Avalon Jazz band : un délicieux moment

par Philippe Desmond

La Grande Poste

Bordeaux le 14 mai 2017

Le dimanche midi à la Grande Poste, le nouveau lieu artistique bordelais de la rue du Palais Gallien, se déroule un brunch musical.

Aujourd’hui c’est un groupe de New York qui anime ce petit déjeuner amélioré, le Avalon Jazz Band : trois musiciens, Tatiana Eva-Marie (chant), Adrien Chevalier (violon) et Julian Smith (contrebasse). Si le dernier est vraiment américain, la première est suisse et le second français. Mais le groupe vit à NYC depuis six ans y diffusant le Jazz Swing vocal à la Française si apprécié des américains. Pour eux c’est l’image qu’ils se font de notre pays, de sa tradition rêvée. Quand ils savent qu’elle existe les américains aiment la France et son French Jazz plus que les Français eux-mêmes davantage attirés par « l’exotisme » d’Outre Atlantique. Et pourtant, que de joyaux à chanter et à jouer, au charme désuet mais si intemporel et indémodable.

Le trio est étoffé de deux figures bordelaises, et au-delà, du jazz, Stéphane Séva (washboard et chant) qui va souvent les rejoindre à Manhattan et Thierry Lujan (guitare). Il faut bien un quintet pour occuper la très belle scène de cet endroit atypique, « espace improbable » comme le qualifient les maîtres du lieu, l’ancienne poste centrale de Bordeaux. Une salle de restaurant avec un bar mais aussi, à l’étage, des boutiques éphémères de créateurs de bijoux, de vêtements, d’artistes. Une voûte immense éclairée de la lumière du jour par des oculus, pas facile à sonoriser.


Avalon Jazz Band nous les avions découverts à Bordeaux en avril 2016 (http://blog.actionjazz.fr/avalon-jazz-band-chez-le-pepere/) et avions été séduits par leur univers et la forte personnalité de la délicieuse chanteuse Tatiana Eva-Marie. Un nom original pour une chanteuse originale à la voix parfois enfantine, au chant particulier souvent délibérément décalé et aux tenues old-school chamarrées ; On est loin des standards du genre et de certains formatages et si la première fois cela m’avait un peu décontenancé aujourd’hui je suis vraiment sous le charme. La virtuosité au violon d’Adrien et le plus que soutien des trois autres, dont un surprenant contrebassiste, rajoute au plaisir.

Le répertoire lui va de Trenet à Jean Sablon en passant par Django et quelques standards de Fats Waller ou Nat King Cole (Coquette) et ce soir une nouveauté qui peut paraître surprenante mais qui n’est pas pour me déplaire car tirée d’un de mes films préférés « Les vacances de Monsieur Hulot », la chanson « Quel temps fait-il à Paris » aux paroles si fines. A noter que la chanson a été créée par Lucie Dolène, la voix originale de Blanche Neige, un peu enfantine comme celle de Tatiana, la mère de François Constantin le percussionniste vibrionnant du fameux club de jazz « Le Baiser Salé » de Paris. Comme quoi…

Un délicieux moment à tous points de vue car le buffet du brunch est plus qu’alléchant.

Il vous reste une session de rattrapage avant leur retour prévu en mai 2018. Les mêmes seront mercredi soir chez le Pépère rue Georges Bonnac ; mieux vaut réserver car la cave est aussi exiguë que cette salle est immense.

http://www.avalonjazzband.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

 

Le swing étincelant du Franck Dijeau Big Band.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, mardi 28 mars 2017.

Le bonheur c’est simple comme un big band, preuve nous en a été donnée hier soir dans un Rocher 650 plein à craquer.

Pourtant un big band ce n’est pas simple ! Pensez donc 17 musiciens ! (la liste en fin d’article).

Il faut déjà les trouver. A Bordeaux pas de problème il y aurait presque l’embarras du choix tellement les talents y sont nombreux.

Il faut les réunir sachant que tous ont de nombreux autres projets.

Il faut qu’à l’heure dite aucun ne manque à l’appel.

Il faut de quoi nourrir chacun musicalement (répertoire, arrangements, partition) et aussi à table….

Il faut ensuite accorder tous les violons et sans violon dans l’orchestre ce n’est pas facile.

Il faut aussi trouver 16 cravates identiques – le chef curieusement n’en a pas – essayez vous verrez que ce n’est pas le plus aisé.

