Chroniques Marciennes * (#7)

par Annie Robert


7-   Tcha cha poum  et swing swing swing                      Jazz In Marciac
4/08/2015

Ce soir à la Strada soirée de genre dans le passé du bon vieux jazz. Ça fleurait bon le rétro et presque le gramophone.
J’exagère un peu mais pas trop.
Je dois dire que je m’attendais au pire (ce n’est pas vraiment le jazz que j’écoute et qui m’enthousiasme, généralement je m’ennuie ferme dès le troisième morceau)  mais après un début un peu convenu, le groupe néerlandais Four Wheel Drive s’est bien lâché et avec lui, on a eu rapidement le sentiment de parcourir les rues de St Louis, de marcher derrière les Bands en folie ou les enterrements en musique. C’est sûr, on y  était. Voici la Nouvelle Orleans telle qu’on la rêve. Voici les places fraîches et les discussions endiablées de fin de nuit, les bruits dansants qui sortent des cabarets. Un banjo déchaîné, un trombone à coulisse coulissant de joie, un soubassophone enroulé autour de son propriétaire comme un gros boa glouton et poum et poum  et un petit saxophone alto déluré forment ce quartet joyeux. Ajoutez-y des voix qui scattent  et quatre artistes qui visiblement s’amusent comme des petits fous et vous aurez une salle qui frappe dans les mains, tape du pied et dodeline de la tête.
Il y a pas à faire les fines bouches, le moment est revigorant et délicieux et surtout évocateur.

Tout de suite après, un petit bond supplémentaire dans le temps.
Le cinéma muet vit ses dernières heures, les mafias mettent en coupe réglée les états, la prohibition va sévir ou a sévi, les costumes rayés  sont à la mode et le Milano Hot Jazz Pilot s’installe. Voici le jazz de Chicago, avec des incursions vers le Ragtime et le blues. On imagine les arrières salles enfumées où les orchestres jouent fort pour cacher les trafics, une société un peu interlope et les jeunes qui dansent, dansent  au son de cette musique nouvelle qui change tellement de la valse…. Fats Waller remue sa grosse bedaine derrière son piano et Irvin Berling  est à la baguette.
Le Milano Hot Jazz Pilot se compose de six musiciens  italiens polyvalents : le pianiste passe à la trompette, les deux sax se testent avec brio à la clarinette ou à la flûte, le soubassophone  s’essaye aux impros et le guitariste donne à tout ce groupe un petit air moderne. L’ensemble est harmoniquement bien travaillé dans des balades faites pour émouvoir le coeur des belles ou dans des morceaux  plus symphoniques et joyeux. On passe un chouette bon moment.
Pendant ce temps, sous le Chapiteau de Marciac, on n’aurait pas pu glisser une feuille de cigarette entre les spectateurs. Du monde, du monde et encore du monde pour cette soirée latino, tournée vers l’hommage, celui de Roberto Fonseca à son maître Cubain Ibrahim Ferrer et celui de Chucho Valdés à Irakere.

Des fourmis dans les jambes pour toutes et tous et de l’émotion aussi à travers les voix et les évocations de ces grands musiciens. N’ayant pas le don d’ubiquité, je n’ai pas pu y assister sniff, sniff… mais j’ai eu droit au Tcha cha poum  et swing  swing  swing  et c’était pas mal.