Uzeste : Jazzmosphère… suite

 Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

 

Uzeste, jeudi 17 Août 2017

C’est une soirée dédiée à John Coltrane à laquelle nous convie Mr Loyal : Bernard Lubat. En guise de présentation, il nous rappelle qu’un hommage ne consiste pas à copier, mais à poursuivre…

1ère partie : Coltrane Jubilé Quartet projet de Thomas Bercy (Piano), accompagné de Maxime Berton (Saxs), Jonathan Hedeline (Contrebasse) et , Gaétan Diaz (Batterie) 

Plus une revisitation, une nouvelle (actuelle) interprétation du monde musical de Trane, qu’une prolongation. Un “Giant Step” “arrangé”, tempo élastique, des libertés prises dans les suites harmoniques, réappropriation d’un thème emblématique, même si son auteur dut admettre que cette voie le conduisit à une impasse… n’empêche, bel exercice où nos 4 talentueux trublions se placent comme dignes héritiers du majestueux legs laissé trop tôt en chantier par le génial saxophoniste regretté. Puis des compositions originales, même si les 3 notes du thème de “A Love Supreme” restent le fil conducteur de cette prestation. Pourtant c’est plutôt un son post-bop, “60/70 qui en ressortira. Le piano exulte, envolées lyriques, gros travail de la main gauche omniprésente jusqu’à être percussive, sans pour autant, copier le style “blockcords” de McCoy Tyner. Le contrebassiste ressemble  plus  à Dave Holland qu’à Jim Garrisson (ou à Mr P.C.) – tant physiquement que dans le style – et c’est tant mieux ! C’est de l’air, de l’espace ! La batterie ? En place ! Sûr, ce n’est pas Jones non plus, mais… Y a le son nom de nom ! La pulsation des tambours battants battus est là, pas question de s’endormir ! Enfin : le sax, bien sûr. Jeune émulation. Gros potentiel. Se réclame  autant de Rollins que de Trane, et, in fine, la bataille des “ténors fous” n’a pas eu lieu. Tant l’un doit à l’autre.

Nous sommes tous sous le charme. Même si… nous en reparlerons.

 

2ème séance : Bernard Lubat (Piano)/Luther François (Sax et flûte)

Rescapés de la soirée de folie de lundi. Le gascon v/s  Le martiniquais. Que le meilleur gagne, y a pas de perdant ! Et allons-y jeunesse, roulez petits bolides ! Démarrage petite foulée, mise en oreille, mise en esprit. On va voir un peu de tous les côtés comment ça marche, et ça cavale, grave ! On le sent, il va se passer quelque chose, de rare… et puis voilà, ça enchaîne, direct : Naima. Là, on y est. Sans doute ce qui manque peut-être encore un peu aux précédent groupe, une forme de maturité. Un petit nuage se dessine, il y a de la place pour tous… et en voiture ! Promenade dans (et avec)  les étoiles. Ça chante, ça pétille. Tout est là, rien à jeter. L’âme de Trane nous envahit  dans une jouissance éternelle. Pour finir le set, Lubat attaque son piano par le début de l’histoire : c’est stride, ça part dans tous les coins, comme Jacky Byard aimait à s’y frotter. Le sax ? On entend Shepp, le digne successeur, Henderson, bête à part, son unique. De folie.

Avant la fin du morceau, tout le monde est debout. Heureusement, nous sommes à même la terre dans ce beau parc où est montée la scène, sinon, je ne pense pas que les sièges eussent résisté à la montée de fièvre convulsive qu’induisirent les deux fous d’amour du bel œuvre qui nous enchantèrent en convoquant le souvenir très présent ce soir, du Maître Spirituel du saxophone, toute époque, tous styles confondus

 

3ème couche : François Corneloup (Sax bar.)/Simon Goubert (Batterie) 

Le grand François, à la hauteur de son éléphantesque instrument, éternel sourire ravi, rejoint Simon  qui accordait ses fûts. Quelques lignes d’approche sinusoïdale, clins d’œil complices furtifs et, se découvre à nouveau, parcimonieusement, puis de toute évidence : Naima ! Si ! Encore plus fou, plus déstructurée, un p’tit tour à côté, ailleurs, à presque se perdre, mais non, retour aux armes honnit ! Embarqués dans un vaisseau de rêve, souffle des auditeurs retenu afin de n’en modifier le parcours tellement parfait ! C’est un flot d’amour pur qui se déverse sur nous, à en pleurer de bonheur. Une excursion un peu plus lointaine, les accords se transforment de proche en proche, juste avant de s’évanouir dans l’infini du cosmos, c’est cette bonne chère vieille “Femme Seule” (Lonely Woman) qui nous rend visite. Soirée hommage ? Ornette Coleman y est invité. Et personne ne le poussera du pied, du coude ou de l’esprit. Bienvenu petit grand Homme. Même si je n’ai souvenir de rencontre entre les 2 héros, nous n’oublions pas l’album “The Avant-Garde” (Trane et Don Cherry) où le ténor reconnaît l’altiste comme compagnon de libération. Figurez vous que c’est avec un bout de chanson de la grande Juliette Gréco que nos amis prendrons congé. Perdu, reconnu, retrouvé… on s’est, on sait. Tout. No comment. L’histoire parle d’elle-même. Sarabande furieuse. Les peaux tonnent, cymbales éclatantes, le pachyderme s’élève vers des sphères lointaines qu’il rapporte jusqu’à nous. Rien n’est sphère mais… il faut le sphère… sphère, mon c.. atmo, à nous, à eux, à tous !

Ébahis, comblés, heureux, ovation énorme pour tous ceux qui nous ont régalé de leur don de magiciens du son, de l’air, du feu !

