièges grossiers, économise sa salive, son souffle, son mouvement et progresse sournoisement, implacablement. Les adeptes de la volubilité et du jeu irréfléchi devraient en prendre de la graine. Gare à ces jeunes loups, dont le goût s’affine et l’appétit grandit, qui ont déjà ravi la vedette aux vieux loups solitaires et s’apprêtent à détrôner les mâles dominants.
Malgré tout le respect qu’ils portent aux anciens, envers lesquels ils reconnaissent qu’ils ont une dette sacrée (ils en ont repris les codes d’honneur et les tics de langage musical, ils ont aussi assimilé les signes de ralliement, ayant dès le départ prêté allégeance à la race des jazzmen pour mieux en phagocyter l’âme et le swing, ils se sont dernièrement ralliés à la tribu des hard-boppers…), ils s’attaquent désormais à Wes Montgomery comme à Freddie Hubbard.
Ils s’approprient avec audace des territoires longtemps considérés comme des chasses gardées, gravissent des pentes harmoniques réputées casse-gueule, et poussent leurs hurlements toujours plus fort et plus loin, se calmant parfois pour hululer une ballade langoureuse. On se dit qu’ils ne seraient pas mécontents de pousser à l’exil les musiciens vivants moins intrépides ni même de reléguer aux oubliettes les symboles mythiques d’un passé glorieux. Méfiez-vous, se sont-ils déguisés en Freddie Hubbard 5tet pour mieux vous croquer ? En tout cas, le charme opère, et on se laisse volontiers dévorer par une passion commune.

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 La Jam, ils se reconnaîtrons !

Retrouvons-les donc le jeudi 01/12/2016 au Starfish Pub, 24 Rue Sainte Colombe à Bordeaux, de 21h à 1h du matin, pour un tribute à Julian « Cannonball » Adderley, avec en invité spécial,  le saxophoniste  Jonathan Bergeron.

Par Ivan Denis Cormier, photos Dom Imonk

http://capucinequartet.wix.com/jazz

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The Bad Plus & Isotope Trio – Rocher de Palmer 10/11/2016

Par Dom Imonk, photos David Bert

Il y a un an, nous nous étions retrouvés au Salon des Musiques du Rocher, pour assister à un remarquable concert du duo Sylvie Courvoisier/Mark Feldman. C’était le 13 novembre, la beauté de cette musique nous avait tous laissés sur un haut nuage, et personne n’aurait alors pu s’imaginer la sanglante tragédie qui se déroulait au même moment à Paris. Depuis, le sang a de nouveau coulé sur la planète, mais en maints endroits, la vie a repris et, par une collective prise de conscience, la peur est peut-être désormais mieux combattue. Par réaction, ou réflexe militant plus appuyé, il semble que le Rocher de Palmer ouvre encore plus la voie de ses programmations à toutes les voix, du world au rap, en passant par le rock, la pop, et diverses directions jazz, dont l’une, et pas des moindres, nous fût proposée ce soir. De plus, en prenant le parti de programmer Isotope Trio, en première partie de The Bad plus, groupe mondialement reconnu, on voit aussi le souci du Rocher, et de Patrick Duval en particulier, de mettre en lumière de jeunes talents prometteurs.

Isotope Trio

Isotope Trio

Ainsi, c’est donc à Olivier Gay (trompette), Thomas Boudé (guitare) et Tom Peyron (batterie) qu’incombait la lourde tâche d’ouvrir pour le légendaire trio de Minneapolis. En une poignée de compositions, aux développements inspirés, le groupe propose des constructions d’alpinistes, où l’interaction brille par sa diversité et une prise de risque osée. En effet, une formation sans contrebasse, ce n’est pas banal ! Mais on l’a vu, le trio ne cache pas ses influences, du Tiny Bell Trio de Dave Douglas à Jim Black, en passant par Marc Ducret. Trois garçons dans le vent acidulé d’un post jazz turbulent. Olivier Gay, grave et habité, dont la trompette serpente et grimpe sans relâche vers une voie nouvelle, Thomas Boudé, au jeu charpenté et boisé, plutôt rythmique ce soir, la voix du groupe, et Tom Peyron, concentré, jongleur des silences, au jeu tournoyant entre peaux et cymbales, fin compositeur. Belle introduction à ce qui allait suivre, on sent qu’Isotope Trio est en vrai devenir, il se libèrera encore plus avec la route, qui passe actuellement par le Baiser Salé à Paris, où ils sont en résidence.

