De l’importance des nuages…

Respire Jazz Festival /Abbaye de Puypéroux 2/07/ 2017
Paul Lay trio / Alcazar memories

par Annie Robert

Respire Jazz Festival est un festival atypique : léger, verdoyant, sincère et à l’affût des talents. Créé en 2009, il poursuit son bonhomme de chemin dans son Sud Charente, au gré de ses bottes de paille, de son abbaye magnifique et sauvage, loin des grandes métropoles, intrépide et risqué jusqu’au bout de ses choix. Le cadre historique et délicieux de l’Abbaye de Puypéroux pousserait les plus citadins au pique-nique, à la balade, et bien sûr à l’ouverture tout en grand des petites oreilles jazzistiques par le lieu alléchées.
Mais ce dimanche, comme les jours précédents, les nuages se sont accumulés au flanc des collines. Pas de problèmes techniques ni financiers, rassurons nous, mais de joufflus et gris cumulus, un peu trop insistants, chargés de pluie et de petit vent frais, qui nous ont obligés au repli, bien à l’abri de la vaste grange parmi l’odeur de foin coupé et les poutres vénérables, un nid douillet loin de la grisaille, fait pour l’échange et l’écoute attentive.

la grange

Les nuages frisquets sont restés à la porte (ouf) mais d’autres ont pris leurs places, des nuages gracieux remplis de notes rêvées. On s’est installé dessus et on s’est laissé porter sans peine puisque Paul Lay était au piano, Simon Tailleu à la contrebasse et l’étonnante Isabel Sörling à la voix.
Voici un attelage qui à première vue pouvait sembler étrange : l’association de la glace et du feu, du Nord et du Sud, d’une Lorelei scandinave à la voix épurée, fine sirène aérienne et tendue, hors norme, et de deux jazzmen aux touchers fastueux, aux harmonies moelleuses, à l’inventivité incessante, à l’énergie parlante. Le mélange fonctionne pourtant magnifiquement. Le piano de Paul Lay est leste et protéiforme comme on le connaît ( quel talent ce garçon !) changeant de rythme et d’atmosphère au tournant d’une portée, du swing, du bop et surtout de la classe en tous instants; la contrebasse de Simon Tailleu est active ou douce, gavée de blues ou de mélancolie, généreuse, toujours à l’écoute. Quant à la voix incantatoire d’Isabel Sörling poussée dans les suraigus, au bord de se briser en éclaboussures émouvantes, elle s’engage dans des couleurs de lieds irlandais, de musiques trad ou de chansons de fjords lointains, d’appels de princesses perdues. On a presque peur pour elle, pour ses instants de voix suspendues dans l’impro, de ses cassures possibles, pour sa façon de déconstruire le rythme et parfois l’harmonie. Mais l’émotion est au rendez-vous, les trois artistes se parlent, nous parlent, se complètent, nous complètent et nous étonnent. Ils nous donnent à entendre des souvenirs d’un travail fait ensemble, pour la ville de Marseille, un mélange de leurs influences et de leurs harmonies réciproques.
«  Blues Roses » et « Memories », compositions de Paul Lay engagent le set dans une atmosphère délicate et intime. Puis c’est une création en forme de prière païenne due à Isabel Sörling, toute en suspension. Les petits nuages se chargent de douceur et d’étonnement.
Premier contre-pied: une réinterprétation décalée d’un  standard du cabaret marseillais « Adieu Venise provençale » nous prouve ensuite qu’on peut extraire du jazz coloré et émouvant de musiques bien éloignées ( il suffit d’en avoir un brin dans son ADN). Faire d’Isabel Sörling une Fanny nostalgique du pays natal, il fallait oser et c’est réussi. On est conquis par le son d’ensemble, la délicatesse des voicings, l’abandon dans l’interprétation de cette chanson d’amour, son temps étiré. Suit « Hundred fire » et un chant de noël au « nom suédois imprononçable » ( dixit Paul Lay) qui commence très simplement à l’archet pour s’épanouir en fleur puissamment charpentée de groove. Les petits nuages s’étoffent.
La revisite du succès de George Gershwin « The man I love » achève de séduire en totalité le public. Le thème est égrené par la contrebasse. La voix et le piano se partagent les impros ; c’est prenant, touchant et on a l’impression d’entendre ce thème tant chanté, pour la première fois. La voix aérienne d’Isabel Sörling y tutoie le cristal au bord de se briser. Et les petits nuages se déploient avec plus de consistance encore.
Le set se termine par une valse ancienne d’Emile Waldteufel « Amour et printemps », un air qui ramène en flots une brassée de poésie couleur sépia, un soupçon d’enfance et de nostalgie. Un petit limonaire de poche achèvera en suspension sur ses lames désuètes de colorer de sérénité nos petits nuages.
Et le rappel amusé sur « le plus beau de tous les tangos du monde » ne parviendra pas à nous en faire descendre, bercés dans la grange à foin…

Un moment de respiration profonde, poumons pleins et tête claire…

https://www.respirejazzfestival.com/

NB: Mille excuses pour la piètre qualité des photos faites à l’arraché … les photographes d’Action Jazz étaient sur d’autres sites…( et moi, pas douée pour cela…..)

