La Gazette Bleue N° 24 vient de sortir ! Spécial UZEB, Festivals d’Été, Cuba et plus !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°24 • Septembre 2017

Bonjour à tous ! Voici la Gazette n° 24 qui ouvre avec Uzeb, le retour au Rocher de Palmer en juillet dernier. Spécial Festivals de l’Été, mais aussi Cuba et le Jazz, des interviews, des chroniques CD, l’agenda etc… Bref, une riche rentrée musicale !

Bonnes lectures !

Août of Jazz 2017 à Capbreton

Texte et photos Philippe Desmond. 

Capbreton, du 16 au 20 août 2017.

Recentrage sur Capbreton.

Le festival en est déjà à sa 27ème édition. Créé à l’origine comme un événement autour de la contrebasse par Christian Nogaro, il a évolué au fil du temps vers un vrai festival de jazz. Un tournant a été pris par nécessité en 2014 avec la disparition de son créateur et chef d’orchestre.

C’est désormais François Lacharme président de l’Académie du Jazz, celle qui décerne chaque année le prix Django Reinhardt, qui a pris les commandes de la programmation du “in”, Bernard Labat, l’animateur de Côte Sud FM, se chargeant du “off” et cette année tout se passe à Capbreton grâce à la volonté municipale et à d’autres partenaires publics et privés.

Patrick Laclédère (Maire), François Lacharme et Bernard Labat

Préambule avec On Lee Way

Étalé sur trois jours le festival a été précédé d’un concert gratuit en guise de préambule, le mercredi 16, avec un groupe qu’ Action Jazz connaît bien, On Lee Way, primé au dernier tremplin (voir chronique du blog le 17/08). Ce prix leur a d’ailleurs ouvert les portes de pas mal d’événements cet été ce qui nous conforte dans notre démarche. Le prix certes, mais surtout la qualité du quintet. Leur jazz et ses compositions dans l’esprit de Lee Morgan est plein de chaleur et plaît à tous les publics. On attend un album avec impatience car leurs prestations en live sont de haute volée.

DSC00555

Nicolas Lancia, Jérôme Armandie, Jérôme Dubois, Paul Robert, Lionel Ducasse

Vendredi : une journée éclectique

Réel départ le vendredi matin place de l’Hôtel de Ville avec Les Gosses de la Rue, formation bordelaise de jazz, dans un répertoire allant du manouche, Django bien sûr,  à la chanson française revisitée – Brel, Gainsbourg – en passant par Gershwin. Deux guitares, un violon, une contrebasse et plus surprenant une flûte traversière qui donne une couleur originale et bienvenue à la formation. Réel succès auprès des estivants encore nombreux sous un ciel hésitant.

DSC00574

Nicolas Frossard, Nicolas Bombard, Franck Richard, Robin Dietrich, Arno Berthelin

Le soir le off donne rendez-vous sur l’esplanade de l’Estacade, cette jetée en bois signature Second Empire de Capbreton.

DSC00607

Un concert grand public offert aux baigneurs et aux touristes avec le Swingin’ Bayonne. Le trio des voisins basques à invité le saxophoniste Claude Braud pour un répertoire de standards, idéal à écouter sans modération à l’heure de l’apéritif.

Claude Braud (sax) et le Swingin’Bayonne

Juste à côté le public du concert in du soir commence à arriver ; c’est complet depuis longtemps comme le samedi soir d’ailleurs. En effet l’organisation de la cité marine a réduit la voilure cette année recentrant le festival sur la ville même et les concerts ont lieu au PH’ART la salle du casino. Des plus de mille places des Bourdaines à Seignosse, la jauge passe à moins de trois cents. Tant mieux pour nous, pour la qualité musicale ce n’est que meilleur.

La première partie accueille le Watt’s Quartet du pianiste Fred Nardin, prix Django Reinhardt 2016 et du saxophoniste Jon Boutellier. Avec Patrick Maradan à  la contrebasse et Romain Sarron à la batterie le quartet propose des compositions modernes, mélodiques et inspirées qui ne renient pas pour autant les glorieux aînés.

Fred Nardin

La magnifique ouverture du concert avec “Walk Spirit Talk Spirit” de McCoy Tyner est là pour le prouver. Réelle osmose des musiciens pour un jazz alerte alliant virtuosité et nuances.

