Le retour du IEP 4tet

Texte et photos Philippe Desmond

Le Haillan, mercredi 8 novembre 2017.

Sébastien « Iep »Arruti est un musicien étonnant. D’abord, comme tromboniste il est un expert de cet instrument insolite, qu’on trouve de la fanfare de bandas à l’orchestre symphonique, ce cuivre difficile à manier, « fretless » pour le trombone à coulisse et qui dans ses mains obéit si bien.

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Ensuite comme musicien qui par son éclectisme n’a aucune frontière. On peut l’entendre jammer sur du old jazz New Orleans chez Pépère, jouer du be bop, du hard bop, mais aussi de la pop, du blues avec Nico Wayne Toussaint, voire même du hip hop avec Smokey Joe and the Kids, avec t shirt et casquette et un plaisir visible . Il peut évoluer dans un groupe soul avec le Biwandu All Stars tout comme dans le big band de Franck Dijeau. De ce point de vue il est complet.

Et il est aussi compositeur ! Il y a plusieurs années il avait à cet effet créé le Iep 4tet et enregistré l’album « Behin Bat Zen » signifiant dans sa langue basque « Il était une fois ». Déjà étaient présents Alain Coyral au sax baryton, Didier Ottaviani à la batterie et Timo Metzemekers à la contrebasse. Dès cette époque sa signature musicale était dans la structure de ses compositions : des suites. La « suite auscitaine », la « suite arcachonnaise », la « suite pour Maritxu ». Des morceaux très écrits, complexes, inventifs, une musique parfois brutale, parfois douce, des atmosphères New Orleans puis des développements à la limite du free. Étonnant.

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Ce soir dans l’église du Haillan et dans le cadre des mercredis du jazz de l’Entrepôt voisin c’est un nouveau répertoire qui va être présenté. Un répertoire qui va faire l’objet d’un prochain CD. Sous la lumière bleutée – la note bleue ? – qui colore la voûte de la nef, cette musique disons de jazz, ou contemporaine au sens classique du terme, aux accents NO ou be bop, ou autres, va être proposée à notre curiosité. La première suite se nomme tout simplement (!) « Bransle et variations anachroniques » du mouvement donc et en plusieurs mouvements. On découvre, on pense reconnaître, s’accrocher à des choses déjà entendues et ils nous perdent dans des débuts de transe, nous ramènent.

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La première surprise est le choix d’associer le trombone au sax baryton, le trombone étant pour une fois l’instrument le plus aigu ? Non me dira Sébastien mais parce que j’adore le sax baryton, tout simplement ; ça tombe bien moi aussi. Avec la « Suite impaire au vitriol » les connaisseurs identifient une compositions en trois, puis cinq, voire sept mesures. Pas facile à jouer me diront Alain et Didier, beaucoup de complexité, pas mal de « rendez-vous » à ne pas rater et une grande concentration. Le résultat lui est surprenant, on est familier des chorus successifs de chacun mais l’ensemble sonne différemment, on est vraiment dans la création. Chaque suite possède plusieurs mouvements sur des tempos différents et parfois même des atmosphères diverses.

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Sébastien est un être très intéressant, ouvrant souvent des débats, engageant publiquement ses opinions, il est un homme citoyen. Ainsi au vu de ce qui se passe aux USA depuis quelques mois il a jugé opportun de rappeler ce tragique épisode de 1963 ou le KKK avait commis des crimes racistes à Birmingham en Alabama. John Coltrane avait composé le titre « Alabama » pour la circonstance. C’est Didier Ottaviani qui l’introduit d’une façon magistrale par un solo plein d’émotion, de violence traduisant l’horreur du sujet. Décidément quel batteur !

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De façon plus gai, Iep nous propose la « suite arcachonnaise » écrite en souvenir des vacances passées chez ses grands parents sur le Bassin. Séquence émotion car ils sont là dans l’église, Sébastien redevient petit garçon. Une suite superbe figurant dans le premier album. Des tempêtes de batterie, des éclaircies de cuivres, des arcs en ciel de contrebasse pour évoquer les contrastes de ce lieu magique et les souvenirs d’enfance.

Pour finir voilà une suite très impolie en « hommage » à une personne et dont Sébastien ne tient pas à dévoiler le titre réel ; un indice « Suite pour une c… » . En plus il a de l’humour notre Basque, noir certes ici.

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Bientôt un album pour ce quartet et ces merveilleux artistes que nous avons la chance de cotoyer si près de nous à Bordeaux. On vous tiendra au courant.

Un portrait de Iep : www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

Chroniques Marciennes 3.4

Chapiteau de Marciac 30 Juillet 2017  Chronique : Fatiha Berrak, photos : Thierry Dubuc 

 

Nico Wayne Toussaint Big Band

Nico Wayne Toussaint : harmonica, voix

Pascal Drapeau : trompette

Sebastien Iep Arruti : trombone

Jean-Pierre Legout : Keyboard, voix

Michel Foizon : guitare, voix

Antoine Perrut : basse, voix

Romain Gratalon : batterie

Cyril Dumeaux : saxophone ténor

 

Ah quelle soirée mes amis … ! Une de celles dont on se souviendra longtemps.

Ce soir, le chapiteau est plus que jamais semblable à une fourmilière particulièrement agitée. Vous savez celle où règne cette forme de jubilation, avant l’événement dont on pressent quelque chose de singulier.