Alors, faut bien, bouger, se quitter, voir ailleurs… d’ailleurs, sur le chemin : Café de sports, chez Marie-Jo. Nous attendent, en s’occupant à jouer, les joyeux animaux du Quartet de début de soirée. Le répertoire : McCoy Tyner. Beaucoup de monde s’est déjà arrêté. Ils ont bien fait ! Se désaltérer d’un bon p’tit coup de rouge, d’une rasade de notes qui glissent dans les oreilles comme le “Graves” dans le gosier. Ambiance très chaleureuse. Intime. 1(one) Time comme dit André (Minvielle). Le sourire reste figé sur nos lèvres, encore du bonheur, de la joie d’être ensemble. Bien plus détendus que sur la scène du parc,  les musiciens provoquent et partagent notre plaisir de se retrouver à nouveau ensemble. Pour un instant encore. Pour la nuit, pour la vie. Pour toucher du bout de l’âme, le centre d’où tout jaillit !

Un dimanche aux 24 heures du Swing

par Philippe Desmond, texte et photos.

Nous vivons dans un drôle de monde, drôle au sens de pas drôle. Suprématie des « grands » médias, principe de précaution, plan Vigipirate, risque zéro (tu parles…), une ode au repli sur soi. Bienheureusement certains résistent , jouent les villages gaulois comme dans cette belle bastide de Monségur, au fin fond de l’Entre deux Mers mais si près de Bordeaux et d’ailleurs. Je parle des organisateurs des 24 heures du Swing qui depuis plus de 25 ans prennent eux des risques. Ils en ont été récompensés, car alors qu’une alerte orange sévissait sur notre belle Gironde, que nous étaient promis des orages terribles, des déluges de pluie et de grêle, que justement ces foutus « grands » médias et leurs bulletins météo alarmistes nous incitaient à nous calfeutrer dans nos caves. Malheureusement je suis sûr que certains ont été refroidis par cette pleutrerie organisée, et bien ils ont eu tort !

Après deux jours de festival que je n’ai pas pu avoir la chance de suivre, la journée du dimanche s’annonçait festive et variée, elle le fut.

Arrivé trop tard pour une messe gospel mémorable m’a t-on dit, c’est à la Guinguette que j’ai pris mon café au son du trio French Quarter et leur jazz New Orléans, entourés de danseurs de swing entamant leur marathon. A noter les œuvres du sculpteur Freddish parsemant le festival.

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Un petit tour sous la halle – une merveille dans le genre – avec le Combo des classes jazz du collège de Monségur. Créé en 2002 à l’image de celui de Marciac, il est une étonnante pouponnière de talents. Le temps d’un « Watermelon Man » bien funky et d’un « All Blues » très groovy arrive l’heure de l’apéritif sous les arcades.

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J’y retrouve trois amis et nous voilà plongés dans l’univers de Bullit, un quartet très sixties jouant du Lee Morgan, Wes Montgomey, Horace Silver… avec un son très marqué par cette instrument que j’adore, un orgue et sa cabine Leslie. Amis, apéro, bonne musique, what else….

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Ce moment comme son nom le suggère nous ayant mis en appétit nous nous retrouvons à table au stand du boucher local où nous dégustons un pavé de bœuf d’un autre monde. La chance d’avoir à notre table l’organisateur du festival Philippe Vigier venu nous rejoindre, étonnamment calme et serein, lui en charge d’une si grosse machine qui se prépare déjà depuis presque un an. Un combo du collège assure sous la halle notre fond sonore, et là-bas l’assistance est importante pour les soutenir.

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La halle justement nous y repartons et assistons avec émotion à un moment très touchant avec la prestation des Percutemps . Les résidents du foyer de vie pour adultes handicapés de Monségur viennent restituer les travaux de leur atelier de percussions. Quelle belle initiative et quelle prouesse de réussir à faire se produire en public des personnes souvent très repliées sur elles-même.

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Action Jazz est dans la place et pas peu fière de voir s’y produire le gagnant de son dernier tremplin, le groupe bordelais Capucine. Pas forcément le type de salle à leur convenance avec ce volume énorme, cette structure métallique pour leur musique de cristal, mais une magnifique prestation pleine de fraîcheur, avec bien sûr leurs propres compositions et une surprenante reprise des Beatles, « Norvegian Wood ». Et un moment spécial pour Louis Laville, le contrebassiste, ancien élève du collège local, jouant sous les yeux de son ancien professeur François Mary, celui-ci me confiant sa fierté.

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Mais vite il faut filer place des Tilleuls car le Hot Swing Sextet est déjà en train de mettre le feu, remplissant la piste de danse. Le public arrive cette fois en masse et à l’ombre des tilleuls – et oui il y a du soleil messieurs les météorologues – l’ambiance monte. Ce groupe bordelais est magnifique capable de faire bouger les plus timides et leur spectacle est toujours un festival plein de gaieté.

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Fin du set, retour vers la halle avec Amam’s Family de l’atelier musiques actuelles de Monségur. Autour de trois pros, François Mary (basse), Célia Marissal et Mathieu Grenier (chant) de jeunes musiciens dont un jeune chanteur, un petit Prince qui nous livre une superbe version de « Kiss ». Ça groove, ça funke, ça promet !

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Il paraît qu’il y a une super chanteuse aux Tilleuls alors on repart. Quel métier ! En effet la nommée Leslie Lewis chante et même très très bien ! Quelle découverte pour moi !

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Accompagnée d’un trio du feu de Dieu celui du pianiste Philippe Duchemin elle va faire un tabac. « Feeling Good » attaqué a cappella me donne la chair de poule, son « Lady is a Tramp » n’a quasiment rien à envier à la version d’Ella, son scat est parfait. Merci à Philippe Vigier de nous avoir fait connaître cette belle artiste.

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Señor Météo a décidément tout faux, le temps est au beau, juste ce qu’il faut pour faire pousser les haricots, rouges en l’occurrence. Les Haricots Rouges sont de retour à Monségur.

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Le groupe formé en 1963 a bien sûr vu sa composition évoluer mais le sextet actuel a déjà de la bouteille, ce qui dans ce cas et comme à Bordeaux est une qualité. Véritable institution du jazz New Orléans,  ils sont capables, grâce à leur talent de musiciens et à leurs pitreries, d’emballer le public, grand ou de spécialistes, avec une bonne humeur communicative.

