Concert de Soutien à FIP Bordeaux

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher, mardi 3 octobre 2017.

Vous le savez certainement les trois locales de FIP, celles de Nantes, Strasbourg et Bordeaux/Arcachon sont menacées car remises en question par le PDG de Radio France Mathieu Gallet. Le dossier est très avancé et la fin annoncée très proche paraît-il. Économies. Pourtant une goutte d’eau dans la galaxie Radio France, car une locale c’est 7 ou 8 personnes et la moitié en équivalent temps plein. Par contre pas de reclassement prévu pour ces personnes… Idem à Nantes et Strasbourg les deux autres locales rescapées des précédentes purges.

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Certes FIP continuerait à diffuser sa bande son mais comme le déclare la pétillante animatrice Stéphanie

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puis Patrick Duval dans son mot d’accueil « chez lui » au Rocher de Palmer, devant une 650 pleine, finies les annonces locales si importantes pour la vie culturelle : les concerts, les expositions, le cirque, le théâtre, le court métrage, les pestacles pour enfants, les rencontres littéraires, les conférences, les « petits » festivals, tous ces événements qui ainsi ne passent pas inaperçus.

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Souvent ces spectacles ou événements annoncés n’ont pas accès au grands médias ils trouvaient là un relais important.

Ces radios FIP créées il y a plus de 40 ans ont déjà subi trois attaques, la première en 1986 comme le rappelle Patrick Balbastre, ancien de Radio France.

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A cette époque à Bordeaux nous avions FIB, il y avait FIL à Lyon, FIM à Marseille et aussi d’autres, FIP étant uniquement à Paris ; le FI voulant dire France Inter, la troisième lettre correspondant à la ville. Devant le mécontentement des auditeurs les radios avaient subsisté mais sous le seul nom de FIP et avaient tout de même gardé leurs antennes et ainsi leurs annonces locales. La dernière attaque date de 2000, époque où FIP Lille a été supprimée comme le précise Jean-Gabriel Guichard du comité de soutien.

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Et voilà que ça recommence au moment où cette radio vient d’être déclarée la meilleure du monde par Jack Dorsey le PDG de Twitter. Les présidents de la Région, du Département, de la Métropole, de gauche et de droite, solidaires de FIP,  ont écrit à ce sujet au PDG de radio France sans résultat pour le moment.

FIP est un joyau, combien de découvertes avons nous faites en l’écoutant.  Ma discothèque est pleine de disques puis de CD entendus sur FIP pour la première fois. Je me souviens au début où il fallait téléphoner pour connaître le titre, notant l’heure dans la voiture et appelant le soir ou le lendemain ! Puis le portable permettant d’appeler immédiatement, puis les playlists sur le net jusqu’aux autoradios indiquant maintenant le titre en direct. Combien d’entre nous on téléphoné au 05 56 24 13 13 pour essayer de gagner une place pour un concert à Eysines, au Fémina ou ailleurs ou encore pour gratter un album à l’œil. Je me souviens avoir gagné plusieurs fois. La musique certes mais aussi les annonces.

Ces annonces ce sont les jolies voix des Fipettes qui nous les prodiguent et ce soir elles sont là révélant ainsi – enfin – au public leurs personnes, leurs visages, comme Zorro qui enlève son masque. C’est que la situation est grave.

Les amateurs de la radio se sont déplacés et après l’inquiétude de voir arriver le public au compte goutte c’est la satisfaction de constater la 650 pleine. FIP c’est avant tout la musique et peu de paroles alors va pour peu de discours et beaucoup de musique(s) ce soir.

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FIP c’est tout, le jazz, le classique, la chanson, la pop, les musiques du monde… tout on vous dit mais de qualité, alors ce soir l’échantillon proposé est éclectique et de grande valeur.

