Les photographes d’Action Jazz s’exposent. Concert d’OD en bonus

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat Lire la suite

Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

Tom Ibarra Quartet au Caillou le 28/05/16

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Tom Ibarra Quartet

Il n’y a pas que le Petit Poucet qui sème des cailloux pour retrouver son chemin, Tom Ibarra fait ça très bien aussi, il en a même retrouvé un gros, le Caillou du Jardin Botanique, dans le ventre duquel il s’était déjà produit il y a à un peu plus de trois mois, avec un quartet pour moitié renouvelé, se cherchant encore un peu, mais qui annonçait la couleur future du groupe. C’est le dernier concert du Printemps de Music [at] Caillou, avant que ne démarrent les très attendues Estivales dès le 1° juin. Beaucoup de monde pour cette ultime soirée, il y en a dedans, qui se régalent déjà de mets gouteux et de fins élixirs, d’autre préfèrent le grand air, mais les oreilles aux aguets. Le quartet c’est donc toujours Tom Ibarra à la guitare et aux compositions, Pierre Lucbert à la batterie, Christophe de Miras aux claviers et Jean-Marie Morin à la basse électrique. Ils sont tout sourire, pas de stress, mais aux regards entendus que l’on croise, quelque chose nous dit qu’on va passer une soirée mémorable, si l’on se souvient du feu qu’avaient mis début Mai ces quatre diables au Siman Jazz Club, dont on salue au passage l’équipe de passionnés.

Un premier set particulièrement riche a mis le public en condition, en piochant des thèmes de « 15 », l’album de Tom sorti fin 2015. L’énergie du live transfigure les « Be careful » , « Mr Chat » et autres « Thank you Bob » (dédié à Bob Berg). Ils sont développés et dévoilent à chaque fois une âme neuve, alors qu’on se délecte des petits nouveaux, de vrais brûlots, qui se rodent au mieux comme« I’m sick », « Question », « Inside » et « My Red Book », envoutante allusion au projet « Jazz India » dont on reparlera. Autant dire que ceux qui ne connaissaient pas en ont pris pour leur grade et sont repartis le cd dédicacé sous le bras, même si d’aucuns ont pu trouver le groupe un peu sous-sonorisé au début, mais ça s’est arrangé par la suite. Il est clair que depuis sa refondation, le quartet a gagné en cohésion et en rigueur, ce qui renforce l’impact de la musique, servie par un son de plus en plus affuté et évolutif. Chacun est à sa place pour alimenter le groove d’une musique qui, de façon presqu’imperceptible, précise son essence, parée d’habits jazz-funk, voire soul, en délaissant tant soit peu l’écharpe fusion des tout débuts.

Le deuxième set a carrément mis l’aiguille dans le rouge en ouvrant avec le « So what » de Miles Davis, très pêchu et funky. Mais de petits soucis techniques sur le clavier ont agacé le groove qui, n’y tenant plus, est reparti de plus belle dès les choses réparées par Benoît Lamarque, bienveillant maître des lieux. Résultat des courses, un son gros comme ça, de la patate dans tous les virages et un final sur le « Billie Jean » de Michael Jackson, plus funky que soul cette fois-ci, ingrédients savamment épicés qui ont achevé la conquête d’un public qui n’en revenait pas. Et il n’avait d’ailleurs pas tout vu, car d’autres nouveautés sont venues enfoncer le clou dans le sol d’un Caillou réjouit, comme « The notes », « The Lego », dédié à un fan anonyme, et « Death », autre extrait gorgé de spiritualité, tiré du projet « Jazz India ». C’est un « Mona » au feeling encore renouvelé et plus profond, qui est venu conclure ce set. Morceau mystérieux, le petit secret de son auteur…

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Christophe de Miras et Jean-Marie Morin

