Août of Jazz 2017 à Capbreton

Texte et photos Philippe Desmond. 

Capbreton, du 16 au 20 août 2017.

Recentrage sur Capbreton.

Le festival en est déjà à sa 27ème édition. Créé à l’origine comme un événement autour de la contrebasse par Christian Nogaro, il a évolué au fil du temps vers un vrai festival de jazz. Un tournant a été pris par nécessité en 2014 avec la disparition de son créateur et chef d’orchestre.

C’est désormais François Lacharme président de l’Académie du Jazz, celle qui décerne chaque année le prix Django Reinhardt, qui a pris les commandes de la programmation du “in”, Bernard Labat, l’animateur de Côte Sud FM, se chargeant du “off” et cette année tout se passe à Capbreton grâce à la volonté municipale et à d’autres partenaires publics et privés.

Patrick Laclédère (Maire), François Lacharme et Bernard Labat

Préambule avec On Lee Way

Étalé sur trois jours le festival a été précédé d’un concert gratuit en guise de préambule, le mercredi 16, avec un groupe qu’ Action Jazz connaît bien, On Lee Way, primé au dernier tremplin (voir chronique du blog le 17/08). Ce prix leur a d’ailleurs ouvert les portes de pas mal d’événements cet été ce qui nous conforte dans notre démarche. Le prix certes, mais surtout la qualité du quintet. Leur jazz et ses compositions dans l’esprit de Lee Morgan est plein de chaleur et plaît à tous les publics. On attend un album avec impatience car leurs prestations en live sont de haute volée.

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Nicolas Lancia, Jérôme Armandie, Jérôme Dubois, Paul Robert, Lionel Ducasse

Vendredi : une journée éclectique

Réel départ le vendredi matin place de l’Hôtel de Ville avec Les Gosses de la Rue, formation bordelaise de jazz, dans un répertoire allant du manouche, Django bien sûr,  à la chanson française revisitée – Brel, Gainsbourg – en passant par Gershwin. Deux guitares, un violon, une contrebasse et plus surprenant une flûte traversière qui donne une couleur originale et bienvenue à la formation. Réel succès auprès des estivants encore nombreux sous un ciel hésitant.

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Nicolas Frossard, Nicolas Bombard, Franck Richard, Robin Dietrich, Arno Berthelin

Le soir le off donne rendez-vous sur l’esplanade de l’Estacade, cette jetée en bois signature Second Empire de Capbreton.

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Un concert grand public offert aux baigneurs et aux touristes avec le Swingin’ Bayonne. Le trio des voisins basques à invité le saxophoniste Claude Braud pour un répertoire de standards, idéal à écouter sans modération à l’heure de l’apéritif.

Claude Braud (sax) et le Swingin’Bayonne

Juste à côté le public du concert in du soir commence à arriver ; c’est complet depuis longtemps comme le samedi soir d’ailleurs. En effet l’organisation de la cité marine a réduit la voilure cette année recentrant le festival sur la ville même et les concerts ont lieu au PH’ART la salle du casino. Des plus de mille places des Bourdaines à Seignosse, la jauge passe à moins de trois cents. Tant mieux pour nous, pour la qualité musicale ce n’est que meilleur.

La première partie accueille le Watt’s Quartet du pianiste Fred Nardin, prix Django Reinhardt 2016 et du saxophoniste Jon Boutellier. Avec Patrick Maradan à  la contrebasse et Romain Sarron à la batterie le quartet propose des compositions modernes, mélodiques et inspirées qui ne renient pas pour autant les glorieux aînés.

Fred Nardin

La magnifique ouverture du concert avec “Walk Spirit Talk Spirit” de McCoy Tyner est là pour le prouver. Réelle osmose des musiciens pour un jazz alerte alliant virtuosité et nuances.

Patrick Maradan et Jon Boutellier

Reflet de l’album sorti il y a déjà quelque temps et chroniqué dans la Gazette Bleue #15 de mars 2016 ce concert révèle au public quatre excellents musiciens déjà bien installés dans la scène française.

Place nette sur la scène où le beau piano se retrouve au centre, seul, pour accueillir Chano Dominguez. Cet Espagnol, compagnon notamment de Paco de Lucia ou Jorge Pardo, fait partie de ces musiciens sans frontières passant du flamenco au jazz avec bonheur. Du flamenco ou de la tradition espagnole il en est de suite question  avec une composition originale puis une pièce d’Albeniz en version “muy libre”.

