Concert de Soutien à FIP Bordeaux

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher, mardi 3 octobre 2017.

Vous le savez certainement les trois locales de FIP, celles de Nantes, Strasbourg et Bordeaux/Arcachon sont menacées car remises en question par le PDG de Radio France Mathieu Gallet. Le dossier est très avancé et la fin annoncée très proche paraît-il. Économies. Pourtant une goutte d’eau dans la galaxie Radio France, car une locale c’est 7 ou 8 personnes et la moitié en équivalent temps plein. Par contre pas de reclassement prévu pour ces personnes… Idem à Nantes et Strasbourg les deux autres locales rescapées des précédentes purges.

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Certes FIP continuerait à diffuser sa bande son mais comme le déclare la pétillante animatrice Stéphanie

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puis Patrick Duval dans son mot d’accueil « chez lui » au Rocher de Palmer, devant une 650 pleine, finies les annonces locales si importantes pour la vie culturelle : les concerts, les expositions, le cirque, le théâtre, le court métrage, les pestacles pour enfants, les rencontres littéraires, les conférences, les « petits » festivals, tous ces événements qui ainsi ne passent pas inaperçus.

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Souvent ces spectacles ou événements annoncés n’ont pas accès au grands médias ils trouvaient là un relais important.

Ces radios FIP créées il y a plus de 40 ans ont déjà subi trois attaques, la première en 1986 comme le rappelle Patrick Balbastre, ancien de Radio France.

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A cette époque à Bordeaux nous avions FIB, il y avait FIL à Lyon, FIM à Marseille et aussi d’autres, FIP étant uniquement à Paris ; le FI voulant dire France Inter, la troisième lettre correspondant à la ville. Devant le mécontentement des auditeurs les radios avaient subsisté mais sous le seul nom de FIP et avaient tout de même gardé leurs antennes et ainsi leurs annonces locales. La dernière attaque date de 2000, époque où FIP Lille a été supprimée comme le précise Jean-Gabriel Guichard du comité de soutien.

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Et voilà que ça recommence au moment où cette radio vient d’être déclarée la meilleure du monde par Jack Dorsey le PDG de Twitter. Les présidents de la Région, du Département, de la Métropole, de gauche et de droite, solidaires de FIP,  ont écrit à ce sujet au PDG de radio France sans résultat pour le moment.

FIP est un joyau, combien de découvertes avons nous faites en l’écoutant.  Ma discothèque est pleine de disques puis de CD entendus sur FIP pour la première fois. Je me souviens au début où il fallait téléphoner pour connaître le titre, notant l’heure dans la voiture et appelant le soir ou le lendemain ! Puis le portable permettant d’appeler immédiatement, puis les playlists sur le net jusqu’aux autoradios indiquant maintenant le titre en direct. Combien d’entre nous on téléphoné au 05 56 24 13 13 pour essayer de gagner une place pour un concert à Eysines, au Fémina ou ailleurs ou encore pour gratter un album à l’œil. Je me souviens avoir gagné plusieurs fois. La musique certes mais aussi les annonces.

Ces annonces ce sont les jolies voix des Fipettes qui nous les prodiguent et ce soir elles sont là révélant ainsi – enfin – au public leurs personnes, leurs visages, comme Zorro qui enlève son masque. C’est que la situation est grave.

Les amateurs de la radio se sont déplacés et après l’inquiétude de voir arriver le public au compte goutte c’est la satisfaction de constater la 650 pleine. FIP c’est avant tout la musique et peu de paroles alors va pour peu de discours et beaucoup de musique(s) ce soir.

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FIP c’est tout, le jazz, le classique, la chanson, la pop, les musiques du monde… tout on vous dit mais de qualité, alors ce soir l’échantillon proposé est éclectique et de grande valeur.

Du jazz avec Edmond Bilal Band le quartet de bordelais bien connu d’Action Jazz car vainqueur du Tremplin 2013. Prestation courte de 20 minutes comme les autres mais dense et sans round d’observation. Les excellents Paul Robert au sax, Mathias Monseigne à la basse, Simon Chivallon aux claviers et un époustouflant Curtis Efoua à la batterie. Une musique inventive, dynamique et moderne, une découverte pour beaucoup une confirmation pour nous. Ecoutez leur dernier opus sorti en mai dernier « Starouarz » vous verrez.

