Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

Roger Biwandu invite Camélia Ben Naceur à l’Apollo.

L’Apollo, Bordeaux le 13 septembre 2017.

Pas de jazz à Bordeaux ? Pas hier soir en tous cas ! Pensez donc Dianne Reeves remplissait la 650 au Rocher, Olivier Gatto présentait son nouveau projet « Alma Caribe » au Caillou et pour sa carte blanche à l’Apollo Roger Biwandu invitait la pianiste Camélia Ben Naceur. L’embarras du choix, embarrassant en effet. Par chance Olivier Gatto revient au Caillou ce vendredi, alors pour moi ce sera l’impasse pour la grande Dianne ; mais une équipe d’Action Jazz y était et vous en parlera.

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Roger Biwandu entretenait le suspense depuis quelques semaines sur l’identité de son invitée baptisée pour la circonstance Caramelito. La dernière fois il l’avait appelée Victoria Principal ! Mais nous étions quelques uns à avoir compris de qui il s’agissait car il nous annonçait une pianiste exceptionnelle et des comme Camélia il n’y en a pas beaucoup.

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Un certain Billy Cobham s’en est d’ailleurs aperçu et il en a fait sa pianiste titulaire depuis bientôt dix ans ; elle était avec lui lors de son dernier passage au Rocher. Camélia joue aussi avec les Jazz Paddlers autour de Jean-Marie Ecay et de musiciens de la région – en principe – tous surfeurs. Le batteur bordelais Joris Seguin en fait partie. Il est là ce soir et me parle du grand professionnalisme de son amie Camélia. Le talent certes, il est immense, la passion bien sûr, il suffit de la regarder jouer, mais surtout énormément de travail.

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Perfectionniste aussi jusqu’au bout des doigts comme ces gants de manutention qu’elle met pour ranger son matériel et préserver ses petites mains qui sont un trésor. Et par dessus tout Camélia c’est une boule d’énergie qui donne beaucoup au public et à ses partenaires musiciens, elle est toujours à 200% me dit Joris, il y a longtemps que je m’en était aperçu. Camélia c’est un miracle au piano si on veut faire un mauvais jeu de mots car elle vit à Lourdes où entre deux tournées dans le monde avec Billy elle vient se ressourcer.

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Et donc hier soir elle était la vedette de ce magnifique trio, Roger à la batterie bien sûr et Nolwenn Leizour à la contrebasse. Roger n’est certes pas misogyne mais surtout il aime à s’entourer d’excellents musiciens et d’ami(e)s ; le fait que ce soit des femmes ou des hommes est subalterne.

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Le répertoire est très éclectique, alternant les titres punchy et des ballades profondes. Dans ces dernières l’explosive Camélia est capable de maîtriser sa fougue et de la transformer en délicatesse, de jouer en gouttelettes, de montrer sa sensibilité. Mais elle peut tout à coup en quelques mesures y introduire un groove surprenant. Et là l’entente parfaite avec Roger et Nolwenn est éclatante. Il faut les voir s’écouter, se comprendre, anticiper, marquer des breaks, se répondre.

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Bientôt Roger Biwandu va venir jouer avec un tambourin – mon rêve me dit-il – il a en effet pris ce soir un jazz set minimal, caisse claire, grosse caisse, charley et une seule cymbale. Comment faire tant de choses avec si peu de choses ? Un pied de nez à Camélia et à son patron Billy Cobham qui lui joue avec un vrai show-room ? Les soirs de jazz Roger, je l’ai souvent dit, joue de la musique plus que de la batterie, un régal pour les oreilles et les yeux.

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Nolwenn avec toute la discrétion qui la caractérise est à l’ouvrage, elle finit épuisée. Son rôle indispensable pour l’assise du trio est évident et elle a pris ce soir autant de chorus que certains dans une année. Ses dialogues avec Camélia sous les yeux admiratifs de Roger sont à souligner et leur accolade finale est révélatrice.

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Camélia a elle tenu ses promesses, comme toujours, avec ce bonheur de jouer et d’écouter les autres. Elle aussi a fini épuisée, des crampes dans les poignets de ses quatre mains (!) tant elle a donné d’accords et de triples croches.