Sur les écrans du vaste chapiteau, défilent des images du festival dans tous ses états et commentées par une voix grave à l’accent rocailleux et caractéristique du terroir, sans parler de ses intonations typiques qui viennent éclairer d’un sourire certains minois, pareils aux tournesols alentours.

Il est 21 heures, lorsque les musiciens gagnent leur places dans l’obscurité avant d’allumer un brasier blues, ce brasier va immédiatement attirer un félin fou qui va s’y jeter, comme on plonge dans la vague immense. C’est Nico Wayne Toussaint qui surgit les bras grands ouverts vers son public comme pour l’enlacer en totalité et absorber son énergie et dispenser la sienne en échange équitable et chaleureux dans cet espace captivé.

C’est d’abord par un hommage vibrant rendu à James Cotton qui était l’harmonisiste de Muddy Waters et pour qui Nico Wayne Toussaint voue une grande admiration. C’est dans ce passé pas si lointain oh combien riche en événements chargés de larmes et de sang, mais d’espoir aussi, dont le ‘’présent » est cet héritage musical si vivant qu’est le blues qui porte en lui les stigmates aujourd’hui transcendées, comme autant de forces, de dignité et n’ayons pas peur des mots, autant d’amour par dessus tout.

Ici et maintenant celui qui le chante, le danse et le respire par tous les pores de sa peau, célèbre sa mémoire tel un trait d’union, un digne relais.

Un rythme dont l’esprit reflète toutes les couleurs de peau, le blues est bien l’héritage humain qui se chante et se danse dans toutes les langues dites libres ou en devenir de « l’être ».

Nico Wayne Toussaint possède un tempérament de feu. Après son triomphe de l’an dernier à l’Astrada avec son quintet, le « Get Booster Tour » aux couleurs blues funk, entouré de magnifiques musiciens, il revient pour cette édition 2017 avec une formation riche de trois nouveaux membres avec Pascal Drapeau, Sébastien Iep Arruti et Cyril Dumeaux.

Sur scène Nico Wayne Toussaint trépigne, sautille, et bondit. Il alterne librement tour à tour au rythme de son harmonica, les directs droites gauches, les l’uppercuts et les crochets fusent, mais également avec les caresses sensuelles et enivrantes. Le public ne tient plus en place, la salle est surchauffée et tout le monde est debout pour lui faire une haie d’honneur, lorsque l’artiste sillonne les artères d’une salle grisée et gorgée d’enthousiasme.

 

 

Dee Dee Bridgewater « Memphis Project »

Dee Dee Bridgewater : voix

Marc Franklin : trompette

Arthur Edmaiston : saxophone

Dell Smith : piano, orgue

Charlton Johnson : guitare

Barry Campbell : basse

James Sexton : batterie

Sharisse Norman : voix

Shontelle Norman-Beatty : voix

 

Une histoire d’amour évidente entre Madame Dee Dee Bridgewater et le public de Marciac, peut-être ! Mais, ce qu’il y a de certain c’est que ce soir, nous sommes tous véritablement impressionnés par l’indéniable charisme, le talent mais en plus, il y a autre chose de naturel chez elle, c’est cette incroyable classe et cette générosité. Au-delà de cela un mot me revient sans cesse à l’esprit tout au long de cette soirée en sa compagnie. Ce mot est ‘’jeunesse’’, bien entendu je parle non seulement de son aspect extérieur, mais surtout et avant tout de ce qui émane d’elle et qui véritablement rayonne tout autour.

Est-ce une grande part de ce blues dans lequel elle nous plonge plus particulièrement ce soir et qui surgit avec puissance ? Dans l’évocation de l’histoire américaine et son exhortation à toujours veiller sur l’aspect humain de l’être.

Dee Dee Bridgewater s’exprime dans un français parfait et va tout au long déployer une énergie communicative colossale elle semble clairement heureuse d’être de retour à Marciac. Elle présente son nouvel album « Memphis Project» sur lequel elle reprend des titres phares issus de la soul music, sa voix est puissante et percutante. La lady chante et danse ‘’Rock Me Baby ‘’.

Sous le chapiteau il y a peu de place pour danser mais certaines personnes n’ont pu résister longtemps et se défoulent avec bonheur. Le public est sous le charme de tous ses envoûtements. Lorsque le titre « Purple Rain » retenti des myriades de lumières se font jour en rythme dans l’obscurité.

Mais la fin du spectacle arrive à grands pas même si personne ne veut partir malgré plusieurs rappels auxquels madame Dee Dee Bridgewater à répondu avec un grand panache … Bravo bravo bravo !!!

Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Le swing étincelant du Franck Dijeau Big Band.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, mardi 28 mars 2017.

Le bonheur c’est simple comme un big band, preuve nous en a été donnée hier soir dans un Rocher 650 plein à craquer.

Pourtant un big band ce n’est pas simple ! Pensez donc 17 musiciens ! (la liste en fin d’article).

Il faut déjà les trouver. A Bordeaux pas de problème il y aurait presque l’embarras du choix tellement les talents y sont nombreux.

Il faut les réunir sachant que tous ont de nombreux autres projets.

Il faut qu’à l’heure dite aucun ne manque à l’appel.

Il faut de quoi nourrir chacun musicalement (répertoire, arrangements, partition) et aussi à table….

