Alma Caribe : Gatto/Rodz and friends

Le Caillou, vendredi 15 septembre 2017

Olivier Gatto a de la chance, il a épousé sa muse qui ainsi l’inspire pour ses créations musicales dont la dernière baptisée Alma Caribe. Shekinah Rodz puisque c’est d’elle qu’il s’agit, vient de Puerto Rico cette île des Caraïbes associée aux USA ; ce territoire est aussi appelé la isla del encanto (L’île de l’enchantement) Shekinah en est une preuve vivante et musicale éclatante. Et en plus il paraît qu’elle fait très bien la cuisine de son pays ; vraiment de la chance.

Qui dit cuisine dit salsa et c’est donc à cette sauce aux influences, latines, africaines et locales qu’Olivier Gatto a réarrangé des titres de jazz be bop ou hard bop ou encore de soul pour ce nouveau répertoire. Set list en fin d’article.

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Pour le choix des musiciens, en plus de Shekinah, une première touche d’Antilles avec Francis Fontès le plus guadeloupéen des pianistes bordelais, ou l’inverse, une seconde avec Frantz Fléreau lui aussi de Guadeloupe et percussionniste installé à Bordeaux depuis près de vingt ans et qui pour des collaborations ou des stages de formation parcourt le monde entier. C’est d’ailleurs à New York il y a peu de temps que ce dernier a appris, grâce à un ami batteur commun, l’existence à Bordeaux d’Olivier Gatto ! Le monde est grand et petit à la fois. Philippe Valentine lui apporte son savoir multiple à la batterie comme va nous le confirmer le concert.

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C’est le second concert de la semaine du groupe au Caillou où la configuration d’hiver a été reprise plus pour des affaires de voisinage grincheux que de météo ; encore que ce soir là, toujours en été sur le calendrier, la chaleur de la salle soit bien préférable à la tristesse grise de la terrasse.

A cinq et avec tout le matériel sur la petite scène il a fallu se tasser, je cite Olivier : « 4 congas,1 ka,1 barril,1 drumset,1 upright bass, 1 keyboard, 1 flûte,1 soprano sax,1 alto sax, 2 bells, chimes etc ». Lui a justement pris, une fois n’est pas coutume, sa Silent Bass Yamaha à la taille de guêpe beaucoup moins encombrante que son armoire normande habituelle.

Dès le premier titre, « Think on Me » de George Cables, le ton est donné, avec une telle sauce – une salsa pareille – nous sommes bien chez Shekinah. On ne peut que penser aux malheurs qui viennent de s’abattre dans ces contrées malgré la chaleur pleine de gaîté de la musique. Shekinah éblouit à la flûte ; de toutes les façons Shekinah éblouit toujours, même au piano… de la cuisine.

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« What’s Going On » fait partie du répertoire « classique » d’Olivier Gatto et c’est toujours un bonheur de l’entendre. L’apport des percussions de Frantz est indéniable, il ajoute cette belle couleur afro-latino à ces titres de jazz et quel talent lui aussi ! Le hard bop s’interpose entre les passages « calientes », il est là en fond ne réduisant pas cette musique à du pur latino souvent lassant à la fin. Les qualités d’arrangeurs d’Olivier Gatto on les connaît, on les retrouve ici. Les chorus s’enchaînent et Francis Fontès n’est pas le dernier à prendre son tour ; avec du Herbie Hancock et du McCoy Tyner au programme il est la fête et lui aussi s’arrange avec eux y mettant sa signature antillaise ancrée dans les gênes.

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Que cette musique est belle, chaleureuse, que ces musiciens donnent, partagent avec nous. Une confirmation, mais on le sait depuis si longtemps, Philippe Valentine sait tout faire ; il enseigne la batterie et ses élèves ont bien de la chance d’avoir un professeur qui certes connaît la théorie – c’est un peu le principe du métier – mais qui surtout en maîtrise parfaitement la pratique. Binaire, ternaire ou rythme de samba, il est là.

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Olivier lui quand il joue on se demande toujours où il est, ce soir il ne quitte pas Shekinah des yeux, s’amuse de sa muse. Le son de cette contrebasse est vraiment bluffant même si lui ne l’aime guère le contact corporel et la résonance étant bien différents d’une vraie « doghouse ».

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Shekinah non contente de nous jouer de la flûte, du sax alto, du soprano, chante aussi à la grande surprise de ceux qui ne la connaissent pas ; il y en a encore trop. Mais comme cela est insuffisant elle nous propose des duels/duos magiques aux percus avec Frantz ; et insatiable elle souffle dans ses sax en jouant de la cloche au pied, pas à cloche pied.

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Le public aura du mal à les laisser partir tout comme mercredi pour le même concert au même endroit ou a surgi par surprise à la toute fin Terreon Gully, l’immense – par le gabarit et le talent – batteur de Dianne Reeves qui venait de terminer son concert au Rocher. Terreon fait partie d’une autre formation d’Olivier Gatto, le Spiritual Warrior Orchestra chroniqué dans ce blog en février dernier. Un peu timide Terreon a fini par prendre les baguettes pour étaler toute sa classe.

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Avec Terreon Gully (Photo Dom Imonk)

Si dehors il fait encore plus frais, dans nos têtes et dans nos cœurs la température a monté et pour de longues heures.

Set List :

1. Think on Me (George Cables)
2. What’s Going On ( Marvin Gaye)
3. Phantoms (Kenny Barron)
4. Man From Tanganyika (McCoy Tyner)

1. I Have a Dream (Herbie Hancock)
2. United (Wayne Shorter)
3. Obsesión (Pedro Flores)
4. La Havana Sol (McCoy Tyner)

Encore :
1. Why ( Victor Lewis)
2. Wise One (John Coltrane)

Jazz à la maison ; Sophisticated Ladies

Samedi 9 septembre 2017 quelque part près de Bordeaux

Les occasions d’écouter du jazz sont assez nombreuses même si certains pensent le contraire, festivals, concerts, bars… Mais quand on aime vraiment ça, cela ne suffit pas alors on se les invente et au lieu d’aller vers les musiciens on dit à ceux-ci de venir chez soi. C’est l’esprit de Jean-Gabriel Guichard amateur éclairé et trompettiste à ses heures qui pratique cette formule depuis quelques années. Une soirée à la maison avec un concert de qualité, de quoi se restaurer et désaltérer avec modération. Pas une mince affaire à organiser avec une cinquantaine de personnes tout de même à recevoir et entasser dans son séjour. Réseaux d’amis, de leurs amis, il y a même à chaque fois une liste d’attente.