Le groupe évolue et murit en mode accéléré. Chaque concert  réserve sa part de surprises et de petits signes témoignent de ces changements, comme par exemple le jeu expert de Christophe de Miras, qui privilégie de plus en plus des envols jazzy, teintés de groove vintage, laissant à Jean-Marie Morin et sa superbe basse six cordes au son de velours, le soin de garder le temple du fusionnel dont ses lignes longues et racées raffolent. Quant à Tom Ibarra et Pierre Lucbert, leur complicité les soude d’une joie évidente de jouer dans l’échange incessant, et chacun sourit sans retenue des trouvailles de l’autre, qui jaillissent d’un peu partout. C’est presqu’un spectacle dans le spectacle. On ressent de plus en plus une sorte de gémellité entre eux, voire une « union sacrée ».  Je chipe « le diamant s’affine » à ma voisine, et c’est tout à fait ça. Du haut de ses 16 ans, Tom Ibarra est, rappelons-le, endorsé par Ibanez, mais son jeu s’est enrichi du soutien de la marque Roland. En effet, il utilise désormais un GT 100 (Boss) qu’il manie déjà à merveille pour offrir un nouveau son particulièrement riche et profond, ceci s’accordant à ravir à son souhait de jouer moins de notes, laissant toute la lumière à celles qui demeurent. Il nous a encore enthousiasmés par la limpide beauté de son jeu, sa justesse, mais aussi par sa direction de groupe très précise. Quant à Pierre Lucbert, c’est un batteur qui impressionne par sa déconcertante facilité à nourrir d’un drive riche et puissant le groove du quartet, et à savoir aussi gérer les accalmies. Alternances de climats parfaitement maitrisées, petits roulements par-ci, gros breaks ajustés au millimètre par-là, bref, ce n’est pas pour rien qu’à 19 ans, il est le plus jeune endorsé de la marque Yamaha, et qu’il a récemment obtenu son DEM Musiques Actuelles avec d’excellentes notes.

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Tom Ibarra

Pierre Lucbert

Pierre Lucbert

Comme si ces quatre garçons n’avaient pas suffisamment mis le feu au Caillou, deux rappels torrides ont suivi, avec « Exotic City » et le « Happy » de Pharrell Williams, qui ont sérieusement ravivé les braises de ce jazz-funk agile et efficace en diable. Et, croyez-le ou non, à peine la scène quittée et une ovation d’un public ébahi, que voici déjà de retour Tom, aux claviers, et Pierre à la batterie pour une sympathique jam improvisée, histoire de remettre le couvert du groove, alors que Christophe et Jean-Marie les rejoignent bien vite. Une sorte d’after-show de folie, dont le grand Prince était friand, on pense très fort à lui. Ne soyez pas tristes si vous avez loupé leurs concerts, le Tom Ibarra Quartet sera le 04 juin à Molières (Dordogne), le 06 juillet au Club House Rugby à Bordeaux (Ancien Comptoir du Jazz), le 23 juillet au Festival de Jazz de Saint-Émilion et le lendemain au Festival de Jazz d’Andernos.  Et le 02 septembre, ils seront de retour au Caillou du Jardin Botanique dans le cadre des Estivales 2016 !

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Tom Ibarra Quartet

Tom Ibarra

Le Caillou du Jardin Botanique

Cyrille Aimée, Rocher de Palmer 06/04/2016

Par Annie Robert, photos Thierry Dubuc
Tiens, v’là le printemps.