Patrick Maradan et Jon Boutellier

Reflet de l’album sorti il y a déjà quelque temps et chroniqué dans la Gazette Bleue #15 de mars 2016 ce concert révèle au public quatre excellents musiciens déjà bien installés dans la scène française.

Place nette sur la scène où le beau piano se retrouve au centre, seul, pour accueillir Chano Dominguez. Cet Espagnol, compagnon notamment de Paco de Lucia ou Jorge Pardo, fait partie de ces musiciens sans frontières passant du flamenco au jazz avec bonheur. Du flamenco ou de la tradition espagnole il en est de suite question  avec une composition originale puis une pièce d’Albeniz en version “muy libre”.

Chano Dominguez

On passe à Monk avec “Monk’s Dream” et “Evidence” et les qualités du pianiste scintillement alors de façon manifeste. Quelle main gauche, un ostinato éblouissant au service d’une main droite volubile et sensible à la fois. Le public ne s’y trompe pas, la salle réagit  Chano le sent. Il dira après le concert que le piano était un peu dur pour lui mais qu’il a senti très vite le courant passer avec l’assistance “ alors j’ai tout donné “. Merveilleux moment plein d’émotion aussi avec ce “Searching for Peace” de McCoy Tyner  en hommage aux victimes de la Rambla de Barcelone où il se trouvait le jour tragique. Et toujours dans son jeu cette Espagne qui pousse un peu sa corne comme disait le grand Claude.

Chano Dominguez

Un concert extraordinaire d’un artiste éminemment sympathique bouclé par deux rappels dont le dernier avec une version bien personnelle de “Black or White” de Michael Jackson illustrant encore plus l’éclectisme de l’artiste.

Samedi : des hommes et des ladies

Le samedi le off de 11 heures accueille le Gaëtan Diaz Quintet révélation 2016 du tremplin Action Jazz.

Gaëtan Diaz quintet

Répertoire original en grande partie pour ce groupe au son très marqué par les percussions, Gaëtan Diaz à la batterie et Jean Marc Pierna aux congas alimentant la rythmique par une pulsation cyclique et continue très caractéristique.

Gaëtan Diaz et Jean-Marc Pierna

Influences latinos de samba et autres sur lesquelles Simon Chivallon au clavier et Illyes Ferfera au sax alto peuvent broder à l’envi, bien épaulés par Samuel F’Hima. Un projet qu’on aimerait entendre plus souvent amis programmateurs.

Simon Chivallon, Illyes Ferfera et Samuel F’Hima

Le soir nous revoilà à l’Estacade avec le Slam Bam trio un peu modifié, le guitariste blessé étant remplacé par le pianiste Didier Datcharry que nous sommes tous ravis de voir revenir sur scène. Public dans la poche pour ces trois musiciens de la région.

Gérard Siffert (tr), Laurent Astanian (cb) et Didier Datcharry (piano)

Seconde soirée du in avec une surprise que nous a concoctée François Lacharme,  la venue de Ian Shaw, pianiste et chanteur anglais que nous sommes nombreux à  ne pas connaître. Pas de balance pour lui, pas la peine a t-il dit.  Il arrive en effet trois quart d’heure avant le concert et en dix minutes tout est réglé ; pas sérieux tout ça ? Et bien si ! Quelle découverte,  un chanteur inclassable, un crooner créatif selon l’expression de François Lacharme fier de son coup.

L’étonnant Ian Shaw

Issu du théâtre et du cabaret Ian Shaw en plus de sa voix à la tessiture très large et qu’il module instantanément d’un extrême à l’autre, possède une fantaisie et une truculence étonnante. “Not for Me” est plus que chantée, jouée,  il s’amuse sur du Nat King Cole, raille Teresa May, “May not”, assassine le Brexit, imite Johnny Mathis.  Un clown ? Pas du tout, un pianiste chanteur remarquable, une personnalité atypique, une originalité artistique rare. Et soudain au milieu de cette fantaisie l’émotion absolue qui surgit, un déchirant “If You Go Away /Ne me quitte pas” qui embarque tout le monde ; des larmes coulent, quel personnage ! Medley Lou Reed (Perfect Day) / Al Jarreau (Spain) en rappel ! Étonnant « Shaw » man.

