Hypnotique Mélanie de Biasio au Rocher

Par Philippe Desmond ; photos interdites par la production de MdB. (J’ai volé la photo de couverture)

Pour Pierre.

Dans la famille des chanteuses belges nous connaissons la rigolote ancêtre Annie Cordy, la braillarde épouvantable Lara Fabian mais par dessus tout nous avons la chance d’avoir Mélanie de Biasio. Pas rigolote certes, ni braillarde, surtout pas, mais unique, une pépite inclassable, un objet chantant non identifié, une merveille.

Le public ne s’y est pas trompé et la 650 du Rocher est pleine.

Surprise ce n’est pas la chanteuse avec sa coupe de Jeanne d’Arc qui se présente mais une beauté brune bouclée entourée d’un bassiste et d’un percussionniste. On apprendra qu’il s’agit du trio « Ua Tea » (prononcer oua téa) avec au chant, guitare et ukulélé Dawa Salfati, à la basse Galalaël « Dunbaar » Renault, au set de percussions et au vibraphone électronique Raphaël Perrein. Un univers métissé pour ce groupe de la région, assez minimaliste, assis sur une belle rythmique, pimenté d’effets électros élégants et habité par la voix sublime de Dawa. Un répertoire très travaillé avec des touches éphémères de be bop, des breaks surprenants, une très belle surprise. D’ailleurs le public en voudrait encore, chose rare pour une première partie, les gens étant souvent impatients de voir l’affiche de la soirée.

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Changement de plateau rapide et une plongée immédiate dans l’univers hypnotique de Mélanie de Biasio. Minimalisme maximal, ambiance éthérée, crépusculaire et cette voix profonde tout en retenue, comme la musique tout en suggestion. Deux claviers, Pascal Paulus, parfois aussi à la guitare et Pascal Mohy au Fender Rhodes pour un climat électro et un batteur qui va me fasciner toute la soirée presque autant que Mélanie : le Suisse Alberto Malo – nous on l’appelle Malo m’a dit Mélanie – qui a joué avec Tricky, Eric Truffaz, Sophie Hunger, Ben Sidran… La déception de ne pas voir le batteur annoncé Dré Pallemaerts est vite retombée devant un tel talent. Rôle central de la batterie avec une rythmique soutenue mais pleine de finesse, de créativité ; caresses des peaux, beat de grosse caisse très house sur le titre dynamique – le seul – Gold Junkies, jonglage incessant baguettes mailloches, une présence à la fois absolue et discrète dans cet univers moelleux, fascinant.

Mélanie sur un registre qu’on pourrait croire monocorde raconte ses histoires, souvent mélancoliques avec une grâce curieuse, faite de lenteur, de sensualité, se caressant le ventre, ondulant des bras et des mains, elle prend sa flûte de temps en temps pour quelques mesures. Elle se tient en retrait loin du bord de la scène, elle est présente mais ailleurs elle a l’air de planer au milieu de ces éclairages très travaillés. Dans la salle c’est le recueillement, personne ne bronche, personne ne respire, le temps est suspendu.

Quel dommage que la production ait interdit les photos, notre photographe du soir vous aurait régalé ; au lieu de ça quatre photos sans saveur – en voilà une – nous ont été envoyées…

Melanie De Biasio © Jerome Witz 3

Photo Jérôme Witz

A l’écoute aujourd’hui du dernier album « Lilies » qu’elle a composé presque entièrement et dont elle a joué l’intégralité hier soir, je me rends compte – je le savais déjà – l’apport que constitue le live ; hier soir nous étions enveloppés d’un nuage de douceur avec néanmoins une vibration permanente, nous avons vu Mélanie pleurer à la fin d’un titre, elle a conversé avec nous avec délicatesse ; on s’est fait embarquer. Aujourd’hui sur ma platine c’est plus froid voire mortifère, mais toujours aussi beau.

Inclassable musique mais on s’en moque, on retrouve une référence connue avec « Afro Blue » dans une interprétation à tomber, on pense à « The End » des Doors sur un autre titre envoûtant. Deux rappels, une émotion visible chez Mélanie certainement dotée d’une sensibilité à fleur de peau comme le traduit sa musique.

On repart tous sur la pointe des pieds.

Pierre toi qui l’aimes tant et qui étais à son précédent concert tu as dû adorer depuis là-haut.

https://uatea.bandcamp.com/

 

PS : parler d’Annie Cordy et de Lara Fabian dans une chronique de Mélanie de Biasio je vous accorde que c’est vraiment n’importe quoi. Et ce n’était même pas un pari…

Concert de Frank Catalano au Rocher de Palmer

Photographies d’Alain Pelletier

 

Après nous avoir très gentiment accordé un entretien à paraître prochainement dans la Gazette bleue, Frank Catalano est monté sur scène, calme et détendu, accompagné non pas de ses compagnons habituels mais de trois “French guys” avec qui il a répété pendant quelques jours à peine. Le premier, Manu Dalmace, le batteur, est un ami de Frank Catalano qui l’a chargé de recruter les deux autres : à la contrebasse, Jean Bardy, “jambe hardie” nous a-t-il lancé en souriant (et les jeux de mots à deux cents sont d’excellents moyens mnémotechniques) et Patrick Villanueva au clavier. Un accord parfait commentait Frank Catalano. Une histoire d’amitié et de feeling.

Entrevue Action Jazz avec Frank Catalano

 

Feeling swing d’abord qui ne laisse pas les choses comme Duke Ellington les a laissées mais qui introduit des accents coltraniens au saxophone sur “Things as they use to be”. Le saxophone mène la partie et le groupe groove. Au clavier, des frappes de piano mais avec un sustain d’orgue, un mélange des deux instruments pour un voyage détendu alors que le sax s’est tu. Jean Bardy se lance ensuite dans un beau solo avant que le thème ne soit repris par l’ensemble des musiciens.

Catalano au saxophone, J.Bardy à la contrebasse

Saut dans l’histoire du jazz, saut géographique, nous sommes maintenant à Chicago, ville blues, pour une composition originale mais en hommage à l’un des maîtres saxophonistes de Catalano : Eddie Harris. Ca commence par un rythme saccadé, c’est entraînant. Le sax est parfois rauque, rocailleux, le clavier a cette fois-ci un son funk des années 1970. Manu Dalmace se lance dans solo, entrecoupé de relances au saxophone, qui augmente le rythme et qui explore les roulements et les frappes.