Cyrille Aimée

Cyrille Aimée

Nom d’une pâquerette, il y avait sur la scène du Rocher de Palmer hier soir, une bien jolie fleur qui nous a coloré les pensées en bleu doré façon grand teint.… !
La chanteuse Cyrille Aimée et ses quatre feux follets de musiciens ont aromatisé nos oreilles de vitalité parfumée swing-tonic, de gaîté, de charme avec un soupçon de mélancolie sans guimauve; entre guitares manouches et rengaines jazzy, entre reprises et compos originales, entre solos d’enfer et scats irrésistibles: du cœur, du rythme, de la délicatesse et du partage à fond. Comme beaucoup, je ne la connaissais pas, c’était bien dommage. J’en reviens aérée, rafraîchie comme une prairie de printemps.
Le concert débute en douceur, sur la pointe des notes, par une chanson peu connue de Moustaki, « T’es beau tu sais ». Tessiture légère, timbre soyeux, beau phrasé, la voix est simple, ronde sans être mièvre, suave sans être poseuse, technique sans être acide. Et tout de suite on comprend ce que va être le concert : une voix, des artistes au service des chansons et pas le contraire. Ça nous change un peu des vénéneuses orchidées et des roses plastifiées !
Cyrille Aimée a l’amour du langage musical, des mots chantés, elle ne se pousse pas de la glotte, elle ne cherche pas la performance musicale, les décibels ou le clonage vocal, elle chante sans se regarder chanter presque avec timidité, sans se mettre en scène. Elle fait confiance à ses chansons, à ses musiciens, à son public avec un feeling incroyable et une superbe musicalité dans chacune de ses expressions. Un duo tout simple et si virtuose avec son contrebassiste par exemple et c’est du lilas épanoui, du bouton d’or sincère, de l’herbe folle, de la dignité de pervenche, du scat de libellule d’eau, bref du grand art.

Si elle habite désormais à Brooklyn et a écumé tous les lieux du jazz new-yorkais, si elle est lauréate du prix Sarah Vaughan, elle n’en oublie pas pour autant les influences manouches qui composent l’ossature de son expérience. Enfant de Samois sur Seine (où elle a grandi) et de Django, la première école de la petite Cyrille a donc été avant tout et surtout celle de l’écoute et du partage au coin du feu, au pied des roulottes, des longues soirées passées à chanter, pour rien, pour soi, pour les autres, pour le jour qui se lève. Elle en garde toutes les folies (le scat phénoménal sur Laverne Walk par exemple) les fulgurances et la générosité. Autour d’elle, deux guitares infatigables et taquines, Adrien Moignard (impérial et inspiré !) / Michael Valeanu ( superbe) qui a réalisé une grande partie des arrangements et une section rythmique australienne d’une totale complicité, unie comme la tartine et la confiture de mûres, Shawn Conley, à la contrebasse, mélodieux et dansant et Dani Danor à la batterie d’une délicatesse soutenue. Quatre beaux musiciens pour étayer une églantine bondissante qui le leur rend bien.

Le groupe

Le groupe

L’album qui inspire le spectacle, intitulé « Let’s Get Lost » voyage entre la République dominicaine natale de sa mère (Estrellitas Y Duende), le premier amour manouche (Samois à Moi, qu’elle compose et que ne renierait pas Charles Trenet et sa douce France ) les incontournables de l’art vocal enluminés par les guitares (There’s a Lull in my Life) (Let’s Get Lost ) (That Old Feeling) et des compos persos et plus récentes (Live Alone and Like it) (Nine More Minutes). Cela parle d’amour entre rire et larmes.
À chaque fois, c’est la sincérité qui est recherchée, le plaisir du partage entre cinq musiciens mariés avec des paroles de chansons qui ne les quittent plus. Cela pourrait paraître éclectique, dispersé quant au style mais pas du tout, l’atmosphère swinguante enivre et recouvre tout. Il en reste une couleur dorée, une essence de joie comme un bouquet parfumé.
Cyrille Aimée a fait souffler un vent de fraîcheur ardente, à l’image de cette « Nuit blanche », sensuelle et un peu perdue mais aussi des rires et claquements de doigts, des cordes de guitares et des envolées de bossa nova.
Après deux rappels et une reprise enfiévrée de « Caravan » où les cinq complices ont fait assaut de défis musicaux délirants, on les laisse partir à regret et si dehors l’air paraît un peu froid, le ciel un peu chargé, les lumières de la ville semblent clignoter ensemble dans un rythme brumeux. Sur les pelouses du Parc Palmer, les pâquerettes se sont refermées toute en rose pour la nuit avec un petit clin d’œil apaisé.
Belle soirée.

