Jazz vocal : Thierry Valette reçoit Sophie Bourgeois.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 9 juin 2017

La diffusion en live de la musique et surtout du jazz est multiple : les salles de spectacle, les festivals, les bars, les restaurants, la rue même mais aussi les concerts privés ou semi-privés. Ces derniers sont toujours à l’initiative de passionnés qui prennent ainsi le risque d’oser. Invitations lancées dans le réseau d’amis et de connaissances, d’amis d’amis, bouche à oreille et voilà les choses qui s’organisent. Ce soir-là du côté de Castillon la Bataille c’est Thierry Valette qui recevait dans la vieille bâtisse modernisée en loft de son domaine viticole.

Thierry est un passionné, chanteur de jazz à ses heures, il s’est déjà produit notamment au Saint Emilion Jazz Festival et a dans le passé organisé des jams vocales à Bordeaux. Voir le lien en bas de l’article.

_DSC5129-2_GF

Ce soir il reçoit une autre passionnée elle aussi chanteuse de jazz amatrice – un mot en rien péjoratif car venant du verbe aimer, c’est important à rappeler – Sophie Bourgeois (voir Gazette Bleue # 19 et Blog Bleu).

_DSC4406-2_GF

La libournaise, elle y tient, installée à Bordeaux dans un tout autre domaine était entourée du sacré trio avec lequel elle a enregistré l’an dernier son premier album « This is New » : au piano William Leconte qui parmi d’autres projets est titulaire du clavier depuis plus de quinze ans dans une des formations de Jean-Luc Ponty.

_DSC4685-2_GF

Avec lui son frère Samuel Lecomte à la batterie, avec qui il joue dans son propre trio et la contrebassiste bordelaise Nolwenn Leizour, très demandée, et que Sophie tenait à avoir à ses côtés pour son disque. Des musiciens d’exception.

_DSC4636-2_GF

L’intérêt des concerts privés c’est la proximité et le contact avec les artistes. Quand on en a peu l’habitude ce dernier est toujours intimidant, peur de déranger, de passer pour un casse-pied. Mais avec de vrais artistes on se rend très vite compte que pour eux ce contact est important, ils apprécient non qu’on les flatte, mais qu’on leur parle de leur travail, du plaisir ou de l’émotion qu’il a donné. Ils en sont toujours reconnaissants car eux aussi remplis de doutes. La proximité c’est autre chose c’est voir se fabriquer la musique devant ses yeux, sentir les échanges entre musiciens, ressentir les vibrations et les sons naturels des instruments. Et il est vrai qu’on y prend goût et qu’il est ensuite plus dur d’assister à des concerts dans des grandes salles ou sous de grands chapiteaux, suivez mon regard…

_DSC4101-2_GF

Un autre intérêt des concerts privés c’est aussi une certaine convivialité avec le principe de l’auberge espagnole et ici ce soir une dégustation, voire plus, de produits de la vigne du domaine !

Concert en deux parties avec d’abord la restitution de l’album « This is New » (voir Gazette Bleue # 19) et ses standards revisités habilement par William Lecomte. Sophie les maîtrise parfaitement le trio lui ouvrant la route idéalement. William est un remarquable pianiste original dans ses chorus et ses interventions DANS le piano, Samuel fait de la dentelle à la batterie et ayant piaffé toute la soirée nous fera un solo sensationnel vers la fin, quant à Nolwenn sur des grilles qu’elle avoue complexes elle est impeccable avec son élégance habituelle.

_DSC4477-2_GF

Quel plaisir cela doit être de chanter dans ces conditions ! Et en plus voilà le trio qui s’étoffe avec un autre sacré musicien au saxophone ténor, Carl Schlosser au CV long comme le bras. Mon titre favori reste « All Of You » quant à « Obvilion » d’Astor Piazzola c’est un vrai moment d’émotion. Le lendemain soir c’est au Caillou du Jardin Botanique que le public a pu profiter de cette formation.