Du jazz avec Edmond Bilal Band le quartet de bordelais bien connu d’Action Jazz car vainqueur du Tremplin 2013. Prestation courte de 20 minutes comme les autres mais dense et sans round d’observation. Les excellents Paul Robert au sax, Mathias Monseigne à la basse, Simon Chivallon aux claviers et un époustouflant Curtis Efoua à la batterie. Une musique inventive, dynamique et moderne, une découverte pour beaucoup une confirmation pour nous. Ecoutez leur dernier opus sorti en mai dernier « Starouarz » vous verrez.

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Changement radical avec Las Hermanas Caronni, deux sœurs jumelles argentines venant de Rosario, mais vivant à Bordeaux depuis plusieurs années et fidèles auditrices de FIP comme elle nous le révèlent. Laura au violoncelle et Gianna aux clarinettes, les deux chantant. Un moment de grâce d’une beauté dépouillée magnifique et si musicale mais bien trop court – j’ai déjà eu la chance de les voir lors d’un vrai concert, merveilleux, ne vous en privez pas à l’occasion – Pleines de fraîcheur et d’humour en plus, comme Gianna qui nous déclare pendant que Laura s’accorde que celle-ci a accouché sous FIP. Style indéfinissable mais à quoi bon, du jazz, du tango, de la chanson, une touche de classique, FIP à elles deux. Une 650 bouche bée sous le charme ; moi quand je les vois et les entends, c’est simple, je tombe amoureux des deux à la fois.

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FIP sans musique du monde n’est pas FIP nous voilà partis dans les Balkans avec la Cie Mohein et ses 8 musiciens « seulement », la chanteuse n’étant pas là.

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Autour du cymbalum – un piano sans clavier en quelque sorte – au son si caractéristique, trois violons endiablés, la clarinette de Nicolas Lascombes, une guitare, une contrebasse et des percussions.

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Ça virevolte, ça balance, le public finissant debout. Musique aux sons parfois tristes et pourtant si gaie, musique d’émotions, pour mariages et enterrements comme on le dit pour elle.

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Tout les musiciens viennent saluer rejoints par les Fipettes, les applaudissements de la salle debout sont scandés, c’est émouvant et rappelons nous, seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.

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Sauvons les locales de FIP, signez la pétition !

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Les six Fipettes (Photo Dom Imonk)

lien pétition : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

contact : fipbordeauxarcachonendanger@gmail.com

 

 

« Body and Blues » d’Eric Séva : le concert.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, vendredi 13 janvier 2017.

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Ce concert, pour nous, était un peu spécial car mardi dernier nous avions eu la chance d’assister à une séance de répétition du projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva, « Body and Blues », lors de sa résidence au Rocher de Palmer (voir article précédent du blog) et nous allions en voir l’aboutissement. Autant dire de suite que nous avons été émerveillés. Entre mardi et cette musique qui commençait à sortir du moule, encore brute, pleine de bavures et hier soir l’œuvre finale parfaitement ajustée, polie dans les moindres recoins, il y avait eu un travail fabuleux. On l’oublie ou on ne le sait pas, mais la musique n’est pas que talent et virtuosité de l’instrument, la musique, la bonne, est aussi le fruit d’efforts, de travail, de prises de risque, d’essais. Et l’aisance affichée des musiciens sur la scène de la 650 n’était que la conséquence de tout cela.

Après une intro aérienne et parfois évanescente, utilisant quelques effets d’électro, la couleur blues du projet est tout de suite apparue. Eric Séva au sax baryton, dont il est un maître, a très vite engagé un duel avec Manu Galvin et sa guitare pour cette composition nommée « Mister Slide ». Sacré saxophoniste et sacré guitariste. Le concert est lancé instantanément, on est de suite dans le vif du sujet, ce beau sujet qu’est le blues, musique mère par excellence comme nous l’expliquera Eric Séva avec la douce et élégante élocution qui le caractérise.