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Une idée m’a traversé l’esprit pendant cette soirée, comment tous ces gens qui passent dans la rue entendant et voyant le concert à travers la vitrine de l’Apollo ne prennent-ils pas le temps de rentrer, comment peuvent-ils se priver de tels moments de bonheur…

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Set List

Black Nile (W. Shorter)

Dolphin Dance (Chet Baker)

You the Night and the Music (Arthur Schwartz)

Dindi (A.C. Jobim)

Sing a Song of Song (Kenny Garrett)

 

Caravan( Juan Tizol- Duke Ellington)

There is no Greater Love (Isham Jones)

I Have a Dream (Herbie Hancock)

Anna Maria (Wayne Shorter)

Moment’s Notice (John Coltrane)

Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Biwandu 4tet : Tribute to Kenny Garrett

par Philippe Desmond.

L’Apollo, Bordeaux

 le mercredi 10 mai 2017

Nous revoilà de retour au rendez-vous mensuel de l’Apollo pour la Carte Blanche à Roger Biwandu. Du jazz ce soir avec un tribute to Kenny Garrett. Attention pas Kenny G le sirupeux saxophoniste de smooth jazz – bel oxymore – mais le grand souffleur, surtout  d’alto, celui que la planète jazz s’arrache.

Dans le rôle de sa doublure Jean-Christophe Jacques, un de ses plus fervents admirateurs et un de ses excellents serviteurs. Il étrenne en concert son nouveau sax alto un Keilwerth Sx90 R en finition vintage gravée, une merveille d’instrument tout comme son soprano du même facteur, lui aussi une bête de course. Reste à s’en servir et autant le dire on ne sera pas déçu, on sera même enthousiasmé.

Deux autres fidèles du boss Roger complètent la formation. Hervé Saint-Guirons est au piano électrique et Nolwenn Leizour à la contrebasse, tout va donc bien se passer.

Beaucoup de musiciens et pas des moindres sont là ou vont venir faire un tour, gage d’intérêt pour ce concert et à les voir écouter ils apprécient.

Kenny Garrett a déjà à son actif plus d’une quinzaine d’albums dont la plupart sont de ses compositions, il aussi marqué de sa présence pas mal d’œuvres de la fin de la carrière de Miles Davis, il y a donc le choix pour le répertoire. Il va être varié avec des compositions de Kenny Garrett donc ainsi que de Michaël Jackson, le « Human Nature » repris par Miles, ou « Giant Steps » où JCJ enfile le costume sombre de Coltrane pour nous montrer que lui aussi sait se servir d’un sax alto.

Le premier titre va donner le ton de la soirée, du jazz nerveux dynamique et un rodage accéléré du nouveau sax alto. Celui-ci sonne merveilleusement à la fois chaud et puissant, précis dans les aigus et  ténor dans les graves. Jean-Christophe ne va pas être avare de chorus et la soirée avançant ceux-ci vont atteindre des sommets.

Personnellement si j’ai un morceau à retenir c’est « Sing a song of song », un titre de 1997, mon préféré de Kenny Garrett. Une mélodie toute simple pure et belle propice aux improvisations des plus délicates aux plus enflammées. Hervé va s’y mettre le premier dans un chorus qu’on aurait écouté toute la nuit, relayé par Jean-Christophe à l’alto qui va partir vers des sommets.

Nolwenn entretient la rythmique avec verve, répétant à l’envi les trois accords phares de celle-ci ; on l’entend mieux que dans le premier set mais il a fallu qu’elle pousse les curseurs à fond pour arriver à se faire entendre au milieu de ce bouillonnement de musique. Roger lui est dans le rôle d’une de ses idoles Jeff « Tain » Watts, un des créateurs du titre, et ça doit le motiver encore plus ; il est éblouissant, délivrant parfois quelques scuds explosifs !

Quant au sax alto tout neuf « ça y est il est bien ouvert ! » me confiera Jean-Christophe Jacques ; tu m’étonnes !

On n’est jamais déçu par ses soirées à l’Apollo on en redemande même et bien le mois prochain ce sera double ration ! Le samedi 10 juin Roger Biwandu and guests seront de retour à l’Apollo qui fêtera son 20ème anniversaire  ainsi que le mercredi 21 juin pour la fête de la musique.

Set list :

2 Down & 1 Across
The House That Nat Built
She Wait For The New Sun
Human Nature
Giants Steps

Wayne’s Thang
Lonnie’s Lament
Delta Bali Blues
Sounds Of The Flying Pygmies
Sing A Song Of Song

Happy People

Roger Biwandu : « Three » release

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Rocher de Palmer le mardi 4 avril 2017.