On enlève le piano car il faut faire de la place pour un autre très gros meuble, un orgue Hammond B3 et sa cabine Leslie, les deux habillés de bois. Et encore la deuxième Leslie branchée n’est pas sur scène,  mais juste à  côté !

Orgue Hammond B3 Cabinet

 Ce mobilier c’est pour Rhoda Scott venue avec son Lady Quartet : Sophie Alour (sax ténor), Géraldine Laurent (sax alto) et Julie Saury (batterie). Des femmes et du jazz, quelle belle idée pour faire la preuve par quatre que finalement cette musique n’a pas de genre, ni masculin ni féminin. Faites écouter l’album, qui est capable de deviner que le quartet est entièrement féminin ? Les filles écoutez ça, c’est pour vous aussi le jazz, vous pouvez y faire autre chose que chanter entourées d’hommes.

Rhoda Scott Lady quartet

Ceci étant dit et constatation faite que nous avons quatre ladies devant nous il est ensuite question de musique et de musique uniquement. Je vous épargnerai donc les remarques machistes voire sexistes, les vannes lourdingues, pas de ça ici.

Ce son d’orgue,  cette onctuosité mais que c’est beau ! Avec ses pieds nus bien sûr, et le gauche notamment, Rhoda Scott nous envoie à travers le corps ces ondes de basse qui vont nous faire vibrer tout le concert.

Rhoda Scott bien sûr

Dès le premier titre le ton est donné, ça va groover ! Très vite deux chorus de sax,  puis Rhoda l’éternelle avec son swing légendaire et pour moi une découverte à la batterie, l’excellente – et amusante – Julie Saury.   

Julie Saury

Les regards bienveillants de Rhoda Scott envers ses ladies sont éloquents, elle prend un plaisir énorme,  elle est aux premières loges. C’est le dernier album “We Free Queen” qui est joué alternant reprises ( Wayne Shorter, Trenet, Ray Charles) et compos originales dont celles très groovies de Sophie Alour où Julie régale.  

Géraldine Laurent et Sophie Alour

Unissons des sax ou harmonies avec la verve de l’alto de Géraldine, le velouté parfois piquant du ténor de Sophie, qui font le contrepoint à l’onctuosité de l’orgue que Rhoda pilote si bien. Belle énergie, gaîté,  une distribution de bonheur bienfaisante. Merci les Ladies.

Dimanche : Post Image puis la fête

Post Image

Dimanche déjà et à partir de 19 heures la clôture  sur la place de l’Hôtel de Ville.  Pas n’importe qui pour finir en beauté, voilà  Post Image ce groupe de fusion qui existe depuis plus de trente ans, creuset de tant de talents et toujours avec l’historique bassiste Dany Marcombe.

Dany Marcombe

Lieu, heure et public un peu inhabituels pour ce groupe, de quoi s’interroger sur l’accueil reçu. Dès les premières mesures on sent pourtant que c’est gagné, l’auditoire accroche et l’écoute va être magnifique.

Laurent Agnès (tr), Jean-Christophe Jacques (ss), Frédéric Feugas (kb) et Alain Debiossat (sa)

L’énergie dégagée par le groupe, ce foisonnement rythmique, cette pulsation au service des solistes ne peut laisser insensible d’autant qu’un invité de marque est là, le saxophoniste Alain Debiossat plein de verve et de fantaisie.

DSC00804

Patricio Lameira

Très beau succès et excellent choix au final que cette programmation dans ces circonstances.

Eric Pérez et Dany Marcombe

Le final est confié au groupe de musique cubaine Fruta Bomba dans une ambiance salsa de fête avec un public très nombreux.

Fruta Bomba

Un festival très réussi grâce à une toute petite équipe de bénévoles, évidemment aidés par les services municipaux, avec une réelle qualité d’accueil.

Bravo !