_DSC4454-2_GF

En deuxième partie c’est Thierry Valette lui-même qui s’est « offert » le trio pour des standards de jazz, des titres de Michel Legrand et de bossa nova sublimés par ces musiciens. Carl a régalé avec la flûte cette fois et Sophie a ensuite rejoint la troupe pour un final en sextet. Des moments précieux.

_DSC5107-2_GF

Cette pratique du jazz à la maison n’est finalement pas si rare et inaccessible quand on fréquente un peu le milieu comme nous le faisons, il suffit juste de franchir le pas et d’oser en faire partie.

Un grand merci à Thierry Valette de cette initiative, à Sophie Bourgeois et aux remarquables musiciens présents ce soir-là.

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n19-novembre-2016/

http://blog.actionjazz.fr/sophie-bourgeois-dans-un-ecrin-de-jazz/

http://www.thierryvalettejazz.com/

http://lozt.free.fr/William/

 

 

 

Sophie Bourgeois dans un écrin de jazz

tdbh0870-modifier

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Mercredi 14 décembre 2016, Bordeaux pianos Nebout & Hamm.

Bientôt Noël, l’époque des cadeaux mais, dix jours avant, la distribution a commencé avec le concert de la chanteuse Sophie Bourgeois et de son trio. Un cadeau, la première chose que l’on en voit c’est son emballage, parfois son écrin comme ce soir. Celui-ci est très original, une salle de concert insolite, pourtant dans un endroit dédié à la musique, un magasin de pianos. Des instruments partout, des noirs des blancs, des colorés, des pianos à queue, droit, de concert ou d’étude, un paradis pour pianiste. Cela tombe bien car un grand spécialiste va en jouer ce soir.

Nous sommes dans la maison Nebout & Hamm pour la présentation de l’album de Sophie Bourgeois « This is new » et de façon très avant-gardiste, plutôt que de déplacer un piano on a préféré déplacer le pianiste, plus maniable en général. Sophie, la dernière Gazette Bleue de novembre vous l’a présentée et le quotidien Sud-Ouest en a même fait un portrait lundi dernier, insistant, un peu trop peut-être, sur son métier de chirurgien-dentiste. Ce soir nous avons affaire à la chanteuse de jazz et cela va nous suffire amplement !

l1000377-modifier

Le trio qui figure sur l’album a été reconstitué et se produit en public pour la première fois. William Lecomte pianiste et arrangeur de l’album est aux commandes d’un extraordinaire ¾ de queue, un Steingraeber & Söhne fabriqué à la main à Bayreuth, une Rolls me dira t-il, à la fois puissant et sensible, au toucher délicat. Son frère Samuel Lecomte est à la batterie, une simple mais excellente Yamaha « Manu Katché » mise à sa disposition par Didier Ottaviani. Ces deux musiciens Sophie n’est pas allée les chercher par hasard, ils ont des CV de grande classe, William étant notamment connue pour sa collaboration de longue date avec Jean-Luc Ponty, parmi tant d’autres. La chanteuse bordelaise tenait tout de même à ce que sa ville soit aussi représentée et son choix s’est porté sur Nolwenn Leizour, la contrebassiste avec qui tout le monde veut jouer et pour cause, elle est merveilleuse. Parfaite parité pour une fois sur une scène de jazz !

tdbh0862-modifier

Disons le l’album est excellent comme le souligne Philippe Méziat lors de la présentation de la soirée, présent ici à double titre comme critique de jazz avisé, voire plus, mais aussi comme patient de la dame dont les séances sur le fauteuil lui ont tout appris du projet mûri depuis deux ans. Je le confirme, ayant la chance de l’écouter depuis deux mois pour les besoins de la Gazette Bleue.

Un album de standards, encore me dire-vous ! Et bien oui et des comme ça on en redemande, un choix de titres judicieux et parfois déroutant et surtout des arrangements d’une autre planète de William Lecomte. Sophie et Nolwenn le confirment, cela fut un sacré défi que de chanter et jouer ces pièces ainsi lors de l’enregistrement du disque.

tdbh0876-modifier

Cela, en plus d’une assistance constituée de beaucoup d’amis à ne pas décevoir mais pas que, le public étant admis sur simple réservation et disons le gratuitement, rajoute à la tension palpable de l’événement et au trac de la chanteuse.