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Roger Biwandu est quelqu’un qui fonctionne à l’amitié, les rapports humains sont une des choses les plus importantes de sa vie et hier soir il était à son aise, il connaissait l’immense majorité du public du Salon de Musiques du Rocher, complet. Mais attention, pas dans le sens de la vieille blague sur la différence entre un concert de rock et un concert de jazz, dans le premier tout le public connaissant le nom de chaque musicien et dans le second les musiciens connaissant le nom de chaque membre du (maigre) public.

Famille, amis du rugby, d’enfance, du quartier – l’appartement familial où vivent toujours ses parents est en face du Rocher de Palmer – collègues musiciens, amis du monde la musique ou d’ailleurs, l’assemblée était acquise et pourtant bien timide au début. Je pense que tous savaient que c’était un moment important pour Roger, l’aboutissement d’un long processus de création et de mise en place scénique. Et oui cela fait plus d’un an que le CD « Three (two girls and a boy)» est né mais il fallait pour le sortir trouver l’occasion de le jouer et réunir tous les talents pour quelques concerts , notamment celui-ci et samedi au Duc des Lombards à Paris.

Car des talents il y en a eu, nous avons vraiment été servis.

L’affaire a commencé en trio avec le fidèle Jérôme Regard à la contrebasse, présent sur le précédent album « From Palmer » et le Cubain Irving Acao au sax ténor que nous avions pu entendre ici même il y a deux ans avec Roger et ce soir là Mario Canonge. Ils avaient fait forte impression.

La voix off de Roger a annoncé le trio de Roger Biwandu et nous avons eu la surprise de voir arriver sur scène ses trois enfants, les « Two Girls and a Boy »,  les fameux « trois enfants à nourrir », un de ses gimmicks, Emmy annonçant Irving Acao au sax, Lisa introduisant Jérôme Regard à la contrebasse pour finir par Marcus tout fier « et à la batterie mon papa ». De l’humain avec Roger, toujours, et de l’humour.

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Premier titre de l’album et du concert « Strut For My Boys From PA » et de suite nous voilà dans le vif du sujet ; ils ne sont pas là pour bricoler. Chorus permanent de Roger impressionnant de rythme et de musicalité aux baguettes, de la musique avec des percussions, un Irving Acao auteur de plusieurs solos explosifs sous la rythmique solide d’un Jérôme Regard qui trace la route avec force et précision. Un premier titre flamboyant. Un rythme de béguine bien punchy de Roger pour « FWI » avec un Jérôme monstrueux, même pas peur, et un Irving extraordinaire ; un tueur.

La formule originale de ce trio est d’une redoutable efficacité comme le confirme « A Train Named Fish » les rafales de caisse claire, les grondements et claquements de contrebasse se complétant parfaitement avec les cris du sax ténor au son souvent proche de l’alto, tant Irving va chercher les aigus comme un guitar héros avec la main en bas du manche.

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Le trio change alors de soliste avec l’arrivée de Christophe Cravero au clavier. Voilà encore un superbe musicien, polyvalent instrumentalement, piano, violon, alto, batterie, polyvalent musicalement, Billy Cobham, Eric Séva pour le jazz mais aussi Sansévérino ou Dick Annegarn et compositeur aussi. Tel son titre « Elegant Elephant » où les échanges de regards et de rires avec Roger sont éloquents de leur complicité. Nous sommes vraiment gâtés. Et c’est pas fini comme dit la pub !

Arrive celle qui va être la découverte de la soirée, la chanteuse sud-africaine Tutu Poane qui va nous éclabousser de son talent, de sa voix, de son élégance. Vraiment Roger sait bien s’entourer. Parfaite dans tous les registres et capable de scats fabuleux et originaux, elle m’a plusieurs fois donné des frissons de plaisir ; et à mes voisins aussi. Magnifique !

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Nouvel invité en la personne de Mickaël Chevalier au bugle pour « Footprints » de Wayne Shorter (titre que vous trouverez sur l’album… ou pas) , enchaîné sur l’hymne de Roger, le morceau qui est sa signature, « From Palmer », réarrangé avec Stéphane Belmondo dans le nouvel album « Three » ; quelle belle composition.

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Puis on se « Ballade A Vélo avec Huyên » avec deux « l » avant de revenir au match et au trio initial avec « la Hargne de FF », pas celui qui aime les jolis costumes, mais Florian Fritz le joueur du Stade Toulousain (dont Roger a la serviette pour s’essuyer ce soir) , que je débaptiserais bien Freetz tant le morceau vire du hard bop aux fulgurances du free.