Arrivée de The Bad Plus, souriants et sans frime, accueil chaleureux d’un public de fidèle, on me dit à l’oreillette que certains seraient surtout venus pour le batteur… En un set  et deux beaux rappels, The Bad Plus a joué un best-off de sa déjà longue carrière : plus de 12 ans et déjà le 11° album, « It’s hard », dont quelques thèmes repris  ce soir. La marque de ce groupe, et ce qui a fait son succès, c’est la variété de son inspiration collective.

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Ethan Iverson (piano), Reid Anderson (contrebasse) et Dave King (batterie), sont un, mais chacun semble avoir un rôle bien défini. Le pianiste est un virtuose universaliste, qui vous promène de la balade jazzy la plus romantique, à des ambiances plus classiques, entrecoupant le tout de ruptures, destinées à vous faire (re)prendre conscience, auxquelles s’associe dans l’instant la rythmique. Pas de temps morts. C’est un peu comme si, au long d’une route calme, le conducteur d’une voiture s’amusait subitement à accélérer, puis, freiner, tout en donnant quelques coups de volant intempestifs, pour réveiller ses passagers. Le contrebassiste joue plus en gardien du temple jazz, il a livré de remarquables chorus, mais ses lignes sont elles aussi gambadeuses à souhait et pilonnent dès que besoin certains flux obsédants. Quant à Dave King, c’est l’ion rock du groupe, une puissance d’impact époustouflante, qui relance inlassablement la machine. Ses solos nous ont cloués au sol ! Mais puissance ne signifie pas pour autant manque de finesse, qu’il a su montrer dans les instants les plus calmes et réfléchis. Une synergie impressionnante lie ces trois hommes, constructeurs d’une passerelle géante entre jazz, rock, classique et même plus. Des ambassadeurs éclairés. Leur dernier album « It’s hard » en est un signe fort, puisqu’ils y reprennent, en les remodelant à leur façon, des titres pop comme « The Robots » (Kraftwerk) ou « Time after time » (Cindy Lauper), dont le traitement live leur sied à merveille. Au rayon des autres friandises jouées ce soir, le public a été gâté et a acclamé comme il se doit « Mint » et « Giant » (album « Prog »), «Epistolary echoes » et « Mr Now » (album « Inevitable western »), mais aussi « Prehensile dream » (album « Suspicious activity ») qui a ouvert le concert, suivi de « My friend melatron » (album Never Stop) et quelques autres.  Au final, une soirée en mode « Art of the trio » qui a séduit un public qui s’est vu offrir deux beaux rappels, et à n’en point douter, il reviendra le  31 janvier 2017 au Rocher (Salon de Musiques) pour la venue du Dave King Trio. Affaire à suivre de près !

Par Dom Imonk, photos David Bert

http://thebadplus.com/

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https://www.lerocherdepalmer.fr/

The Bad Plus

The Bad Plus

Capucine’Jams au Starfish Pub, Bordeaux 2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (13/10) et Dom Imonk (03/11)