Chano Dominguez

On passe à Monk avec “Monk’s Dream” et “Evidence” et les qualités du pianiste scintillement alors de façon manifeste. Quelle main gauche, un ostinato éblouissant au service d’une main droite volubile et sensible à la fois. Le public ne s’y trompe pas, la salle réagit  Chano le sent. Il dira après le concert que le piano était un peu dur pour lui mais qu’il a senti très vite le courant passer avec l’assistance “ alors j’ai tout donné “. Merveilleux moment plein d’émotion aussi avec ce “Searching for Peace” de McCoy Tyner  en hommage aux victimes de la Rambla de Barcelone où il se trouvait le jour tragique. Et toujours dans son jeu cette Espagne qui pousse un peu sa corne comme disait le grand Claude.

Chano Dominguez

Un concert extraordinaire d’un artiste éminemment sympathique bouclé par deux rappels dont le dernier avec une version bien personnelle de “Black or White” de Michael Jackson illustrant encore plus l’éclectisme de l’artiste.

Samedi : des hommes et des ladies

Le samedi le off de 11 heures accueille le Gaëtan Diaz Quintet révélation 2016 du tremplin Action Jazz.

Gaëtan Diaz quintet

Répertoire original en grande partie pour ce groupe au son très marqué par les percussions, Gaëtan Diaz à la batterie et Jean Marc Pierna aux congas alimentant la rythmique par une pulsation cyclique et continue très caractéristique.

Gaëtan Diaz et Jean-Marc Pierna

Influences latinos de samba et autres sur lesquelles Simon Chivallon au clavier et Illyes Ferfera au sax alto peuvent broder à l’envi, bien épaulés par Samuel F’Hima. Un projet qu’on aimerait entendre plus souvent amis programmateurs.

Simon Chivallon, Illyes Ferfera et Samuel F’Hima

Le soir nous revoilà à l’Estacade avec le Slam Bam trio un peu modifié, le guitariste blessé étant remplacé par le pianiste Didier Datcharry que nous sommes tous ravis de voir revenir sur scène. Public dans la poche pour ces trois musiciens de la région.

Gérard Siffert (tr), Laurent Astanian (cb) et Didier Datcharry (piano)

Seconde soirée du in avec une surprise que nous a concoctée François Lacharme,  la venue de Ian Shaw, pianiste et chanteur anglais que nous sommes nombreux à  ne pas connaître. Pas de balance pour lui, pas la peine a t-il dit.  Il arrive en effet trois quart d’heure avant le concert et en dix minutes tout est réglé ; pas sérieux tout ça ? Et bien si ! Quelle découverte,  un chanteur inclassable, un crooner créatif selon l’expression de François Lacharme fier de son coup.

L’étonnant Ian Shaw

Issu du théâtre et du cabaret Ian Shaw en plus de sa voix à la tessiture très large et qu’il module instantanément d’un extrême à l’autre, possède une fantaisie et une truculence étonnante. “Not for Me” est plus que chantée, jouée,  il s’amuse sur du Nat King Cole, raille Teresa May, “May not”, assassine le Brexit, imite Johnny Mathis.  Un clown ? Pas du tout, un pianiste chanteur remarquable, une personnalité atypique, une originalité artistique rare. Et soudain au milieu de cette fantaisie l’émotion absolue qui surgit, un déchirant “If You Go Away /Ne me quitte pas” qui embarque tout le monde ; des larmes coulent, quel personnage ! Medley Lou Reed (Perfect Day) / Al Jarreau (Spain) en rappel ! Étonnant « Shaw » man.

On enlève le piano car il faut faire de la place pour un autre très gros meuble, un orgue Hammond B3 et sa cabine Leslie, les deux habillés de bois. Et encore la deuxième Leslie branchée n’est pas sur scène,  mais juste à  côté !