Fausse fin et rappel enthousiaste ; et oui on a envie de tous les revoir et particulièrement la merveilleuse Tutu. Pour ceux qui connaissent l’album on se doute bien qu’elle va revenir car il manque le titre « Black or White » de Michael Jackson si cher à Roger. Les premières notes nous rassurent, voilà un dessert délicat que l’on savoure avec gourmandise.

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Chapeau Monsieur Biwandu pour ce concert plein de surprises, c’était la grande classe et il ne pouvait en être autrement avec tous ces talents réunis.

Et dire que pendant ce temps sur un autre plateau, télévisé celui-là, onze joueurs de pipeau tentaient de placer leur chorus dans une cacophonie insupportable… On était tellement mieux ici.

 

Portrait de Roger Biwandu et chronique du CD dans la dernière Gazette Bleue :

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

 

Roger Biwandu met l’Apollo en fusion

par Philippe Desmond, photos Jo Gaut et PhD ( au tél, sans lumière et sans frein…)

L’Apollo, Bordeaux le 8 mars 2017.

Le jazz rock, né dans le sillage de la comète Miles Davis au début des 70’s, a permis d’élargir le public du jazz un peu refroidi par trop de Free mais a toujours eu du mal à s’imposer en tant que jazz auprès des puristes ou en tant que rock chez les fanas du binaire. Il a ainsi changé de nom oubliant le rock pour devenir jazz fusion.

Personnellement c’est par là que vers mes 18 ans je suis rentré dans l’univers du jazz, une passerelle entre le rock que j’écoutais depuis tout jeune et le jazz que je ne « connaissais » qu’à travers un 33 tours familial de Syney Bechet… A cette époque le Corea de Return to Forever (vus en 74 à l’Alhambra de Bx) , le Herbie Hancock des Headhunters (vus à Bayonne en 76) n’étaient pour moi que des claviéristes de synthés et pianos électriques. Art Blakey quasi inconnu au bataillon mais j’étais subjugué par la débauche d’énergie et de matériel de Billy Cobham. L’Eleventh House de Larry Coryell, Weather Report, Mahavishnu, Alphonse Mouzon, Isotope… remplissaient ma discothèque. Premier album de Miles acheté en 75 « Get up with it » précédant un flash back discographique fourni…

Complexité des harmonies, prolifération de notes, développement des morceaux avec trop de démonstrations instrumentales ont fini par lasser et ce type de musique a perdu de son attrait, certains partant vers l’acid jazz ou le smooth jazz, d’autres vers le funk et les piliers vers leurs premières amours jazzistiques, y intégrant une belle dose de modernité néanmoins. Snarky Puppy et d’autres perpétuent désormais le genre pour notre grande satisfaction.

Hier soir à l’Apollo de Bordeaux – qu’on ne remerciera jamais assez – hommage était rendu à ce type de musique avec un Tribute to Brecker Brothers (parents et alliés) dans le cadre des « Cartes Blanches à Roger Biwandu ». Et le mot fusion y a pris tout son sens peut-être pas celui initial mais celui qui découle d’une très forte montée en température ; pour cela il faut un apport très important d’énergie, et bien on a été servi !

A la forge six musiciens avec Roger à la batterie, Shob à la basse, Xavier Duprat aux claviers, Denis Cornardeau à la guitare et « Los Metales del Terror » Régis Lahontâa et Loïc Demeersseman dans les habits de Randy (tr) et Mickaël Brecker (st). Pour faire simple disons qu’ils ont tout défoncé.

Ils ont commencé par plumer « The Chicken » de Pee Wee Elis ; ils ont bien mis un quart d’heure à en venir à bout, ne restaient plus que les os après tant de groove. C’est ainsi parti très fort et, sauf à la pause, ce n’est pas retombé.

Après le « Snakes » de David Sanborn où Loïc Demeersseman a continué de se mettre en valeur (« C’est plus de mon âge cette musique » avouera t-il ; menteur ! ) Régis Lahontâa a bouché sa trompette pour un son très Miles dans le funky « Spherical » ; précis, musical, impeccable. Le groupe tourne à merveille et pourtant c’est un one shot band rappelons le, peu de répétitions, beaucoup de travail individuel, les transcriptions à faire car n’existant pas. Les breaks tombent pile, la cohésion est terrible, ça bricole pas sur scène.