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Changement radical avec Las Hermanas Caronni, deux sœurs jumelles argentines venant de Rosario, mais vivant à Bordeaux depuis plusieurs années et fidèles auditrices de FIP comme elle nous le révèlent. Laura au violoncelle et Gianna aux clarinettes, les deux chantant. Un moment de grâce d’une beauté dépouillée magnifique et si musicale mais bien trop court – j’ai déjà eu la chance de les voir lors d’un vrai concert, merveilleux, ne vous en privez pas à l’occasion – Pleines de fraîcheur et d’humour en plus, comme Gianna qui nous déclare pendant que Laura s’accorde que celle-ci a accouché sous FIP. Style indéfinissable mais à quoi bon, du jazz, du tango, de la chanson, une touche de classique, FIP à elles deux. Une 650 bouche bée sous le charme ; moi quand je les vois et les entends, c’est simple, je tombe amoureux des deux à la fois.

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FIP sans musique du monde n’est pas FIP nous voilà partis dans les Balkans avec la Cie Mohein et ses 8 musiciens « seulement », la chanteuse n’étant pas là.

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Autour du cymbalum – un piano sans clavier en quelque sorte – au son si caractéristique, trois violons endiablés, la clarinette de Nicolas Lascombes, une guitare, une contrebasse et des percussions.

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Ça virevolte, ça balance, le public finissant debout. Musique aux sons parfois tristes et pourtant si gaie, musique d’émotions, pour mariages et enterrements comme on le dit pour elle.

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Tout les musiciens viennent saluer rejoints par les Fipettes, les applaudissements de la salle debout sont scandés, c’est émouvant et rappelons nous, seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.

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Sauvons les locales de FIP, signez la pétition !

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Les six Fipettes (Photo Dom Imonk)

lien pétition : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

contact : fipbordeauxarcachonendanger@gmail.com

 

 

Jam Jazz Bordeaux – Rentrée 2017/2018

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

Quand arrive Septembre et ses rentrées plus ou moins gaies, il faut bien se faire une raison, c’est la reprise ! Alors pour se consoler, rien n’interdit de lorgner un peu sur les soirées de ce qui est encore un peu l’été. Et là, bizarrement, le sourire revient vite si l’on parle des concerts à venir, mais aussi et surtout, des fameuses « jam » jazz, car il s’en passe de bien bonnes dans le Bordeaux by night, on est ravi de les retrouver et la saison 2017/2018 se présente au mieux. Tout a commencé pour nous le 1° septembre au Bar l’Avant-Scène au 42 Cours de l’Yser, où le mystérieux trio « Mimoon » doit y démarrer les hostilités. Ici, on aime aussi le rock, comme en témoignent quelques affiches, AC/DC, Frank Zappa etc… Un lieu très accueillant et chaleureux, vraiment ouvert à toutes influences. « Mimoon » c’est Clément Bourciquot à la batterie, Félix Robin au vibraphone et Louis Laville dit « Vendeen » à la contrebasse, ces deux loustics formant la moitié du groupe Capucine. Le concert est filmé par Jérôme Mascotto, saxophoniste qu’on retrouvera plus tard, et féru de cinéma. Les choses jazz vont déjà bon train, les standards se bousculent et s’étirent avec  passion, alimentés de chorus et d’échanges qui instaurent une ambiance club dans laquelle on se sent bien.  Les « jam addicts » sont arrivés, et c’est du costaud ! Mathieu Calzan, qui investit le piano droit du bar et en titille avec délice l’ivoire, Louis « Cash Express © » Gachet (from « SF »), qui dompte sa brûlante trompette à la « hubbarde » et en extirpe des sons très « shaw », Jérôme Mascotto donc, et son beau saxophone tout neuf, et ce son engagé et chaleureux qui est sa marque. On n’oubliera surtout pas les « drumming » impeccables que distillent tour à tour Yoann Dupuy et Thomas Galvan, ainsi que la finesse de la contrebasse de la douce Marina Kalhart, qui nous quitte pour Copenhague (mais que l’on reverra), fidèle de ces jam et dont on avait apprécié le récent projet « Melodious Tonk » en trio avec le batteur Simon Lacouture et le guitariste Patrick Bruneau.

Mimoon Trio

Clément Bourciquot et Marina Kalhart

La semaine suivante, cette joyeuse animation n’allait certes pas se calmer, vu que dès le lundi, ce fut au tour de Thomas Despeyroux, exquis batteur et grand artificier de la jam bordelaise, d’ouvrir celle du Café des Moines au 12 rue des Menuts, pour laquelle il a invité deux jeunes pointures de la scène parisienne : Simon Chivallon aux claviers, que l’on connait bien chez nous (Edmond Bilal Band, Alexis Valet 4tet & 6tet, Gaëtan Diaz 5tet, JarDin…), et Gabriel Pierre à la contrebasse, excellent musicien et hyper actif dans foule de jams parisiennes, mais que l’on a aussi grandement apprécié à Marciac, au sein du trio d’Alexandre Monfort. On a plaisir à le retrouver le lendemain pour une nouvelle jam jazz, organisée elle aussi par Thomas Despeyroux tous les mardis en un nouveau lieu : Le Bad Motherfucker Pub (ce nom !) 16 Cours de l’Argonne. Accueil sympathique, salle assez vaste avec un beau billard tout au fond, on peut grignoter et la bière est bonne, bref. Il nous propose un trio très pointu et bien en jambes, d’autant qu’il marque le retour de Guillaume « Doc » Tomachot en excellente forme, qui nous gratifiera d’un suprême chorus enflammé sur le « Mr P.C. » du Trane, son sax est chaud bouillant ! Pour la jam arrivent un batteur mystérieux, mais aussi Alexis « Elastic » Cadeillan qui s’empare de la basse et va la faire danser, ainsi qu’à ses côtés le fort talentueux Rémi Dugué-Luron, armé d’une guitare acoustique électrifiée un peu vintage, dont il extirpera les plus beaux sons de son âme manouche.  Superbe entente improvisée qui fait de cette première une réussite, on y reviendra !

De g à d : Gabriel Pierre, Thomas Despeyroux et Guillaume « Doc » Tomachot.

Jam Badmotherfucker Pub

Le lendemain mercredi, c’est probablement la jam jazz la plus en vue de Bordeaux, la « Jazz Night Session » du Quartier Libre (lequel fête d’ailleurs ses deux ans d’existence !), 30 rue des Vignes aux Capus, tout ça grâce à Julian et son équipe, qui y ont cru dès le début mais aussi à celui dont c’est presque la fille spirituelle, Thomas Despeyroux, vrai « master of ceremony » que revoila en super forme, à la tête d’un quartet sacrément musclé. Avec lui on retrouve Guillaume « Doc » Tomachot visiblement ragaillardi par la soirée d’hier, il le prouvera tout au long du set, alors que la belle Laure Sanchez tient la contrebasse et nourrit le groove, son associé de trio Robin Magord s’y entendant à merveille pour faire jongler les bulles herbiennes. Tout fonctionne au quart de tour et cette superbe mécanique jazz poursuivrait bien sa route dans la nuit, si dame jam ne piaffait pas d’impatience à venir en découdre avec la note bleue improvisée. Ce soir c’est noir de monde et les musiciens sont légion. Alexis Valet a laissé son vibraphone à Paris, mais le clavier encore tiède de Robin Magord n’a pas de secret pour lui, alors il s’en empare avec élégance, bien décidé à ne pas s’en laisser compter et à en tirer les phrases perchées que l’on aime chez lui. La bande des aficionados est réunie pour écouter ses potes ou s’en donner à cœur joie sur scène. On cite Marina Kalhart, Louis Gachet, Mathieu Calzan, Jéricho Ballan, Louis Laville, Félix Robin et surement quelques autres… Vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient laisser passer une telle occasion, mince, c’est la rentrée ! Soirée de rêve dans un torrent jazz bien fresh, jusqu’à tard dans la nuit, ce sera dur de se lever le lendemain, mais quel pied ! Puisqu’on parle du Quartier Libre, profitons-en pour rappeler qu’il offre aussi une table inventive et gouteuse, et qu’en plus d’une riche programmation de concerts en tous genres, où ne sont pas oubliés le rock, le slam, l’electro, l’avant-garde, bruitiste ou pas, bref, tout ce qui sonne « mutant sound », d’autres jams que celle jazz s’y tiennent comme la « Jam Old Jazz » (le mardi), la « Jam Blues Funk » (tous les 1° jeudis du mois) et la «Soul Jam Party » (le samedi) , alors ne les manquez surtout pas !

 

De g à d : Thomas Despeyroux, Guillaume « Doc » Tomachot, Laure Sanchez et Robin Magord.