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The Starfish Pub est un endroit bien accueillant, situé au centre-ville, 24 rue Sainte Colombe, dont la nouvelle spécialité est de proposer, outre une belle carte de bières, des concerts et jams jazz un jeudi sur deux, de 21h à 1h du matin. Un nouveau lieu du jazz à Bordeaux, et quatre heures de musique quasi non-stop, pas mal ! Ceci à l’initiative d’un groupe qui monte, le Capucine Quartet, que nous avions déjà eu le plaisir de voir à l’œuvre, il n’y a pas si longtemps au Quartier Libre (cf chronique Blog Bleu du 07/06/16). Thomas Gaucher (guitare) et Félix Robin (vibraphone), principaux compositeurs du quartet, avaient proposé l’idée à Juliette, programmatrice du lieu et fervente habituée des jam sessions londoniennes. Elle avait été emballée par cette perspective. Le but est simple, faire de ces évènements des occasions de rencontre entre divers musiciens, sur des thèmes et musiques variés, moyen pour Capucine de faire mieux connaître de talentueux musiciens, mais trop éloignés des feux de la rampe, et gagnant à être connus. Les festivités ont donc démarré le 13 octobre et ce soir-là, le quartet s’est carrément payé le luxe d’un concert basé sur l’intégrale d’un album culte de Wes Montgomery et Milt Jackson : « Bags meets Wes ». Jouée avec beaucoup de cœur et de ferveur inventive, cette musique a pris un sérieux bain de jouvence, et on a retrouvé avec bonheur les belles envolées de guitare et de vibraphone des frontmen, dont l’élégance et le tact savent pouvoir s’appuyer sur une rythmique de mieux en mieux assurée par les vifs et prometteurs Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie), des jazz grooveurs dans l’âme. Nous voici donc embarqués dans une bonne heure d’un vigoureux revival, où la maîtrise impeccable de nos quatre jeunes n’a pas un seul instant failli. On en aurait presque demandé un peu plus sauf que, jam oblige, nos désirs ont été exaucés. Ça a joué du feu de Zeus et des figures bien connues de la jazz night bordelaise se sont succédé jusqu’à pas d’heure.

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Quel plaisir de retrouver une telle fougue et cette brûlante envie de jouer ! Soirée communion offerte par des jeunes passionnés, qui bottent un peu les fesses de la « belle endormie, et ça lui fait un bien fou ! Zig zag de chorus en tous sens, une pèche d’enfer, pourquoi s’en priver ! On se croirait dans un club de Paname ou de la Big Apple, c’est fou ! Aux manettes de la jam, rien que des incontournables : Marina Kalhart (contrebasse), fine et délicate, mais qui ne s’en est certainement pas laissé compter, Charlotte Desbondant (vocal), Louis Gachet (trompette), chaud bouillant, tout comme Jonathan Bergeron et Jérôme Mascotto (saxe), Robin Magord et Mathieu Calzan (claviers). Question batterie, il y avait aussi de la grosse pointure : Louis Lubat, Yoann Dupuy et Thomas Despeyroux, maître des Jazz Night sessions du Quartier libre. Quant aux guitares, Thomas Boudé et Jean-Loup Siaut Surmer, excusez du peu ! Quelques oublis surement, ils nous pardonneront, ou nous le feront savoir, on éditera. Vue l’intensité d’un tel spectacle, impossible de zapper la jam suivante, le 03 novembre !

Là, changement de répertoire pour Capucine Quartet. Ils n’ont pratiquement joué que leurs compositions  comme « Chemin de Barres », « Casa Pino », « Praldo et Fricadin », mais aussi « Take the Coltrane ». Même qualité de jeu pour nos quatre sympathiques capucins du jazz qui nous réjouissent, et un tout nouveau vibraphone aux couleurs stendhaliennes pour Félix Robin : Malletech remplace Bergerault. Une jam d’anthologie suivra ce joli concert, et encore une fois de sérieuses pointures du cru vont se succéder, avec en particulier Alexis Valet, impressionnant,  aussi à l’aise au vibraphone qu’aux claviers. Une playlist très classe : «Half Nelson », « Up Jumped Spring », « I’ll remember april », « All the things you are »,  « I mean you », « Line for lions » et « Freedom Jazz Dance » et une liste de guests à faire pâlir les clubs parisiens. Pour notre plus grand plaisir, retour de Louis Gachet, Thomas Boudé (à la batterie cette fois-là), Mathieu Calzan, Yoann Dupuy, et des petits nouveaux : Guillaume Vallot (contrebasse), Alexandre Priam-Doizy (basse), Pascal Rauzet, Nicolas Allard, Nicolas Baraud  et Martin Arnaux  (guitare);  Simon Lacouture, Jeremy Martin et Clément Bourciquot (batterie) ; Alexandre Aguilera (flûte) ; Mathis Polack et Arthur Laville (sax). Encore une grande soirée et un grand merci à tous ces musiciens, à Capucine quartet en particulier, et à la direction bienveillante et éclairée du Starfish Pub.