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Le jazz on l’oublie trop souvent c’est aussi la fête ! Pour clôturer le festival et dans ce lieu magique de la place des Tilleuls c’était un choix idéal.

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Et bien voilà on a survécu à cette alerte orange, rouge donc vers la fin ! Des bénévoles se donnent du mal pour nous faire du bien, aidons les, soutenons-les, sortons, communions, communiquons ! Bravo à eux et un grand merci de nous faire vivre des journées pareilles.

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Il faut rentrer vers Bordeaux maintenant, quoi faire ? Un tour au Molly Malone’s le trio de Thomas Bercy y accompagne le chanteur américain Jack Pollard en tournée en France. Voix de velours, crooner plein de charme et un trio au top comme d’habitude, voilà une journée qui se termine en apothéose.

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La Gazette Bleue N° 23 vient de sortir ! Spécial Thomas Bercy « Coltrane Jubilé » et bien plus encore !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°23 • Juillet 2017

 
Bonjour à tous ! C’est l’été et c’est un spécial Thomas Bercy et le « Coltrane Jubilé »qui ouvrent les festivités d’été, avec la Gazette Bleue N° 23 de Juillet 2017. On y parle aussi de Frank Catalano, de Jazz 360, du Jazz Day # 2 à St Macaire, de Snarky Puppy, de Jazz au pluriel, de Vacances et Jazz à Montreal et de Canapé bleu.
Retrouvez-y aussi vos rubriques, chroniques de cds et agenda.
Nous vous souhaitons de très bonnes vacances, une maximum de bonnes musiques, et d’excellentes lectures !

Thomas Bercy trio invite Duke Ellington

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Latour-Martillac (33)

jeudi 8 juin 2017.

Il y a des pianistes avares de notes et d’autres plus généreux sans pour autant être prolixes. Thomas Bercy fait partie de cette dernière catégorie, c’est notre McCoy Tyner, un pianiste au style lyrique, foisonnant. D’ailleurs Thomas joue souvent son répertoire ou celui bien sûr de John Coltrane mais ce soir il avait une commande de Jacques Merle, l’organisateur du festival Jazz and Blues, faire du jazz « classique » jouer du Duke Ellington… en trio. Un jour, à quelqu’un qui lui demandait de faire du jazz moderne, Duke a répondu « Pourquoi voulait vous que je recule ainsi autant dans le passé ? » boutade rappelée par Thomas car cette musique est intemporelle et surtout adaptable à dessein à toutes les époques, tous les styles.

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Ainsi il a accepté la proposition et s’est mis à retravailler un répertoire qu’il jouait dans le passé sauf un titre emblématique qu’il propose régulièrement, on en reparlera. Pour l’occasion il a gardé Jonathan Hédeline son fidèle contrebassiste depuis trois ans et s’est adjoint un spécialiste de ce que les amateurs d’étiquettes appellent le jazz classique, le sensationnel batteur Guillaume Nouaux. Des sensations il en donne à chaque fois en effet.

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A propos d’étiquettes mais dans un autre genre en voilà qui portent les jolis noms de Château Latour-Martillac, Château le Sartre, Lafargue, Bardins. Et oui comme d’habitude une dégustation de Pessac-Léognan est proposée avant le concert qui se déroule dans le magnifique site du premier château nommé, un Grand Cru Classé. La famille Kressman propriétaire des lieux est d’ailleurs là, presque au grand complet, pour accueillir le public dans la belle salle de réception. Il y a bien cent cinquante personnes présentes et ça c’est une bonne nouvelle et une joie pour les musiciens, ils m’en parleront.

Thomas Bercy ne pouvait pas commencer par un autre titre du Duke que « Take the Coltrane », morceau qui va donner le ton de la soirée ; du Ellington mais à la manière Bercy (Thomas, pas l’autre). Titre qui figure sur l’album de 1962 cosigné de ces deux seigneurs du jazz. Ca part très fort, Thomas ruisselle déjà et s’envole dans son univers, il grimace, souffre de plaisir, chantonne à la manière d’Eroll Garner. En plus ce soir il a un vrai et beau piano !

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Pas de round d’observation non plus pour Jonathan et Guillaume, ça promet.

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Voilà « Come Sunday » un titre plus gospel puis l’éternel « Take the A Train » qui en trio prend une autre dimension au gré des chorus de Thomas, Guillaume Nouaux aux aguets ne le quittant pas des yeux.

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Très beau passage avec « Azure » sur un arrangement intimiste d’Olivier Gatto joliment servi par son ancien élève Jonathan Hédeline, avant l’éblouissant « Perdido » de Juan Tizol le tromboniste de Duke. Thomas Bercy le tord très vite à sa façon puis Guillaume Nouaux nous embarque très loin dans un solo d’un autre monde, provoquant des ovations spontanées, revenant petit à petit dans le thème de par sa mélodie comme il sait si bien le faire avec ses baguettes.

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On redescend sur terre par « In a Sentimental Mood » alors que l’orage se déclenche et que le bruit de la pluie fait écho au son des balais sur la caisse claire. Thomas l’entend et cite plusieurs fois « Singing in the Rain » dans son chorus, ainsi que, plus insolite, « La Maison près de la Fontaine » un thème qu’il adore. « Day Dream » puis « Mack The Knife » mais sans Ella et évidemment le titre que tout le monde attend est qui est un peu devenu l’hymne de Thomas Bercy « Caravan ». Thomas et sa productrice Cécile Royer animent en effet dans le Sud Gironde et bien sûr au-delà, le Collectif Caravan dont ce blog relate souvent les événements. Chaque bœuf mensuel organisé par ce collectif se termine avec des « Caravan » à toutes les sauces voire salsas.

Très musclée ce soir la caravane, chaque membre du trio faisant avec elle un dernier – ou presque – tour de piste flamboyant. Deux titres en cadeau bonus vu l’ovation finale et un grand bonheur pour tout le monde.

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Dehors c’est toujours le déluge mais sans grêle c’est bon pour la vigne.