De g à d : Jericho Ballan, Louis Gachet, Louis Laville et Alexis Valet.

Le jeudi de la semaine suivante, nous voici rendus au Starfish Pub, 24 rue Sainte Colombe. C’est la rentrée d’une jam qui existe depuis un an et s’y tiens les 1° et 3° jeudis du mois. Menée par le groupe Capucine – on ne présente plus Thomas Gaucher, Félix Robin, Louis Laville et Thomas Galvan – les festivités sont reconduites pour la nouvelle saison et on s’en réjouit ! La journée a été rude pour certains car il y avait audition au Conservatoire tout proche, sous la houlette de l’invité du soir, Julien Dubois, leur professeur et aussi leader du groupe JarDin. Nos musiciens arrivent fourbus, mais ils n’en laisseront rien paraître tout au long d’un set consacré au grand Wayne Shorter, dont on fêtait en août les 84 ans ! Peu de thèmes mais magnifiquement développés et un Julien Dubois au jeu riche, militant et combatif, et quelque fois risqué, sa patte « mbase » ressortant par moment ses griffes pour aciduler ses remarquables phrases, dont certaines un soupçon free style. La fatigue a comme disparu et Capucine tient bien le rythme, le flow et les chorus assurent, nos quatre jeunes gaillards rendant élégamment honneur à leur professeur, même si les doigts de Vendeen sont en surchauffe. La jam va suivre et ça va jouer du feu de Zeus jusqu’à pas d’heure ! Quelle énergie, quelle passion, quelle force collective ! On a retrouvé là toute la « bande » déjà croisée précédemment, avec de nouvelles têtes comme Mathieu Tarot et David Bonnet à la trompette, Joseph Rouet-Torre à la guitare et Alexandre Aguilera, sans sa flûte car il a décidé de reprendre son sax pour les jam, et c’était très réussi pour une première ! Bordeaux, la « belle endormie » ? Pas si sûr ! Ces jams le prouvent et vous font de l’œil, ne vous en détournez pas ! Tous ces lieux et ces musiciens vous ouvrent en grand les portes de leurs nuits étoilées ! Alors n’hésitez pas, venez donc y faire un tour, ils n’attendent que ça, et vous ne serez pas déçus !

Capucine et Julien Dubois

Jam Starfish

Jérôme Mascotto et Mathieu Calzan

Jam Starfish

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

barlavantscene.fr

cafedesmoines33.com/

quartierlibrebordeaux.com/v2

starfishbordeaux.fr

 

Erik Truffaz Quartet et Edmond Bilal Martignas le 24/03/17

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Erik Truffaz

Une chose est sure, c’est qu’Erik Truffaz aime notre belle région, il s’y est souvent produit, avec le succès que l’on sait. Le Rocher de Palmer y est pour beaucoup, puisque rien que l’an dernier, il a accueilli le trompettiste, en février et en juillet, mais on en redemande. Souhait exaucé ! Ce soir, Martignas-sur Jalle fête donc le jazz, et la Salle Gérard Philippe est pleine à craquer, pour une soirée organisée par l’association « Label Evolution », en coproduction avec le Rocher de Palmer, dans cette formule « hors les murs », très appréciée par les publics les plus excentrés.

C’est l’Edmond Bilal Band qui ouvre le bal, pour un set assez court, mais bourré de vitamines. Ce quartet a la rage au cœur et son jazz groove prend à chaque set une ampleur qui s’appuie sur d’essentiels ingrédients : La scène, un incessant travail créatif, dans la composition et l’éclairage actuel de leurs thèmes, et cette complicité qui les soude. « Edmond », c’est d’abord le sax de Paul Robert, la voix du groupe, souvent allongée d’electro, tantôt furieuse et roots, tantôt planante et onirique, la lampe frontale jazz.

Paul Robert

C’est aussi « Brutus », comprenez Mathias Monseigne, bassiste qui affine son style de note en note, et joue en pointillés souples et percussifs, c’est un peu l’acupuncteur funk du groupe (On se souvient de Michael Henderson chez le Miles Davis 70s). Les drums d’Edmond, c’est Curtis Efoua Ela, toujours aussi époustouflant d’agilité et d’à-propos, extracteur du minerai rythmique vital, avec des breaks au millimètre.