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Il faut dire que la programmation est ici toujours d’une grande qualité et choisie pour un public qui n’est pas forcément spécialiste. Pensez donc, la plupart des présents ne connaissaient pas Action Jazz ! Mais ça y est il connaissent !

Au programme ce soir les Sophisticated Ladies qui invitent Shekinah Rodz. A la tête du trio Rachael Magidson l’américaine de Bordeaux, trompette, batterie et chant, entourée de Laure Sanchez, contrebasse et chant et Paola Vera, anglaise d’origine vénézuélienne, piano et chant.

La portoricaine Shekinah a déjà fait partie des SL dans le passé, tout comme d’autres musiciennes notamment Valérie Chane-Tef ou Nolwenn Leizour, par contre elle n’a jamais joué avec ce trio là ; mais pas d’inquiétude… Elle est venue avec son sax alto, sa flûte et bien sûr sa voix. Vous trouverez des reportages sur Shekinah, Rachael et Laure dans la Gazette Bleue (liens en bas de page).

Pendant que l’apéritif d’accueil se déroule, la mise en place se fait sur la scène improvisée à côté de la bibliothèque ; réglage de la sono légère, accord des instruments, finalisation de la set list, ces dames travaillent.

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Au fait quelle est la différence entre un groupe de jazz féminin et un groupe de jazz normal masculin (je provoque exprès) ? Musicalement aucune. Récemment j’ai eu la chance de voir le Rhoda Scott Lady quartet et je m’étais fait la même réflexion. Et pourtant quelle suprématie machiste dans ce monde du jazz où les femmes sont souvent cantonnées au rôle de chanteuses. Rachael raconte qu’un jour, arrivant avec les SL, on leur a demandé où étaient leurs musiciens…

Le concert va se dérouler en deux sets, et oui il faut bien se nourrir, dans la proximité – pas promiscuité – obligée et si agréable de ce séjour bondé. Cette proximité elle permet en effet de sentir et voir les choses se faire, d’entendre le son naturel des instruments, les cliquetis des clés du sax, le chuintement délicat des balais sur la peau de la caisse claire, le souffle des chanteuses.

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Nous voilà partis dans le New York des années 20 pour le premier titre où Rachael jongle entre sa trompette et sa batterie légère, une prouesse, puis très vite Shekinah vient enflammer tout ça avec son sax alto ; quelle énergie possède t-elle !

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Belle version d' »Afro Blue » chantée par Laure et sa voix veloutée, très légèrement et agréablement voilée.

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Shekinah en profite pour épater tout le monde à la flûte. Au piano je découvre le talent de Paola que je n’avais vu qu’une fois dans l’ambiance bruyante du Molly Malone’s.

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Plus tard après la pause on prendra le « Tea for Two » qui aura plus des airs de Mojito for Two vu le tempo latino qui lui est donné. Une concession à ma remarque sur le genre, quand elles chantent toutes ensemble on se rend bien compte qu’elles ne sont pas des hommes. En les regardant aussi bien sûr !

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Ces quatre filles sont épatantes de talent, Rachael et son plaisir visible d’être sur scène affichant ce beau sourire permanent,

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Paola avec cette classe anglaise et cette délicatesse au chant, Laure toute frêle derrière son gros instrument qu’elle apprivoise avec grâce, Shekinah éblouissante au sax et à la flûte et si passionnée au chant.

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Mais d’où sont elles me demandent des gens ? Mais de Bordeaux, vous les avez là toute l’année, vous pouvez les voir, les entendre presque aussi souvent que vous le souhaitez ! Ne vous privez pas de ce plaisir !

Voilà « Besa Me Mucho » dont Shekinah va déchirer la langueur à grands coups d’alto, Paola et Laure nous offrant des chorus de haut niveau, Rachael cadrant tout cela avec délicatesse aux balais.

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On est bien alors « C’est si bon » et en rappel « Route 66 » au grand dam de Rachael qui voulait ressortir sa trompette. Thank you Ladies, great job !

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Ah oui on allait oublier le dessert ! C’est bien le jazz à la maison ; un seul regret, ce n’est pas la mienne alors il faut reprendre la route qui n’est pas 66…

Un grand merci à toi Jean-Gabriel et à ton épouse !

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n5/

Shekinah Rodz à l’indispensable Caillou

par Philippe Desmond

C’est le cœur de l’été, des festivals de jazz partout dont le plus gros à deux heures et demie – et pas mal d’euros de péage – de Bordeaux mais toujours le Caillou qui maintient son rythme de 4 concerts par semaine, comme toute l’année, une balise rassurante vers laquelle on revient après être parti au large.

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Cet été après des années de vicissitudes réglementaires enfin réglées, tout se passe à nouveau dehors quand cette météo capricieuse le permet. Un fil rouge pour cette saison, parmi une programmation riche et éclectique, les chanteuses et le Jazz Ladies Festival. Mais on ne peut pas être partout et je n’aurai vu que Charlotte Wassy en duo chant piano ; impressions mitigées, bonnes concernant la qualité de sa voix et sa présence, plus mesurée quant à la nature des arrangements trop dérangés des standards proposés.

Le concert de l’australienne Hetty Kate – amusant non ? – a lui été très réussi, devant un public nombreux alors que le Saint Emilion Jazz Festival avait déjà aspiré pas mal de monde ; celui qui m’a dit ça n’est peut être pas très objectif mais je lui fait confiance car ce n’est pas un fanfaron, c’est un artiste, un vrai. C’est Olivier Gatto qui accompagnait ce soir là Hetty avec d’autres musiciens bordelais.

La transition est faite car ce soir c’est lui qui est aux manettes et cette fois avec sa chanteuse favorite, sa dame de cœur Shekinah Rodz ; deux valeurs très sûres de la scène bordelaise et internationale ce qu’il ne faut pas oublier ; leur notoriété rayonne bien au delà de notre satanée rocade ! Au piano Loïc Cavadore toujours trop rare par rapport à son talent et aux baguettes le fidèle Philippe Gaubert très investi dans l’association Music [at] Caillou. La terrasse est bien remplie au pied de la désormais célèbre scène-remorque.

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Venir au Caillou en été c’est un moment paisible, décontracté, on est en ville mais déjà un peu à la campagne les pieds sur des dalles ou la terre, l’herbe y est parfois folle, les tables n’y sont pas alignées ; loin des convenances guindées de certains endroits ici on vient pour passer un bon moment ; on y mange bien et comme dit l’autre « quand la musique est bonne », ce qui est la norme ici, tout va bien.