Chroniques Marciennes 3.14

L’Astrada de Marciac 8 août  2017 Chronique Annie Robert, Photo Patrick Guillemin (Dust Of Soul Pictures)

L’élégance au bout des doigts

Ray Lema/ Laurent de Wilde

Deux pianos face à face, deux miroirs comme l’eau d’un lac de montagne, noirs et sages mais pleins de mystère. Deux délicats touchers pour une musique que l’on a du mal à qualifier : pas tout à fait du jazz, pas tout à fait de la musique du monde… une musique née d’une rencontre souhaitée, voulue par deux pianistes aux carrières et expériences variées et intenses, ayant le goût du risque : Ray Lema qui a impulsé de grands projets (star du label Island de Chris Blackwell, collaborateur d’Alain Bashung, de Jacques Higelin, de Claude Nougaro, des Voix Bulgares…) et Laurent de Wilde, surdoué, touche-à-tout génial, normalien, écrivain, compositeur, chroniqueur, chef d’orchestre, auteur de documentaires, musicien acoustique comme électronique et j’en passe…

Les deux artistes, qui se connaissent depuis vingt-cinq ans, ont beaucoup de choses à se dire, ils ont récolté des milliers d’idées au cours de leurs périples, des idées plantées sur leurs différences et leurs similitudes.

Ceux qui espéraient une bataille de virtuoses seront déçus. Certes, comme dit Laurent de Wilde  « deux pianos, c’est deux fois 88 balles dans un chargeur, ça peut faire mal… » mais entre les deux musiciens, il y a du respect, le désir d’accompagner l’autre, de ne pas se pousser du col en bavardages inutiles et une écoute, un sourire que l’on sent dans les regards qu’ils échangent. Ce répertoire composé à deux est leur lieu de rencontre. Joués, frappés, caressés, les pianos chantent à tour de rôle, toujours lyriques, jamais bavards. Le thème passe d’un piano à l’autre, de même que l’accompagnement sur de belles mélodies ciselées et expressives. Cela fleure bon le ragtime, le new orleans, ou le nocturne classique par exemple mais des impulsions modernes viennent bousculer sans arrêt cette apparente régularité tonale.

Le titre de leur album commun « Riddles » (Enigmes) est bien le reflet de l’interrogation que l’on ressent à l’écoute : on n’est pas toujours capable de savoir qui joue quoi, et à quel moment, comme pendant cet air de Tango qui plante quelques banderilles blues dans le rythme. Les morceaux se déroulent en répétitions successives avec  des glissements insensibles, des petites variations qui s’accrochent comme des liserons. ( D’ailleurs un de leurs titres Lianes et banians y fait allusion). Tout est sujet à jeu commun : un beau thème malien, hommage à une amie défunte avec un piano trafiqué aux sonorités de kalimba, un croisement de Rumba et de JS Bach, un vieux blues nommé « Cookies » qui tourne en spirale ou un hommage à Duke Ellington.
C’est également une musique imagée, cinématographique, expressive, où viennent se bousculer des reflets de Château volant de Miyazaki , de tableaux de Hopper, de promenades dans le Paris de Gershwin, ou les rues de Kinshasa.

Seul petit « bémol », la bienveillance dont ils font preuve l’un envers l’autre, l’envie qu’ils ont de ne pas se marcher sur les pieds (ce qui serait bien facile) les empêche parfois de s’essayer à des moments plus forts et plus puissants, à des envolées déchirées. L’énergie est parfois un peu étale, identique ou semblable.
Un beau rappel double sur un ragtime dé- composé et une reprise de Prince « Around the world in a day » terminera ce beau concert où l’on a pris plus que du plaisir à les voir se compléter, s’épauler, mélanger leurs touches noires et blanches. Une collaboration exemplaire et émouvante.

La deuxième partie de cette soirée voyait arriver le swing en force, avec le Rodha Scott Lady Quartet, avec trois jeunes instrumentistes filles qui vont donner libre cours à leur joie de jouer avec une aînée aussi chaleureuse que Rhoda Scott, une des rares à utiliser encore le pédalier de l’orgue Hammond, d’où son surnom de l’« organiste aux pieds nus » et « à l’orteil absolu ».
Géraldine Laurent au sax alto, Sophie Alour au sax ténor et Julie Saury à la batterie vont mener la danse. Né par hasard, ce quartet, pas « sextaires » est bourrée d’énergie et d’une modernité étonnante dans une structure au départ classique.
Bref, que du bonheur, de la joie, du rythme dispensés généreusement. À consommer sans modération. Nous en parlerons plus avant dans un prochain numéro à venir de la Gazette Bleue….

Merci au service presse pour son coup de pouce (salle bondée) mais pas facile de chroniquer avec juste une fesse posée sur une marche….