Aux âmes bien nées… Boeuf de la belle Lurette.

par Philippe Desmond

La Belle Lurette,

Saint-Macaire (33) le dimanche 4 juin 2017

La jam de la belle Lurette est un moment toujours très agréable, tout l’hiver et encore ce printemps elle a attiré pas mal de musiciens chaque premier dimanche du mois, en fin d’après-midi, une façon bien gaie de finir le week-end quand déjà l’esprit commence inconsciemment à penser au lundi matin. Le jazz pour combattre le blues…

Hier les conditions étaient toutes autres, un dimanche aussi mais veille d’un lundi de congé, un horaire méridien, une installation en terrasse bien agréable, un apéro très frais et des plats excellents. Cool.

Dernière séance avant la pause estivale avec autour du trio habituel Thomas Bercy (piano), Jonathan Hédeline (contrebasse) et Gaëtan Diaz (batterie) un invité local le trompettiste Bruno Bielsa. Il a eu juste la place à traverser, il est ici chez lui et n’arrive pas tout seul. Il a avec lui deux de ses élèves Théo, déjà adolescent et Timothée encore un enfant, pensez donc douze ans. Bruno est en effet professeur de trompette au conservatoire de Marmande et à l’école de musique l’Ardilla de Saint-Macaire.

Comment ne pas citer le Cid quand on entend le jeune Timothée : « Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années ». Ce tout jeune trompettiste nous l’avions remarqué lors du « Jazz Day » du 30 avril, il jouait dans le marching band et s’était déjà intégré dans la jam finale, tard dans la nuit, mais un peu noyé au milieu de tant de musiciens.

Hier nous avons pu en savoir davantage sur son talent naissant, car il en a le gamin ! Il a quasiment volé la vedette à ses ancêtres.

Le répertoire d’hier très New Orleans au début, avec un typique « second line » a planté le décor, du jazz enjoué, des standards bien adaptés à un bœuf. Théo et Timothée se sont ainsi lancés dans le grand bain sous le regard bienveillant de leurs aînés. Car il faut le souligner, ici la jam est vraiment ouverte, tout le monde a sa chance, elles est idéale pour débuter, pour ce premier pas si difficile à faire et qui, s’il se passe bien, pourra vous embarquer pour toute une vie. Si Théo est encore un peu timide dans ses interventions, Timothée fait lui preuve d’une étonnante maturité pour ses douze ans. Techniquement il est déjà très bon avec un son clair, net, il lit très bien et arrive à jouer en déchiffrant et il ose se lancer dans des chorus bien sentis.

La culture musicale elle viendra comme ce « I Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing) » qu’il ne connaissait pas ou « Irène » un très joli titre français des années 40, inconnu de tous sauf de Sébastien Faure, le quatrième trompettiste du jour, qui en avait amené les partitions. Et bien chaque fois il a brodé sur le thème, visiblement jamais satisfait de lui alors que nous étions nous emballés. Il fallait voir son prof Bruno Bielsa l’encourager à continuer.

On sent ce jeune motivé et avec de réelles dispositions. Reste maintenant à travailler et à polir cette pierre que je n’oserais pas encore qualifier de précieuse, ne nous emballons pas…

Les vieux n’ont pas démérité bien sûr. Si vous aimez la trompette écoutez un jour Bruno Bielsa, il en tire des aigus qui n’existent même pas, à la fois fins et puissants et avec la sourdine il n’a rien à envier à Chet. Le trio toujours au top avec un réel plaisir à jouer et à partager et un solo de batterie exceptionnel – parmi d’autres – de Gaëtan qui a réussi à nous chanter la mélodie de « Caravan » avec ses baguettes.

  • Timothée tu veux jouer quoi ? demande Thomas
  • « A Night in Tunisia ».

Et c’est parti et que je te prends le chorus de trompette du haut de mon mètre vingt. Franck Marissal en est tout intimidé lui qui a plus de quarante ans d’expérience à la guitare.

Le concert va se terminer mais voilà que débarque dans le bar une troupe de bikers américains, pas en Harley mais à vélo, descendus certainement de leur paquebot amarré à Bordeaux, des séniors en casquettes et bermudas ; alors ça repart pour trois titres pour leur montrer que le jazz c’est aussi une affaire de Français et que s’ils ont Trump ici on a des trumpetists. Le groupe et sa star Timothée doivent désormais faire le buzz sur les réseaux sociaux dans le Middle West ou la West Coast vu le nombre de photos prises.

Vraiment un très joli moment dans cet endroit si agréable, plein d’espoir pour l’avenir.

 

A noter à la Belle Lurette une exposition étonnante d’œuvres de Patrick Deletrez.

 

Dave Blenkhorn et Thomas Bercy trio à Uzeste : le jazz de ville et le jazz des champs

Par Philippe Desmond.

Uzeste, Café du Sport, dimanche 12 février 2017.

Le jazz – un mot bien trop vague – souffre d’une image élitiste dans les médias, dans le grand public, partout. C’est malheureusement souvent le cas. Des associations comme Action Jazz font tout pour rectifier cette image, évoquant tous les jazz, tous ses courants, essayant de mettre en valeur de nouvelles générations de musiciens sans renier les anciens, s’intéressant aux nouveaux sons sans bannir les standards et pourtant le public reste frileux. En dehors des stars du genre qui attirent du monde de toutes générations , les Marcus Miller, Ibrahim Maalouf, les chanteuses à la mode comme Diana Krall ou Melody Gardot ou les nouvelles tendances comme Snarky Puppy, le public a du mal à suivre. Certes les grands festivals d’été font le plein mais souvent les gens qui ont accroché avec plaisir leurs oreilles à cette musique l’oublient jusqu’à l’année suivante. Certes un Keith Jarrett est capable de remplir l’Auditorium en deux jours malgré un tarif prohibitif mais là on retombe dans l’élitisme.

Ces problématiques, et bien d’autres, ont fait l’objet d’un très intéressant débat lors du colloque organisé par Action Jazz en préambule du dernier tremplin ; 53 festivals ou événements y étaient représentés et la Gazette Bleue de mars reviendra là-dessus. Comment attirer du public et surtout le renouveler, autre que les personnes certes passionnées mais bien mûres, trop. Comment attirer des jeunes pour faire simple. Vaste débat.