Olivier Gatto et Shekinah ont plusieurs projets en cours, la finalisation d’un album commencé cet hiver avec le Spiritual Warriors Orchestra, des musiciens de haute volée – voir blog fin janvier et début février – et « Alma Caribe 5 » et son All Stars de la scène bordelaise à la rentrée.

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Ce soir ils ont venus faire ce qu’il font si bien, nous régaler de standards mis à leur sauce et magnifiés par l’éclatante Shekinah. Au chant, à la flûte, au sax alto, au soprano elle n’arrête pas de nous surprendre sur des morceaux qu’on pourrait penser trop familiers. « Little Sunflower » de Freddie Hubbard par exemple et sa joyeuse et douce mélodie, ce qu’elle y fait à la flûte est remarquable, soufflant, chantonnant, gémissant dans le bec, à la Roland Kirk me souffle Dom Imonk.

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« Body and Soul » classique des classiques, elle se l’approprie vraiment, quant à « What’s Goin’ On » de Marvin Gaye la version du quartet est de toute beauté. Et oui Shekinah n’est pas toute seule, « derrière », ou plutôt ici à côté, Olivier et ses grosses cordes noires y va de son chorus plein d’émotion comme l’histoire que relate ce titre dont la chaleur du sax alto masque la dramaturgie. Loïc Cavadore en sideman excelle, s’impose parfois alors que me dira t-il il n’entend pas très bien le son du groupe. Pour nous c’est parfait. Même remarque de Philippe Gaubert qui va jouer tout en retenue notamment sur un solo plein de délicatesse lui l’habituel puncheur.

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Dans « God Bless The Child » Shekinah révèle à ceux qui la découvrent tout son talent et toute sa puissance, habitée par ce titre ; les conversations s’arrêtent, les fourchettes se posent, il se passe quelque chose ; God bless Shekinah !

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A la pose une avalanche de fromage recouvre notre table ; il doit y avoir des vaches et des chèvres dans le Jardin Botanique et ils écoulent le stock. La soirée est douce, enfin, on passe un bon moment. Cet hiver aussi on en passera d’autres ici mais dans l’ambiance surchauffée de la salle très souvent bondée.

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Un « Summertime » très arrangé, puis une élève de Shekinah – et oui elle donne des cours pensez-y – qui monte sur scène chanter la peur au ventre, un final avec « Thieves in the Temple » de Prince version Herbie Hancock et voilà une soirée sympa comme sait en proposer le Caillou qui s’achève.

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Merci à Benoît Lamarque et son équipe d’entretenir cette flamme musicale bordelaise et en plus il aura bientôt une bonne nouvelle à annoncer…

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http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/

https://www.atevenements.com/

 

 

Magiques « Accords à Corps » avec Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

L’Entrepôt, le Haillan, samedi 4 février 2017.

Une semaine riche en événements musicaux de grande qualité – ce blog en témoigne – ne pouvait se terminer qu’en apothéose et ce fut le cas ce samedi soir à l’Entrepôt du Haillan pour la 5ème édition d’ « Accords à Corps », habile allitération alliant musique et danse.

Les musiciens, ce blog vous les a présentés en début de semaine ; autour d’Olivier Gatto (direction musicale, composition, arrangements, contrebasse, organisation générale, taxi, j’en passe… ) et de la merveilleuse Shekinah Rodz (Sax alto, flûte, chant, percussions, cuisine porto ricaine…) les deux locaux, les excellents Dimitris Sevdakis (claviers), JC Dook Kingué (guitare électrique), Sam Newsome (sax soprano), Terreon Gully (batterie) et Tito Matos (percussions) venant du monde entier. Cet ensemble s’avance sous le nom contrasté de Spiritual Warriors Orchestra.

Les danseurs – et oui, désolé mesdames, la grammaire française m’oblige à dire danseurs alors que nous comptions une bonne trentaine de danseuses pour un seul homme, David du JBA – viennent eux de la région : Tempo Jazz du Haillan , le Jeune Ballet d’Aquitaine (JBA), le Pôle d’Enseignement Supérieur de la Musique et de la Danse de Bordeaux (PESMD).

Des mois de travail, choix des musiques, arrangements, travail des danseurs dans leurs écoles, préparation de la mise en scène, des costumes – superbes – travail individuel des musiciens, puis depuis lundi résidence de l’orchestre enfin réuni, répétitions avec les danseurs, tout ça pour une création éphémère, un one shot comme on dit dans le milieu ! Un avant-goût musical, plus que ça même, nous avait été proposé mercredi dernier , voir chronique du blog.

Remercions ceux qui rendent de si belles choses possibles, au premier chef la Ville du Haillan et l’équipe de l’Entrepôt.

« Olishe » une composition latino de Shekinah débute musicalement le concert sur un rythme déjà très soutenu. Les musiciens sont tous très élégants, Shekinah en tête comme toujours. Olivier Gatto a troqué – à contrecœur – sa vieille grand-mère de contrebasse de 1870, qui mercredi soir lui a fait de gros caprices, contre une élégante silent-bass à la taille mannequin ; pour lui je ne sais pas mais pour nous ce sera parfait.

Le concert est organisé en une alternance de titres musicaux et de titres dansés dont le premier « Eastern Love Village » de Kenny Garrett est mis en ballet par le JBA. Alternance du noir et du blanc, beaucoup de mouvement, de légèreté, tout ça s’annonce bien.

Sur « Kings of Hearts » de John Stubblefield, Sam Newsome au soprano épate tout le monde par la précision et la justesse de son jeu ainsi que par sa respiration circulaire continue. Quant à Terreon Gully il entame son festival aux baguettes. Shekinah à l’alto n’est pas en reste !

Tableau suivant avec un arrangement blues d’Olivier du « Thieves in the Temple » de Prince les danseuses du PESMD évoluant dans un beau désordre très organisé, vêtues de délicieuses robes acidulées comme dans La La Land. Et un solo de guitare de JC Dook pour mettre un peu de sel dans tout ce sucré. Enthousiasmant.

Sam Newsome, impérial, attaque alors un solo de soprano magique sur une de ses compositions enchaînée par « In a Sentimental Mood » de Duke Ellington, les danseuses du PESMD évoluant dans une chorégraphie noueuse et éthérée, le regard vide, très esthétique. Qui improvise, le sax, les danseuses, les deux, aucun ? Magique.