Et j’en passe…

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Cette prouesse Franck Dijeau l’a réalisée avec la passion et la fougue qui le caractérisent. Depuis que le projet est né voilà deux ou trois ans il n’a cessé de le peaufiner de le polir pour arriver ce soir à un niveau de qualité maximal. Cette soirée de sortie du premier album du Franck Dijeau Big Band « Swing Sessions » il la désirait, elle l’obsédait depuis des mois, son impatience affichée sur les réseaux sociaux était plus que palpable, elle se devait d’être réussie tout comme l’est l’album. Elle l’a été, splendide, magnifique, brillante comme les reflets des cuivres de l’orchestre.

Tout a bien commencé avec un « before » dans le foyer du Rocher destiné aux partenaires et aux souscripteurs venus chercher leur album pré-commandé il y a des mois. La famille et les amis sont là, les officiels aussi. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que Franck est le directeur de l’école de musique de Cenon à quelques encablures du Rocher. Excellents vins du château La Bertrande dont un magistral cadillac liquoreux pour préchauffer une partie du public… et les musiciens visiblement plus détendus que leur chef. « La journée de répétition s’est très bien passée » me confie Thierry Lujan le guitariste ; ils n’avaient pourtant pas joué ensemble depuis la résidence d’enregistrement à la Coupole en décembre ! 17 !

La queue est déjà très longue devant le Rocher, bien au delà du food truck de service. Vite le concert !

Salle 650 rouge et noire et les voilà tous sur scène en noir et rouge, le pari esthétique est déjà réussi. Rien de tel qu’un bon titre de Count Basie pour accueillir tout le monde ; « Jumpin’ at the Woodside » et nous voilà instantanément transportés dans cette époque rêvée des comédies musicales de Broadway, nos tenues se transformant en smoking, les dames s’habillant ou se déshabillant de robes de soie aux décolletés profonds et élégants. On s’y croirait ! On y est. Sur scène ça scintille de notes et ça va swinguer jusqu’au bout.

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Prise de son et lumières au top vont permettre de régaler les oreilles et les yeux. 17 musiciens et pourtant la possibilité de distinguer musicalement chacun d’un regard. Quand on pense big band on évoque de suite la puissance ; certes elle est là mais tellement accompagnée de nuances, de breaks ciselés faisant surgir le son délicat de la guitare, ou le ronflement de la contrebasse ; c’est une surprise continuelle mais aussi un bonheur de deviner les contrepoints des cuivres et bois (les sax et oui !). Franck Dijeau est allé chercher les versions initiales des morceaux pour les arranger à sa manière avec modernité mais respect.

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Pas de spectacle guindé comme le laisserait penser la présentation élégante de l’orchestre, au contraire sur scène une ambiance joviale mais appliquée ; on se chambre, on s’encourage, on se fait des niches, on ose relever des défis, objets de paris préalables. « Les Loulous » comme les nomme affectueusement le chef, assurent le spectacle et lui n’est pas le dernier à aller les chercher et à mettre de la fantaisie comme dans cette intro au piano volontairement interminable raillée par les musiciens qui s’impatientent ! Musicalement il les dirige au doigt et à l’œil ; au poing même, pas sur la figure, mais boxant l’air pour signifier le punch souhaité. Franck ne tient pas en place quittant son clavier -un vrai et beau piano à queue – pour diriger l’orchestre ou lancer les battements de main du public, y revenant pour un chorus ou signifier le final de trois petites notes.

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Évidemment certains diront que cela est codifié, que les chorus sont préparés à l’avance, le nombre de mesures fixé ; certes mais à 17 il vaut peut-être mieux non ? Ainsi à tour de rôle les solistes se lèvent et s’avancent pour faire leur numéro ; c’est réglé au palmer, évidemment.  Quand c’est son tour, le plus dissipé de tous, Sébastien « Iep » Arruti en profite pour faire des selfies, même avec le patron ! De l’humour, de la bonne humeur sur scène très communicative, tout cela permis par la qualité musicale remarquable.

Quasiment tout l’album va être joué avec en bonus un bon vieux rag de 1929, « Bugle Call Rag » qui se termine dans un tempo délirant, le big band y libérant tous ses chevaux ; ils l’avaient juste répété pour la première fois l’après-midi…

Rappel debout pour une version jungle de « Sing Sing Sing » avec un Julien Trémouille en démonstration à la batterie, se retrouvant seul sur scène pendant un chorus magistral au cours duquel il va garder un tempo de métronome tout en jouant continuellement le thème en filigrane.

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C’est fini. Plutôt ça commence car ce projet il va falloir le montrer à un maximum de gens, il le mérite et le public le mérite aussi. Pour les organisateurs de spectacles renseignez vous le prix est tout à fait abordable et vous êtes sûr d’attirer et de combler le public. Du très haut niveau.