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Dans « Mini Scopy Blues », un blues boogie, le dialogue démarre très vite entre Eric Séva et son baryton aux effets électroniques, dont une pédale wah-wah, et Christophe Cravero au piano, le ton monte, le son monte – à noter la parfaite sonorisation du concert – c’est beau. Le drumming de Stéphane Huchard tout en contraste est remarquable, à entendre et à voir.

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« A Gogo » enchaîne sur un rythme funk-cajun (?) avec les riffs de guitare jamesbrowniens sur un tapis énorme de contrebasse aux mains de Christophe Wallemme. La clarté cristalline du piano arrive à s’extraire de ce gros son, c’est superbe. Ces cinq musiciens que nous avons devant les yeux c’est une énorme chance pour nous, des références absolues dans leur catégorie, associés ici pour la première fois à l’initiative d’Eric Séva et de Sébastian Danchin son directeur artistique. Un coup de maître.

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Et pourtant nous ne sommes pas au bout de notre contentement car arrive sur scène pour deux titres, un bluesman, un vrai, un pur, Harrison Kennedy dont l’aura se répand instantanément dans la salle. Deux notes d’harmonica, trois mots chantés et on a compris à qui l’on avait affaire : un grand ! Eric au soprano et Harrison vont nous embarquer dans un blues lent et profond ; on y est ! On y est encore plus avec le titre suivant joué en seul duo très roots soprano/banjo, la voix chaude d’Harrison provoquant des frissons de bonheur.

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« Train Clandestin » nous les avions vus le travailler mardi et là nous en sommes pantois ! Quelle différence entre la version brute et celle-ci, un monde. Tours de passe-passe du baryton et de la batterie pour nous figurer le train qui s’ébroue, et qui une fois lancé parcours grâce à la légèreté du piano ces paysages dégagés. Le duel final des bielles manivelles de Stéphane Huchard donnant petit à petit leur pleine vapeur avec le baryton d’Eric Séva est une réelle trouvaille.

« Bivouac » une jolie ballade fait retomber la pression ; les morceaux lents sont peut être ceux où l’on ressent le mieux l’unité du groupe et il suffit de capter quelques gestes d’amitiés et de contentement entre les musiciens pour ici la vérifier. La tension va monter au gré des chorus de chacun. On avait oublié que la basse électrique était aussi une guitare, Christophe Wallemme nous le rappelle avec talent. Christophe Cravero n’est pas en reste quant à Manu Galvin il vous arracherait des larmes avec la plainte de sa guitare. Au sax soprano Eric Séva excelle aussi, il en sort un son très pur plein d’émotion.
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« Body and Blues » plein de délicatesse nous montre aussi le talent d’Eric au sax sopranino, le plus petit de la famille. Curieusement Eric Séva ne joue pas, ou rarement, d’alto et de ténor, préférant ce grand écart instrumental.

« Red Hat » un gros blues pour finir, ou presque, ovation, tapage, vivas et rappel avec le retour d’Harrison Kennedy pour « I Feel Good » qu’il nous fredonne ? Non, pour la ballade des ballades, dans laquelle il endosse avec respect les habits de Ray Charles qui lui vont comme un gant, « Georgia » ; une version magique, vocalement et instrumentalement.

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Un blues dynamique pour finir avec une salle debout et un bonheur partagé entre le public et les musiciens qui avoueront après le concert leur grande satisfaction de la réussite de ce projet.

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Dire qu’il restait des places dans la 650 alors que le concert était gratuit !

Le groupe rentre en studio la semaine prochaine pour enregistrer le CD « Body and Blues » dont tous les présents d’hier attendent la sortie avec impatience. On reparlera de tout cela dans la Gazette Bleue de mars.

www.ericseva.com

 

(Go)God save the GoGo Penguin !

par David Bert, photos Alain Pelletier

Rocher de Palmer le 13.12.2016

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A bientôt l’heure de faire la Rétro de l’année 2016 et de se lancer dans un inventaire des faits marquants ou historiques, de se souvenir (des belles choses…mais pas que) et de se préparer à se jeter dans les bras de 2017, on peut deviner que la dite affaire du « Brexit » occupera une place conséquente dans tous les almanachs à venir.