Le ballet suivant de Tempo Jazz voit arriver Shekinah à la flûte en ombre chinoise sous une toile entourée de feuilles dansantes. Une réelle beauté inventive et un partage des danseuses avec les musiciens. Plein les yeux, plein les oreilles.

Mais ce n’est pas fini, Shekinah nous offre une de ses compositions « What Would Be My Life ». Quelle grande artiste, quand je pense aux gens qui font la queue pour se ruiner dans l’achat d’un billet pour une chanteuse québécoise fin juin à Bordeaux et qui ne l’ont jamais entendue ! Quel gâchis.  JC Dook épatant à la guitare et Terreon Gully qui cisèle son drumming valant presque le déplacement à lui seul ; Olivier Gatto a très bien travaillé sur tous les arrangements, le résultat est superbe ; quant à sa silent-bass elle sonne parfaitement dans ce rôle ingrat de colonne vertébrale apparemment discret mais si nécessaire. Je l’ai surpris plusieurs fois à échanger des sourires avec ses musiciens signe de sa satisfaction, lui le perfectionniste.

La scène se remplit de strass avec le JBA pour un alerte « New York Second Line » très New Orleans. Oserai-je dire que les danseuses sont belles sans me faire traiter de vieux macho ? Oui j’ose le dire, elles sont magnifiques.

« Serenade to the Motherland » de John Stubblefield est lancé par la flûte de Shekinah, le groupe la rejoignant avec une soudaine ampleur. Mais que c’est beau !

Final sur un traditionnel initié par Tito Matos qui avec ses percussions a pimenté toute la soirée et se met ici en avant avec un renfort de marque, Marcelo son adorable fils de 3 ans et son mini pandero (tambourin). Une fois le concert terminé Tito et Marcelo nous rejoindront dans le hall pour un petit concert improvisé du fiston ; « c’est la cerise sur le gâteau » s’enflamme Fatiha notre chroniqueuse ; sur le Gatto voyons ! Pour ce final tous les danseurs (et oui David est là) se rejoignent sur scène pour un tourbillon d’une gaieté inouïe enflammé par un chorus éblouissant de Dimitris Sevdakis le plus latino des pianistes grecs.

Complet, 450 personnes 450 sourires sur les visages ! Tant de bonheur va se payer un jour mais celui là on ne nous le reprendra pas.

PS : une confidence, la présence de danseurs me chagrinait un peu à priori, moi je venais écouter les musiciens, le reste me paraissait bien accessoire ; je suis ne suis donc pas un imbécile car j’ai largement changé d’avis, d’ailleurs je dois vous quitter pour ne pas rater mon premier cours de danse…

Bonus : toutes les photos de Thierry Dubuc sur : http://thierrydubucphotographe.zenfolio.com/p123532738

L’église au coeur battant

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

À l’église du Haillan, le mercredi 1er février 2017

Blues, Roots, Swings & Spirituals #2

Olivier Gatto, contrebasse

Shekinah Rodz, saxophone soprano et flûte

Terreon Gully,  batterie

Tito Matos, percussions

JC Dook, guitare

Sam Newsome, saxophone soprano

Sébastien Arruti, Trombonne (Guest)

 

Dehors il fait un froid humide dans une nuit bien sombre, certains sont arrivés en peu en avance car ils ne connaissaient pas la ville. Alors qu’ils marchaient rapidement vers les lumières de l’Entrepôt au haillan, le cou enfouit entre les épaules dans leurs vêtements chauds, sont allés demander leur chemin cherchant l’église dont ils venaient de traverser le parvis. Bien leur en a pris car ensemble nous en avons bien ri !

Ce soir, c’est le 2ème anniversaire de ce concert au sein de ce lieu fédérateur qui rassemble tout près de son coeur, des hommes et des femmes de tous horizons géographiques pour célébrer autour d’un foyer chaleureux et rayonnant, celui de la musique savamment distillée, par des artistes de grands talents. Quelle privilège d’être ici ! le concert affiche complet depuis des jours.

Il est environ 20h30, le public est installé et échange calmement avec son voisin, lorsque un musicien prend place. Il a suspendu une sorte de chapelet à clochettes au saxophone et délicatement l’agite, laissant s’en dégager un tableau sonore et bucolique verdoyant où viendraient paître les âmes libres, nous voilà de façon inattendue cueillis et attentifs, puis nous devinons s’éloigner les âmes dans une brume de douceur. Une douceur qui se prolonge et s’anime d’énergie cuivrée qui va nous emporter vers un ailleurs ou plus rien n’est descriptible sinon la vivacité du souffle qui nous propulse et nous plaque dans notre assise, nous avons à notre insu décollé, pris de la hauteur. Le ciel est clair et dégagé, nous sommes en vitesse de croisière.

A peine a-ton détaché notre ceinture qu’un son de flûte traversière nous saisit la main pour nous parler la langue de sa cousine, la flûte Guinéenne qui chevauche les ailes du vent en ignorant les frontières. Une interprétation remarquable de Shekinah Rodz.

Plus loin une contrebasse seule s’approche, très vite rejointe par la formation du jour au complet avec une flute lumineuse pour un « Little sunflower » une mélodie en trait d’union entre deux escales, la suivante nous accueille à Portorico sur un rythme lent et qui va crescendo puis c’est la trombe et la transe … le percussionniste fini par abandonner là ses tambourins pour occuper l’espace en entamant une danse trépidante dans une jolie énergie toute communicative.

Puis nous nous envolerons un peu plus au nord du coté des Etats-Unis sur une guitare qui accorde son « Amazing grâce » et nous laisse sous le charme.

C’est maintenant le maitre du jeu, Olivier Gatto qui prend la parole pour la présentation de tous les membres de son groupe qui l’accompagne ce soir, ainsi que ce qui a motivé son choix. Par exemple le batteur qu’il a découvert grâce à l’un de ses deux jeunes fils, celui-ci depuis un an écoutait très régulièrement un titre sur youtube dans lequel jouait Terreon Gully

Nous avons également été gratifiés d’un magnifique « Afro blue » pour un saxophone et batterie. Sam Newsome dans un style que je n’avais encore jamais vu avec ce balancement de part et d’autre de son cuivre pour diffuser ses notes tel un encensoir, avec un souffle à l’en croire infini et cette puissance époustouflante d’où émane cette mélodie totalement envoutante et divine !

Il y a également un invité surprise, l’excellent Sébastien Iep Arruti au trombone qui vient clôturer cette soirée en fanfare, tambourins, flute, sax, dans l’allée centrale de cet édifice qui vient de se recharger de très bonnes vibrations ce soir.

Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra at work

par Philippe Desmond.