Certains réfléchissent, d’autres agissent, peut-être même hors de ces considérations, en toute simplicité, en toute convivialité mais avec passion. Après cette – trop – longue introduction parlons d’eux, ces gens qui sur le terrain à leur échelle tracent un sillon dans lequel des graines vont sûrement germer (oui je sais c’est de la métaphore à 2 balles mais vous voyez l’idée).

On les trouve notamment à la campagne, au Café du Sport d’Uzeste par exemple, chez Marie-Jo ; entre les deux papes de son village, l’un, Clément V, enterré dans la disproportionnée Collégiale et l’autre bien vivant et pour longtemps on le souhaite, Bernard Lubat, elle a fait sa petite place aidée par le Collectif Caravan de Cécile Royer très dynamique en Sud-Gironde et la Belle Lurette de Saint-Macaire notamment.

Une fois par mois environ le café se remplit pour un concert de jazz autour du trio de Thomas Bercy ; lui au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et maintenant Gaëtan Diaz à la batterie. Un invité différent, un répertoire varié et un dimanche qui s’étire (de 17 h à 19h30) dans une ambiance au combien sympathique et pas élitiste du tout ! En quelque sorte le jazz de ville contre le jazz des champs. Ce blog vous en a déjà relaté quelques moments.

Hier soir l’invité était Australien, le très demandé guitariste Dave Blenkhorn, qui parcourt la France et l’Europe pour de nombreuses collaborations musicales. Oh il ne vient pas de bien loin ce soir mais du village voisin où il vit depuis plusieurs années ; la haie inquiétante de chasseurs en gilets fluos, fusils à la main, que j’ai traversée sur la route en arrivant, c’était donc pour une battue de kangourous plaisantons nous ensemble !

Au programme, une musique taillée sur mesure pour ce genre de moment, le répertoire mélodieux de Wes Montgomery et un peu de Duke.

Alors ce sillon il est où ? Dans la diversité du public. Bien sûr des amateurs, des connaisseurs, des pros – avec même un professeur du Conservatoire de Région venu écouter ses anciens élèves Gaëtan et Jonathan – mais surtout plein de familles avec des enfants, des tout petits même ! Certains les quinquets écarquillés devant cette musique qui se fabrique devant eux, d’autre moins attentifs affairés à l’atelier dessin improvisé dans un coin du bar ; mais au moins ils entendent, ils savent que ça existe, certains crayon à la main viennent même gigoter devant la « scène ».

Toutes les générations sont représentées, oserai-je dire sans paraître condescendant toutes les classes sociales. On boit de tout, du thé, du café, du rouge, de la bière, de l’apéro, des sodas, on se régale des crêpes de Marie-Jo, on échange, on fait connaissance, on rigole, on partage ; et tout ça en musique, le côté scène étant plus attentif que le côté bar. C’était ça le jazz non au début, une musique populaire, comment a t-elle pu glisser vers le « sacré » ? La chienne Dehli est de la partie et fait sa ronde incessante dans son territoire envahi par ces étrangers. Le chapeau circule, et oui des gens sont en train de travailler il faut bien les rétribuer, certains ont tendance à l’oublier.

Musicalement ça fonctionne très bien malgré quelques crêpes aussi par ci par là qui provoquent des échanges souriants entre Thomas et Dave ! Ce dernier possède parfaitement les « Jingles », « West Coast Blue », « Full House » et bien d’autres standards de Wes et sa version de « In a Sentimental Mood » de Duke est d’une belle délicatesse grâce au timbre chaud de sa guitare. Le trio fonctionne à merveille dans un registre différent de son répertoire Coltranien ou Tynerien habituel ; ils sont excellents.

On peut donc se régaler de jazz de qualité sans snobisme et en toute simplicité, faisons le savoir !

Prochain concert au Café du Sport le dimanche 19 mars à 17 heures avec le trio de Thomas Bercy et le saxophoniste Alex Golino dont le portrait occupe la Gazette Bleue de janvier ; répertoire Hank Mobley. Venez faire un tour ce n’est pas si loin que ça.

https://www.facebook.com/Collectif-Caravan-170711356335248/

www.actionjazz.fr

La jam de la Belle Lurette invite Stéphane Barbier

par Philippe Desmond.

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C’était la rentrée des Jams du Collectif Caravan hier à la Belle Lurette de Saint-Macaire (33). Chaque premier dimanche du mois pour ceux qui l’ignorent. Le trio habituel, composé de Thomas Bercy (piano), Jonathan Hédeline (contrebasse) et Gaëtan Diaz (batterie), accueillait comme invité le saxophoniste ténor Stéphane Barbier. Remarquable musicien venant du sud de la région, un quasi désert jazz, – hors des jolis festivals d’Anglet et Capbreton – Pays Basque compris selon ses dires. Il était très heureux d’être là et a transmis cette joie dans son jeu.

La soirée a démarré avec trois titres de McCoy Tyner, le thème de la soirée, les musiciens entrant de suite dans le vif du sujet, des compositions tendues, riches et foisonnantes. Ce même quartet jouera d’ailleurs ce répertoire samedi prochain dans le même lieu (apéro rencontre à 19h, concert à 21h30) et dimanche 15 à 20 h au Quartier Libre à Bordeaux ; le teaser d’hier soir est très prometteur !

Place à la jam, c’est le but de cette fin d’après-midi avec l’arrivée d’Alex Aguilera à la flûte. Il sera l’invité du prochain bœuf du dimanche 5 février. Dans ses mains la flûte traversière, instrument de musique classique par excellence, s’encanaille et dans ce registre jazz il en tire la quintessence. Le titre de McCoy Tyner choisi, « Walk Spirit, Talk Spirit » – White Spirit comme plaisante Jonathan – ce thème cyclique, envoûtant en est tout métamorphosé.