Changement d’ambiance pour le morceau suivant que Catalano dédie à sa femme Sona. C’est un blues profond, tendre que le Villanueva étend comme une ballade tandis que le sax reste plus concis, plus groovy aussi, voire orageux sur la fin, avant un retour à la quiétude.

Villanueva au clavier, Dalmace à la batterie, Catalano au saxophone

Différentes couleurs de jazz donc pour ce concert, et même parfois au sein d’un même morceau. Des contrastes aussi : après ce blues tendre, un morceau joyeux et sautillant, mais gentiment tordu et distendu par Bardy pendant son solo avant que Catalano ne se lance dans un chorus épique, très parlant, chaud, entraînant, sonnant très parkérien.

Ce n’est pas toujours l’alternance entre blues doux et thèmes rythmés, non, c’est plus subtil. Une même mélodie peut être dans un équilibre difficile à la fois languissante pour le piano et le sax et sautillante pour la section rythmique. Le saxophone, toujours sensible dans la tristesse ou dans la joie, mêle parfois deux émotions en même temps comme une tristesse rageuse sur “Our love is here to stay” que Catalano jouait lorsqu’il accompagnait Tony Benett.

Mélange d’époques aussi : “Shaken” par exemple, composition originale, commence par un gimmick plutôt rock. C’est un jazz très contemporain soutenu par une contrebasse profonde et qui laisse place à un long solo de batterie bien véhément. Mais le sax au groove rock s’épanche parfois vers un free digne de Coltrane. C’est un peu une histoire du jazz, mais condensé, rapide. Pas un article d’encyclopédie poussiéreuse, non, une histoire vivante et sautillante. Une démonstration en action que cette musique est bien vivante et qu’elle émeut.

En rappel, un des premiers thèmes que Catalano jouait, très jeune, dans les clubs de Chicago. Un thème utilisé par la bande originale du film “Retour vers le futur”. Excellente conclusion pour ce concert. Un retour vers les racines du jazz jusqu’au blues et une propulsion vers son futur, en passant par des périodes teintées de rock ou de funk.Ce concert fut une excellente introduction à l’oeuvre du talentueux Catalano mais aussi une bonne introduction au jazz dans sa variété : contemporain, blues, rock, funk, be bop.

Catalano and his three French guys

Deux envies en sortant du concert : prolonger l’écoute du travail de Catalano en achetant l’un de ses disques, (ré)écouter Coltrane, Parker, Eddie Harris, Tony Benett, parmi les artistes dont il fut question ce soir.

   

Voyage à Tuba – suite du Printemps du Tuba

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, dimanche 9 avril 2017

L’avantage avec la musique, la vraie, l’intérêt avec les musiciens, les vrais, c’est que l’on est jamais au bout de ses surprises.

A priori « le Printemps du Tuba » ne nous concernait pas à Action Jazz. Le tuba et le jazz oui peut-être, avec un de ses dérivés, le sousaphone – ou soubassophone – celui qu’on enroule autour du corps, utilisé dans le jazz New Orleans ou en fanfare. Sinon le tuba… D’ailleurs à y regarder de près on devrait dire LES tubas car ils forment une famille entière dans les cuivres. Du bugle, et oui, au sousaphone, il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, des plus tubas que d’autres, des hélicons, des bombardons, que des noms sympathiques.

Mais il se trouve que la manifestation était organisée par des musiciens qui enseignent la musique mais surtout qui ont des attaches fortes au jazz : Gaëtan Martin éminent tromboniste de jazz et tubiste et Franck Dijeau chef de son big band de jazz entre autres. Et reconnaissez qu’un concert où on annonce 80 tubistes sur scène c’est alléchant. Et c’est comme ça qu’on se retrouve un dimanche après-midi ensoleillé, comme pas vu depuis des lustres, enfermé dans la 650 du Rocher.

Ils sont là tous ou presque les tubistes, mais, surprise, il y en a de tous les âges, des garçons, de nombreuses filles, certains de 7 ans, des adultes hommes et femmes, des amateurs visiblement et des pros, on en connaît comme Fred Dupin et son énorme sousa, un pilier de la scène New Orleans bordelaise.

Michel Godard et au fond Fred Dupin au sousa

Sur scène ça brille de mille feux. Ils sont venus des écoles de musique de la ville, de la région et d’au delà, grâce à leurs professeurs Franck Duhamel, Thomas Leforestier, Julian Cousteil, Joël Golias, Damien Sepeau, Jérôme Lallemand qui ont participé très activement à l’organisation.

C’est beau à voir et plein d’espoir pour l’avenir de la musique et donc pourquoi pas du jazz. Le répertoire ne va en effet pas être classique, allant de titres jazz NO funk à des arrangements contemporains sur de la musique baroque en passant par des titres de pop de Peter Gabriel, Sting et des Beatles.

Les deux invités de marque sont toujours là après leur splendide concert de la veille (voir la chronique précédente d’Annie Robert). Michel Godard est un des maîtres français du tuba, inclassable, brisant les frontières du classique, de la musique contemporaine et du jazz ; rien que le choix son instrument laisse à penser que le personnage est libre, un tuba anodisé bleu du plus bel effet.

Jon Sass – ça rime avec brass –  est son alter ego américain et hier soir ils étaient pour la première fois sur scène ensemble. Son tuba est à la mesure de son gabarit, géant.

La pédagogie de Michel Godard envers ce public composé de néophytes pour la plupart, venus en famille voir leur enfant pour beaucoup, est limpide, pleine d’humour et de gentillesse ; son intervention avec un trio de solistes de 6 ou 7 ans de moyenne d’âge tirant de leurs tubas des rugissements sur un fond chaud et cuivré de tous les autres était un moment de grâce.

Michel Godard nous fait aussi découvrir cet instrument insolite datant du XVème siècle le serpent, ancêtre du tuba. A contrario du saxophone qui est un bois fait en cuivre il est lui assimilé à un cuivre alors qu’il est en bois, recouvert de cuir et à embouchure en corne (autrefois en ivoire). Un son profond et chaud inattendu.