Dans l’album souvenirs 2016 d’Action Jazz, richement garni de moments exceptionnels, nos amis d’Albion trouvent aussi une place toute légitime avec un trio hyper créatif et détonnant, tout droit venu de Manchester, GoGo Penguin !

Chris Illingworth au piano, Nick Blacka à la contrebasse et Rob Turner à la batterie ont offert sur la scène du Rocher de Palmer, un concert inoubliable. Limite aux allures de treck, tant l’exploration est permanente et le voyage omniprésent, dans des paysages sonores élaborés avec une finesse et une créativité renversantes, où chaque son, chaque inspiration devient un site remarquable à admirer sans aucune modération…

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Puisant dans des influences allant de Claude Debussy à Massive Attack et né en terre fertile de rock, le trio jazz signait cette année son troisième album « Man Made Object », un opus signé ,s’il vous plait, sous l’illustre label Blue Note. Une reconnaissance et une marque de confiance incontestable de la part du label de jazz fondé en 1939 à New York, qui s’est imposée comme une évidence suite aux deux premiers albums déjà très remarqués, « Fanfares » en 2012 et « v2.0 » en 2014.

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Alchimistes, explorateurs du son, ils nourrissent leurs titres de touches subtiles et bougrement efficaces, d’éléctro, de trip-hop, au service de mélodies musicalement transmissibles (MMT) hautement contagieuses.

Le talent crève les yeux et caresse amoureusement les oreilles du public de la 1200 du Rocher qui affiche une très belle jauge de milieu de semaine, une belle et émouvante démonstration que le jazz rassemble autant les initiés que les aventureux et au final c’est ce qui compte.

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GoGo Penguin s’impose naturellement comme une des formations incontournables de la jeune scène jazz anglaise et même européenne, Brexit ou pas… Un trio qui transpire l’audace et la créativité, à ne manquer sous aucun prétexte si l’occasion se présente… Et si elle ne se présente pas, allez la chercher !

GoGo Penguin

Chris Illingworth : piano / Nick Blacka : contrebasse / Rob Turner : batterie

Discographie

Fanfares (2012)

v2.0 (2014)

Man Made Object (2016)

gogopenguin.co.uk

A bord du Tara avec le Nokalipcis Project

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Sortie officielle de l’album « Tara »
Rocher de Palmer, vendredi 2 décembre 2016.

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Ce soir nous allons prendre le large, embarquement au Rocher, pas de Gibraltar mais de Palmer sur la goélette Tara avec un très très bel équipage nommé NOKALIPCIS avec par ordre d’apparition dans ce nom mystérieux (plus pour longtemps) NOlwenn Leizour (contrebasse), MicKAël Chevalier (bugle), PhiLIPpe Valentine (batterie) et FranCIS Fontès (piano). Pour ceux qui ne savent pas voyager sans carte prenez celle marquée Néo Bop.

Le Salon de Musiques (le « s » final est très important en ce lieu) se garnit copieusement de passagers avec pas mal de têtes connues et notamment de jeunes têtes, celles de musiciens en devenir qui ne boudent pas leurs aînés, ça fait plaisir.

Le gréement est de qualité ; sur scène un piano, un vrai, les seuls que Francis Fontès apprécie, Mémé la vieille et respectable contrebasse ¾ de Nolwenn et une batterie de rêve, une rare Craviotto en bois, acajou et érable moucheté, cerclée bois, qui va faire mourir de jalousie les quelques batteurs présents dans la salle. Le bugle artisanal tout neuf de Mickaël Chevalier arrive dans ses mains pour un largage des amarres tonitruant soutenu nerveusement par la batterie dans une longue phrase tendue très hard bop ; un accueil à bord des plus surprenants qui décoiffe tout le monde. Piano et contrebasse viennent humaniser tout cela et nous voilà donc partie sur un premier bateau nommé « La Fuggita ».