Le choix du premier morceau est à ce titre judicieux pour la détendre, « All of You » de Cole Porter et son gimmick enjôleur de boogie-woogie à la contrebasse, les scats arrivent très vite, c’est parti pour plus d’une heure de bonheur partagé. La jolie voix de Sophie est très vite en place, son sourire aussi, elle est en confiance, le trio lui ouvrant la route avec brio.

Elle enchaîne avec un autre titre de Porter, « One of those things » et ses deux difficiles « th », un supplice pour nous les Français. Le piano donne toute sa musicalité dans la boucle du thème, le swing surgissant de temps en temps. « I’m throught with love » commence en duo voix contrebasse devant cette curieuse façade de maison qui délimite l’intérieur de l’étage du magasin, éclairage rose, douceur de la pierre alliée à celle de la musique, parfait. La batterie est discrète mais présente, au service de la musique nous dira Samuel Lecomte qui pourtant « aime jouer en liberté », les notes graves du piano se fondent avec la contrebasse, une atmosphère intime, la voix de Sophie apportant son émotion. Les deux titres chantés en Français ensuite vont ajouter à l’émotion, le « Ces petits riens «  de Serge Gainsbourg joué sur un rythme de tango introduisant ainsi naturellement « Oblivion » d’Astor Piazzolla mis en paroles par David McNeil. Voix expressive, émouvante, assistance captée, captivée, en apnée.

tdbh0864-modifier

« This is new » nous ramène sur terre, le swing en est magique, quel brio, quel trio ! On sent la chanteuse totalement libérée, il le faut car arrive une curiosité, sans doute très difficile à chanter tant l’arrangement en est complexe, rendant longtemps méconnaissable le thème : « Mack the Knife » que tout le monde connaît mais que beaucoup mettent du temps à identifier. Une pure merveille de William Lecomte « mon arrangeur-dérangeur » aime à dire Sophie Bourgeois. Rythmique primitive des toms de batterie et de la contrebasse, « coups de harpe » sur les cordes du piano – qui seront vite essuyées dès la fin du concert pour en éviter l’oxydation – un univers dont la tension monte progressivement à mesure que se chante le drame, une vraie création. Une référence à Ahmad Jamal me dira William Lecomte, et oui bien sûr !

« I’ve got the world on a string » et le très beau chorus de Nolwenn, puis « One Hand, One heart » couronnent le concert.

En rappel le grand standard « On Green Dolphin Street » seul titre ne figurant pas sur le CD et un succès total pour cette première sortie en public. On en redemande !

Joie ensuite de partager un moment avec les musiciens et les amis autour d’un verre de bordeaux – attention aux pianos – pour étirer une soirée délicieuse. Ces petits riens c’est bien mieux que tout…

Pour les absents une séance de rattrapage avec Sophie Bourgeois et William Lecomte entourés de Dominique Bonadéi (cb), Thierry Lujan (g) et Guillermo Roata (dr) se déroule ce vendredi 16 décembre au Bistrot Bohême à Bordeaux.

La Gazette Bleue n°19 vient de sortir ! Spécial Samy Thiébault & bien plus !

Bonjour !

Voici la Gazette N°19 • Novembre 2016

signature-web

Trois ans déjà ! On fête ça avec un entretien accordé par Samy Thiébault dont le magnifique « Rebirth » vient de sortir. On a aussi rencontré Sophie Bourgeois, Ceiba, Cyril Amourette, Frédéric Thaly (Martinique Jazz Festival). Visite au Café de l’Orient (Libourne) et flashback sur des festivals : Capbreton, Anglet, Marciac. Et toujours les chroniques de disques, de livres et vos rubriques habituelles.

Bonnes lectures !

gazette-19-couv

Sophie Bourgeois et Affinity au Caillou

par Philippe Desmond.