Michel Godard au serpent

Michel Godard au tuba nous montre ce qu’est la respiration continue ou circulaire, sur une improvisation nommée « Aborigènes » en hommage à ceux qui l’ont créée, aucun blanc pendant près de cinq minutes et surtout de la musique.

Jon Sass lui nous démontre le modernisme de l’instrument, le mêlant notamment de hip-hop. De son énorme tuba il est capable de tirer les finesses les plus inattendus comme les grondements les plus fous.

« Fragile » de Sting nous est apparu dans une version hors de toute référence musicale, métamorphosée par ces 80 cuivres, une émotion palpable, de la beauté pure ; très bel arrangement de Gaëtan Martin. Et tous ces petits qui jouent ça, réalisent-ils ?

Gaëtan Martin à la baguette devant Jon Sass

« Helter Skelter » des Beatles il fallait y penser et bien ils ont osé et heureusement, quelle énergie ! Habib Daabour, un tout jeune batteur assisté du chevronné Julien Trémouille, assure le beat derrière ; Franck Dijeau est au clavier et visiblement s’éclate alors qu’un guitariste vu très récemment ici même dans l’univers si différent de Post Image régale à la guitare, Patricio Lameira.

Habib Daabour et derrière Patricio Lameira et Franck Dijeau

Venu là presque par hasard, je suis sur le postérieur, pour être aussi poli que les cuivres devant mes yeux, des frissons me parcourent le dos et mes yeux s’embuent un peu…

Un vrai bonheur cette matinée dans l’univers du tuba !

 

 

Play list :

Black out in NYC (Comp. Bonerama Arrangement: Gaëtan Martin)

Book of Love (Peter Gabriel Arrangement: Gaëtan Martin)

Ballo Delle Ombre (Maurizio Cazzati Arrangement: Gaëtan Martin)

Ca va s’arranger (comp. Michel Godard Arrangement: Gaëtan Martin)

Helter Skelter  ( the Beatles Arrangement Jon Sass)

Fragile (Sting Arrangement: Gaëtan Martin)

The Wizard (Comp Bonerama Arrangement: Gaëtan Martin)

Michel Godard / Jon Sass « Tu vas voir, ce que tuba voir !!  »

par Annie Robert, photos Philippe Marzat

Rocher de Palmer
Cenon/ Bordeaux 8 mars 2017

Michel Godard et Jon Sass

Foi d’un pipeau à coulisse, si quelqu’un m’avait affirmé avant ce concert, que le tuba pouvait être un instrument inventif voire subtil, je lui aurais pouffé au nez sans ménagement…ouarf !

Quoi, ce gros tortillon cuivré, cette fausse trompette version XXL, cette espèce de balourd de fond d’orchestre…délicat ?
Voyons, soyons raisonnables : joyeux certes dans les bandas et les orphéons, pimpant c’est sûr, puissant sans conteste dans les musiques militaires…mais créatif et léger ?
Mea culpa. Faisant fi des clichés et des idées reçues, le concert de ce soir a prouvé largement le contraire, avec brio, en ouvrant l’océan des possibles.
Deux grands noms associés, deux grands maîtres de cet instrument, le français
Michel Godard et l‘américain Jon Sass venaient de guider les oreilles, les doigts et les souffles d’un dizaine de professeurs, de professionnels et de formateurs durant une master class dans le cadre du Printemps du Tuba qui se tenait à l’école de musique de Cenon.
La restitution live de ce travail fut magistrale et riche, la soirée des surprises à tous les niveaux.

Jon Sass

D’abord seuls sur scène et réunis pour la première fois, les deux tubistes ont déployé toute l’étendue de leur talent. Pédagogues, complices, proches du public, désireux de faire découvrir les capacités insoupçonnées de leur instrument, ils se sont glissés dans des bruissements d’éléphants joyeux, des claqués de langues et des mouvements de groove sans faille alternant chacun la ligne basse ou l’impro. Les embouchures, comme des cornes d’abondance se sont remplies de petits souffles, de chants murmurés ( on peut chanter en soufflant dans un tuba !!), de meuglements swing.

Michel Godard

Le tuba révélait peu à peu sa non-limite…Que se soit dans « Passa mezzo » de Michel Godard, sur un thème renaissance, ou dans « In Mémoriam », on s’est plu à suivre des phrasés rapides ou simples, des sons faibles tellement maîtrisés qu’ils s’approchaient de la contrebasse. On a suivi le solo de « Spectro walk »  de Jon Sass comme une marche dans l’inconnu remplie de changement de couleur et de tempo. Et on est resté pantois devant « Aborigène » un solo de Michel Godard autour des musiques australiennes et du Didjeridu , roulé dans un souffle circulaire sans silence avec une intensité croissante et décroissante sans pause aucune; une prouesse technique certes mais pas seulement : un vrai propos, une véritable atmosphère,
Retour au jazz proprement dit ( on ne s’en était pas vraiment éloigné…) avec « 
Beautiful Love » et la découverte d’un instrument étonnant, le serpent, ancêtre des tubas et des sax , qui accompagnait le plein chant au moyen âge, un long tube de bois courbé, dont on bouche les trous comme une flûte et qui a donné au morceau une douceur tragique et délicate, comme une mystérieuse trompette de brume claire.
Une découverte supplémentaire avec une galaxie de sonorités nouvelles.

Oscar Arabella au serpent et Patricio Lameira à la guitare

Puis se sont agrégés les dix stagiaires de la masterclass, avec toute la famille des tubas ( enfin presque, il paraît qu’il y en a d’autres….) : les euphoniums, les contretubas et les soubassophones plus une batterie et une jolie guitare. On est passé alors dans des mouvements collectifs, plus symphoniques avec Michel Godard à la direction d’orchestre. De «  Trace of grâce » à « Blue light » en passant par « Deep memories » les morceaux se sont enchaînés comme autant de chants et contre-chants, d’harmonisations délicates et de danses par-dessus le pavillon. Les soubassophones ont enfourché des solos improbables, la guitare leur rendant la pareille, un classiquo- jazz, tonifiant ou mélancolique. Ces diables d’instruments sachant décidément tout faire…

Mais les surprises n’avaient pas dit leurs derniers mots… des invités ( et pas des moindres) se sont glissé au fur et à mesure : René Lacaille a soufflé avec son petit accordina des lames de soleil, Jean Luc Thomas a fait s’envoler des pas de cigognes et des battements de cœur sur le flan de sa flûte traversière, et l’espagnol Oscar Arabella a charmé son serpent rien que pour nous.