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Rentre ensuite un néo jazzman, pourtant d’âge mûr, Franck Marrissal. Son CV depuis 1972, plus de 1500 bals avec des orchestres de variété du coin. Il s’est mis au jazz récemment et comme un bon élève il a travaillé un chorus pour « Stella by Starlight » toute la semaine. Vu ses grimaces en jouant, le résultat ne lui convient guère mais tout va bien, les autres l’aident et l’encouragent. Cette jam est d’un excellent esprit et vraiment ouverte. La preuve Amandine une jeune trompettiste y fait sa première intervention du genre sous l’aile protectrice et bienveillante d’Alex Aguilera. Le cœur bien au delà du tempo avouera-t-elle, la gorge un peu nouée mais un baptême réussi !

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Fabrice un autre guitariste, lui aussi de Cadillac comme Franck, rejoint le groupe avec sa jolie demi-caisse qu’il maîtrise parfaitement.

Thomas toujours aussi énergique emballe les thèmes, Stéphane les éclaire de son jeu de ténor toujours mélodieux, Jonathan et sa grosse 5 cordes assure une présence créative agrémentée de quelques chorus bien sentis, quant à Gaëtan son drumming toujours très inventif force l’admiration. Les jammers ont bien de la chance de s’intégrer à un tel quartet.

Et jammeuses car en voilà une, Marina Kalhart d’abord à la contrebasse, à peine plus d’un an de pratique, puis au chant qu’elle pratique depuis plus longtemps mais en public depuis moins d’un an… Et à chaque fois des progrès fulgurants ! Ça sert à ça les jams quand elles se font dans cet esprit.

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Pour ceux qui ne connaissent pas cet endroit très sympa dans le joli village médiéval de Saint Macaire, profitez d’une jam du dimanche pour le découvrir, ça commence à 17h et finit vers 19h avec systématiquement l’immuable « Caravan » générique du Collectif du même nom, dans une version à chaque fois nouvelle et surprenante ; une gageure.

Merci à Cécile et Sylvain pour leur accueil et leur passion.

Prochaines jams du Collectif Caravan : le 5 février avec Alex Aguilera (fl) et Hervé Saint-Guirons(p), le 5 mars avec Marie Carrié (vo) , le 2 avril avec Julien Dubois (s), le 4 juin avec Bruno Bielsa (tp). Pas de jam en mai mais le 30 avril « International Jazz Day » dont on connaîtra bientôt le programme.

Mais la Belle Lurette a sa propre programmation et consacrera tout le mois d’avril au jazz avec notamment le Tom Ibarra 4tet le 8.

http://www.bar-labellelurette.com/

https://www.facebook.com/Collectif-Caravan-170711356335248/

Thomas Bercy trio et Guillaume Schmidt : déjà Noël !

Par Philippe Desmond.

Café du Sport, Uzeste (33) dimanche 27 novembre 2016.

Thomas Bercy (piano électrique), Jonathan Hédeline (contrebasse et basse électrique), Jéricho Ballan (batterie) ; invité Guillaume Schmidt (sax alto et ténor).

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Je n’étais pas revenu au café du Sport depuis février dernier et cela m’a fait rudement plaisir d’y retourner. Pour plusieurs raisons, l’affiche du soir bien sûr, on va y revenir, mais aussi pour le lieu et les gens qui le fréquentent.
Aller écouter du jazz un dimanche soir au fin fond de la campagne girondine, pour certains ce n’est pas très rock’n roll ; ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Quant à ceux qui claironnent que le jazz est élitiste ils feraient bien de venir faire un tour ici.

Ce dimanche en cette fin d’après-midi ensoleillée le café du Sport a déjà vécu une journée riche avec l’organisation, à l’intérieur et sous la tonnelle, du marché de Noël. Et oui à Uzeste et grâce à Marie-Jo on est aussi à l’avant garde du marketing et Noël s’affiche dès la fin novembre ! Mais ici on trouve seulement de l’artisanat du coin et non du Sud Est asiatique, des pâtisseries et gourmandises locales, et une librairie éphémère. Mais place aux musiciens, le stand des gâteaux et de chocolats (délicieux) en fait les frais, le lieu n’est pas immense.

Le trio de Thomas Bercy a invité Guillaume Schmidt pour un concert hommage à Eddie Harris et Ornette Coleman, deux saxophonistes mais deux univers différents. Les quatre avaient joué ensemble lors de la dernière jam de la Belle Lurette (chronique du 9 novembre dernier) mais là il nous proposent un concert entier.

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Comme à la maison

Le « Broadway Blues » d’Ornette Coleman ouvre le concert avec son swing entraînant et sa mélodie enjouée. Guillaume arrivé fatigué va instantanément recharger ses batteries, alto en bouche. Les gens s’installent tant bien que mal, sur des chaises, par terre, au bar où déjà quelques piliers pointent leur nez et où le vin chaud diffuse son parfum de cannelle. Il y a pas mal d’enfants dont ce petit blondinet de 4 ou 5 ans devant moi, fasciné par le son du sax alto ; tu sais que tu as de la chance bonhomme d’être là ? Quant à Dehli la chienne, elle commence ses allées et venues entre les spectateurs.

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Un petit bonhomme subjugué

Et au milieu de tout cela, dans ce décor typique et décalé, adossé à la cheminée encore fumante, le quartet qui joue de mieux en mieux.
L’agréable agitation va s’estomper avec le titre suivant, « Lonely Woman » d’OC, introduit par la longue et lente plainte au sax ténor étonnamment épaulée par un tempo très rapide des cymbales, la tension montant progressivement lors du passage de piano. L’écoute est maximum, drôlement bien le public ici.

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Un peu louche ce Jéricho…

Contrairement à son titre « Cold Duck Time » réchauffe l’atmosphère avec son groove accrocheur. Et oui nous sommes avec Eddie Harris, une musique plus facile diront certains mais tellement agréable ; le quartet s’éclate, nous aussi. « Epthylipo » (?) une composition de Guillaume Schmidt apaise un peu l’ambiance. Guillaume possède différents registres dans lesquels il excelle mais ses compositions sont plutôt dans la douceur et l’élégance, comme celle-ci.