En attendant achetez le disque et même s’il est sur toutes les plate formes numériques prenez le en CD, la pochette est superbement faite et très détaillée. En vente notamment chez Cultura, partenaire du projet,  diffusé dans Open Jazz sur France Musique et déjà dans le peloton de tête des ventes de jazz en France !

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Le Franck Dijeau Big Band :

Franck Dijeau direction d’orchestre, piano, arrangements, recherches, communication, logistique…

Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse.

Bertrand Tessier et Serge Servant au sax alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au sax ténor, Jean-Stéphane Vega au saxbaryton.

Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin aux trombones Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud aux trompettes et bugle (MC)

Pour en savoir plus :

Article du Blog Bleu : http://blog.actionjazz.fr/franck-dijeau-big-band-making-of/

Article et critique CD dans la Gazette Bleue pages 32-33 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Site web : www.franckdijeau.fr

Franck Dijeau Big Band : making of

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 23 décembre 2016, La Coupole à St Loubès (33)

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Nos activités pour Action Jazz nous amènent à sortir beaucoup le soir, l’après-midi beaucoup plus rarement, mais aujourd’hui nous innovons, ça se passe le matin, pas en matinée qui au spectacle veut dire après-midi – jamais compris pourquoi – non, avant midi.

Dans la grande salle de la Coupole il y a plus de gens sur scène que dans les gradins, nous sommes là pour une séance d’enregistrement vidéo du Big Band de Franck Dijeau. Cette formation qui existe depuis quelques années y termine une semaine d’enregistrement pour son premier album dont la sortie officielle est prévue au Rocher de Palmer le 28 mars.

L’ambiance est très détendue aujourd’hui car l’enregistrement proprement dit s’est terminé hier soir. Enregistrer un big band dans les conditions du direct, choix délibéré de Franck Dijeau, n’est pas une mince affaire. On ne peut imaginer quand on voit un tel groupe sur scène ou qu’on l’écoute sur CD le travail que cela représente. Qui ose dire après ça que musicien ce n’est pas un vrai métier. Par exemple hier la journée entière a été consacrée à un seul morceau ! Certes chaque jour précédent ils en ont mis trois en boîte.

Il faut dire qu’ils sont 17 à jouer. Franck Dijeau dirige l’orchestre depuis son piano, près de lui, côté jardin, la rythmique avec Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse. Les soufflants sont côté cour, les bois en bas avec cinq sax, Bertrand Tessier et Serge Servant à l’alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au ténor, Jean-Stéphane Vega au baryton ; au dessus les cuivres avec quatre trombones, Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin, et derrière, debout, quatre trompettes, Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud. Le moindre « pain » de l’un d’entre eux, le moindre décalage et il faut recommencer. Certes Franck n’a pas choisi les plus mauvais mais, malgré tout, jouer une telle musique avec ses arrangements très travaillés n’est pas une science exacte et le leader, à juste titre, est exigeant. Pour avoir eu la chance d’écouter les bandes brutes sans aucun mixage je peux vous dire que le pari est gagné, ça va être – car c’est déjà – splendide ! Nous en reparlerons dans la Gazette Bleue de mars.

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Aujourd’hui donc il s’agit de faire une vidéo de présentation du big band et la séance est un peu spéciale. Il règne une ambiance de potaches sous l’œil bienveillant du chef -il les appelle « mes loulous » – on se croirait parfois dans une salle de classe agitée, toujours un ou deux debout ou sorti, ça rigole, ça chambre, ça vanne, Iep en tête bien sûr. La pression de l’enregistrement est retombée et aujourd’hui ils vont faire semblant, pas du play-back, non on n’est pas à la télé, mais ils vont jouer sur la bande son d’un morceau enregistré dans la semaine : « Dinner with Friends » de Count Basie, sur un arrangement de Neal Hefti revu et corrigé par Franck Dijeau. Un titre bourré d’énergie avec un swing d’enfer.

La mise en place du jour n’est guère musicale mais logistique. Nettoyage de la scène, habillage des estrades, positionnement rigoureux du rideau de fond, réglage de l’écartement des pupitres et tenue soignée de rigueur ! Chemise et pantalon noirs, cravate motif cachemire rouge – au nœud pré-noué la veille par une âme attentionnée – pour la troupe, costume noir et chemise rouge pour le chef. La classe ! Une fois tous installés ça a drôlement de la gueule. C’est ça aussi qu’on attend d’un big band, au delà du plaisir musical extrême que cela procure – et là on est servi – il y a aussi cette esthétique qui fait partie des codes du genre. A propos de genre d’ailleurs, vous avez remarqué que c’est le genre masculin qui est ici la norme ; un jour la parité sera peut-être là aussi obligatoire…

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Un tel tournage c’est assez laborieux. Nous avions eu la chance le mois dernier de participer à celui du teaser d’Akoda et déjà avec 4 musiciens cela avait duré longtemps (le résultat est magnifique), mais aujourd’hui c’est encore autre chose.