René Lacaille et Michel Godard


Tout cela dans une dimension épique et surtout cohérente… De passionnants duos, des sons joyeux et naturels, personne ne cherchant à se pousser du coude ou du piston mais à créer un réel instant d’échange musical, voilà ce qui a caractérisé cette seconde partie qui s’est terminée sur un dernier morceau avec une entame renaissance et une furieuse biguine terminale… Du lourd et du bon, du subtil et de l’étonnant, du miel et du poivre.

Jean-Luc Thomas

Michel Godard et Jon Sass ont prouvé ce soir que peu importe l’instrument finalement, qu’il soit facile ou pas, familier ou pas, clinquant ou pas, charmeur ou pas. Au-delà de la virtuosité, seuls comptent le projet et le discours et ce soir-là, il y en avait à foison.
Le printemps du Tuba s’est poursuivi dimanche par un concert géant réunissant 80 stagiaires , un concert qui n’était sûrement pas  « à bout de souffle » comme dirait Godard !!

Gaëtan Martin organisateur du festival avec Michel Godard et Jon Sass

Roger Biwandu : « Three » release

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Rocher de Palmer le mardi 4 avril 2017.

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Roger Biwandu est quelqu’un qui fonctionne à l’amitié, les rapports humains sont une des choses les plus importantes de sa vie et hier soir il était à son aise, il connaissait l’immense majorité du public du Salon de Musiques du Rocher, complet. Mais attention, pas dans le sens de la vieille blague sur la différence entre un concert de rock et un concert de jazz, dans le premier tout le public connaissant le nom de chaque musicien et dans le second les musiciens connaissant le nom de chaque membre du (maigre) public.

Famille, amis du rugby, d’enfance, du quartier – l’appartement familial où vivent toujours ses parents est en face du Rocher de Palmer – collègues musiciens, amis du monde la musique ou d’ailleurs, l’assemblée était acquise et pourtant bien timide au début. Je pense que tous savaient que c’était un moment important pour Roger, l’aboutissement d’un long processus de création et de mise en place scénique. Et oui cela fait plus d’un an que le CD « Three (two girls and a boy)» est né mais il fallait pour le sortir trouver l’occasion de le jouer et réunir tous les talents pour quelques concerts , notamment celui-ci et samedi au Duc des Lombards à Paris.

Car des talents il y en a eu, nous avons vraiment été servis.

L’affaire a commencé en trio avec le fidèle Jérôme Regard à la contrebasse, présent sur le précédent album « From Palmer » et le Cubain Irving Acao au sax ténor que nous avions pu entendre ici même il y a deux ans avec Roger et ce soir là Mario Canonge. Ils avaient fait forte impression.

La voix off de Roger a annoncé le trio de Roger Biwandu et nous avons eu la surprise de voir arriver sur scène ses trois enfants, les « Two Girls and a Boy »,  les fameux « trois enfants à nourrir », un de ses gimmicks, Emmy annonçant Irving Acao au sax, Lisa introduisant Jérôme Regard à la contrebasse pour finir par Marcus tout fier « et à la batterie mon papa ». De l’humain avec Roger, toujours, et de l’humour.

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Premier titre de l’album et du concert « Strut For My Boys From PA » et de suite nous voilà dans le vif du sujet ; ils ne sont pas là pour bricoler. Chorus permanent de Roger impressionnant de rythme et de musicalité aux baguettes, de la musique avec des percussions, un Irving Acao auteur de plusieurs solos explosifs sous la rythmique solide d’un Jérôme Regard qui trace la route avec force et précision. Un premier titre flamboyant. Un rythme de béguine bien punchy de Roger pour « FWI » avec un Jérôme monstrueux, même pas peur, et un Irving extraordinaire ; un tueur.

La formule originale de ce trio est d’une redoutable efficacité comme le confirme « A Train Named Fish » les rafales de caisse claire, les grondements et claquements de contrebasse se complétant parfaitement avec les cris du sax ténor au son souvent proche de l’alto, tant Irving va chercher les aigus comme un guitar héros avec la main en bas du manche.

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Le trio change alors de soliste avec l’arrivée de Christophe Cravero au clavier. Voilà encore un superbe musicien, polyvalent instrumentalement, piano, violon, alto, batterie, polyvalent musicalement, Billy Cobham, Eric Séva pour le jazz mais aussi Sansévérino ou Dick Annegarn et compositeur aussi. Tel son titre « Elegant Elephant » où les échanges de regards et de rires avec Roger sont éloquents de leur complicité. Nous sommes vraiment gâtés. Et c’est pas fini comme dit la pub !

Arrive celle qui va être la découverte de la soirée, la chanteuse sud-africaine Tutu Poane qui va nous éclabousser de son talent, de sa voix, de son élégance. Vraiment Roger sait bien s’entourer. Parfaite dans tous les registres et capable de scats fabuleux et originaux, elle m’a plusieurs fois donné des frissons de plaisir ; et à mes voisins aussi. Magnifique !

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Nouvel invité en la personne de Mickaël Chevalier au bugle pour « Footprints » de Wayne Shorter (titre que vous trouverez sur l’album… ou pas) , enchaîné sur l’hymne de Roger, le morceau qui est sa signature, « From Palmer », réarrangé avec Stéphane Belmondo dans le nouvel album « Three » ; quelle belle composition.

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Puis on se « Ballade A Vélo avec Huyên » avec deux « l » avant de revenir au match et au trio initial avec « la Hargne de FF », pas celui qui aime les jolis costumes, mais Florian Fritz le joueur du Stade Toulousain (dont Roger a la serviette pour s’essuyer ce soir) , que je débaptiserais bien Freetz tant le morceau vire du hard bop aux fulgurances du free.