Après deux beaux rappel !

Après deux beaux rappel !

Cyrille Aimée

Le Rocher de Palmer

Lisa Simone : Un héritage sans ombres


Par Annie Robert, photos Thierry Dubuc

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« Les filles ou fils de »  fleurissent un peu partout. Enfants de restaurateurs ou de cinéastes, rejetons de couturiers, de comédiens ou de chanteurs, ils occupent l’espace médiatique et culturel parfois pour le pire, parfois pour le meilleur.
Il y a ceux qui profitent de la notoriété de leurs géniteurs pour usurper leur talent, ceux qui parfois les dépassent en se faisant plus qu’un prénom (assez rares) et ceux qui se remettent difficilement de l’ombre tutélaire qui les a mis au monde.
Lisa Simone a failli appartenir à cette dernière catégorie. Pas simple d’être la fille de Nina, figure combattante et diva absoluta. Elle a emprunté bien des chemins de traverse et traqué bien des démons avant d’être rattrapée par le virus de la musique et de se lancer enfin.
À 52 ans, libre sans doute, elle sort son premier album , elle ose et elle fait bien. « All is Well » qui est le support du concert de ce soir, est un  album très personnel et bénéficiant des arrangements acoustiques particulièrement soignés du guitariste Sénégalais Hervé Samb. Le lien est ainsi fait entre ses musiques de prédilection (le jazz, la soul et la chanson populaire US) et ses compositions personnelles. Sa mère est présente partout, par instants légère, à d’autres plus prégnante, une ombre qui la porte à présent plus sûrement qu’elle ne l’écrase.
Sur scène Lisa Simone est une brindille brune, sportive et fort belle, avec le contact facile et un français délicieux avec lequel elle joue un peu.
Après le titre- phare de l’album et un hommage appuyé et peut être un tantinet larmoyant à sa mère intitulé «The child in me » elle s’installe véritablement son set avec le nerveux, tonique et puissant « Révolution » entourée de belle façon par  le guitariste Hervé Samb, aux solos rock d’enfer, le magistral bassiste américain Reggie Washington et Sonny Troupé, rythmicien guadeloupéen nourri de gwo ka, opérant  ainsi  de belles noces entre héritage africain et modernité universelle.
Et ce n’est pas à Nina Simone que l’on pense à ce moment là, mais plutôt à Aretha Franklin et à sa soul/funk du tonnerre de Zeus !
Il faut dire que la voix de Lisa est magnifique, ample, déliée, puissante. Une voix qui en jette, faite pour la soul, élevée aux accents du blues. Ca déménage, ça envoûte, ça ébouriffe…
Elle reprend  sans les singer deux belles chansons de sa mère ( dont le merveilleux Ain’t Got No, I’ve Got Life,) et même si résonnent encore dans nos oreilles, les belles versions de Nina , la voix si différente, si claire, si chaude de Lisa en propose une refonte plus qu’aimable et diablement enfiévrée.
Des belles ballades ( Autum leaves,  New world coming) ponctuent le set  et c’est sûrement dans ces moments là que je l’ai préféré, juste la voix, sans afféteries, sans maniérisme ( elle y a cédé parfois hélas)  avec une guitare légère et inspirée pour tout accompagnement.
Lisa Simone est une artiste sincère, généreuse et que l’on découvre épanouie, une artiste qui s’est jetée à corps perdu dans cette musique en héritage et qui s’y est trouvée.
Il lui suffira peut-être d’effacer quelques scories démagogiques ( faire chanter le public c’est bien, mais cinq fois c’est trop !), quelques travers narcissiques ( Lisa c’est moi !), quelques petites facilités vocales  pour s’installer dans le panthéon des grandes voix, de celles avec lesquelles on prend plaisir à passer du temps.
C’est de toute façon, plus qu’ « une fille de », une vraie chanteuse, une vraie présence, et comme dit une de ces compositions  «  my world » un monde qui vient de s’ouvrir.  On ne demande qu’à y rentrer.
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