Vendredi 14 octobre 2016

20161014_205311

Allô Philippe, avec ma femme on aimerait bien aller au restaurant et découvrir du jazz, tu as quelque chose à nous proposer ? Bien sûr, rejoignez moi au Caillou car je ne veux pas manquer le concert d’aujourd’hui.

L’été, indien ou pas, est vraiment fini et en cet automne le Caillou s’est replié dans ses quartiers d’hiver ; pourtant ce soir c’est le printemps pour Sophie Bourgeois. L’éclosion d’un album « This is New » en est le principal signal (chronique du CD et portrait dans la prochaine Gazette Bleue de novembre). Elle n’a d’ailleurs jamais chanté ici car il faut constater que ses prestations sont trop rares. En attendant de restituer l’album avec le trio de l’enregistrement, Sophie se produit ce soir avec Affinity, ses amis de toujours, Francis Fontès au piano, Dominique Bonadei à la basse électrique et Philippe Valentine à la batterie. Ils ont « l’habitude » depuis longtemps de jouer ensemble même s’il faut être attentif pour ne pas les rater.

Dans sa petite robe noire très rive gauche Sophie va de suite entrer dans le vif du sujet avec « I’ve Got the World on a String », rien à voir avec une quelconque conquête du monde grâce avec la petite pièce de lingerie féminine, ce que ses compères taquins voudraient laisser entendre, nous précise t-elle avec humour. Sa voix est haute, de suite bien en place et on sent déjà son plaisir de chanter. « All of You » et « Just One of Those Things » de Cole Porter ensuite pour cette grande amatrice de comédies musicales américaines. On sent Sophie libérée, heureuse de chanter et en plus le trio lui ouvre la route merveilleusement.

Le piano droit du Caillou – un Yamaha numérique « pas mal pour un piano électrique » selon son pilote du soir très exigeant en la matière et ne jurant que par les vrais – est tout neuf et Francis Fontès lui impose un rodage plus qu’accéléré ; toujours remarquable le Doc, quand on pense qu’il prend encore des cours… Dominique Bonadei et sa belle basse 5 cordes, ça tombe bien une par doigt, maintient le cap avec brio, faisant oublier aux puristes qu’il ne joue pas de la contrebasse. Quant à Philippe Valentine il habille le tout de ses baguettes ou de ses balais, en nuances ou en puissance mais sans jamais marcher sur les pieds de Sophie. Une affaire qui tourne bien rond.

Voilà « The Man I Love » la merveille de Gershwin un autre des auteurs de prédilection de la chanteuse, la plainte de Lady Day « Fine and Mellow », la ballade blues « Angel Eyes » immortalisée par Ella, et Sophie radieuse et souriante qui commence à scatter. Les swinguants « Lullaby of Birdland » et « I Don’t Mean a Thing » pour atteindre la pause et déjà un beau succès.

Mes amis sont ravis et moi rassuré, toujours délicat de conseiller des néophytes.

Changement d’atmosphère avec l’indémodable « One Note Samba » de Jobim et une bien jolie « Javanaise » très raccord avec sa robe à la  Gréco, suivie du « Jardin d’Hiver » de Monsieur Henri. Et oui Sophie chante même le jazz en Français ce qui n’est finalement pas si courant. Car il est bien question de jazz, la chanteuse apportant ses touches de scats et s’effaçant souvent derrière son trio de luxe qui nous propose des envolées superbes. « I Got Rythm » pour – presque – finir et en rappel Sophie nous ramène prestement à la maison en « Caravan » le véhicule de prédilection des amateurs de jazz depuis que Duke l’a sortie du garage en 1936.

Belle soirée encore chez nos amis du Caillou et grâce à Sophie Bourgeois qui prend un nouveau départ avec un plaisir manifeste. Sur plusieurs titres elle s’est mise vraiment en danger, commençant notamment un titre pas des vocalises a capella, ou se lançant avec succès dans des improvisations. On espère avoir très vite d’autres occasions d’entendre cette belle chanteuse.

Quant à mes amis ils le resteront et ils reviendront ! Merci Sophie et Affinity.