Fausse fin et rappel enthousiaste ; et oui on a envie de tous les revoir et particulièrement la merveilleuse Tutu. Pour ceux qui connaissent l’album on se doute bien qu’elle va revenir car il manque le titre « Black or White » de Michael Jackson si cher à Roger. Les premières notes nous rassurent, voilà un dessert délicat que l’on savoure avec gourmandise.

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Chapeau Monsieur Biwandu pour ce concert plein de surprises, c’était la grande classe et il ne pouvait en être autrement avec tous ces talents réunis.

Et dire que pendant ce temps sur un autre plateau, télévisé celui-là, onze joueurs de pipeau tentaient de placer leur chorus dans une cacophonie insupportable… On était tellement mieux ici.

 

Portrait de Roger Biwandu et chronique du CD dans la dernière Gazette Bleue :

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

 

Renaud Garcia-Fons & Dorantes

Le 17 mars 2017 au Rocher de Palmer

Chronique d’Alain Flèche, photos de Thierry Dubuc

Renaud Garcia-Fons – Contrebasse à 5 cordes

David Peña Dorantes – Piano

 

Qu’en est-il de cette soirée présentée sous l’égide, et l’étiquette « flamenco-jazz » ?

Musique avec improvisation, variations sur écrits, classiques dépoussiérés, déjà moderne dans l’intention, le désir d’explorer les possibilités d’interprétation d’un répertoire qui ne demande qu’à s’ouvrir comme un dahlia pourpre. Mais il y a-t-il besoin de casier pour entendre et apprécier cette musique traditionnelle, voire folklorique, re-visitée, ré-inventée, extrapolée, appropriée et rendue en cœur et intelligence par deux compères qui savent de quoi ils parlent : matière et espace, un tout et ses éléments :

L’air. Indispensable et insaisissable. Par lui se propagent les sons, les fait respirer, s’organiser. L’air du temps, à 4 temps, plus ou moins, rattraper le temps passé avant qu’il nous dépasse à nouveau, en se dépassant nous-même, en se déplaçant dans un faux continuum espace/temps, l’air de rien, et rien, ce n’est pas rien… l’air, ils l’ont !

L’eau. Eau vive. Vif-argent. Mercure limpide. Court, file, emplit, fait des vagues, des courants, comme l’air. C’est de la matière, ou presque. Fluide, bientôt éthérée, ou bien moins docile, plus lourde, mais coule, cool, de berges en rives connues et (é)mouvantes. Coule entre les doigts qui la crée, et s’en échappe sans jamais disparaître tout à fait, s’ancrant dans la mémoire marquée de gouttes et de bulles d’énergie.

La terre. Aride et/ou généreuse. La glaise, dont est fait Adam. Qui colle au pied et à l’âme. La terre qui crée, qui reçoit, abrite et s’exprime. Terre qui a donné vie à un son. Transcription de l’esprit qui anime la matière. La terre ibérique, confluence de cultures, de leur sons et rythmes, origines et buts, s’ils en sont. Centre Est Sud et Nord et plus, jusqu’à Cuba et proche de l’Arabie. Voyage parmi les multiples épicentres de cette expression, culture, toute proche de nous, étrange étrangère pourtant déjà entre-aperçue,dans l’espace et le cœur.

Le feu. Rouge comme le sang, comme la vie. Nait de la combustion de la matière dont il se nourrit, la magnifie, vacille puis s’élève vers d’autres sphères, se perd, de vue et appelle, à le suivre, à le rejoindre, chaud et lumineux, parmi les soleils et l’ombre de son  absence apparente et présence permanente ,cachée, désirée, évidente. Feu follet qui se propage à qui mieux mieux. Le feu, la vie, l’amour.

L’amour de la terre. De l’eau pour nourrir la terre et la rendre malléable. L’air appelle la musique à être de tous mouvements, tous frottements, partout en même temps, espace temps confondus. La musique, comme le feu, reste près de la terre et s’étouffe, ou bien, comme ce soir, à peine construit, sûr de lui, bondit vers les cieux, où résident esprits, diables et anges, souffrances et passions, joies et abandons.

Deux interprètes qui sont venus jouer de leur art, virtuoses sensibles qui racontent des histoires, pour de rire ou pour pleurer de l’amour qui fait vivre et fait mourir. Interprètes de la vie qui s’écoule, se construit et se résout… ailleurs. Interprètes des messages transmis de cœur à cœurs .  La musique d’un pays, d’une terre, qui se joue avec le corps, le cœur, et l’âme. Tantôt farandole, tantôt sérieuse. Populaire  ou académique. De rue ou de salon. On  s’attend à entendre quelque ‘Asturias’ en bras de chemise. Plus de frontière pour ceux qui en extirpent l’intention et le sens. D’autres l’ont bien compris : Miles Davis, Chick Corea, Charlie Haden … et ne l’ont pas trahit. Un piano qui n’en finit pas de faire le tour de partitions jamais fermées ni figées. Une contrebasse à 5 cordes, en pizzicato ou à l’archet, qui n’oublie pas ses lettres de noblesse que confirment chaque révolution autour d’une idée nouvelle.

Deux amoureux de cette sensibilité particulière qui franchit les barrières de paroles non dites mais gravées en tout êtres qui sait écouter et entendre . Qui nous font aimer cette musique qui est en nous.

Friday fever night: Manu Katché au Rocher de Palmer

Photo: Thierry Dubuc

C’est vendredi soir, et on se dirige au Rocher de Palmer guidés par l’envie de partir loin avec la musique. Une fois sur place, tout laisse penser qu’on est au bon endroit pour ce voyage. On peut presque sentir la musique sur la peau. Même en dehors de la salle de concert l’ambiance est bouillante : il y a du monde partout. C’est la conjonction de deux concerts qui ont suscité beaucoup d’intérêt : d’un côté le hip hop funky de Smokey Joe & The Kid dans la grande salle ; et de l’autre côté le « maestro » français du rythme : Manu Katché, le même qui a accompagné les grands noms de la musique comme Peter Gabriel, et qui se produit dans la salle 650. La queue est longue pour rentrer à cause de la révision des sacs obligatoire, et le monsieur de la sécurité qui réitère « si vous avez des choses à manger, vous vous mettez à coté et les mangez avant de rentrer ». Heureusement (on va dire) on n’a rien à manger, donc on a pu rentrer immédiatement.