Orgue Hammond B3 Cabinet

 Ce mobilier c’est pour Rhoda Scott venue avec son Lady Quartet : Sophie Alour (sax ténor), Géraldine Laurent (sax alto) et Julie Saury (batterie). Des femmes et du jazz, quelle belle idée pour faire la preuve par quatre que finalement cette musique n’a pas de genre, ni masculin ni féminin. Faites écouter l’album, qui est capable de deviner que le quartet est entièrement féminin ? Les filles écoutez ça, c’est pour vous aussi le jazz, vous pouvez y faire autre chose que chanter entourées d’hommes.

Rhoda Scott Lady quartet

Ceci étant dit et constatation faite que nous avons quatre ladies devant nous il est ensuite question de musique et de musique uniquement. Je vous épargnerai donc les remarques machistes voire sexistes, les vannes lourdingues, pas de ça ici.

Ce son d’orgue,  cette onctuosité mais que c’est beau ! Avec ses pieds nus bien sûr, et le gauche notamment, Rhoda Scott nous envoie à travers le corps ces ondes de basse qui vont nous faire vibrer tout le concert.

Rhoda Scott bien sûr

Dès le premier titre le ton est donné, ça va groover ! Très vite deux chorus de sax,  puis Rhoda l’éternelle avec son swing légendaire et pour moi une découverte à la batterie, l’excellente – et amusante – Julie Saury.   

Julie Saury

Les regards bienveillants de Rhoda Scott envers ses ladies sont éloquents, elle prend un plaisir énorme,  elle est aux premières loges. C’est le dernier album “We Free Queen” qui est joué alternant reprises ( Wayne Shorter, Trenet, Ray Charles) et compos originales dont celles très groovies de Sophie Alour où Julie régale.  

Géraldine Laurent et Sophie Alour

Unissons des sax ou harmonies avec la verve de l’alto de Géraldine, le velouté parfois piquant du ténor de Sophie, qui font le contrepoint à l’onctuosité de l’orgue que Rhoda pilote si bien. Belle énergie, gaîté,  une distribution de bonheur bienfaisante. Merci les Ladies.

Dimanche : Post Image puis la fête

Post Image

Dimanche déjà et à partir de 19 heures la clôture  sur la place de l’Hôtel de Ville.  Pas n’importe qui pour finir en beauté, voilà  Post Image ce groupe de fusion qui existe depuis plus de trente ans, creuset de tant de talents et toujours avec l’historique bassiste Dany Marcombe.

Dany Marcombe

Lieu, heure et public un peu inhabituels pour ce groupe, de quoi s’interroger sur l’accueil reçu. Dès les premières mesures on sent pourtant que c’est gagné, l’auditoire accroche et l’écoute va être magnifique.

Laurent Agnès (tr), Jean-Christophe Jacques (ss), Frédéric Feugas (kb) et Alain Debiossat (sa)

L’énergie dégagée par le groupe, ce foisonnement rythmique, cette pulsation au service des solistes ne peut laisser insensible d’autant qu’un invité de marque est là, le saxophoniste Alain Debiossat plein de verve et de fantaisie.

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Patricio Lameira

Très beau succès et excellent choix au final que cette programmation dans ces circonstances.

Eric Pérez et Dany Marcombe

Le final est confié au groupe de musique cubaine Fruta Bomba dans une ambiance salsa de fête avec un public très nombreux.

Fruta Bomba

Un festival très réussi grâce à une toute petite équipe de bénévoles, évidemment aidés par les services municipaux, avec une réelle qualité d’accueil.

Bravo !


La Gazette Bleue N° 22 vient de sortir ! Concert de Post Image, bassistes, New Orleans & more !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°22 • Mai 2017 !

Retour sur le concert des 30 ans de Post Image, et Mets ta nuit dans la mienne au T4S. Mais aussi, spécial Freedom in Bordeaux avec Karfa Sira Diallo. Et puis des rencontres avec Laurent David, Ouriel Ellert, Stéphane Borde, Ceiba en studio etc…Et vos chroniques et agendas habituels !

Bonnes lectures !

La Gazette Bleue N° 21 vient de sortir ! Bon printemps à vous !

Bonjour !

Voici la Gazette Bleue N°21 • Mars 2017 et ça repart !

Avec Roger « Kemp » Biwandu qui se livre et « Three », puis tout sur le colloque an 1 et le 5° tremplin, mais aussi Philippe Méziat et le T4S, Post Image (30 ans !), Benoît Lugué « Cycles », Éric Séva, Franck Dijeau, et bien d’autres, + chroniques cd et agenda & more !