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A l’Entrepôt du Haillan il règne en cette après-midi d’hiver une ambiance studieuse. Plus un atelier qu’un entrepôt d’ailleurs, un atelier de fabrication de musique avec tout ce que cela comporte de difficultés, techniques notamment. Sur scène un amoncellement de câbles, des boîtes à outils, des flight-cases, des caissons et bien sûr des musiciens de jazz.

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Olivier Gatto en a réuni autour de lui une sélection très cosmopolite et tout ce beau monde qui n’a jamais travaillé ensemble dans cette configuration ou même jamais avec lui est encore en train de tâtonner ; mais pas pour longtemps. La résidence n’a commencé qu’en fin de matinée retardée par l’arrivée in extremis de la batterie mais déjà à 16 heures on parle de capter les premiers titres pour la réalisation d’un CD.

Cependant des problèmes techniques n’arrivent pas à se résoudre notamment pour le guitariste JC Dook qui ne s’entend pas comme il le souhaite dans son casque de retour. JC comme tout musicien de talent paraît avoir une forte personnalité et il a des exigences liées à son sérieux artistique. Une solution va être trouvée au grand soulagement d’Olivier qui dans sa grande sagesse s’est armé de patience : il va jouer en coulisse devant son ampli pour ne pas gêner les autres ! D’où son absence sur les photos.

Parlons des musiciens et de leur diversité. JC Dook est un remarquable guitariste de blues, d’origine camerounaise, qui a fait ses classes à la Berklee School de Boston où il a connu Olivier. Il vit à Berlin.

Un autre congénère d’Olivier à Berklee est présent, Sam Newsome ; saxophoniste américain de NYC spécialisé uniquement dans le soprano, il collabore avec de nombreux artistes et notamment la chanteuse de jazz Elisabeth Kontomanou.

Terreon Gully est originaire d’Atlanta ; il est arrivé dans le projet un peu par hasard. Le tout jeune fils d’Olivier et Shekinah faisait tourner en boucle un CD de Diane Reeves et le batteur a accroché leur oreille et c’est ainsi qu’il se retrouve au Haillan. C’est un batteur aux multiples influences, du latino (il joue dans Yerba Buena) au Hip Hop en passant par le jazz (Jacky Terrasson, Abbey Lincoln…) et la pop (Sting).

Un autre américain mais de Puerto Rico est aux percussions : Tito Matos, déjà vu ici en 2016 avec Olivier Gatto. Des références avec Eddie Palmieri, David Sanchez étoffent son CV.

Parmi tous ces musiciens US un Grec a réussi à se glisser, Dimitris Sevdalis le pianiste européen au toucher latino ; nous avons déjà eu la chance de l’entendre en 2015 et 2016 avec la formation d’Olivier, à Andernos, Lesparre et Saint-Emilion.

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Bien entouré comme vous le voyez notre chef de projet avec bien sûr son inséparable Shekinah Rodz au chant au sax et à la flûte où elle excelle.

Olivier Gatto tient la contrebasse, il en joue même, et s’occupe des arrangements et de la direction musicale.

Il est prévu en plus de la préparation des spectacles de mercredi et samedi d’enregistrer un CD de 6 ou 7 titres ; Deux compositions de Shekinah, une d’Olivier, une de Sam, peut-être une de Terreon – mais tellement complexe, « une compo de batteur » me dit Olivier – et des standards pas trop standards. Le style c’est de la B.A.M. mâtinée de latino bien sûr.

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Il est 17 heures, plus qu’une heure avant la fin de la session du jour, ils sont enfin prêts et après les instructions d’Olivier sur l’ordre des solos, etc, attaquent un premier thème « Belize ». Et là impression curieuse de solitude du chroniqueur qui réalise que la captation se fait en sortie d’instruments, les retours se faisant dans les casques ! Si ce n’est le son naturel du beat de la batterie et des percus, un filet de soprano ou de voix de Shekinah je n’entend pas de musique. Un moment la batterie s’arrête, silence, tiens drôle de fin… non c’est le chorus de piano électrique ! Moi qui bricole à la batterie ça me permet de me concentrer sur le jeu de Terreon et de me régaler devant tant d’aisance, de souplesse féline et de précision métronomique. Fin de prise, on en discute, on la refait, c’est bon on la garde. Et d’une. 17h30.

Une composition de Shekinah maintenant « What Would Be My Life ? » même frustration pour moi -mais pas pour longtemps – on la refait, super, on la garde. Et de deux. 18 heures.

« Ah mince j’aurais dû te donner un casque ! » réalise Olivier. Et bien finalement non car ensuite la découverte des morceaux autour de la console de mixage est une révélation, le résultat est magnifique et tout ça en si peu de temps.

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Cette chronique vous a peut-être alléché mais s’il reste des places pour mercredi (Concert Roots Blues Jazz grand public à l’église du Haillan) et samedi (Accords à Corps, jazz et ballets à l’Entrepôt) elles se comptent sur les doigts de la main… Tentez votre chance !

Avec ce projet Olivier Gatto signe son grand retour avec toujours cette exigence de qualité sans aucune concession à autre chose que ses idées.

Projet Karmarama de Mark Brenner au Rocher « Another World »

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher de Palmer, vendredi 30 septembre 2016.

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Les frontières sont des inventions humaines, elles facilitent parfois les choses et souvent les compliquent, l’histoire en témoigne. En musique on parle plutôt d’étiquettes ou de chapelles certains esprits étroits s’abritant à l’intérieur de ces limites simplistes. Chez Action Jazz ce n’est pas le genre de la maison. La preuve ce soir nous allons écouter un groupe de pop – une étiquette me direz-vous – mais aux multiples facettes, des Beatles à la musique raga indienne et, rassurez vous les puristes, en passant par le jazz. De la musique en fait.

Mark Brenner, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un artiste, un vrai. Cet Anglais, girondin depuis vingt ans est multi instrumentiste (basse, guitare, ukulélé, sitar, batterie…) et aussi auteur compositeur. A son actif déjà sept albums, plutôt donc dans le genre pop. La pop il adore ça, mais attention pas n’importe laquelle, il en a certes fait son fond de commerce – je force volontairement le trait avec cette vilaine expression – car un artiste pour créer ça doit vivre, mais aussi sa marque de fabrique. Avec ses acolytes Thomas Drouart (claviers) et Antony Breyer (batterie) ils forment le meilleur groupe de reprises – ou covers ça fait plus chic – de la région. Ils sont capables de mettre le feu à la plus coincée des soirées, de faire dégoupiller une assemblée de notaires, ou de faire partir en vrille un camping de la côte en plein été. Beaucoup ne les connaissent que dans ce registre là. Certains, plus curieux, ont exploré d’autres facettes, celles de la création notamment, malheureusement moins vendeuses. Et pourtant…

Ce soir au Rocher de Palmer c’est donc la sortie officielle de l’album « Another World » entièrement écrit et composé par Mark, à un titre près d’Anoushka Shankar. En plus du trio de base, des invités, présents sur l’album ou non, sont annoncés : Shekinah Rodz chanteuse, saxophoniste alto, flûtiste, percussionniste (pas ce soir) un talent pur, plutôt estampillée jazz notamment avec son propre quintet déjà chroniqué sur ce blog, Jean-Christophe Jacques remarquable aux sax soprano et ténor, un pur produit de la scène jazz et jazz fusion (Post Image chroniqué aussi dans ce blog) les deux intervenant sur l’album et Emmanuel Lefèvre, que je découvre aux claviers et samples. Invité de dernière minute, le reconnu joueur de tabla Matthias Labbé qui accompagne de temps en temps le groupe por des concerts aux arrangements indiens (voir chronique du 28 mai 2016). Pour ce projet le groupe s’avance sous le nom Karmarama.

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On sait que les musiciens ont beaucoup préparé ce concert, c’est la première fois qu’ils lancent un album ainsi, espérant que le public répondra présent dans ce lieu magnifique qu’est le Rocher. Plus que présent le public, la salle est bondée. Les amis – ils en ont beaucoup – sont là, d’autres vont les découvrir.

La scène est couverte d’instruments, simplement mais joliment décorée, la première impression est bonne ; la première impression est la bonne. Les musiciens arrivent un par un, ajoutant leur touche musicale à cette intro un peu Floydienne initiée par le clavier d’Emmanuel Lefèvre. Le premier titre de l’album se profile « Technicolor » une ballade sur laquelle Shekinah va nous enchanter de sa voix et de sa flûte, et commencer son festival de la soirée ; elle va nous éblouir.

Mark et ses compères ont déjà joué dans toutes les situations, dans les bars, les soirées privées, sur la plage, récemment sur la fan zone de l’Euro 2016 en vedettes le soir de la finale devant des milliers de personnes ou encore en première partie de Francis Cabrel cet été à Arcachon et là pourtant on les sent tendus, très concentrés. Ils misent beaucoup sur ce concert et ont énormément bossé ; encore plus que d’habitude car ces gens là ont certes du talent mais surtout ils travaillent, répètent souvent. Reprises ou créations ils respectent le public tout simplement.

Mark adore les Beatles et les arrangements de « Human », rehaussés des violoncelles numériques de Thomas Drouart, nous le confirment, Eleanor Rigby n’est pas loin ; il revendique cette influence qu’il n’utilise pas comme un procédé mais qui fait partie de ses gênes. Il plaque sur cette jolie mélodie un texte à la fois nostalgique et humaniste. Les voix en harmonie, celle de Shekinah notamment sont impeccables, le tabla discret de Matthias ajoutant une touche délicate et colorée.

Ayant la chance de connaître l’album – superbement écrit et produit – depuis plusieurs semaines je le redécouvre, je le vois se développer comme dans la magnifique version du titre phare « Another World » dans lequel surgit Jean-Christophe Jacques pour un chorus improvisé de sax ténor encore plus riche que dans la version studio ; la magie du live. Allez, une étiquette jazz approved sur ce titre.

Tous les titres de l’album vont être égrainés mais surtout magnifiés, le concert partant franchement vers l’Inde à la fin. Cette musique, qui apporte ses arrangements et ses accords particuliers, pas mal d’autres l’ont intégrée, les Beatles bien sûr mais aussi John McLaughlin et Shakti ou encore Didier Lockwood avec Raghunath Manet ; la chance de tous les avoir vus… sauf les premiers.

Shekinah Rodz je l’ai dit, va nous éblouir, au chant, à la flûte, au sax alto. Il paraît que depuis quelques jours elle ne tenait plus en place et ce soir cette énergie s’est libérée pour nous, une chance.

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Son confrère saxophoniste Jean-Christophe Jacques n’est pas en reste, son duo au soprano avec Mark sur « Rewind the Life » est sublime de finesse ; c’est beau et émouvant.

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Emmanuel Lefèvre va apporter une touche électro avec ses samples et ses machines tissant des nappes harmoniques planantes. Matthias Labbé assis en tailleur, au tabla et au ghatam, va distiller ses sons épicés  ; « Il a un cerveau au bout de chaque doigt » souligne quelqu’un, belle formule.

Quant aux titulaires du groupe ils vont eux aussi nous épater nous qui croyions les connaître par cœur. Antony Breyer surplombe ses collègues sur sa toute nouvelle Yamaha bleue – comme la note – une vraie bête de course qu’il prend un réel plaisir à piloter ; breaks en place, variété des rythmes, quel travail. Thomas Drouart n’en menait pas large en arrivant, comme toujours, et on va le voir se détendre, toujours impeccable dans ses interventions aux multiples facettes ; à la rythmique de basse il est monstrueux.

Quant au boss, vêtu d’un sherwani blanc, s’il commence avec sa basse fétiche, il va vite passer à la guitare acoustique alternant avec le sitar qu’il maîtrise parfaitement. Son duo avec Matthias au tabla, arrivé tout en douceur on ne sait comment à la fin d’un titre, va subjuguer l’assistance et lancer le morceau de bravoure du concert « Paschim Vihar (I’m in love with sound) » un raga-électro-funk d’une autre planète, couronnement de la soirée.

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Surprise lors des rappels avec l’arrivée sur scène d’une danseuse de Baratha Natyam, cette danse classique sacrée de l’Inde, si gracieuse et expressive ; superbe Géraldine Nalini.

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Une soirée merveilleuse dans différents univers et que nous ne souhaitons pas sans lendemain ; producteurs, organisateurs de festivals ne laissez pas passer une telle qualité musicale. A l’heure où les festivals de jazz s’ouvrent à d’autres musiques profitez-en !

Dehors il pleut, fini l’été indien, mais ce que la vie peut être belle !

http://www.mark-brenner.com/

Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.