On entre dans salle et la folie continue comme une prolongation de ce qui se passait dehors. Ce n’est pas encore l’heure mais les gens bataillent pour trouver une place assise, et ceux qui gardent des places pour les retardataires ont du mal à convaincre les arrivants que ces places sont prises et qu’ils ne peuvent pas s’assoir.

Finalement le concert commence (heureusement on a réussi à trouver une place après s’être battu pendant 5 minutes avec un monsieur qui ne voulait pas lâcher les 6 places qu’il gardait). Un rythme latino sort de l’obscurité de la scène, et les musiciens arrivent un par un.  Laurent Vernerey, le bassiste, est le premier et commence un riff qui sera suivi par le piano, le sax et la trompette. Ils sont là et la soirée s’annonce chaude mais, où est Manu Katché ? Après un moment, l’homme de la soirée arrive. Il monte sur la batterie, et comme un tonnerre il frappe la caisse claire et le riff hypnotisant s’arrête. En un instant le registre change et commence un rythme funky qui va marquer l’esprit de la soirée.

C’est parti, le concert a commencé, et la musique réchauffe, nous transporte avec elle. Les solos de trompette de Luca Aquino sont puissants et habillent magnifiquement les morceaux. Le saxo Stéphane Chausse, le nouveau membre du groupe, fait de même. Il est intéressant de noter que le son du groupe passe souvent d’un son organique, acoustique, vers un son électrique. Jim Watson fait un travail exceptionnel tant au piano comme au clavier. Mais le son électrique vient aussi de la trompette, grâce aux pédales d’effet qui donnent un son qui change son registre, et du saxophoniste qui utilise par moments un sax électrique EWI.

Photo: Thierry Dubuc

Manu Katché parle peu. Il vient une fois au micro pour parler de son nouvel album « Unstatic » et présenter les musiciens (et en profite pour flatter l’acoustique de la salle du Rocher de Palmer).  Le concert continue et la richesse mélodique des compositions et les solos se déroulent sur la couche rythmique parfaite que constituent la batterie et la basse. Cette dernière fait un travail exceptionnel, avec un son clair et un dynamisme qui devient une pièce clé de la formation. La fin du concert s’annonce, mais avant de partir Manu Katché nous laisse un solo de batterie qui laisse voir sa grande technique et au même temps son tempérament.  Le groupe part et le concert est fini, après deux rappels du public durant lesquels Manu Katché va en profiter pour faire chanter le public, qui a vécu une soirée exceptionnelle.

 

 

 

Dave King Trio, Rocher de Palmer 31/01/17

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Peu de monde dans une petite salle, déjà oublié la prestation du « Bad Plus » le mois dernier ? Avec ce fameux batteur toujours imprévisible ! (malgré sa 50aine d’enregistrements)

Il l’est en réunissant ces 2 compères, pour faire … autre chose.

Quelle grande idée de s’associer au pianiste qui, s’il ne fait de bruit sur la scène internationale, rend inoubliables toutes les séances auxquelles il participe, fusse sous son nom … ici, son petit air de ne pas en avoir, entre repères classiques et éclatement (distingué) des dits repères, il fait merveille, et qui d’autre aurait assumé ce rôle avec autant de naturel légitime ? (ou de légitimité naturelle?) .aussi à l’aise ici qu’avec D. Douglas ou D. Gress, S. Colley …

Entre les 2, en guise de liaison déraisonnable :   Le bassiste ! B. Peterson. Je ne le situais pas, pourtant, B.B.King, et Prince, et d’autres, le connaissent ! Pas de hasard. Roi, Prince, reste-t-il de la place après le Duc, Comte, Baron ? Alors il sera Chevalier. Avec le glaive et la truelle. L’épée qui taille et éclaircit le sentier, facilite le passage, accompagne l’effort, et puis : l’outil de maçonnerie qui étale le ciment reliant les perles jaillissant des instruments ; son « intelligence » rend chaque note du trio  évidente. Et puis il fait le poids face à la « grand-mère » qu’il prend dans ses bras en la cajolant, et c’est ainsi, conquise, qu’elle livre le fond de son âme.

Ils ne sont pas venus pour rien. Rien de moins que de présenter leur nouvel album à sortir chez ECM. Éditeur qui sait prendre des risques, toujours en beauté, là, Bingo, réussite totale.

Paraît que ça va être classique !? Hummm, voire !

Si on considère que B. Strayhorn, J. Guiffre sont classiques … on commence comme ça. (Avec  leurs compositions réciproques)

Classique apparenté Third Stream évolué. … on part , bien entendu, sur des accords qui vont bien, qui font beau, même si …, des rythmes lissés, expérimentés, bien que … Et voilà, tout est là , dans ce quelque chose de différent, que l’on n’attendait pas, un glissement progressif vers l’ailleurs, plaisir ou/et surprise qui fait ouvrir grand les oreilles pour ne pas perdre une miette de l’histoire qui est en train de se dire .

Dès les 1éres notes, Dave jubile, sourire permanent qui répond aux regards des 2, se transforme, parfois, en rictus d’effort. Y en a ! Classique,  comme C. Kay ou P. Motian … tss-tss, libertaire il est, c’est le 3ème courant qui découvre le Free, ou le Free qui re-pense à « ceux d’à côté…. comme A.Shepp dans « Fire Music », juste le son, le décale ment à peine perceptible jusqu’à franchement tranché. Le joujou est mis en pièce. Détaché de ses ancrages. À la merci des vents de liberté qui secouent l’embarcation en route pour les étoiles, celles qui ne brillent pas encore, vents qui poussent irrésistiblement vers ces contrés inconnus qui attirent ceux qui seront capables d’en rapporter les trésors.

On va, comme ça, surfer chez les Beach Boys, mettre à poil une « Surfer Girl » pour voir ce qu’elle a dans le buffet. Ouais. Y en a aussi !

Un « slow boat to china » qui complète bien la version de R. Nathanson (d’anthologie !). Joie du voyage. Du but et du moyen. Éternel retour aux origines. Retour sur un vaisseau  du Mississippi. À remonter le fleuve (comme celui de José Farmer) de la vie et de la mort… à nos certitudes. Retour à la case départ, Materia Prima du ‘tout possible’.