Bref, le printemps sera chaud !

Bonnes lectures !

Magique Post Image

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Magique et rare, trop rare Post Image, alors ce soir ne ratons pas ce concert à la Guinguette chez Alriq, ce lieu enchanteur que le Belem vient de saluer en passant, suivi quelques minutes plus tard par un énorme immeuble flottant immaculé, certainement plus confortable mais moins enchanteur, au point de nous masquer le sublime coucher de soleil sur les façades bordelaises.

Autour d’un des créateurs du groupe Dany Marcombe (basse) et de deux piliers du projet initial Freddy Buzon (tr, bugle) et Patricio Lameira (g, chant) trois éléments incontournables depuis des lustres dans le groupe Jean-Christophe Jacques (st, ss), Eric Perez (dr) et Frédéric Feugas (claviers, machines). Bientôt 30 ans que cette formation existe ! Après des années de folie avec de nombreux concerts dont certains partagés avec les plus grands, leurs prestations se font plus espacées sans que la qualité de leur musique ne soit nullement mise en cause, la preuve va nous en être donnée ce soir.

Le concert démarre très fort avec une composition de Jean-Christophe Jacques, pulsations puissantes de la rythmique basse-batterie soutenues par le riff incessant de la guitare, clavier et machines apportant une touche électro planante et actuelle ; sur cette trame épaisse Freddy et Jean-Christophe ajoutent de la fine broderie, souvent collés l’un à l’autre, à l’unisson ou à tour de rôle. Étonnant contraste entre cette rythmique soutenue et cette finesse.

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Freddy c’est notre Miles, chez lui les murs sont tapissés de photos du maître (voir portrait dans la Gazette Bleue #14 de janvier 2016) il le respecte, il ne le singe pas, il s’en nourrit. Dans ses mains – avec quelquefois une cigarette entre les doigts – la trompette devient parfois guitare ou claviers grâce aux effets électroniques. Ce soir Freddy a plaisir à jouer, il le dira mais ça se voit et surtout ça s’entend, il nous épate encore.

Jean-Christophe tant au soprano qu’au ténor c’est l’élégance, la musicalité, la pureté du son (portrait dans la Gazette Bleue # 11 de juillet 2015) lui aussi se fait plaisir, nous fait plaisir avec ses deux superbes instruments.

Dany Marcombe tisse lui inlassablement sa trame de fond, d’un son profond et intense, il est le pivot de l’ensemble comme il en est le créateur.

Dans ce travail de tissage il a un compère de choix en la personne d’Eric Pérez et son drumming riche et dynamique ; une batterie avec un énorme tom basse pour un son particulier.

Au claviers et aux machines Frédéric Feugas participe lui aussi à cet ouvrage en créant des nappes sonores insolites, allant de l’orage à l’écoulement de gouttelettes de rosée.

Patrice Lameira alternant guitare électrique et acoustique ajoute de la tension ou de la délicatesse. Quand sur certains titres il chante de sa voix haute les notes en même temps qu’il les joue, il apporte une dimension troublante.

Les musiciens se connaissent par cœur, l’osmose est bien là. Sur certains titres ça monte, ça monte jusqu’au climax avec un groove extraordinaire. C’est de la musique chaleureuse loin de la froideur d’un certain jazz fusion, on ressent des influences ethniques, de l’Est, de l’Afrique, du Brésil parfois dans la batterie. C’est un plaisir absolu pour nous ce soir, plaisir de les entendre, plaisir de les retrouver.

Le répertoire reprend une bonne partie du dernier album « Mandragore » sorti en 2011 déjà. Après une pause bienvenue en cette chaude – enfin – soirée d’été – enfin – le groupe nous offre même un magnifique « A Love Supreme – Acknowledgment » avant de revenir à ses propres compositions ; un régal suprême.