Bravo à Rix venu pour faire le son, pas facile à maîtriser ici, même si, ayant oublié mes bouchons d’oreilles, des boulettes de kleenex m’ont sauvé de la surdité par moment ; mais le jazz rock il faut que ça claque !

« Port of Call » et une basse Marcusienne pour le remarquable Shob qui a été royal toute la soirée dans ce rôle plus qu’indispensable pour ce type de musique où finalement tout par de là ; première fois à l’Apollo certainement pas la dernière.

Un autre célébrait ici son baptême, le guitariste Denis Cornardeau dans le rôle de Mike Stern, rien moins. Sa strato nous en a fait entendre de toutes les couleurs, des riffs saturés aux chorus délicats ou enfiévrés en passant par une intro quasi acoustique il a emballé tout le monde.

Sur ses deux claviers le discret Xavier Duprat – hors scène – a régalé trouvant parfaitement ces sons d ‘époque parfois un peu datés, avec une virtuosité et une énergie bondissante dignes de sa collègue Camélia, une grande spécialiste du genre au sein du groupe de Billy Cobham.

Et Roger Biwandu le boss ? On le connaît tous par cœur, enfin on le croyait car hier soir, concentré comme jamais, il nous a encore surpris, inondant le concert de sa classe à un niveau stratosphérique. Cette musique lui convient lui le puissant batteur, il s’y exprime pleinement. Finesse, polyrythmie, créativité incessante et tout cela avec une débauche d’énergie délivrée apparemment sans effort . Ah ce travail à la grosse caisse, je n’ai jamais fait attention mais il doit avoir un ou deux pieds de plus que nous… Ça laisse augurer -si on en doutait – un super concert le 4 avril au Rocher pour la sortie de son album « Three » ; plus de détails dans la Gazette Bleue #21 de mars dont Roger est la vedette.

Après la pause reprise avec le tube « Inside out » synonyme depuis des années de « Jazz à Fip » et un groove qui ne va pas nous lâcher dans les titres suivants jusqu’à l’explosion finale du trépidant « Some Skunk Funk » le tube des BB ; les Metales sont à fond, Loïc tout rouge prêt à exploser ; Xavier saute sur son clavier, ils sont tous la poignée dans le coin sur ce morceau si caractéristique du genre, mené à un tempo infernal. Et comme à la boxe, nous voilà tous saoulés de coups après ces dix reprises ; on en redemande !

C’est toujours chouette le jazz rock finalement !

Pendant ce temps au Camp Nou le PSG se faisait lui aussi défoncer, mais avec moins de plaisir que nous…

 

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

set 1

The Chicken (Pee Wee Elis)

Snakes (David Sanborn)

Spherical (Randy Brecker)

Port of Call (D Sanborn)

Sponge (R. Brecker)

set 2

Inside Out (R. Brecker)

Upside Downside (Mike Stern)

Common Ground (M. Stern)

Detroit (Marcus Miller)

Some Skunk Funk (R. Brecker)

La Gazette Bleue N° 21 vient de sortir ! Bon printemps à vous !

Bonjour !

Voici la Gazette Bleue N°21 • Mars 2017 et ça repart !

Avec Roger « Kemp » Biwandu qui se livre et « Three », puis tout sur le colloque an 1 et le 5° tremplin, mais aussi Philippe Méziat et le T4S, Post Image (30 ans !), Benoît Lugué « Cycles », Éric Séva, Franck Dijeau, et bien d’autres, + chroniques cd et agenda & more !

Bref, le printemps sera chaud !

Bonnes lectures !

Hommage à Blue Note par Roger Biwandu quintet.

par Philippe Desmond, photos Rémy Dugoua

L’Apollo de Bordeaux, le 16/11/2016

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Un concert dédié au label Blue Note, Action Jazz dont le logo est une note bleue ne pouvait pas le manquer ; remarquez que les cartes blanches à l’Apollo, personnellement je n’en ai pas raté beaucoup. Ces cartes blanches elles sont depuis toujours (1997 !) dans les mains de Roger Biwandu, dans des registres divers, de la pop à la soul en passant ce soir par le jazz, du vrai, du bon, du bop.