Jazz à la Tour – Lesparre

par Philippe Desmond

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Gros week-end de jazz, trop gros même ! Pensez donc quatre festivals dans le coin : Saint Emilion, Andernos (prochaine Gazette Bleue) , Sanguinet et donc Lesparre, la 21ème édition de ce sympathique festival médocain. Les soldats d’Action Jazz se déploient donc en petits commandos, le mien se réduisant à moi-même et donc sans un de nos magnifiques photographes…

Au pied de la Tour de l’Honneur, vestige d’un château du XIV siècle, le festival a pris ses quartiers. Le cadre, l’ambiance champêtre et les bonnes odeurs de grillades rendent instantanément l’endroit sympathique. On est ici en famille aussi bien dans l’organisation que dans le public. Richard Messyasz est le seigneur du château, plus précisément l’organisateur du festival et m’accueille avec gentillesse ; un passionné, un de plus !

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Au programme ce vendredi soir le Hot Swing Sextet avec Jérôme Gatius (cl), Thibaud Bonté (tr), Erwann Muller (g), Ludovic Langlade (g), Franck Richard (cb), Alain Barrabès (p) et Benoît Aupretre (b). Et oui un sextet de sept musiciens ! Belle époque du swing, cette musique qui fait danser ; mais pas ici, car ici on mange ! Le public est en effet attablé, une cuisine de campagne dans une aile du chapiteau alimentant tout ce monde, une cinquantaine de spectateurs – au régime ? – occupant eux une autre aile du chapiteau.

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On passe du stride au swing, Jérôme et Thibaud enflamment la scène et heureusement le public mais on reste à table. Toujours un bonheur de voir ce groupe dont les prestations sont enthousiasmantes, aussi bien pour les amateurs du genre que pour les novices ; ce swing accroche l’oreille et la qualité des musiciens n’est plus à démontrer. Beau succès.

Le Jazz Chamber Orchestra est là pour les animations et les transitions, l’occasion pour Alain Barrabès de quitter le piano pour son sax et surtout de faire le clown ; son imitation de Baloo se frottant le dos sur un arbre provoque les hurlements du public (qui a apparemment fini de manger) tout cela bien sûr avec une musique de qualité, ici donc le « il en faut peu pour être heureux ». En effet pour se permettre faire les clowns avec de la musique il faut être d’excellents musiciens et c’est le cas.

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L’autre groupe sur scène de la soirée est l’Afro Borikén J*** Septet, une formation construite par et autour d’Olivier Gatto. Bien sûr Shekinah Rodz est là pour nous faire profiter de sa voix et de son talent aux sax, à la flûte et aux congas ; elle est estupenda!

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Le fidèle et excellent Mickaël Chevalier est à la trompette. En plus de ces musiciens bien connus chez nous le public a la chance d’avoir une brochette internationale de grande qualité : au piano le grec Dimitris Sevdalis qui s’avère un maître de la salsa (salsa oui, mais loin du tzatziki), le suédois installé à NYC Michaël Rorby impressionnant au trombone, le batteur américain Justin Varnes, qui in extremis a trouvé une batterie et enfin la guitariste israélienne au look presque inquiétant mais aux doigts magiques Inbar Fridman, qui in extremis a trouvé un ampli.

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Des émotions donc pour le leader Olivier Gatto toujours aussi indispensable à la contrebasse. Il me confie avant le concert que le répertoire est adapté à la soirée, c’est à dire une découverte de plusieurs styles de jazz pour un public non spécialiste mais à séduire. L’objectif sera atteint, dans le mille !

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Départ latino sur un rythme déjà très élevé ce qui tombe bien car le public est un peu bruyant. Du swing notamment en trio piano, contrebasse batterie sur un tempo d’enfer, une ballade chantée par Shekinah qui enchaîne sur une salsa pimentée de Puerto Rico en faisant chanter le public, reprise à fond pour présenter les musiciens. Olivier aura eu le temps de rendre hommage à Richard Messyasz qui voilà plus de trente ans alors officier l’a enrôlé dans l’orchestre de jazz de l’armée de l’air lui le conscrit débutant à la contrebasse, lançant ainsi sa vocation. Une famille ce festival je vous dis.

Pause avec le JCO et son énergique bonne humeur musicale et retour au septet et le magnifique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard introduit par Olivier Gatto sous les « chut » de ceux de devant envers ceux du fond et une régalade de flûte de Shekinah. Chacun va y aller de son chorus pour une concentration de talents incroyable ; les mêmes seront le lendemain soir autour de Sébastien Arruti au festival de St Emilion sur un autre répertoire pour un autre concert éblouissant.

Car oui ce soir le concert est magnifique. « God bless the child », puis « What a Wonderful World » la voix de Louis Armstrong étant rajoutée par dessus les instruments ; et bien non, piégés que nous sommes, la voix c’est celle de Richard Messyasz qui arrive tranquillement de derrière la scène ! Un tabac bien sûr !

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Des soirées comme ça j’adore, c’est détendu, les gens sont ravis, ne font pas la fine bouche loin de ce foutu cliché du jazz réservé à une -pseudo- élite.

Le samedi dans la même ambiance de kermesse se produisait The Swinging Duo » et l’Aquitaine Big Band, mais un festival dans un autre pays de vin m’appelait…

Accords à Corps, L’Entrepôt Le Haillan, le 06/02/2016

Par Dom Imonk, photos Marie Favereau.