Plusieurs prises de vue d’ensemble pour commencer, puis zoom sur la section de sax, puis ceux-ci s’éclipsent pour qu’on puisse filmer la section de trombones qui disparaît ensuite pour rendre les trompettes accessibles. A chaque fois on remet la bande son à zéro et on laisse le morceau se finir. Plus que la rythmique sur scène, le cameraman se concentrant sur chacun, le son complet de l’orchestre paraissant saugrenu sur cette scène désertée. C’est fini ? Tu parles ! On repart big band complet pour quatre ou cinq prises à faire semblant ou presque car il jouent vraiment sur la bande son. Et encore une dernière filmée en plongée depuis une nacelle.

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Une photo de famille autour du piano pour terminer et tout le monde se retrouve pour un pot lors duquel avec pudeur et émotion Franck Dijeau, tel Napoléon, félicite ses troupes par ce court compliment : « vous m’avez fait vivre le plus grand moment musical de ma vie ». Rien à rajouter.

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C’est une chance pour nous que d’assister à de tels moments, dans une excellente ambiance, avec des gens talentueux, travaillant très sérieusement et très professionnellement mais qui pour autant ne se prennent pas au sérieux. Nous attendons le disque avec impatience, son mixage commençant dès le début janvier, chaque leader de section y participant.

Le Big Band de Franck Dijeau compte bien ensuite décrocher des dates, alors tourneurs, organisateurs de concerts, de festivals contactez-les, vous ne le regretterez pas et dites-vous que le public vous en sera reconnaissant !

https://www.facebook.com/franckdijeaubigband/

 

Pocket Jazz Duo, au Molly Malone’s le Dimanche 06/11/16

Par Alain Flèche, photos par Pocket Jazz Duo et Alain Flèche.

Photo par Pocket Jazz Duo

Photo par Pocket Jazz Duo

Gloup’s, pas grand monde. La prestation me semble , d’abord, de qualité, (sentiment jamais démenti de la soirée) et ne cesse de me surprendre de ce «  Bordeaux boudeur » , même si je comprends ensuite que la présence fréquente de Rachael MAGIDSON , chant et autres instruments , en ce lieu , a pour effet, sinon de lasser, mais pour le moins, de banaliser ce genre d’événement pourtant remarquable dans sa spontanéité libérée d’obligation de surprendre, mais plutôt responsable de maintenir un intérêt justifié pour une musique toujours sujette à interprétation pas toujours convaincante … là, si ! Même si …Pocket Jazz Duo  est là, avec Thierry LUJAN aux guitares  j’arrive, ingénu de ne connaître ces acteurs de la présence, en ce bon vieux Bordeaux , de l’expression de la musique qu’on aime : la bonne, et découvre, du coup, 2 musiciens se frottant à divers standards rabâchés, mais  jamais éculés,   coltanien ou de Byrd … pour les extraits bossa, recréation du jour de plans à éternellement  re-actualiser, dans un plaisir partagé de transmettre le son qui mène au bonheur à qui sait l’entendre … !

Alors voilà, ça le fait sur « My favorite thing » plein d’énergie et d’inventivité de Thierry sur la Gibson 339 ou, avec une Nylon découpe jazz (spendide « Cavallier ») sur le sud latino de « girl from … » et autres, très bien re-senties, re-crées dans sa recherche de ne pas copier, mais bien de proposer un autre angle de vision à des trames si souvent visitées sans les épuiser. Du thème parfaitement exécuté sur une guitare qui sonne comme un orchestre jusqu’au chorus qui réunit les trouvailles des héros de l’inventivité sur 6 cordes,et Wes n’est pas en reste , Thierry assure . Il emplit le temps et l’espace de son discours jamais ennuyeux, renouvelé, dont il semble partager  notre plaisir en paraissant découvrir ses propres trouvailles en même temps que nous. Rachael , elle se prête à tout … Ce qu’elle est prête à tester , plutôt le mieux que le pire, se frotter à une inspiration émotionnelle qu’elle laisse pénétrer en elle pour l’affiner encore , autant qu’à une variation sur un thème donné , et rendu à ceux qui veulent bien l’entendre.