Mathias Monseigne

Curtis Efoua Ela

Quant au couturier d’Edmond, c’est Simon Chivallon, jeune magicien des claviers et du Rhodes en particulier, il observe, colore le groove à la moindre incitation, et habille la musique de nappes feutrées et ondulantes, formant sa cape de velours. Ce fut bref mais catchy en diable. Dernier morceau du set en surprise, Aflica-E, le premier de leur prochain album à sortir le 12 mai. On vous en reparle très vite !

Simon Chivallon

Après un rapide intermède, voici donc l’Erik Truffaz Quartet, prêt à en découdre avec le silence. Les premières notes se posent, tout en douceur, et petit à petit la pulsation enfle et un irrésistible tempo s’instaure. Ça c’est l’effet Truffaz. Le moteur rythmique de cette belle machine est lancé, pour de bon. D’entrée, Benoît Corboz s’impose en maître des ponctuations acides hallucinées de ses claviers. Frissons seventies. Une longue amitié le lie à Erik Truffaz, lequel nous rapportera non sans humour les péripéties de leur premier voyage à New York, ils avaient 25 ans, l’hôtel Carter à Time Square, le short vert rayé noir de Benoît etc…Bref, notre homme se sent bien ici, il a envie de se confier, et on aime ça.

Benoît Corboz

Retour au groove avec l’époustouflant « Fat City », tiré de « Doni doni », sur lequel le jeu illuminé d’Erik Truffaz, d’abord rêveur et tatoué de wah wah, s’échappe en un lyrisme à la vrille cosmique, en se posant sur le brasier entretenu par l’incroyable batterie du jeune Arthur Hnatek (qui a d’ailleurs finalisé les arrangements de ce morceau), et le riff d’airain associé de la basse de Marcello Giuliani et des claviers. Très grand titre ! Erik Truffaz a du cœur et cette élégance rare à s’intéresser vraiment au lieu où il joue. Ainsi, la salle sera ravie de se voir offrir une dédicace en un joliment amené « Martignas by night », propice lui aussi aux confidences du maître, une improvisation bluesy, sur fond de basse octaver et de batterie métronome, avec un petit goût du Miles Davis’ 80s. Erik Truffaz est un homme d’engagement et il voyage aux quatre coins du vertige des sens et de l’émotion planétaire. Sa discographie en dit long, et nous émoustille depuis vingt ans, et même plus récemment si l’on écoute « In between », « Tiempo de la révolution » et « Being human being ». Ainsi, « Doni doni », album qui se joue ce soir, embrasse passionnément la mère Afrique, par une attention particulière pour le Mali, dont le titre est tiré de sa langue bambara, et qui voit sur le disque, l’une de ses filles les plus célèbres, Rokia Traoré, illuminer l’espace. Voilà que débute « Szerelem », pièce remarquable, gorgée de douceur et de beauté, une élégante dédicace du trompettiste aux femmes de la salle, dont les joues de certaines ont dû rosir d’aise…On repart dans le groove et on se laisse emporter par la pulse imparable de ce groupe, d’autant que pour épicer ce banquet, suivront quelques pépites de chorus endiablés, Marcello Giuliani carrément en mode Bootsy Collins par moment, Arthur Hnatek, alpiniste intrépide des équations polyrythmiques de haut vol, et  Benoît Corboz sorcier majestueux des claviers électriques, âme survivante de Joe Z, mais aussi très émouvant au piano acoustique, lors d’un duo beau et éphémère avec le leader.

Arthur Hnatek

Marcello Giuliani

La trompette de Truffaz est lumineuse et séduit les étoiles. Cependant, peut-être un peu moins « fourth world – possible musics » que les fois précédentes, elle a semblé ce soir plutôt vouloir explorer plus profondément l’âme d’un jazz universaliste, intérieur, blues, pop, world, sans fard et sans frontière, fait pour le peuple.

Erik Truffaz

Trois rappels ont eu raison d’un public réellement conquis par cette musique, en particulier par « Doni doni », le dernier morceau, vrai hymne humaniste et optimiste, rondement mené par un groupe au zénith, que, les poils dressés sur les bras et les yeux humides d’émotion, on a furieusement envie d’appeler le « Truffaz Syndicate » ! Soirée coup de cœur ! Bravo et merci à tous ces épatants musiciens, que l’on voudra revoir bien vite, mais aussi aux équipes techniques, son, lumières, bénévoles, qui ont fait de ce concert une franche réussite.

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Erik Truffaz Quartet

http://www.eriktruffaz.com/

Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)