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Et oui avant d’être le musicien que l’on connaît Mickaël Chevalier a eu plusieurs vies, notamment celle de marin. Il a traversé les océans, fait le tour du monde comme mécanicien de bord. La plupart de ses compositions originales présentées ce soir portent les noms des bateaux sur lesquels il a navigué. Comme « Renée » un cargo porte container avec lequel nous traversons l’Atlantique par une mer calme et sereine sur une mélodie tout en douceur. Déjà un chorus d’une grande musicalité de Francis Fontès (le médecin du bord), ampleur, volubilité et finesse sont là comme d’habitude bien qu’on ait l’impression qu’il a encore fait des progrès ! C’est bien possible car il travaille pour. La suavité du bugle, préféré pour cette raison à la trompette, fait la transition avec une intervention en solo très travaillée de Nolwenn qui place de suite la barre très haut. Philippe Valentine tire la quintessence de son bijou en bois comme il va le faire toute la soirée d’une façon remarquable ; un drumming très musical.

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On change de navire avec la goélette « Tara » qui file ses 12 nœuds, légère et agile, tout le monde s’affairant sur le pont avec précision et efficacité . Très beau.

Tempo tendu en cross stick contrastant avec deux chorus nostalgiques de piano et contrebasse, pour encore une belle mélodie amenée par Mickaël, l’intensité montant petit à petit vers un duel éblouissant entre le piano et la batterie arbitré par la contrebasse. Du pur bonheur musical comme en témoigne nos regards échangés avec les amis autour. Nous étions au pied d’un fjord en Norvège pour une « Balade à Tromsø ».

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Place au trio rythmique pour une escale avec une jolie composition de Nolwenn et un arrangement de Francis, « Butterfly’s Dream », débutant par une balade délicate puis, une fois le papillon sorti de sa chrysalide, s’envolant même sur un rythme de samba. Pendant ce temps Mickaël en bon mécanicien graisse les pistons, pas du moteur V10 de son cargo mais du 3 cylindres en ligne de son bugle encore en rodage et qui lui fait quelques misères.

Puis Mickaël Chevalier prend les habits de Freddie Hubbard, un de ses musiciens favoris, avec « Dear  John » (Coltrane) et l’irrésistible « Crisis » où chacun s’en donne à cœur joie, le vibrato du bugle ramenant toujours au gimmick envoûtant du titre.

Ce bugle Mickaël le fait gémir ou geindre avec un certain humour dans « For Gino ». A 5 degrés près nous serions géographiquement en accord avec le titre suivant « 40° Nord », celui qui traverse, entre autres, la Méditerranée. La section rythmique entretient avec un autre dialogue piano batterie un groove impeccable, sous un déluge de notes,   le tout sous un orage de contrebasse, le bugle dévoilant de belles éclaircies.

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En rappel « Rara Avis » nous ramène tranquillement à terre, il est temps, le bugle ce soir est capricieux et a consommé pas mal d’huile, mais sans nuire au résultat. Mickaël m’expliquera que ce type d’instrument artisanal est ajusté de façon très précise et que, neuf, la moindre poussière peut perturber son fonctionnement. Il est musicien, mécanicien mais aussi excellent compositeur et arrangeur comme le prouve tous les titres entendus ce soir et qui figurent – sauf Crisis – dans l’album « Tara » du Nokalipcis Project magnifiquement illustré par les dessins de la goélette par Christian Revest.