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Guillaume Schmidt au ténor

Retour au groove avec « Freedom Jazz Dance » d’E.H et l’invitation faite à Sébastien « Iep » Arruti de rejoindre le quartet. A peine sorti de sa housse le trombone du Basque va monter en température ; on sent le plaisir des cinq larrons d’être ensemble. Et Dehli qui passe et repasse.

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« Iep » en invité surprise

C’est la pause, le chapeau va tourner dans les mains de Michel qui, à mesure que la soirée avance, va se révéler un excellent ambianceur ou chauffeur de salle, n’hésitant pas à encourager le public à danser, en montrant l’exemple, ou à débriefer les morceaux : « le truc que vous venez de faire à la fin, on aurait dit les Tontons Flingueurs » dit-il aux musiciens  hilares. Ou encore après « Palinodie »,  une jolie ballade composée par Guillaume Schmidt, « Tu peux me refaire un slow, je suis sur un coup » ; impayable. Jouer sérieux – car ça joue excellemment bien – sans se prendre au sérieux, voilà la vérité.

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Michel et ses commentaires éclairés

« Turnaround et « The Blessing » d’O.C ont lancé le second set qui va se terminer énergiquement par « Listen Here » d’E.H, chacun des musiciens – les cinq pour finir – y allant de son chorus devant quelques danseurs et dans la gaieté générale. Et Dehli qui fait sa ronde.

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Dehli en vadrouille

Ne vous y trompez pas, sous cet aspect de fantaisie il s’agit ici de vraie musique, de vrai jazz, une bonne partie du public est faite de réels amateurs qui viennent chercher, en plus de la qualité musicale, un moment de partage.
C’était déjà Noël ce soir à Uzeste, on reviendra c’est sûr , en janvier je crois fêter les Rois.

Guillaume Schmidt à la Belle Lurette ; un bœuf et une boucherie !

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, St Macaire le 6/11/2016

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Ceux qui voulaient passer une fin de dimanche tranquille et qui sont venus à la jam de la Belle Lurette sont vraiment mal tombés. Ils nous ont mis un souk – et je suis poli – tous ces musiciens à vous faire regretter le canapé rouge de Drucker à la même heure.

Pourtant tout s’annonçait bien, au trio de base composé autour de Thomas Bercy au piano, de Jonathan Hédeline, le fidèle, à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie s’ajoutait un invité de luxe en la personne du saxophoniste Guillaume Schmidt trop rare dans le coin.

Et bien dès le premier morceau, pas de round d’observation, la bagarre a déjà commencé, « la branlée » me dira plus tard Sébastien Iep Arruti toujours prompt à venir partager son punch avec ses adversaires/partenaires.

Guillaume avait dû préparer son sax alto en mode préchauffage car de suite il a pris les tours sur le « Cold Duck Time » d’Eddie Harris. Le froid de canard on ne l’a pas senti longtemps croyez moi. Parmi les sax, l’alto n’est pas celui que je préfère mais aux mains et au bec de Guillaume je dois avouer que je craque. Il a un timbre, un grain qui ôtent cet aspect un peu trop aigu et clinquant que je trouve à l’instrument ; ce n’est que mon avis mais je le partage. Premier chorus à couper le souffle, pas le sien heureusement , et évidemment Thomas qui lui emboîte le pas car quand il est question de folie il arrive de suite. Il va finir par le casser ce clavier ! Derrière Jonathan et Jéricho commencent leur marathon car tout comme Thomas ils ne vont quasiment pas avoir de pause de toute la soirée. Ils ne seront pas avares de solos et tant mieux pour nous. Sauf que le marathon commence au sprint ! Pas de répit ils enchaînent sur « Broadway Blues » d’Ornette Coleman sur un tempo bien speedé. Tout ce vacarme ameute le voisinage – et même les Bordelais arrivés en nombre – et le bar se remplit aussi vite que les verres se vident. Que ce lieu est chaleureux !

Après ces deux titres, pas le temps de se recoiffer et voilà la jam qui commence avec l’arrivée sur le ring d’un bel athlète, le redoutable poids lourd basque Sébastien Iep Arruti, le roi de la coulisse. « Listen Here » d’Eddie Harris à la mélodie guillerette va ressortir toute cabossée de cette rencontre avec ces tueurs.

Vous l’avez compris on s’est régalé.

Petite trêve avec « In a Sentimental Mood » où un premier guitariste rejoint la bande. Jeu en finesse et douceur de Guillaume, il sait tout faire très bien, une place pour Jonathan à la contrebasse et des prouesses de Jéricho aux balais. « Saint Thomas » voit Olivier Normand et son sax ténor rejoindre le groupe pour une très belle joute avec Iep.

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Un autre guitariste est là qui a un âge certain débute en jazz sous le regard bienveillant de Thomas le chef de jam, Alex Aguilera régale de sa flûte et l’ambiance monte, monte. Le Collectif Caravan qui organise ces soirées peut-être fier d’animer ainsi des endroits hors de Bordeaux qui méritent aussi cette ouverture vers le jazz.

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Pas de bœuf sans « Cantalupe Island » avec Laurent excellent à la basse électrique très funk, pour une version très punchy de ce classique.

Un peu de douceur alors que la fin approche avec la venue de Marina Kalhart qui nous chante « Speak Low » de Billie Holiday, Guillaume lui offrant de temps en temps un tapis de velours au ténor et un band enfin calmé. Marina enchaîne en prenant la contrebasse de Jonathan , elle aussi sous le regard bienveillant du patron qui lui laisse une belle place pour un long chorus ; ça sert à ça les jams, on y progresse à vue d’œil ou d’oreille.

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Amusant de voir lors de ces bœufs chacun avec son classeur de partitions voire son petit carnet pour les plus traditionnels ou un pad pour les plus branchés. On échange deux trois infos, on fixe la tonalité et c’est parti. Un regard par ci, un signe par là pour lancer les chorus, un cri parfois et c’est une affaire qui tourne.

Arrive le générique de fin, immuable ici, avec bien sûr « Caravan », mais un modèle de compétition, châssis rythmique renforcé pour résister aux accélérations et aux breaks, habillage chatoyant pour flatter l’esthétique.