Il faut ensuite accorder tous les violons et sans violon dans l’orchestre ce n’est pas facile.

Il faut aussi trouver 16 cravates identiques – le chef curieusement n’en a pas – essayez vous verrez que ce n’est pas le plus aisé.

Et j’en passe…

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Cette prouesse Franck Dijeau l’a réalisée avec la passion et la fougue qui le caractérisent. Depuis que le projet est né voilà deux ou trois ans il n’a cessé de le peaufiner de le polir pour arriver ce soir à un niveau de qualité maximal. Cette soirée de sortie du premier album du Franck Dijeau Big Band « Swing Sessions » il la désirait, elle l’obsédait depuis des mois, son impatience affichée sur les réseaux sociaux était plus que palpable, elle se devait d’être réussie tout comme l’est l’album. Elle l’a été, splendide, magnifique, brillante comme les reflets des cuivres de l’orchestre.

Tout a bien commencé avec un « before » dans le foyer du Rocher destiné aux partenaires et aux souscripteurs venus chercher leur album pré-commandé il y a des mois. La famille et les amis sont là, les officiels aussi. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que Franck est le directeur de l’école de musique de Cenon à quelques encablures du Rocher. Excellents vins du château La Bertrande dont un magistral cadillac liquoreux pour préchauffer une partie du public… et les musiciens visiblement plus détendus que leur chef. « La journée de répétition s’est très bien passée » me confie Thierry Lujan le guitariste ; ils n’avaient pourtant pas joué ensemble depuis la résidence d’enregistrement à la Coupole en décembre ! 17 !

La queue est déjà très longue devant le Rocher, bien au delà du food truck de service. Vite le concert !

Salle 650 rouge et noire et les voilà tous sur scène en noir et rouge, le pari esthétique est déjà réussi. Rien de tel qu’un bon titre de Count Basie pour accueillir tout le monde ; « Jumpin’ at the Woodside » et nous voilà instantanément transportés dans cette époque rêvée des comédies musicales de Broadway, nos tenues se transformant en smoking, les dames s’habillant ou se déshabillant de robes de soie aux décolletés profonds et élégants. On s’y croirait ! On y est. Sur scène ça scintille de notes et ça va swinguer jusqu’au bout.

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Prise de son et lumières au top vont permettre de régaler les oreilles et les yeux. 17 musiciens et pourtant la possibilité de distinguer musicalement chacun d’un regard. Quand on pense big band on évoque de suite la puissance ; certes elle est là mais tellement accompagnée de nuances, de breaks ciselés faisant surgir le son délicat de la guitare, ou le ronflement de la contrebasse ; c’est une surprise continuelle mais aussi un bonheur de deviner les contrepoints des cuivres et bois (les sax et oui !). Franck Dijeau est allé chercher les versions initiales des morceaux pour les arranger à sa manière avec modernité mais respect.

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Pas de spectacle guindé comme le laisserait penser la présentation élégante de l’orchestre, au contraire sur scène une ambiance joviale mais appliquée ; on se chambre, on s’encourage, on se fait des niches, on ose relever des défis, objets de paris préalables. « Les Loulous » comme les nomme affectueusement le chef, assurent le spectacle et lui n’est pas le dernier à aller les chercher et à mettre de la fantaisie comme dans cette intro au piano volontairement interminable raillée par les musiciens qui s’impatientent ! Musicalement il les dirige au doigt et à l’œil ; au poing même, pas sur la figure, mais boxant l’air pour signifier le punch souhaité. Franck ne tient pas en place quittant son clavier -un vrai et beau piano à queue – pour diriger l’orchestre ou lancer les battements de main du public, y revenant pour un chorus ou signifier le final de trois petites notes.

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Évidemment certains diront que cela est codifié, que les chorus sont préparés à l’avance, le nombre de mesures fixé ; certes mais à 17 il vaut peut-être mieux non ? Ainsi à tour de rôle les solistes se lèvent et s’avancent pour faire leur numéro ; c’est réglé au palmer, évidemment.  Quand c’est son tour, le plus dissipé de tous, Sébastien « Iep » Arruti en profite pour faire des selfies, même avec le patron ! De l’humour, de la bonne humeur sur scène très communicative, tout cela permis par la qualité musicale remarquable.

Quasiment tout l’album va être joué avec en bonus un bon vieux rag de 1929, « Bugle Call Rag » qui se termine dans un tempo délirant, le big band y libérant tous ses chevaux ; ils l’avaient juste répété pour la première fois l’après-midi…

Rappel debout pour une version jungle de « Sing Sing Sing » avec un Julien Trémouille en démonstration à la batterie, se retrouvant seul sur scène pendant un chorus magistral au cours duquel il va garder un tempo de métronome tout en jouant continuellement le thème en filigrane.

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C’est fini. Plutôt ça commence car ce projet il va falloir le montrer à un maximum de gens, il le mérite et le public le mérite aussi. Pour les organisateurs de spectacles renseignez vous le prix est tout à fait abordable et vous êtes sûr d’attirer et de combler le public. Du très haut niveau.

En attendant achetez le disque et même s’il est sur toutes les plate formes numériques prenez le en CD, la pochette est superbement faite et très détaillée. En vente notamment chez Cultura, partenaire du projet,  diffusé dans Open Jazz sur France Musique et déjà dans le peloton de tête des ventes de jazz en France !