Ce soir l’institution Alriq retrouvait l’institution Post Image, les retrouvailles sous les lampions furent magiques.

http://post.image.free.fr/

La Gazette Bleue sur www.actionjazz.fr

Jazz [at] Botanic 2014 – Actes 1 et 2 – Un festival beau et tannique

Écrit par Dom Imonk

Parue le 01 septembre 2014 dans la Gazette Bleue N° 6

programme

Pour la 2° édition de leur festival, Benoît Lamarque (directeur) et Cédric Jeanneaud (directeur artistique) ont prévu dix jours de festival, répartis en deux sessions : cinq soirées du 23 au 27 juillet et cinq soirées du 13 au 17 août. Une courageuse programmation où la beauté de la musique s’est enivrée sans honte d’élixirs sonores divers, dont certains aux tannins les plus hirsutes. A noter que, luxe suprême, Lee Konitz était le prestigieux parrain de la première session.

La première session (résumée), dont vous pouvez retrouver les chroniques complètes des Mercredi 23/07, Vendredi 25/07 et Samedi 26/07 sur http://www.blogactionjazz.wordpress.com (rubrique « Les chroniques de concerts »), a débuté avec le Emanuele Cisi quartet, et Lee Konitz en invité.
Avec cette élégance italienne qui séduit, Cisi (ts) a mené un quartet qui fonctionne à merveille : Dave Blenkhorn (g), épatant, Nicola Muresu (cb), imperturbable, et le très précis Adam Pache (bat), ces deux assurant belle rythmique. Lee Konitz (as) les a alors rejoints, d’abord en duo avec un Dave Blenkhorn très à l’écoute. Dialogue tout en retenue, très touchant. Même impression quand le reste du quartet est revenu. Délicieux échanges, faits d’écoute, de respect et d’union. Du très beau jazz.
Ensuite, le Émile Parisien 4tet est venu nous jouer une musique d’urgence. Tout bouge et va très vite. Il y a du jazz là-dedans, et de l’énergie rock, grâce au puissant jeu de Sylvain Darrifourcq (bat), mais aussi à Ivan Gélugne (cb) qui drive en mode primal, bâtissant avec le batteur des transes portant le leader. Julien Touéry (p) est excellent en mode « classique », et en « apprenti sorcier » qui aime à expérimenter. Enfin, Émile Parisien (ss) est au plus haut, les victoires du jazz 2014 l’ont récompensé à juste titre. Au final, ces quatre garçons nous ont emballés ! A surveiller de près !
Le Jeudi soir, nous avons eu de très bons échos du Trio Corneloup, Labarrière, Goubert. En revanche Lee Konitz aurait quitté un peu tôt, l’invitation à jouer avec Le Petit Orchestre du Dimanche, ce qui est bien dommage…
Le Vendredi soir, le public attentif a aimé la fraîcheur bienvenue du trio de Edwin Berg (p, compos), Eric Surménian (cb) et Fred Jeanne (bat, compos) qui débutait la soirée. Le pianiste dirige en douceur ce trio très homogène. Les trois hommes jouent une musique élégante et romantique. Le concert s’est terminé avec tact sur un touchant « Remembering you » dédié à Charlie Haden.
Puis un intermède imprévu nous a permis d’écouter un Lee Konitz détendu et souriant, dialoguant sur deux morceaux, avec le jeune pianiste Dan Tepfer, dont le jeu est superbe.
L’AÉROPHONE, splendide trio, est revenu cette année, avec Glenn Ferris en invité. Les compositions de Yoann Loustalot (tp) sont belles, amples, singulières et gorgées d’humour. Bel hommage à Glenn Ferris, « Old music for a new horn » a ouvert le concert. Transmission de pensées et précision d’impacts font force. Drumming lumineux de Fred Pasqua, dont le drive puissant s’associe aux belles lignes de basse de Blaise Chevallier. Enfin, tout au long du concert, on a senti Yoann Loustalot et Glenn Ferris très complices, la trompette et le buggle énergiques et racés de l’un s’accordant avec bonheur aux très belles phrases du trombone de l’autre. On aimerait une suite !