L’unité et la cohésion du groupe sont vraiment manifestes et la croisière de ce soir a été une splendeur, d’un niveau de qualité impressionnant, tant au niveau de l’interprétation que des compositions. Un projet vivant à recommander à tous les programmateurs.

https://www.facebook.com/Nokalipcis/

Richard Bona : the black voodoo machine

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Richard Bona : the black voodoo machine – 19/11/2016 Eysines

Par Carlos Olivera, photos Alain Pelletier

La musique populaire du XXème siècle est porteuse de la sonorité et des rythmes africains : le jazz, le blues et, bien sûr, le rock. Mais aussi les musiques caribéennes comme la rumba, le boléro, le guaguanco, le mambo, le cha-cha-cha et autres rythmes qui font danser le monde entier dès la fin des années 1930. Et ce sont ces musiques caribéennes qui ont fait le voyage retour vers l’Afrique à partir de la fin de la première moitié du XXème siècle, amenées par les marins caribéens qui arrivent sur ces côtes pour le commerce. C’est le début d’une “ré-africanisation” des musiques latino-américaines, surtout cubaines, qui vont influencer notablement l’orientation musicale de l’Afrique. C’est pourquoi le choix de la musique d’un disque comme “Heritage” du musicien camerounais Richard Bona et le Mandekan Cubano, avec des sonorités clairement latino-américaines, est totalement naturel pour lui qui aime se submerger dans ses propres racines pour trouver de nouvelles formes d’expression et se réinventer.

Et c’est cette musique qu’on est venu écouter à Eysines, à la salle du Vigean. Dehors il fait froid et j’ai galéré pour trouver la salle de concert, mais une fois arrivé on est récompensé par la musique. Les premiers accords chauds de la basse à cinq cordes de Richard Bona, suivi du piano et du reste du groupe nous font oublier que dehors c’est l’hiver. La musique réchauffe, nous transporte, et tout d’un coup, on est aux Caraïbes et on a envie de danser. Il ne se passe pas longtemps avant que le premier couple casse les codes d’une salle de concerts comme celui d’Eysines et se mette à danser à côté de la scène. Rapidement on voit des ombres qui se lèvent partout, pressées d’arriver à la piste de danse improvisée. Et c’est le morceau Santa Clara tiene montuno, du pianiste Osmany Paredes qui ouvre le bal. Le calme revient avec un boléro où la trompette de Dennis Hernández jouée à la sourdine est magnifique et nous transporte dans les rues de La Havane.

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“C’est chaud ici, j’ai aussi envie de descendre sur la piste de danse ! Mais j’aurais besoin d’un peu d’armagnac” nous balance le bassiste et chanteur depuis la scène et sous les applaudissements. Le concert est riche en rythme, mais aussi en échange entre l’artiste et le public. Et il n’a pas laissé passer l’opportunité de parler de la ville d’Eysines : “Quand j’ai lu la liste de villes de la tournée j’ai vu : Rio de Janeiro, Tokyo… et Eysines ? Je me suis demandé : “c’est où ça ?” Mais il faut dire que c’est ici que j’ai mieux mangé ! » . Le public rigole et approuve.

La musique continue et on arrive à l’un des moments les plus impressionnants de la soirée : Richard Bona, tout seul sur scène avec ce qu’il a appelé la “Black voodoo machine d’Eysines”. Il s’agissait d’un looper, ou “boucleur”, avec lequel il a monté une polyphonie complexe de chants aux sonorités africaines improvisée sur place. Un exercice tellement impressionnant et émouvant grâce à la profondeur de sa voix, et qui a été mon moment favori du concert.

Bilongo, un classique de la musique afro-cubaine, a été l’un des moments les plus appréciés par le public. Mais le moment fort de la soirée a certainement été lorsqu’il a demandé à tout le monde de se lever et de danser ! Tout le monde s’est mis à bouger comme il pouvait, sur les marches, à côté des sièges, et le concert s’est transformé en une fête. A la fin du concert, les musiciens sont revenus pour jouer une chanson de plus, et comme le public ne voulait pas les laisser partir, Richard Bona est revenu pour jouer une magnifique chanson au piano et a chanté a capella.

Une fois le concert fini, on sort et on est accueilli par le vent et le froid, mais nous avons le cœur chaud, les jambes légères, et on est prêt à continuer la fête.

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