Hommage donc au label historique du jazz, Blue Note le bien nommé. Fondé aux USA en 1939 par Alfred Lion et Max Margulis, ce label a vu passer tous les plus grands du jazz. Un peu en déclin dans les 70’s il a bien redémarré dans les 80’s et d’ailleurs ce soir une de ses artistes emblématiques actuelles se produisait à Bordeaux : Norah Jones chantait en effet au Femina pour un concert complet depuis des lustres. Amateurs de jazz ou de star system ? Réponse dans la chronique à paraître en suivant.

Et bien nous, nous étions à l’Apollo avec Roger Biwandu (batterie), Alex Golino (sax ténor), Mickaël Chevalier (bugle), Hervé Saint-Guirons (piano électrique) et Olivier Gatto (contrebasse) et nous n’avons pas regretté. Un Apollo confortable ce soir, du monde mais pas cette foule oppressante de certains soirs, des conditions idéales pour se régaler en musique…et au bar qui pour une fois est accessible !

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« Driftin’ » d’Herbie Hancock ouvre le concert sur un bon tempo, gai et enlevé. De la musique classique presque, 1962 pensez donc ! Mais toujours aussi moderne. Ce qu’il a de remarquable dans ces cartes blanches c’est que tout se passe quasiment sans répétition, chacun « faisant ses devoirs » (dixit Roger) dans son coin pour le soir du concert venu s’accorder avec ses partenaires. Ça tourne rond dès le départ. Il faut dire que les musiciens présents ne sont pas là par hasard, Roger Biwandu ne prenant jamais de risque, vu l’exercice, et s’entourant toujours des meilleurs pour le type de musique choisi.

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« Hocus Pocus » ensuite, de Lee Morgan avec Mickaël Chevalier dans le rôle du trompettiste, mais au bugle, instrument qu’il ne quittera pas de la soirée. Il me dira le préférer de plus en plus à la trompette pour la suavité du son. Il vient même d’en commander un tout neuf. Chacun prend sa part du morceau, les chorus s’enchaînent naturellement, pas de démonstration, de la musique tout simplement.

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Le très alerte et mélodieux « Una Mas » – vous connaissez tous – de Kenny Dorham – vous connaissez moins – arrive ensuite et s’étire au gré des chorus, piano très délicat d’Hervé, sax volubile mais pas trop d’Alex, liberté du bugle de Mickaël, rythmique nuancée mais solide d’Olivier, batterie créative et sans cesse différente de Roger, du jazz quoi.

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« Fee Fi Fo Fum » de Wayne Shorter, issu du magnifique album « Speak No Evil » radoucit l’atmosphère avant le sprint de « Moment’s Notice » de John Coltrane. Superbe.

Une pause pour faire tourner encore plus le bar et nous voilà repartis avec Hank Mobley et « Take Your Pick ». Bravo à Roger Biwandu pour le choix des titres et un tour d’horizon quasi complet du catalogue Blue Note dans le style Hard Bop qui le caractérise. « Punjab » de Joe Henderson ensuite, puis le grand classique « Around Midnight » de Monk alors qu’il n’est que 21 heures 30. Magnifique version.

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Arrive un de mes favoris avec « Crisis » de Freddie Hubbard qu’ils vont tordre près d’un quart d’heure avec verve et intensité, proposant chacun des chorus percutants. Ce titre est d’une tension qui ne vous lâche pas, excellent choix. « The Kicker » d’Horace Silver et, enfin, le solo de batterie de Roger attendu toute la soirée. Ce soir je l’ai senti sérieux, impliqué, concentré, cette musique, parmi toute celles qu’il aime, c’est quand même sa favorite et il ne voulait certainement pas décevoir ; opération réussie et quand il se lâche Biwandu devient Triwandu.

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Roger annonce que c’est la fin du concert mais il reste encore un peu de temps avant le couperet de 22 heures, strictement respecté en ce lieu, ce que nous appelons musique devenant, passé cette heure, tapage pour le voisinage. Alors allons-y pour un rappel avec le standard « Moanin’ » de Bobby Timmons écrit pour Art Blakey et ses Messengers. Intemporel.

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Quand après le concert je demande à Mickaël Chevalier pourquoi il n’a joué que du bugle la réponse arrive « depuis les élections aux USA, no more Trumpet » avant de m’en donner la raison musicale évoquée plus haut.

Encore une soirée de grande qualité, amicale en plus, dans un Apollo rénové magnifiquement. Prochaine carte blanche le 21 décembre dans un tout autre registre, un hommage à Bambi…

 

Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.

Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !