« NOUR » Electro soul jazz et dessin live !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès (33), vendredi 3 novembre 2017.

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Attention les oreilles, attention les yeux !

Le bonheur du spectacle vivant c’est justement qu’il est vivant et ainsi capable de surprendre. La surprise est d’autant plus grande quand elle vient de quelqu’un que vous croyez connaître artistiquement pas cœur. Cette personne c’est Valérie Chane-Tef qu’Action Jazz a toujours suivie avec Akoda et ses différentes formes, Ceïba, Nougaro en 4 Couleurs, en duo avec Diana Baroni…

Quand lors d’un de ses spectacles elle a rencontré la chanteuse Laurène Jean-Pierre-Magnani le courant est passé de suite, un courant électro même.

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Valérie a toujours un projet en tête elle est dans le coup d’après, Laurène elle a toujours le cerveau en fusion, l’esprit vif et plein d’humour ce qui ne gâte rien. Et ainsi dans le plus grand secret et suite à la proposition du directeur du Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès, qui leur a donné carte blanche pour une résidence et un concert, elles ont inventé un spectacle. Car il s’agit bien d’une invention.  Le nom du projet ? « NOUR », la lumière en Arabe. Le thème ? Ce qui se passe dans notre cerveau ! A y réfléchir et vu comment fonctionne le mien ça peut vite devenir n’importe quoi, mais ça ouvre aussi des perspectives infinies à la créativité et à la poésie.

Valérie est pianiste, Laurène chante, les deux composent . Avec le fonctionnement électrique du cerveau l’électro avait naturellement sa place et c’est ainsi que Thibault Despagne s’est retrouvé aux machines. Il fallait aussi de la vie, du rythme et ainsi l’excellent batteur Hugo Raducanu (Atrisma) a intégré l’équipe. Le cerveau fonctionne avec des contrastes, il fallait donc en créer ; va pour un trio de cordes : Élisa Dignac au violoncelle, Élodie Robine à l’alto et Thérèse Labrousse au violon.

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Pour traduire tout ce qui se passe dans nos têtes la musique n’était pas suffisante et ainsi le dessinateur Joachim Sontag a apporté sa palette graphique et numérique.

Voilà donc un projet osé et complexe élaboré lors d’une résidence de cinq jours, techniquement difficile à mettre en place, musicalement pas facile non plus. Cette sortie de résidence a ainsi montré bien plus qu’un teasing, un vrai concert de presque une heure qui ne demande qu’à se développer.

La surprise en arrivant c’est la scène, séparée du public par un voile en tulle noir translucide et qui va on va le voir servir d’écran à la projection graphique. Les premières notes, ou plutôt les sons, pénètrent notre corps par des fréquences sub-basses provenant des machines ; personnellement j’adore cette sensation. Sur l’écran en même temps que la batterie s’anime et que des voix lointaines se font entendre, se trace ce que je pense être un arbuste ou une fleur et qui n’est autre qu’un neurone avec ses synapses et ses dendrites.

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Les rendus sonores et visuels sont immédiatement spectaculaires. Puis le piano se fait plus présent avec un son naturel contrastant avec les effets ondulants des machines et la batterie percutante ; Laurène nous révèle sa voix, merveilleuse. Elle va nous éblouir davantage dans la reprise de Bjork « Hidden Place » sur un tapis d’hyper basses, un piano en gouttelettes et la trouvaille du trio de cordes .

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Des chœurs célestes bouleversants, un onirisme planant, une version de toute beauté. Avec ces paysages qui se dessinent sous nos yeux on est emporté très loin, on perd ses repères. Mais avec facétie Laurène se charge de nous ramener à la réalité en duo avec Valérie répétant qu’elle ne tourne pas en rond, une roue de bicyclette un peu cabossée se traçant à l’écran. On est là pour parler de ce qui trotte dans la tête, des émotions les plus gaies à d’autres plus noires.

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Arrivent les ombres chinoises des musiciens sur du jazz hip hop, un long et beau solo à l’alto aux effets électros, puis un titre très profond et dense joué derrière une foule s’étoffant de personnages inquiétants comme notre cerveau en invente souvent. C’est beau, tout « simplement ».

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Plus aucune référence pour s’accrocher, les oreilles sont bousculées, les pupilles impressionnées, les cerveaux vrillés. Quel culot mesdames de nous secouer comme ça, quel dépoussiérage, quelle belle idée !

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Bravo aussi à Thibault Laisney au son et Fred Warmulla à la lumière, inventive et violente parfois, qui ont une part prépondérant dans cette réussite.

On en veut davantage pour que ce projet si lumineux devienne éblouissant !