Et pis, v’la t’y pas que le Bill y met le groin dans la queue du piano, et là, il sifflote, si ! Non, il siffle, bien, beau. Très beau, et juste, et malin. Et puis tiens, c’est « Body and Soul », comme si on se penchait sur le moteur d’une Cadillac 1936, les manches relevées, Respect. Faut pas s’gourrer de clef. Participer à l’ouvrage, au grand œuvre en devenir. Dans la tradition (comme le dit A.Braxton) !

Bon, ça va, on est ensemble les mecs, les prises de risques, fréquentes, sont prises et assumées derechef, et de concert. Tout le monde est là. Les 3 ! Bon, c’est bon, on s’connait. Ça tourne.

Vazy Billy, encore. Une rengaine cubaine, belle comme la lune est con , si on est seul à la regarder. On était pourtant partis sur un truc très romantique, envolées lyriques et tout, et pis, oui là aussi, ce glissement mystérieux , au bord du basculement … d’un coup, oui. Comme l’ont fait déjà d’autres , à la mode ’60, une citation de la «  lettre à Élise » , évoquée, précisée, insisté, puis déliée, fondue, devenue autre… mais pas très loin. Pas à une surprise près, on a bien eu  droit, un peu plus tôt, à un splendide « Like Someone in Love », langoureux à souhait et pis tout bien, sauf : sans une seule note directe de la mélodie. Et toc. Débrouillez-vous.

Heureux d’être là. Eux !? Laissons-nous le croire. Nous ? Pour sûr ! Nous découvrons, s’il en allait, qu’aujourd’hui encore, on peut envisager d’autres (ré) solutions aux accords immortels, par (ex)tensions harmoniques, free-cassée de pulsations sur différents codes brisés à la crème d’un chou de grand nain tout droit sorti du «  Mont Moriah » .

Et le rappel

Du tonnerre !

Un morceau un peu ‘vaporeux’, ambiance… planante mais presque, non je blague, un peu concertant… bon, enfin, enfin, pour (se) finir, un truc de folie, retour aux Fondamentaux : un bon vieux truc de C. Parker, 200  à la noire et j’en passe. Et tout le reste y passe ! Circulez et regardez. Y a tout à voir  et entendre ! Tout est là. Tout est prêt à être dépassé. Ne nous en privons pas. Jamais.

Messieurs, merci de nous le rappeler !

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Tremplin Action Jazz 2017, samedi 28/01/2017 20h30 au Rocher de Palmer !

Le Tremplin Action Jazz 2017, c’est le samedi 28/01/2017 à 20h30, au Rocher de Palmer, salle 650 ! Et c’est gratuit ! Alors surtout, n’hésitez pas un instant à venir voir les cinq groupes sélectionnés (*), qui vont s’en donner à cœur joie pour convaincre le jury, et surtout pour vous donner du plaisir à vous tous, public fidèle et passionné de jazz !

On vous dit à très bientôt ! 😉

(*)  Les groupes sélectionnés, parmi une quinzaine de candidatures :

Theorem of Joy ,

Le JarDin,

King Kong 3,

Capucine Quartet

On Lee Way.

unnamed

Le Rocher de Palmer
1 rue Aristide Briand, 33152 Cenon

05 56 47 36 69

www.lerocherdepalmer.fr/artistes/action.jazz/01.2017.php
Accès : 1ère sortie au rond-point Côte des Quatre Pavillons
Sortie rocade n°26 : Quatre Pavillons
Tram A : arrêt Buttinière ou Palmer

Contact Presse
Alain Piarou
Président d’Action Jazz Mobile : 06 80 56 28 09
Mail : alain@actionjazz.fr
Site web : www.actionjazz.fr

THEOREM OF JOY :

Thomas Julienne: contrebasse
Thomas Saint-Laurent: guitare
Camille Durand: chant
Boris Lamerand: violon alto
Tom Peyron: batterie

Theorem of Joy est un projet onirique et impressionniste où se côtoient sonorités Nord-Africaines, trip post-rock,
libertés jazz, saveurs sauves de la pop… Il vous emmène courir dans l’imaginaire de Miyazaki, vous cabrer sur un
rivage de Palestine, glisser sur un fil tendu entre deux destins, méditer au son d’un raga indien, exorciser vos démons
intérieurs… Compositeur du projet, Thomas Julienne a choisi de s’entourer de personnes qui ont profondément
enrichi son parcours humain et musical. Ainsi, chaque membre est impliqué en tant qu’artiste dans le projet, leur
rôle allant bien au-delà de celui de simple instrumentiste. C’est dans ce Pentaphone à géométrie variable que
gravitent les électrons libres de Theorem of Joy.

Le JarDin :

Julien Dubois : sax alto et compositions
Simon Chivallon : rhodes et synthétiseurs
Ouriel Ellert : basse électrique
Gaetan Diaz : batterie

La musique du JarDin, tout en exploitant le langage du jazz dans
l’improvisation, puise ses influences, autant dans l’écriture
contemporaine (seconde école de Vienne) que chez les maîtres du rock progressif (Zappa, King Crimson…) et les concepteurs du
jazz actuel (Steve Lehman, Donny McCaslin, Kneebody, John
Hollenbeck, David Binney…). Elle s’articule autour de trois axes »:
l’écriture, les textures sonores et enfin, l’improvisation. Le JarDin
prend forme en août 2015, lors d’une résidence au conservatoire
de Bordeaux. Julien Dubois réunit ces formidables musiciens pour
travailler sur ses compositions personnelles. Julien Dubois compte
faire de ce projet son terrain principal d’expression personnelle.

King Kong III :

Stéphane Cazilhac: piano électrique, synthétiseur
Edouard Lhoumeau: saxophone alto et soprano
Simon Pourbaix: batterie, boîte d’effets

Ces trois musiciens expérimentés sont à la recherche d’un équilibre entre lignes mélodiques soignées, complexité
rythmique, exploration sonore et improvisations idiomatiques. D’abord duo (sax/piano) travaillant sur des
compositions originales, l’arrivée d’un batteur féru de gadgets électroniques, élargit cette palette sonore et
rythmique.