Le Samedi soir, gros passage d’ovni sur le Caillou ! TOONS ! Malgré des albums enthousiasmants – « Can you Smile ? » (ayler records) du Théo Ceccaldi trio + Joëlle Léandre et « 7 nains » (Tricollectif) de Toons – on ne pouvait pas s’attendre à une telle bombe sur scène. Le concept de l’album, ce sont les 7 nains. Les Toons se définissent comme « mi-figue, mi-punk » et l’on aborde tout, par bribes, éclairs, ou citations instantanées. Presque tout y passe, jazz, post-rock, prog, jazz-rock, bruitisme, contemporain même….C’est fou, fulgurant, incroyablement bien-maitrisé. Théo Ceccaldi (vln), et son frère Valentin (compo, b, vlc), sont aux commandes. Les autres membres de cette équipe de « cosmiques » furieux livrent aussi un travail considérable et nous ont carrément scotchés: Gabriel Lemaire (as, bs, cl), Guillaume Aknine (g) et Florian Satche (bat). TOONS est un groupe à faire connaître et à programmer. On ne doit pas laisser dépérir de telles fleurs musicales ! C’est une question de vie ou de mort des idées neuves et de la poésie du futur !
Puis intermède sur la scène du restaurant du Caillou, avec Rick Margitza (sax), Peter Giron (cb), Philippe Gaubert (bat) et Dan Tepfer (p). Et un peu plus tard, sur la scène principale, comme la veille, le duo Lee Konitz/Dan Tepfer pour trois morceaux.
Fin de soirée avec le trio d’Alexandra Grimal, aux antipodes de TOONS. Tout est plus intérieur et méditatif. Son discours est souvent coltranien, avec beaucoup d’espace et d’ampleur, et aussi un côté un peu austère. A ses côtés, le remarquable Jozef Dumoulin (p), dont le récent « A Fender Rhodes Solo » (BEE JAZZ) est une totale réussite. Il m’a semblé retrouver, de manière furtive, les sons du Fender Rhodes dans son jeu de piano, ainsi que des allusions à John Cage, quand il traficotait les entrailles de son piano libéré. Il a ainsi offert une contrepartie avant-gardiste à Alexandra Grimal (sax). Enfin, tout au long du set, Dré Pallemaert (bat) a joué avec une élégante assurance et cette folie intérieure contenue dans un drive sans faille. Très beau trio à suivre absolument !
Le Dimanche soir, clôture de cette première session avec FREE UNFOLD TRIO et le Duo Lee Konitz/Dan Tepfer. Très belle soirée à ce qui nous a été rapporté.

La deuxième session a proposé une programmation plus « régionale ». C’est le groupe reQ qui a ouvert le feu. Sans violon ni violoncelle, le groupe s’est retrouvé plus rock et électrique qu’à son habitude. Cinq compositions d’une singulière vitalité d’inspiration, comme ce texte d’Antonin Artaud (L’Arbre) dit par Laurie Batista (micro capricieux au début…) sur « La vache aux mille couleurs/Poisson Lune », ou encore le bel hommage à Lili Boulanger (Psaume) sur l’inquiétant « Lili et la Mort ». Ils adaptent le quartet à des habits plus « post-rock » et free, sur des compositions comme « Petit déjeuner sous un cerisier du japon » ou sur « Lili et la mort », voix presque « hardcore » de Laurie Batista (façon Diamanda Galas). On a adoré « Vert jaune/gris bleu », bel hommage à la place Saint-Michel, signé par un Thomas Saint-Laurent (g) très inspiré, délivrant un très beau chorus. Il s’est également illustré par de magnifiques strates un peu ferraillées, lors du très beau morceau final, sur le désert marocain. Simon Pourbaix (bat) et Thomas Julienne (cb), se sont visiblement (et nous ont) régalés à offrir une puissante rythmique à leur camarade gambadeurs. Un set très vivifiant !

POST IMAGE ! Ce groupe fait partie de notre histoire et de nos cœurs depuis bien longtemps.
On ne compte plus les scènes qu’ils ont partagées avec de prestigieux musiciens, Miles Davis, Wayne Shorter, Joe Zawinul etc…Et ce, à Bordeaux, Andernos, Paris, Montreux, Marciac, et en bien d’autres lieux illustres. Ce qui frappe chez eux, et ce à quoi on succombe à chaque fois, c’est ce jazz-groove instauré en « mouvement perpétuel », aguiché par des touches d’un electro évolutif, et des embruns de « world » qui nous font voyager. De « Gluglu » à « A love supreme », en passant par « Mobile », « Carpe Diem » et « Temine », ils nous ont fait rêver un soir de plus ! Chapeau bas et merci à Dany Marcombe, Freddy Buzon, Patricio Lameira, Jean-Christophe Jacques, Eric Perez et Frédéric Feugas pour la qualité de leur musique et le plaisir qu’ils apportent à leur public, depuis vingt-sept ans !