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Le Franck Dijeau Big Band :

Franck Dijeau direction d’orchestre, piano, arrangements, recherches, communication, logistique…

Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse.

Bertrand Tessier et Serge Servant au sax alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au sax ténor, Jean-Stéphane Vega au saxbaryton.

Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin aux trombones Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud aux trompettes et bugle (MC)

Pour en savoir plus :

Article du Blog Bleu : http://blog.actionjazz.fr/franck-dijeau-big-band-making-of/

Article et critique CD dans la Gazette Bleue pages 32-33 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Site web : www.franckdijeau.fr

Franck Dijeau Big Band : making of

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 23 décembre 2016, La Coupole à St Loubès (33)

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Nos activités pour Action Jazz nous amènent à sortir beaucoup le soir, l’après-midi beaucoup plus rarement, mais aujourd’hui nous innovons, ça se passe le matin, pas en matinée qui au spectacle veut dire après-midi – jamais compris pourquoi – non, avant midi.

Dans la grande salle de la Coupole il y a plus de gens sur scène que dans les gradins, nous sommes là pour une séance d’enregistrement vidéo du Big Band de Franck Dijeau. Cette formation qui existe depuis quelques années y termine une semaine d’enregistrement pour son premier album dont la sortie officielle est prévue au Rocher de Palmer le 28 mars.

L’ambiance est très détendue aujourd’hui car l’enregistrement proprement dit s’est terminé hier soir. Enregistrer un big band dans les conditions du direct, choix délibéré de Franck Dijeau, n’est pas une mince affaire. On ne peut imaginer quand on voit un tel groupe sur scène ou qu’on l’écoute sur CD le travail que cela représente. Qui ose dire après ça que musicien ce n’est pas un vrai métier. Par exemple hier la journée entière a été consacrée à un seul morceau ! Certes chaque jour précédent ils en ont mis trois en boîte.

Il faut dire qu’ils sont 17 à jouer. Franck Dijeau dirige l’orchestre depuis son piano, près de lui, côté jardin, la rythmique avec Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse. Les soufflants sont côté cour, les bois en bas avec cinq sax, Bertrand Tessier et Serge Servant à l’alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au ténor, Jean-Stéphane Vega au baryton ; au dessus les cuivres avec quatre trombones, Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin, et derrière, debout, quatre trompettes, Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud. Le moindre « pain » de l’un d’entre eux, le moindre décalage et il faut recommencer. Certes Franck n’a pas choisi les plus mauvais mais, malgré tout, jouer une telle musique avec ses arrangements très travaillés n’est pas une science exacte et le leader, à juste titre, est exigeant. Pour avoir eu la chance d’écouter les bandes brutes sans aucun mixage je peux vous dire que le pari est gagné, ça va être – car c’est déjà – splendide ! Nous en reparlerons dans la Gazette Bleue de mars.

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Aujourd’hui donc il s’agit de faire une vidéo de présentation du big band et la séance est un peu spéciale. Il règne une ambiance de potaches sous l’œil bienveillant du chef -il les appelle « mes loulous » – on se croirait parfois dans une salle de classe agitée, toujours un ou deux debout ou sorti, ça rigole, ça chambre, ça vanne, Iep en tête bien sûr. La pression de l’enregistrement est retombée et aujourd’hui ils vont faire semblant, pas du play-back, non on n’est pas à la télé, mais ils vont jouer sur la bande son d’un morceau enregistré dans la semaine : « Dinner with Friends » de Count Basie, sur un arrangement de Neal Hefti revu et corrigé par Franck Dijeau. Un titre bourré d’énergie avec un swing d’enfer.

La mise en place du jour n’est guère musicale mais logistique. Nettoyage de la scène, habillage des estrades, positionnement rigoureux du rideau de fond, réglage de l’écartement des pupitres et tenue soignée de rigueur ! Chemise et pantalon noirs, cravate motif cachemire rouge – au nœud pré-noué la veille par une âme attentionnée – pour la troupe, costume noir et chemise rouge pour le chef. La classe ! Une fois tous installés ça a drôlement de la gueule. C’est ça aussi qu’on attend d’un big band, au delà du plaisir musical extrême que cela procure – et là on est servi – il y a aussi cette esthétique qui fait partie des codes du genre. A propos de genre d’ailleurs, vous avez remarqué que c’est le genre masculin qui est ici la norme ; un jour la parité sera peut-être là aussi obligatoire…

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Un tel tournage c’est assez laborieux. Nous avions eu la chance le mois dernier de participer à celui du teaser d’Akoda et déjà avec 4 musiciens cela avait duré longtemps (le résultat est magnifique), mais aujourd’hui c’est encore autre chose.

Plusieurs prises de vue d’ensemble pour commencer, puis zoom sur la section de sax, puis ceux-ci s’éclipsent pour qu’on puisse filmer la section de trombones qui disparaît ensuite pour rendre les trompettes accessibles. A chaque fois on remet la bande son à zéro et on laisse le morceau se finir. Plus que la rythmique sur scène, le cameraman se concentrant sur chacun, le son complet de l’orchestre paraissant saugrenu sur cette scène désertée. C’est fini ? Tu parles ! On repart big band complet pour quatre ou cinq prises à faire semblant ou presque car il jouent vraiment sur la bande son. Et encore une dernière filmée en plongée depuis une nacelle.

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Une photo de famille autour du piano pour terminer et tout le monde se retrouve pour un pot lors duquel avec pudeur et émotion Franck Dijeau, tel Napoléon, félicite ses troupes par ce court compliment : « vous m’avez fait vivre le plus grand moment musical de ma vie ». Rien à rajouter.

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C’est une chance pour nous que d’assister à de tels moments, dans une excellente ambiance, avec des gens talentueux, travaillant très sérieusement et très professionnellement mais qui pour autant ne se prennent pas au sérieux. Nous attendons le disque avec impatience, son mixage commençant dès le début janvier, chaque leader de section y participant.

Le Big Band de Franck Dijeau compte bien ensuite décrocher des dates, alors tourneurs, organisateurs de concerts, de festivals contactez-les, vous ne le regretterez pas et dites-vous que le public vous en sera reconnaissant !

https://www.facebook.com/franckdijeaubigband/

 

Thomas Bercy trio et Guillaume Schmidt : déjà Noël !

Par Philippe Desmond.

Café du Sport, Uzeste (33) dimanche 27 novembre 2016.

Thomas Bercy (piano électrique), Jonathan Hédeline (contrebasse et basse électrique), Jéricho Ballan (batterie) ; invité Guillaume Schmidt (sax alto et ténor).

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Je n’étais pas revenu au café du Sport depuis février dernier et cela m’a fait rudement plaisir d’y retourner. Pour plusieurs raisons, l’affiche du soir bien sûr, on va y revenir, mais aussi pour le lieu et les gens qui le fréquentent.
Aller écouter du jazz un dimanche soir au fin fond de la campagne girondine, pour certains ce n’est pas très rock’n roll ; ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Quant à ceux qui claironnent que le jazz est élitiste ils feraient bien de venir faire un tour ici.

Ce dimanche en cette fin d’après-midi ensoleillée le café du Sport a déjà vécu une journée riche avec l’organisation, à l’intérieur et sous la tonnelle, du marché de Noël. Et oui à Uzeste et grâce à Marie-Jo on est aussi à l’avant garde du marketing et Noël s’affiche dès la fin novembre ! Mais ici on trouve seulement de l’artisanat du coin et non du Sud Est asiatique, des pâtisseries et gourmandises locales, et une librairie éphémère. Mais place aux musiciens, le stand des gâteaux et de chocolats (délicieux) en fait les frais, le lieu n’est pas immense.

Le trio de Thomas Bercy a invité Guillaume Schmidt pour un concert hommage à Eddie Harris et Ornette Coleman, deux saxophonistes mais deux univers différents. Les quatre avaient joué ensemble lors de la dernière jam de la Belle Lurette (chronique du 9 novembre dernier) mais là il nous proposent un concert entier.

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Comme à la maison

Le « Broadway Blues » d’Ornette Coleman ouvre le concert avec son swing entraînant et sa mélodie enjouée. Guillaume arrivé fatigué va instantanément recharger ses batteries, alto en bouche. Les gens s’installent tant bien que mal, sur des chaises, par terre, au bar où déjà quelques piliers pointent leur nez et où le vin chaud diffuse son parfum de cannelle. Il y a pas mal d’enfants dont ce petit blondinet de 4 ou 5 ans devant moi, fasciné par le son du sax alto ; tu sais que tu as de la chance bonhomme d’être là ? Quant à Dehli la chienne, elle commence ses allées et venues entre les spectateurs.

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Un petit bonhomme subjugué

Et au milieu de tout cela, dans ce décor typique et décalé, adossé à la cheminée encore fumante, le quartet qui joue de mieux en mieux.
L’agréable agitation va s’estomper avec le titre suivant, « Lonely Woman » d’OC, introduit par la longue et lente plainte au sax ténor étonnamment épaulée par un tempo très rapide des cymbales, la tension montant progressivement lors du passage de piano. L’écoute est maximum, drôlement bien le public ici.

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Un peu louche ce Jéricho…

Contrairement à son titre « Cold Duck Time » réchauffe l’atmosphère avec son groove accrocheur. Et oui nous sommes avec Eddie Harris, une musique plus facile diront certains mais tellement agréable ; le quartet s’éclate, nous aussi. « Epthylipo » (?) une composition de Guillaume Schmidt apaise un peu l’ambiance. Guillaume possède différents registres dans lesquels il excelle mais ses compositions sont plutôt dans la douceur et l’élégance, comme celle-ci.

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Guillaume Schmidt au ténor

Retour au groove avec « Freedom Jazz Dance » d’E.H et l’invitation faite à Sébastien « Iep » Arruti de rejoindre le quartet. A peine sorti de sa housse le trombone du Basque va monter en température ; on sent le plaisir des cinq larrons d’être ensemble. Et Dehli qui passe et repasse.

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« Iep » en invité surprise

C’est la pause, le chapeau va tourner dans les mains de Michel qui, à mesure que la soirée avance, va se révéler un excellent ambianceur ou chauffeur de salle, n’hésitant pas à encourager le public à danser, en montrant l’exemple, ou à débriefer les morceaux : « le truc que vous venez de faire à la fin, on aurait dit les Tontons Flingueurs » dit-il aux musiciens  hilares. Ou encore après « Palinodie »,  une jolie ballade composée par Guillaume Schmidt, « Tu peux me refaire un slow, je suis sur un coup » ; impayable. Jouer sérieux – car ça joue excellemment bien – sans se prendre au sérieux, voilà la vérité.

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Michel et ses commentaires éclairés

« Turnaround et « The Blessing » d’O.C ont lancé le second set qui va se terminer énergiquement par « Listen Here » d’E.H, chacun des musiciens – les cinq pour finir – y allant de son chorus devant quelques danseurs et dans la gaieté générale. Et Dehli qui fait sa ronde.

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Dehli en vadrouille

Ne vous y trompez pas, sous cet aspect de fantaisie il s’agit ici de vraie musique, de vrai jazz, une bonne partie du public est faite de réels amateurs qui viennent chercher, en plus de la qualité musicale, un moment de partage.
C’était déjà Noël ce soir à Uzeste, on reviendra c’est sûr , en janvier je crois fêter les Rois.

Guillaume Schmidt à la Belle Lurette ; un bœuf et une boucherie !

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, St Macaire le 6/11/2016

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Ceux qui voulaient passer une fin de dimanche tranquille et qui sont venus à la jam de la Belle Lurette sont vraiment mal tombés. Ils nous ont mis un souk – et je suis poli – tous ces musiciens à vous faire regretter le canapé rouge de Drucker à la même heure.

Pourtant tout s’annonçait bien, au trio de base composé autour de Thomas Bercy au piano, de Jonathan Hédeline, le fidèle, à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie s’ajoutait un invité de luxe en la personne du saxophoniste Guillaume Schmidt trop rare dans le coin.

Et bien dès le premier morceau, pas de round d’observation, la bagarre a déjà commencé, « la branlée » me dira plus tard Sébastien Iep Arruti toujours prompt à venir partager son punch avec ses adversaires/partenaires.

Guillaume avait dû préparer son sax alto en mode préchauffage car de suite il a pris les tours sur le « Cold Duck Time » d’Eddie Harris. Le froid de canard on ne l’a pas senti longtemps croyez moi. Parmi les sax, l’alto n’est pas celui que je préfère mais aux mains et au bec de Guillaume je dois avouer que je craque. Il a un timbre, un grain qui ôtent cet aspect un peu trop aigu et clinquant que je trouve à l’instrument ; ce n’est que mon avis mais je le partage. Premier chorus à couper le souffle, pas le sien heureusement , et évidemment Thomas qui lui emboîte le pas car quand il est question de folie il arrive de suite. Il va finir par le casser ce clavier ! Derrière Jonathan et Jéricho commencent leur marathon car tout comme Thomas ils ne vont quasiment pas avoir de pause de toute la soirée. Ils ne seront pas avares de solos et tant mieux pour nous. Sauf que le marathon commence au sprint ! Pas de répit ils enchaînent sur « Broadway Blues » d’Ornette Coleman sur un tempo bien speedé. Tout ce vacarme ameute le voisinage – et même les Bordelais arrivés en nombre – et le bar se remplit aussi vite que les verres se vident. Que ce lieu est chaleureux !

Après ces deux titres, pas le temps de se recoiffer et voilà la jam qui commence avec l’arrivée sur le ring d’un bel athlète, le redoutable poids lourd basque Sébastien Iep Arruti, le roi de la coulisse. « Listen Here » d’Eddie Harris à la mélodie guillerette va ressortir toute cabossée de cette rencontre avec ces tueurs.

Vous l’avez compris on s’est régalé.

Petite trêve avec « In a Sentimental Mood » où un premier guitariste rejoint la bande. Jeu en finesse et douceur de Guillaume, il sait tout faire très bien, une place pour Jonathan à la contrebasse et des prouesses de Jéricho aux balais. « Saint Thomas » voit Olivier Normand et son sax ténor rejoindre le groupe pour une très belle joute avec Iep.

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Un autre guitariste est là qui a un âge certain débute en jazz sous le regard bienveillant de Thomas le chef de jam, Alex Aguilera régale de sa flûte et l’ambiance monte, monte. Le Collectif Caravan qui organise ces soirées peut-être fier d’animer ainsi des endroits hors de Bordeaux qui méritent aussi cette ouverture vers le jazz.

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Pas de bœuf sans « Cantalupe Island » avec Laurent excellent à la basse électrique très funk, pour une version très punchy de ce classique.

Un peu de douceur alors que la fin approche avec la venue de Marina Kalhart qui nous chante « Speak Low » de Billie Holiday, Guillaume lui offrant de temps en temps un tapis de velours au ténor et un band enfin calmé. Marina enchaîne en prenant la contrebasse de Jonathan , elle aussi sous le regard bienveillant du patron qui lui laisse une belle place pour un long chorus ; ça sert à ça les jams, on y progresse à vue d’œil ou d’oreille.

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Amusant de voir lors de ces bœufs chacun avec son classeur de partitions voire son petit carnet pour les plus traditionnels ou un pad pour les plus branchés. On échange deux trois infos, on fixe la tonalité et c’est parti. Un regard par ci, un signe par là pour lancer les chorus, un cri parfois et c’est une affaire qui tourne.

Arrive le générique de fin, immuable ici, avec bien sûr « Caravan », mais un modèle de compétition, châssis rythmique renforcé pour résister aux accélérations et aux breaks, habillage chatoyant pour flatter l’esthétique.

Une boucherie ce bœuf, on reviendra !

La jam de la Belle Lurette c’est chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 h 30 environ. Prochaine date le 4 décembre avec le guitariste Dave Blenkhorn comme invité.

Le quartet de base de ce soir jouera le dimanche 27 novembre à 17 heures chez Marie-Jo au Café du Sport à Uzeste. Allez-y le lieu est super sympa en plus.

Andernos … 45ème … ça tourne !

Par Ivan-Denis Cormier, Photos : Philippe Marzat
Inauguré en cette douce journée ensoleillée du vendredi 22 juillet 2016, le 45e festival de jazz d’Andernos s’ouvrait sous les meilleurs auspices. Nul coup de canon pour ameuter le voisinage, mais un modeste « ding » de l’instrument le plus minimaliste qui soit –le triangle– façon subtile d’évoquer le thème des festivités : « Percussions en tous genres, vous êtes désormais autorisées à battre le pavé trois jours durant ! » Dans cette station balnéaire d’ordinaire si sage, si tranquille, du fond du bassin d’Arcachon, où grands parents et familles choisissent de passer l’année au vert, l’été au chaud, comblés par la douceur de l’air, le bleu du ciel et de la mer, le festival de jazz est devenu un temps fort désormais indispensable, une institution sous la protection des élus, pompiers, gendarmes, agents de sécurité, et sous le regard amène des commerçants et artisans qui contribuent à faire d’Andernos un lieu éminemment vivable, et disons-le quasi-paradisiaque pour un festivalier.
Dans un de ces coins de France à dimension humaine où le culte de l’authenticité et de la bonne chère l’emporte encore sur celui de l’argent et du pouvoir, où les barres de béton et  les hypermarchés n’ont guère droit de cité, une musique urbaine aussi peu paisible que le jazz n’allait-elle pas détonner ? Une musique de rebelles, quand ce n’est pas de sauvages, caractérisée par des soubresauts, gesticulations et éructations, une musique d’aliénés qui génère autant de stress qu’elle en libère ; une musique violente qui exprime confusément la rage de ne vivre sans autre horizon qu’horizontalement, de grands axes bruyants, surpeuplés, embouteillés et survoltés et verticalement, d’immenses façades plutôt grises, sinon souillées de graffiti  ? Certains clichés ou a priori ont la vie dure ; un choc culturel brutal, un rejet total étaient à craindre, et pourtant…
A en juger par l’écoute attentive de ceux qui ont eu la bonne idée de venir entendre ces tambourineurs, souffleurs, gratteux produire des sons étranges sûrement venus d’ailleurs, il n’y a ni panique ni révulsion, la curiosité est là et la soif de découvrir des sensations nouvelles évocatrices d’autres horizons finalement pas si lointains que cela semble satisfaite. Toutes les conditions étaient réunies pour favoriser cette écoute. Andernos adhère à des choix esthétiques audacieux –entendez, sans intolérance aucune– dont le jazz est plus petit dénominateur commun. Pour la municipalité, saluons un vrai respect et une volonté d’accueillir non seulement dignement, mais chaleureusement ces visiteurs d’un soir. Admirons l’engagement des énergies locales, rassemblées et organisées, dévouées et généreuses. Le big band qui a l’honneur d’inaugurer la scène du jardin Louis David tandis que les bénévoles servent aux invités boissons, verrines et huîtres a choisi le mélange des genres, signe d’ouverture d’esprit qui correspond bien à la volonté du grand maître des cérémonies Eric Coignat ; idéalement situés et très conviviaux, les lieux sont propices à l’échange, la communion. La ferveur des artistes se nourrissant toujours aussi de celle de l’auditoire, on peut s’attendre à un vrai succès –pas seulement un succès d’estime, manifesté par quelques applaudissements polis– chacun aura compris qu’ici on ne se fiche pas du monde, qu’on offre au visiteur une expérience globale hors du commun. L’effort consenti est aussi financier –l’hospitalité n’est pas un vain mot : la gratuité de ce festival exceptionnel est admirable, c’est l’autre raison qui emporte l’adhésion.
La maison Louis David qui borde le jardin s’est transformée en centre culturel et ce soir, en musée où est présentée une magnifique collection privée d’instruments à vent, des plus rudimentaires –didgeridoo ou chofar — aux plus sophistiqués, trombone à coulisse et à pistons, cornet, trompette ou bugle, saxophone. De surprise en surprise, ce festival-là a pris le parti de nous instruire, d’étonner et de réjouir.

Alexis Valet

Alexis Valet

Direction la scène qui jouxte la jetée, pour y écouter Alexis Valet, vibraphoniste, et son sextet lauréat du tremplin d’Action Jazz cette année. Ce groupe se compose de jeunes et de plus anciens. Percussif dans son essence, son jazz post-moderne déroule des mélodies soignées, des harmonies très travaillées et ne cède jamais à la facilité. Julien Dubois, qui œuvre au saxophone et Sébastien ‘Iep’ Arruti, au trombone, en musiciens accomplis, exposent avec brio des thèmes auxquels ils donnent du sens et de l’expression, s’appuyant sur une rythmique solide ;

Sébastien "Iep" Arruti

Sébastien « Iep » Arruti

Aurélien Gody à la contrebasse pilote le tempo, qu’il souligne, ponctue ou appuie bien par quelques mesures de walking bass, et on se régale du jeu très fin du batteur Jéricho Ballan qui donne à l’ensemble un relief saisissant. A la guitare, quelques accords bien ouverts et quelques lignes mélodiques style contrechant donnent de l’épaisseur et une texture particulière à chaque titre et Yori Moy emploie une palette de sons différente selon les morceaux ; le maître d’oeuvre, lui, est toujours présent mais intervient de façon décisive en chorus,

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Les compositions sont riches, relativement complexes, du coup, les improvisations présentent pour les solistes de nouveaux défis, car les suites d’accords sont tout sauf conventionnelles et poussent chacun à explorer et à articuler des combinaisons harmoniques inédites, la gageure étant de construire un discours en référence au thème qui s’inscrive dans la tradition jazzistique –variations infinies sur un thème pré défini. Le public a-t-il de l’oreille ? Apparemment oui, et il la prête volontiers –cette curiosité et cette marque de respect de la part de néophytes étonnent dans le bon sens.

Aurélien Gody

Aurélien Gody

Retour au jardin Louis David pour écouter le trio du Québécois Jérôme Beaulieu. Dès les premières envolées on est frappé par la qualité et surtout la précision rythmique de l’ensemble. Ce sera décidément le temps fort de la soirée. La progressivité de la montée en puissance et la netteté des changements de plans sont frappantes. Le public n’a pas à compter les mesures : le groupe lui fait ressentir le découpage de façon évidente, le plonge dans une expérience physique qui prend aux tripes et monte à la tête. Sans compter que l’abord jovial du contrebassiste Philippe Leduc à l’enthousiasme communicatif suscite immédiatement l’empathie. Les trois acolytes emmènent l’auditeur dans un univers assez proche de celui d’Esbjörn Svensson mais en plus dynamique et plus coloré, notamment grâce à un pad de percussions échantillonnées, utilisé par le batteur William Côté avec sagacité et parcimonie. L’utilisation de l’archet par Philippe Leduc est judicieuse et révèle du même coup la justesse des notes (jusqu’à NHOP cela n’a pas toujours été le fort des contrebassistes de jazz) A consommer sans modération.

Philippe Leduc, "Misc"

Philippe Leduc, « Misc »

Pas de faute de goût, finitions impeccables, dans ce répertoire qu’immortalise l’album Misc. , tout séduit et impressionne. La maîtrise des volumes, des masses et timbres sonores, le soin apporté à l’architecture et les surprises que créent les variations montrent un formidable travail de composition et de cohésion instrumentale en amont. Dans l’entame des morceaux, on réalise que l’accentuation des notes, qui définit la pulsation avant même que n’interviennent la basse et la batterie, est parfaitement dosée et que le toucher du pianiste est bel et bien magistral. L’on comprend que Jérôme Beaulieu traite résolument le piano comme un instrument à percussion (il l’est par nature, mais ses autres attributs ont peut-être fait oublier qu’il peut aussi se réduire à cela) c’est un choix esthétique qui ravit. Et lorsque le ‘drive’, l’énergie d’un couple contrebasse-batterie dansant prennent le pas sur la mélodie, le pianiste choisit d’exploiter la diversité de timbres que permet la fonction percussive de son instrument, d’étouffer toute résonance en posant la main sur les marteaux à l’intérieur du piano ou de gratter quelques cordes. L’effet est saisissant.

Jérôme Beaulieu "Misc"

Jérôme Beaulieu « Misc »

Très conscients de l’abrasion que produit une trop grande complexité harmonique sur des oreilles non exercées (ou pas assez endurcies, comme on voudra) le groupe a choisi de s’inspirer de musiques réputées moins savantes, le rock ou la pop, et de privilégier une rythmique à la fois complexe et abordable, stimulant en nous quelque chose de plus viscéral, de plus immédiat, et ça marche ! Pas de déchet, rien n’est gratuit… sauf le concert lui-même ! Dans cette recherche de la perfection d’exécution, de la pureté, de la gaieté et de l’ardeur juvénile, il y a une fraîcheur qui tranche sur les productions cérébrales purement expérimentales comme sur celles bien trop lisses qui répondent à des exigences commerciales. Cette nouvelle génération enterre joyeusement les fossiles (leurs aînés, héros couverts de gloire, se retrouvent aujourd’hui dans la position d’anciens combattants arborant leurs médailles et avançant avec peine lors de commémorations officielles).

Je ne le cacherai pas, une certaine amertume m’envahit lorsque je vois se caricaturer elle-même telle ou telle légende des années 60 ou quand je vois se produire des stars qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, une certaine fierté aussi quand je vois de jeunes musiciens reprendre le flambeau et se battre à leur tour en revisitant les standards avec conviction et inspiration ; cependant je me dis qu’avec Misc, on assiste à tout autre chose, car là où les anciens alpinistes traçaient péniblement des voies dans un environnement hostile pour arriver au sommet, eux partent du sommet et dévalent à toute vitesse des pentes vertigineuses après avoir pris le télésiège, mais qui peut en vouloir à ces jeunes talentueux de faire du hors-piste ? Dans la voie qu’ils ont choisie, les obstacles et les aspérités sont multiples, mais les difficultés du parcours sont effacées par la sûreté des trois musiciens. Au final, c’est un peu comme si l’auditeur était un randonneur novice amené à suivre un sentier de haute montagne balisé par des guides expérimentés.

Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.