Une boucherie ce bœuf, on reviendra !

La jam de la Belle Lurette c’est chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 h 30 environ. Prochaine date le 4 décembre avec le guitariste Dave Blenkhorn comme invité.

Le quartet de base de ce soir jouera le dimanche 27 novembre à 17 heures chez Marie-Jo au Café du Sport à Uzeste. Allez-y le lieu est super sympa en plus.

Alex Golino : hommage à Hank Mobley

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

La Belle Lurette, Saint-Macaire le 22 octobre 2016.

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Il y a bien longtemps que je n’étais pas allé à la Belle Lurette la bien nommée. Exactement depuis le 30 avril dernier pour l’International Jazz Day ; et oui en Anglais dans le texte, Saint-Macaire n’a t-elle pas été sous protectorat anglais au Moyen-Age !

Après un break cet été le Collectif Caravan a donc repris ses activités en association avec cet endroit depuis le début de l’automne et ça nous manquait. La première jam, début octobre – chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 heures – a ouvert la saison de jazz et d’autres concerts, de rock ou de chanson française ont déjà eu lieu. Pierre et Sylvain qui ont repris l’établissement en 2011 sont de grands amateurs de musique et bien heureusement nous font partager leur passion (lire la Gazette Bleue #17).

Ce soir l’invité est Alex Golino, le saxophoniste ténor Italo-Gréco-Bordelais, un invité de marque tellement son talent est grand. La formation avec qui il joue est le trio habituel composé de Thomas Bercy au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et un « petit nouveau », Alban Mourgues aux baguettes. Ce dernier, longtemps élève du maître de la batterie Charles « Lolo » Bellonzi, fait partie des batteurs qui montent qui montent et c’est une chance de le voir souvent désormais dans le coin, lui qui n’habite pas la région mais Poitiers. Ah oui au fait Poitiers c’est la Région maintenant !

Mai ce soir la vedette c’est Alex Golino qui a décidé de rendre hommage à un de ses collègues saxophonistes, pas forcément celui dont le nom vous vient de suite en tête, mais qui a pourtant laissé une belle trace en tant que leader (une trentaine d’albums) ou comme sideman (Jazz Messengers, Donald Byrd, Miles Davis, Dizzie Gillespie…) ; il s’agit d’Hank Mobley, compositeur très prolixe dans les années 50-60. Alex joue justement dans ce même registre, c’est un bopper, un hard bopper mais tout comme Hank, il excelle en Bossa Nova.

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« A Baptist Beat », un Gospel, lance la soirée, avec de suite swing et chaleur. Alex démarre dans les graves d’un son moelleux et chaud, le ton est donné il va se lâcher. Car Alex ténor au velouté élégant n’est pas du genre à se mettre en avant et ce soir ça va vraiment faire plaisir de l’écouter totalement libéré. « Recado Bossa Nova » très mélodieux commence classiquement jusqu’au chorus de Thomas Bercy qui le fait exploser. Diabolique, infernal Thomas Bercy comme va le qualifier Alex lors des présentations. Je n’ai pas vérifié mais je doute qu’il n’ait que dix doigts…

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Jonathan fait chanter, voire même danser, sa contrebasse, ce qui n’est jamais une mince affaire et on découvre Alban au drumming complet et inspiré . Dans la ballade suivante « Darn That Dream » il se fait tout en discrétion et légèreté tout comme ses deux collègues alors qu’Alex nous caresse voluptueusement de son sax. Un régal.

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La Belle Lurette est pleine à craquer, toutes générations confondues avec même des enfants en bas âge, la bonne humeur est palpable, un vrai club de jazz, animé, vivant, à l’écoute, ou pas, on s’y sent bien.

Quelques mots sur la magnifique exposition des dessins de Cyril Pi-R représentant des portraits de musiciens célèbres ; elle est visible à la Belle Lurette jusqu’au 5 décembre.

Le plus dynamique « The Morning After » nous prouve qu’Alex Golino est du matin car il s’y fait très volubile ; Jonathan nous la fait presque guitar hero soutenu par le chabada d’Alban avant que le pianiste fou ne nous éclabousse de notes bleues. « The Morning After » on peut parfois être déçu… mais pas cette fois, quel bonheur !

« Avila and Tequila » nous montre l’étendue du registre d’Hank Mobley, ce hard bop mélodieux et dynamique caractéristique de cette époque.

La pause est bienvenue, il règne une chaleur tropicale dans le bar et les musiciens ont déjà bien travaillé. La sono bar diffuse le « Funky Blues » de Charlie Parker, on est entre de bonnes mains. C’est l’occasion de faire connaissance avec Alban qui n’est pas là par hasard ayant maintes fois joué avec Thomas Bercy, et même avec Alex. Alors que parfois certains se plaignent que le jazz sommeille à Bordeaux, Alban nous remet les idées en place en parlant du désert musical de Poitiers…

 

Hank Mobley a collaboré avec Miles notamment sur le premier thème du second set « One Day My Prince Will Come » que les enfants présents n’ont pas forcément identifié comme étant issu de « Blanche Neige ». Belle version.

« Funk and Deep Freeze », « Chain Reaction » nous propulsent gaiement vers la fin du concert. Gros swing pour le rappel, certaines dansent, les chorus continuent, on y passerait la nuit. Alex Golino a fait plus qu’honneur à son invitation, bien mis en avant ce soir il a pu faire admirer toute sa palette et pour sûr qu’on le reverra dans les parages. Pour couronner cette belle soirée j’ai même la chance de débriefer le concert avec lui en le ramenant à Bordeaux car il était venu ici non avec le A train mais le 17h52.

Epilogue : cette fin de semaine est un très spéciale pour Jonathan Hédeline qui après cinq ans et de multiples démarches vient d’obtenir son statut d’intermittent. Ses collègues lui ont offert pour l’occasion sa photo prise par Alain Pelletier  et qui faisait partie de la magnifique exposition des photographes d’Action Jazz au printemps ici à Saint Macaire. Pas peu fier Jonathan !

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