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Et puis, comme jamais deux sans trois, nous vous conseillons très vivement de venir retrouver Capucine Quartet et cette bande de jeunes allumés du jazz le Jeudi 17/11/2016 à 21 h. Freddie Hubbard sera au programme, alors pas d’hésitation possible !

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Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (13/10) et Dom Imonk (03/11)

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Tonnerre de Jazz # 5 !

par Lydia de Mandrala

Isotope trio

Isotope trio à Billère salle de Lacaze, jeudi 18 février 2016.

Ce sont les lauréats du tremplin jazz 2015 Action Jazz que nous avons souhaité inviter.

Et c’est un trio inusité, peu ouï, cette association guitare, trompette, batterie.

Le leader/parleur, c’est Thomas Boudé, venu tout droit d’Uzeste, où il joue avec Bernard Lubat. Un humoriste qui nous promet d’emblée « on va faire deux sets gagnants ». Puis qui annonce Bigue gencive, une composition de Tom Peyron (le batteur).

Le public rit d’abord, et leur réserve un accueil chaleureux, quoique un peu dans l’attente lors du premier morceau. Long, lent et doux, plein de silences. C’est important ça : ces trois-là s’installent sur la scène sans avoir peur de nous laisser les regarder, ils laissent prendre la sauce sans accélérer.

Cela me laisse le temps de voir que Thomas est un guitariste danseur, toujours en mouvement, monté sur ressorts. Il bouge les jambes en pistons, le torse d’avant en arrière, et sa tête acquiesce, les yeux fermés. Sa guitare rouge plaquée contre lui… il semble parfois skier.

Thomas Boude

Thomas Boude

On s’élance dans Progressive Spirit, un autre morceau de Tom.

La mélodie est portée par le mariage de la guitare et de la trompette d’Olivier Gay.

Quant à moi, dès que la musique commence plus rien n’existe. Et c’est palpable. Mes oreilles m’emportent plus loin que mes yeux. Pour preuve : même au cinéma j’ai toujours conscience d’être dans un lieu relié par des routes à mon ordinaire. Par contre, dans la musique, quel que soit l’endroit où elle se joue, je m’envole, je quitte mon corps et mon quotidien. Et généralement, quand je ressens cela, c’est que la musique est bonne !

Sur la fin du morceau déjà la cohésion du groupe est impeccable, et on est dans leurs couleurs.

Vient ensuite Package (composition de Tom).

Tom Pyeron

Tom Pyeron

La mélodie vient de la trompette qui raconte l’histoire, la batterie court derrière pour nous signaler que la vie s’élance et piétine à son rythme. Tandis que la guitare complète et nous raconte la version grave de ce récit. La trompette fait la corne en continu. Le bateau qui entre au port, parfois l’essaim d’abeilles. A la fin l’histoire finit mal, nous dit Thomas après le final emballé en brouhaha.

Ils nous proposent un morceau de Sonny Rollins. « On a essayé de ne pas le jouer comme lui parce que… de toute manière on n’a pas de saxophone » Evidemment le public rit. Thomas sait présenter leur musique, c’est sûr !

Ils finissent le premier set par une composition sans nom de Thomas Boudé, pendant laquelle il danse toujours, une sorte de valse, tandis que la batterie est sèche et grave. C’est prenant et gambillant comme un opus folklorique. Et nous laisse pour l’entracte, souriants et dans l’attente.