Ça se complique un tout petit peu lorsque la dame se répand sur peaux et métaux, propose une pulsion dynamique pour lancer la machine, tenir la baraque, s’en serre , et en use … à propos de … je ne sais pas… je ne veux pas dire : une forme de remplissage, ce serait dommage, plutôt  une proposition d’expression , sur son parcours musical  , passant par divers instruments (la trompette aussi, loin d’être ridicule car parcimonieuse en fréquences et notes, se fait  bien sentir à tenir l’attention , la tension, dans une prospective de recherche de sons et plans harmoniques « autres »  que répétitions et redites inutiles …);  cependant, tout ce travail qu’elle nous livre, en la sentant s’amuser comme un enfant qui sortirait des jouets de son coffre pour les montrer à ses copains, qui lui est sans doute  nécessaire à sa progression  sur son cheminement  musical, lui permettant une compréhension de la texture et perspectives de sa voie(x) , peut-être pourrait-elle transcender tout ça en focalisant ses effort sur son espace où elle est la plus convaincante  : le chant !

Les deux acteurs se connaissent, bien. Complices, regards, clins d’yeux rieurs, sourires et tendresses partagées avec le public aussi. En lançant blues et belles rengaines comme des bouquets de fleurs à travers la salle.

Second set :

Deux autres guitares investissent la scène. Voici maintenant 2  somptueuses Gibson et la belle Cavallier   en action, vite rejoint par la voix sur un « Sweet Georgia Brown » sur vitaminé , la soirée n’est pas finie ! Encore du bonheur à offrir, de nouvelles idées à explorer, de la beauté à partager …. et on en réclame encore !

Merci à vous Rachael et Thierry, de votre générosité et votre bon goût

Pocket Jazz Duo, photo Alain Flèche.

Pocket Jazz Duo, photo Alain Flèche.

Par Alain Flèche, photos par Pocket Jazz Duo et Alain Flèche.

The Pocket Jazz Duo

Il pleut des cordes . Rachael Magidson et le Hot Strings Trio

Par Philippe Desmond.

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Ce dimanche soir à Bordeaux, dehors il pleut des cordes . A l’intérieur du Molly Malone’s aussi mais pas les mêmes.

En effet une guitare, un violon et une contrebasse composent le trio qui joue ce soir, dit par certains « à la Française »  en référence au quintette à cordes du Hot Club de France. Le nom du groupe d’ailleurs est le « Hot Strings Trio » avec Thierry Lujan à la guitare, Nicolas Frossard au violon et Franck Richard à la contrebasse. Mais le trio est en fait un quartet car plus qu’épaulé par Rachael Magidson au chant, à la batterie légère – une femme avec un balai dans chaque main au 21ème siècle ? – et parfois à la trompette.

Il y a longtemps que je n’avais pas entendu ce type de formation, c’était en août 2014 à Capbreton avec trois débutants du nom de Clarke, Ponty et Lagrene… Pas de piano, pas de vraie batterie, pas de cuivres et c’est vrai que la couleur est totalement différente. Une certaine douceur, de la délicatesse, de la légèreté et de la chaleur acoustique.

Le ton est enjoué, donné par le dynamisme du violon et ses dialogues avec la guitare, Rachael pose sa très jolie voix la dessus et on se laisse prendre, On est dans du « classique » de l’historique que certains puristes de la vieille école revendiquent comme le seul vrai jazz écoutable ; il l’est et même plus que ça mais heureusement pas le seul !

Avec une aisance remarquable et dans la bonne humeur les musiciens vont nous proposer de finir ce dimanche, et pour certains ces vacances, dans une ambiance bien agréable. Répertoire de standards magnifiquement chantés, « I can’t give you anything but love », « Love for sale », un joli arrangement de « J’attendrai », d’autres titres moins connus – de moi – dont un certain « Esperando » originalement commencé et conclu à la trompette par Rachael.

Les interventions de Thierry Lujan à la guitare sont pleines de rondeur et d’élégance avec ce son si caractéristique des demi-caisses électriques de jazz. Le violon de Nicolas Frossard ajoute cette légèreté que ses illustres prédécesseurs nous ont habitué à entendre, une certaine gaîté même, du swing. L’assise du tout étant parfaitement assurée par Franck Richard, la formation tourne vraiment très rond. Une soirée bien sympa.

Merci au Molly Malone’s de Bordeaux de proposer ainsi des atterrissages en douceur les fins de dimanches.