Changement de décor le Jeudi soir avec deux formations très différentes. Tout d’abord HARMODEON qui réunissait une belle brochette de musiciens, venus d’un peu partout, et même d’outre-Atlantique. Leurs compositions sont belles et d’un jazz frais et soigné. La part belle est laissée aux harmonies et aux arrangements, qui enveloppent un subtil groove fruité. Laurent Maur (harm) mène le bal, par de belles phrases modernes et enjouées. On est ravi de retrouver le « californien » Yves Carbonne à la basse, associant ses lignes solides au magnifique drumming de Stéfano Lucchini. Mentions spéciales partagées aux belles interventions de Ludovic Guichard (g), de Cédric Jeanneau (clav) et de Guillaume « Doc » Thomachot (sax alto).

Puis LE PEUPLE ETINCELLE est venu éclairer et enflammer une nuit bien fraîche. L’une des révélations de cette deuxième session. Des compositions très pointues, qui poussent au voyage et à se remuer. On sent la fête, de la musique de la nouvelle-Orleans, des accélérations façon klezmer, on imagine un bal, des gens heureux et réunis pour danser, rire et boire des coups. François Corneloup avait déjà bien marqué la première session du festival mais là, il a explosé avec son sax brûlant et ses sourires entendus avec les autres fous de l’équipe : Michaël Geyre (acc), Eric Dubosq (b) et Fawzi Berger (zabumba, pandero) ont également mis le feu. L’affaire n’en est pas restée là car ils ont remis ça la semaine suivante à Villandraut, avec en plus Fabrice Vieira (g, chant). Une comète dansante ce groupe !

Le lendemain, soirée de fête avec tout d’abord EBOP. On avait déjà eu le plaisir de les voir au dernier Jazz360. On aime beaucoup cette synergie qui les unit et la force de leur groove moderne. Guillaume Schmidt (saxes) présente les choses avec ce flegme british gorgé d’humour qui lui va si bien. Son phrasé jazz se bonifie avec le temps et il s’est montré peut-être plus « acoustique » qu’auparavant, mais continue d’utiliser des effets électroniques qui enrichissent son jeu. Christophe Maroye (g), est lui aussi en perpétuelle recherche d’idées neuves. Il nous a gratifiés de très beaux chorus, et les sons qu’il obtient avec ses pédales d’effets sont toujours aussi beaux. Didier Ottaviani (bat) nous a encore impressionnés par son puissant drive, et Benoît Lugué par ses lignes très élégantes et profondes de basse, créant un groove intérieur indispensable au son d’EBOP.

Qui mieux qu’AKODA pouvait clôturer ce Vendredi 15 Août ? Leur musique riche et habitée nous fait voyager dans des espaces évoquant une liberté qui devrait être celle de tous les peuples. Les « croyances et la musique de l’Homme africain » étaient à l’honneur. Les compositions d’AKODA expliquent ainsi les origines de certaines des musiques que nous écoutons aujourd’hui, issues de La Havane, de la Nouvelle-Orléans ou de la Réunion. Le chant de Mayomi Moreno est très émouvant et les autres musiciens excellents : Bravo à Valérie Chane-Tef (clav, direction), Benjamin Pellier (b), Franck Leymerégie (percus), François-Mary Moreau (flûte traversière/sax) et, cerise sur le gâteau, Laurent Maur (harm.) en guest !

Le Samedi, Edmond Bilal Band ouvrait la soirée, avec cette fraîche maturité, qui se développe au fil de leurs déjà nombreux concerts. Ils jouent depuis plus de trois ans, en particulier à Marciac où ils ont assuré pas moins de 18 sets lors de la dernière édition ! J’y étais à plusieurs d’entre eux, ça jouait fort bien. L’équipe très soudée est une bande d’amis qui se sont connus pour la plupart au Conservatoire d’Agen. Leurs compositions bien enlevées sont d’un jazz moderne et varié, tendance fusion/funk, mais il y a aussi de belles balades. Paul Robert (saxes), Philippe Gueguen (clav), Mathias Monseigne (el g), Philippe Sifre (b) et Curtis Efoua (bat), sont devenus de véritables professionnels qu’on a plaisir à écouter. Chapeau bas jeunes gens !