Ah, nous n’avons pas de CD à vendre, mais nous attendons des souscriptions pour pouvoir le fabriquer…

Au deuxième set Olivier Gay démarre, sous l’œil très attentif des deux autres compères. Thomas à la guitare le suit de près, suivi de Tom à la batterie. L’ambiance nait. Un long duo guitare batterie, avant le retour de la trompette. C’était Tempête en été, une composition de Tom.

Olivier Gay

Olivier Gay

Le morceau suivant est dansant, sinueux, comme un charmeur de serpent musclé, féroce. C’est au sujet d’un certain Mr Marsoute, une composition de Thomas Boudé.

Ils s’amusent, ils s’étonnent, se regardent et s’entendent. Toujours. Nous voyons la fraîcheur et le sérieux, l’humour et la danse, le décalage et l’orage. Quatre temps. Orage. Trois temps. On se laisse emporter.

La batterie broie le cœur en profondeur. Le tonnerre gronde. Thomas hurle au loup et le public applaudit. Porté, emballé, conquis par cet Isotope : morceau composé par Joe Henderson qui a donné son nom au groupe.

Pendant Baillon de jambon (compo de Tom), j’admire les hanches mobiles de Thomas. La guitare permet cette expression physique. L’accord avec Tom avant qu’Olivier ne vienne trancher dans le vif de sa trompette, chantant une autre version de cette histoire.

Ils nous réjouissent ensuite en présentant les musiciens, terminant par Oh when the Saints go marchin in.

Pour le rappel ils nous rejouent Tempête en été, dans lequel j’entends un air des Caraïbes. Biguine et sable chaud, danse frottée entre guitare et batterie qui secouent les cocotiers… juste pour nous laisser amorcer notre nuit après cette si belle soirée.

ISOTOPE au Caillou

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

Définition d’Isotope : « Chacun des différents types d’atomes d’un même élément, différant par leur nombre de neutrons mais ayant le même nombre de protons et d’électrons, et possédant donc les mêmes propriétés chimiques. »

Ici l’élément c’est le trio. Les trois atomes sont un batteur, un guitariste et un trompettiste.

Le premier atome qui joue le rôle du noyau c’est Tom Peyron, le batteur. Musicalement tout ou presque tourne autour de lui. Les compositions pour la plupart sont de lui et  sa batterie est omniprésente. Il a le drumming intelligent comme dit mon voisin de table hier soir au Caillou, un jeu varié et nuancé plein d’inventions.

Le second atome est plus un électron, avec sa guitare électrique, c’est Thomas Boudé. Il tisse des climats, compensant avec un son magnifique le manque d’une basse dans le trio ou torturant ses cordes dans des chorus sans fin et très inspirés. Electron libre même quelquefois dans des passages plus free. Remarquable sa longue composition au nom hermétique qu’on pourrait qualifier de free java.

Le troisième atome est un proton portant donc sa charge positive d’émotion dans des chorus superbes de trompette, Olivier Gay. Il participe au son original de ce trio insolite sans basse ni piano, qu’il joue libre ou avec la sourdine. Un son de trompette très clair le caractérise.

Ces trois atomes différents présentent bien les mêmes propriétés outre de jeunesse, le talent, le goût du risque musical, la virtuosité, la créativité…

Isotope était donc hier soir en concert au Caillou. Récent vainqueur du tremplin Action Jazz 2015 ce trio apporte de la fraîcheur et de la jeunesse. La jeunesse elle était aussi présente hier soir dans le public et ça fait bien plaisir, beaucoup de jeunes musiciens bien sûr. De jeunes musiciens qui prennent des risques vers une musique moins facile à jouer et à écouter que l’offre standard des radios autrefois libres mais désormais toutes alignées, les yeux rivés sur les chiffres du marché.

Le répertoire a laissé une grande place à leurs propres compositions mais aussi à des musiciens reconnus comme par exemple Charlie Haden ou Sony Rollins (sans sax !). On a même eu droit à une musique de street band et à un genre de calypso très gai.

Les musiciens d’Isotope possèdent donc cette énergie atomique qui devrait les mener loin dans le monde du jazz. L’avenir leur appartient.

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