Capucine :

Thomas Gaucher: guitare
Félix Robin: vibraphone
Louis Laville: contrebasse
Thomas Galvan: batterie

Capucine est un groupe formé à l’initiative de ces
quatre musiciens qui se sont rencontrés en tant
qu’élèves au Conservatoire de Bordeaux. Après
s’être engagés dans un répertoire de standards, ils se
dirigent vers un travail de création »: compositions et
arrangements originaux. Alors, fort de sa diversité,
le groupe a développé un répertoire aux influences
variées. Tantôt dans les musiques du monde ou le
répertoire post-bop des années 60/70, Capucine a
aussi un répertoire grandissant de compositions
écrites par Thomas Gaucher et Félix Robin,
orientées vers l’esthétique du jazz moderne.

On Lee Way :

Jérôme Dubois : trompette
Paul Robert : saxophone ténor
Nicolas Lancia : piano
Jérôme Amandie : contrebasse
Lionel Ducasse : batterie

A son origine, le quintet « »On Lee
way »» s’est formé dans le but de jouer
une partie choisie des compositions du
trompettiste hard bop, Lee Morgan.
Les musiciens se sont rencontrés au
Conservatoire jazz d’Agen en 2009
mais c’est lors de retrouvailles en 2015
qu’ils décident de s’engager autour
d’un projet commun. Le groupe
travaille alors sur des compositions
aux influences africaines et latines,
dans l’esprit de celles de Lee Morgan.

 

Jury tremplin Action Jazz 2017 :

Muriel Demguilhem :   journaliste France 3

Françoise Lagaillarde : Responsable FIP Bx – Arcachon

Philippe Vigier :   Animateur France Bleu Radio

Christophe Loubes : journaliste Sud-Ouest

Dominique Poublan : rédacteur en chef de la Gazette Bleue

Jean-Pierre Como : éminent pianiste – Parrain du tremplin 2017

Eric Séva : éminent saxophoniste

« Body and Blues » – Eric Séva en résidence au Rocher.

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Mardi 10 janvier 2017, Rocher de Palmer

« Pourquoi vous aimez la musique ? » Drôle de question, vaste question ! La personne interpellée s’en tire par une pirouette : « Et toi tu aimes manger ? Oui, alors pourquoi aimes tu manger ? » C’est Eric Séva qui répond à une enfant d’une classe d’un collège voisin présente à cette répétition, plus précisément à cette résidence de préparation du nouveau projet du musicien « Body and Blues ».

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Les enfants mesurent-ils le privilège qu’ils ont d’être ici, aux premiers rangs de la 650 du Rocher de Palmer. Ils assistent tout comme nous à la naissance d’une œuvre, d’un spectacle.

La veille encore, tout n’était que notes sur des partitions, en papier ou numériques. Chacun avait certes déchiffré et travaillé dans son coin les compositions originales du créateur du projet, le saxophoniste Eric Séva, mais rien n’était encore en place.

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Ils sont cinq musiciens pour le moment à travailler sur la scène, six avec le directeur artistique dont la part de travail n’est pas du tout négligeable ! Eric Séva donc, Christophe Cravero aux claviers, Christophe Wallemme à la basse et contrebasse, Stéphane Huchard à la batterie et Manu Galvin à la guitare.

« Vous êtes connus ? » demande ingénument un enfant. « Pas vraiment par le grand public pourtant celui-ci nous a certainement déjà entendus, car les uns et les autres il nous arrive d’accompagner Renaud (murmures d’admiration des jeunes), Sanseverino, Zaz (re-murmures), Lambert Wilson… Nous sommes surtout des artisans » enchaîne Stéphane Huchard, « pas connus mais reconnus dans la profession ce qui pour nous est plus important. »

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Ils sont tous en effet de sacrés musiciens et si Eric les a choisis ce n’est pas par hasard. Au delà du talent le premier critère, important pour lui, c’est l’amitié et l’estime réciproque. Deuxième critère les influences de chacun, leur polyvalence, leur ouverture musicale.

Qu’il est intéressant d’assister à ce dialogue entre eux lors de la naissance des titres. L’un propose un chorus, l’autre un riff de guitare « Ah oui c’est bien ça, tu peux le refaire », un changement de tonalité. « Là c’est un peu long », « Oui » confirme Sébastian Danchin le directeur artistique. « On le refait plus court mais on garde ton intro » ; « Ce dialogue au milieu je ne le sens pas, je n’ai pas l’habitude en plus j’avais une clé du baryton collée, excuse moi» déclare Eric plein de doute, « Mais si insiste c’est très beau et original ». Ils le refont et ça fonctionne parfaitement. Un petit tour vers l’ordinateur pour vérifier si c’est la bonne version de la partition. Une hésitation entre le soprano ou le sopranino, on essaye, on tranche. Pendant les temps morts chacun travaille sa partie sans amplification, discrètement. Un rire par ci, une pique par là, ambiance détendue mais très studieuse. En concert ça paraît tellement facile et pourtant quel travail.

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Petit à petit ce qui n’était que notes, mesures, tempos, tonalités, grâce aux propositions de chacun, devient musique. « Un groupe pour moi ,me dit Eric, c’est la démocratie, on doit s’écouter, se faire confiance ».

La Gazette Bleue de mars reviendra en détail sur le projet, sachez que c’est un hommage au blues, la racine du jazz, « Cette musique populaire comme celle que j’ai jouée à mes débuts dans les bals avec mon père » me confie Eric Séva. Aux enfants présents Sébastian donnera du blues une magnifique explication qui se conclut par « Le blues c’est quand on est malheureux mais que cette musique nous donne du bonheur ». La couleur blues sera soulignée par la présence dans le groupe du grand blues man canadien Harrison Kennedy qui malheureusement hier n’arrivait que le soir. Il chantera sur trois des 10 ou 12 titres du projet.

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Vendredi soir à 19h30 au Rocher ne ratez surtout pas le concert de fin de résidence d’Eric Séva « Body and Blues » . Juste une petite info : c’est gratuit en plus ! Un vrai cadeau. Le groupe enregistrera un CD en studio dès la semaine prochaine. A suivre…

Alors à vendredi !

 

https://www.lerocherdepalmer.fr/artistes/eric.seva/