A chaque session son ovni et ce soir c’est PAPANOSH qui a atterri, avec un jubilatoire fracas. Son projet : « Oh Yeah », hommage au grand Charles Mingus. Deux invités de marque à son bord: Roy Nathanson, saxophoniste, chanteur et poète, l’un des musiciens phares de la scène alternative new-yorkaise, et Fidel Fourneyron, tromboniste bouillant du nouvel ONJ d’Olivier Benoît. Musique de folie, tout bouge et s’affole à la moindre occasion, des compositions de très haute volée, avec la part belle à l’humour, au libertaire et à l’insolence. Roy Nathanson oblige, on pense aux Lounge Lizards, aux Jazz Passengers mais aussi aux Sotto Voce, groupes qu’il a traversés de ses éclairs. Mais la patte de Papanosh est très présente. Leur précision speedée est carrément du niveau de celle des Mostly Other People Do The Killing par exemple, c’est dire ! Et puis il n’est que d’écouter leur génial « Your beautiful Mother » (2012) pour être convaincu que Thibault Cellier (b), Quentin Ghomari (tp, tbne), Sébastien Palis (acc.clav), Jérémie Piazza (bat) et Raphaël Quenehen (saxes) sont de « vibrants défricheurs », avec du diamant dans la tête et les mains ! Découverte époustouflante et nouvel atterrissage quelques jours plus tard à Villandraut !

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Autre belle découverte en ce Dimanche soir avec THE KHU. On connaissait déjà le bassiste Benoît Lugué, pour l’avoir écouté groover façon Motown avec EBOP, mais aussi comme membre de FADA, avec son frère rythmique, le batteur Vincent Sauve. Souvenir encore très vif d’un concert spectacle de FADA à l’école du Cirque, non loin de la Base sous-marine de Bordeaux. En revanche, on ne connaissait pas encore bien Nicolas Péoc’h (sax alto, compositions), ni Johan Blanc (tbne, cloches, compositions). On apprend qu’ils s’étaient retrouvés en 2011 à Brest, dans le Nimbus Orchestra, dirigé par Steve Coleman, à l’invitation de Penn-Ar-Jazz. On retrouve l’influence de l’américain dans leur travail, et leurs remarquables compositions n’offrent pas de répit. On est comme aspiré dans une transe rythmique. Leur album « happy ? » (offoron 2014) confirme cela. Ils sont chacun des musiciens de très haut niveau, et leur jeu collectif est impressionnant de cohésion et force l’adhésion immédiate. On ressort subjugué ! A suivre de très près !

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Pour clôturer le festival, Batépatù est venu apporter du bon rythme funk brésilien, propice à la fête. Il faisait bien frais mais les musiciens s’en sont donné à cœur joie et une partie du public a même dansé. Alê Kali chante avec beaucoup de cœur et dirige avec le sourire ses musiciens. Ceux-ci assurent de solides rythmiques, et quelques beaux chorus de cuivre ou de claviers s’échappent de ci de là. Le groupe c’est François Chommaux (g), Thomas Labadens (b), Michael Geyre (clav), Grégoire Merleau (bat), Lionel Solbes (tbne) et Christophe Urbanski (percus), sans oublier deux jeunes musiciens invités du groupe Tango Charly au saxophone et à la trompette.
Belle conclusion à cette deuxième session.

Il faut rendre grâce aux organisateurs d’avoir proposé cette ambitieuse deuxième édition de Jazz [at] Botanic. La programmation a été riche et très éclectique, ils l’ont osée et chapeau doit leur en être tiré. Elle a permis à un public (certes un peu frileux) de découvrir des facettes très originales et aventureuses de cette musique, qui les attirera probablement plus sur le long terme. C’est ce que sincèrement on leur souhaite, ainsi qu’une troisième édition en 2015.
Mais pour l’heure, n’oublions surtout pas que la programmation du Caillou du Jardin Botanique se poursuit tout au long de l’année, dans la même diversité et avec la même qualité. Soyons-y tous, souvent !

Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

Jazz [at] Botanic 2014 Acte 2, du 13/08 au 17/08 au Caillou du Jardin Botanique (Bordeaux)

Jazz [at] Botanic Acte 2, ça commence ce soir et jusqu’au 17/08/2014 ! Venez nombreux !

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