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Il y a quelques années, le pianiste Omar Sosa avait été invité à animer une « master class » au collège de Marciac. Tous les spectateurs qui étaient venus le voir, s’attendaient à ce qu’il parle (et joue du) piano. Logique, mais il n’en fut quasiment rien. En effet, le musicien évoqua surtout le corps de l’être humain, l’attention, le soin et l’écoute qu’on lui doit tous, et la danse, comme l’un des moyens naturels de son expression, de son équilibre et de son bien être. Il développa cela en expliquant que tout musicien devrait jouer sa musique en dansant dans sa tête. Quelle poésie, et quelle évidence. Il est probable que quelques free fans pensèrent peut-être au mythique « Dancing in your head » d’Ornette Coleman. Tout en dansant et en frappant dans ses mains, Omar Sosa fit ainsi se lever toute l’assistance, tous âges confondus, en une danse collective, c’était irréel. Un peu de piano vint certes clore l’entrevue, mais quelle leçon !
Caraïbes obligent, il y avait de ce climat dans la soirée « Accords à Corps », samedi dernier à L’Entrepôt du Haillan, qui clôturait, à guichets fermés, une ambitieuse résidence menée depuis le mercredi par le contrebassiste Olivier Gatto. Il s’agissait là de rendre un fort hommage, musical et chorégraphique, aux musiciens portoricains qui, bien avant l’influence cubaine, avaient déjà su célébrer un mariage naturel entre le jazz nord-américain originel et les musiques afro-caribéennes. Dans un billet de présentation, Olivier Gatto cite des artistes tels que James Reese Europe, Noble Sissle ou Duke Ellington, connus pour avoir su innerver cette pulsion au jazz. On pense aussi à Charlie et Eddie Palmieri, d’origines portoricaines, et à la nouvelle génération menée par Miguel Zenon et David Sanchez.
C’est donc au spectacle d’une union « musicale et dansante » que nous étions conviés : L’imposant octet « Afro-Borikén J***Ensemble » – qui s’était déjà produit en une formation légèrement différente l’an passé dans les Scènes d’Eté – jouant la musique, et une belle vingtaine de danseuses et danseurs, partagés entre Tempo Jazz (Marie-Hélène Matheron), le Pôle d’enseignement supérieur de la musique et de la danse de Bordeaux Aquitaine (PESMD, Josiane Rivoire et Danielle Moreau) et le Jeune ballet d’Aquitaine (Christelle Lara Lafenetre), assurant les chorégraphies.
Pour former son groupe, Olivier Gatto a réuni des pointures « planétaires ». Deux musiciens portoricains, Tito Matos (percussions et chant), leader de « Viento de Agua », et Shekinah Rodz (saxophones soprano et alto, flûte, chant, percussions), ainsi que Dimitris Sevdalis, pianiste grec au fin toucher latin jazz, Mickaël Chevalier, trompettiste italo-français, Michaël Rörby, tromboniste suédois fixé à New York, Sébastien Iep Arruti, tromboniste et arrangeur basque et Dexter Story, batteur multiple, venu de Los Angeles. Précisons qu’Olivier Gatto, natif de Manosque, a étudié un temps au Berklee College of Music de Boston (il a promis qu’il nous raconterait cela un jour…) et a notamment collaboré avec Salif Keita et Cesaria Evora. On retrouve bien ses goûts dans un judicieux choix de morceaux, pas toujours très connus, piochés dans le répertoire moderne du jazz, ce qui, enrichi du punch et du superbe jeu de son groupe, a permis de créer l’impulsion nécessaire à l’envol des danseurs.

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Les musiciens sont arrivés tirés à quatre épingles, cravates, costumes sombres, avec une Shekinah Rodz rayonnante. La classe ! Le concert a débuté sur les chapeaux de roues avec un remarquable « Isabel, the liberator » (Larry Willis), musclé, racé, sous tension, une perle, traversée par un lumineux chorus de Mickaël Chevalier, rappelant que Woody Shaw avait repris ce thème sur son album « Rosewood ». Atmosphère plus calme avec « Sleeping dancer sleep on» qui suit. Très beau titre écrit par Wayne Shorter, du temps où il faisait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey (album « Like someone in love »), joué avec justesse et un profond feeling, idéal pour accueillir une première chorégraphie du Jeune Ballet d’Aquitaine, souple, colorée et élégante. On retrouvera ce délicieux ballet sur une belle reprise du « Liberated brother » de Weldon Irvine. Olivier Gatto ne cache pas son admiration pour la « galaxie » Coltrane, et en particulier pour Mc Coy Tyner, dont le groupe reprend maintenant un « Walk spirit, talk spirit » empreint d’une spiritualité qui nourrit en profondeur un superbe chorus du contrebassiste, d’évidence dédié à Jimmy Garrison, autre étoile de ces cieux qu’il vénère. C’est Shekinah Rodz qui mènera ensuite « Dry your tears away », l’une de ses compositions, avec grâce et cette chaleur de jeu, aux saxes et à la flûte, qui s’affirme de concert en concert. Sur ce thème, elle chante aussi, d’une belle voix, habitée par une soul émouvante et pas feinte. C’est aussi l’entrée en scène des agiles danseurs du PESMD, dont l’inspiration sert une mise en scène captivante. On retrouvera un peu plus tard Shekinah au chant, sur « Un simple poema », une autre composition, posée sur un tapis de percus, feeling de braise à faire pleurer des statues. « Calypso Rose », composition de John Stubbenfield, au vif esprit porto ricain, voit Shekinah Rodz au soprano, et ce sont d’adorables petits danseurs du ballet Tempo Jazz qui investissent peu à peu la scène, en faisant de leur mieux, c’est très touchant. Ils sont bien vite rejoints par leurs aînés. Le ballet, mais sous une autre forme, revient et s’anime avec délicatesse sur un morceau qui n’est autre que le « Chan’s song » du film « Autour de Minuit », titre mélancolique signé Herbie Hancock et Stevie Wonder, rebaptisé en « Never said » pour Diane Reeves, et chanté ce soir avec beaucoup de feeling par Shekinah, à la lumière intime d’une lampe à la lueur jaunâtre.

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Juste avant ce morceau, c’est le majestueux « Brother Hubbard » de Kenny Garrett qui s’est joué, les musiciens s’en sont donné à cœur joie, et le PESMD ne pouvait que s’envoler, gracile et aérien. Même les plus belles fêtes ont une fin, et c’est d’abord « Not Forgotten » d’Israel Houghton qui a commencé à mettre le feu, avec danse, chant, féérie de couleur, pendant que le groove du groupe surchauffait l’atmosphère. Puis vint un final dont on se souviendra avec « He reigns » de Kirk Franklin, tous les danseurs sur scène, des rondes, des croisements, de la joie sur tous les visages, du chant, des questions/réponses entre le percussionniste et les danseuses, passant une à une à cette jubilatoire épreuve, puis tous sont descendus de la scène, ils ont traversé le public qui leur faisait une standing ovation, et ont quitté la salle.
Ce fut un concert magnifique. Grâce en soit rendue à L’Entrepôt du Haillan pour sa vivacité et la richesse de sa programmation. Une salle pleine à craquer pour un concert, bien des lieux de l’agglomération en rêvent ! Chapeau bas à la qualité musicale de très haut niveau de l’ « Afro-Borikén J***Ensemble », et un grand merci à Olivier Gatto et à ses épatants musiciens, pour assumer la rude tâche de construire jour après jour l’histoire du jazz de notre région, et que l’on va bien vite revivre sur d’autres scènes et dans d’autres projets. Et enfin, qu’une nuée de colombes s’envolent en l’instant vers tous ces jeunes danseurs, leurs chorégraphes et ces précieux ballets, pour leur dire aussi mille mercis pour la finesse et la fraîcheur de leur arts.

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Merci à Marie Favereau pour ses photos.

L’Entrepôt Le Haillan