3ème édition du festival « Jazz Au Pôle »

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

Théâtre De Gascogne de Saint-Pierre-du-Mont près de Mont de Marsan

Du 07 au 13 février 2017 où se dérouleront, concerts, expositions, rencontres et scènes ouvertes.

Cette année l’instrument mis à l’honneur est le piano, l’édition 2016 résonnait au son de la trompette, 2015 était consacré au saxophone.

Le mardi 07 février 2017

A notre arrivée à 19h dans ce vaste hall à la fois moderne et chaleureux nous étions fort bien accueillis en musique par les élèves de la classe de troisième cycle du département Jazz, du conservatoire départemental des Landes, sous la direction de Didier Ballan, professeur attentif.      

Autour d’un piano pas comme les autres, cette pièce unique qui évoque par ces lignes aériennes un voilier prêt à nous embarquer pour de nombreux voyages musicaux, créé par deux passionnés, Xavier Bontemps, restaurateur de pianos anciens et François Desmarchelier, designer et ébéniste. Après les concerts il est mis en libre accès pour tous les pianistes qui le souhaitent. Des pianistes, ici il y en a et d’excellents ! Le tout dans une ambiance festive des plus sympathiques … D’ailleurs nous en profitons pour remercier tous les responsables du festival ainsi que les bénévoles. Merci à Julie Gatineaux, médiatrice culturelle et Antoine Gariel, directeur des politiques culturelles de Mont de Marsan.

Thomas Enhco

Pianiste, violoniste, compositeur de musique classique et de jazz français.

Elève du conservatoire national supérieur de musique et de danse. Il est issu d’une famille d’artistes renommés, Thomas Enhco « baigne dans la musique depuis toujours » dès 3 ans il fait l’apprentissage du violon et à 6 ans celui du piano, il est formé à la fois au jazz et au classique semble-t-il pour son bonheur et aujourd’hui pour le nôtre aussi …

A 12 ans, Thomas entre au centre des musiques Didier Lockwood où il étudie pendant 3 ans auprès de musiciens de jazz français et internationaux, il joue au côté de Mike Stern, Biréli Lagrène, André Ceccarelli ou Niels-Henning Orsted Pedersen.

A 14 ans le jeune homme forme son premier groupe « Thomas Enhco & Co » un trio dans lequel il joue du piano et du violon, avec Zacharia Abraham à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie puis un peu plus tard, son frère David Enhco trompettiste, les rejoindra également.

En juin 2013, il remporte le prix de la révélation de l’année des victoires du jazz.

Il accompagnera au piano ou au violon les artistes tels que Billy Cobham, Martin Taylor, Toots Thielemans, Bobby Durham, Rhoda Scott, Étienne M’Bappé, Sylvain Luc, Nicolas Folmer, Thomas Bramerie, pour ne citer qu’eux …

Sa discographie :

2006, Esquisse, Ames – 2009, Someday My Prince Come, Blue in Green – 2012, Fireflies (Label Bleu) – 2015, Feathers (Verve Records) – 2016, Funambules (Deutsche Grammophon). Feathers, est son premier album solo.

Nous sommes dans la grande et très belle salle de concert parée de rouge et de noir, n’attendant plus que ce jeune homme qui entre avec son allure d’adolescent et son aisance naturelle, il s’installe sous la loupe qui l’éclaire pour faire jaillir du piano un air frais dynamique et joyeux au nom de « Fire dance » lumineux et captivant. Puis s’en suit une mélodie romantique et un peu nostalgique, qui nous regarde passer et nous insuffle le simple sentiment de bonheur, ce même bonheur que l’on peut voir parfois s’éloigner sans rien dire et qu’ici les notes nous poussent à suivre plus loin, pour distinguer cette silhouette chère à notre cœur, qui soudain revient et vers qui toute l’attention converge dans une spirale de sentiments aimants.

Thomas nous dit que le matin même il jouait à Pau au sein d’un orchestre symphonique alors, ce soir il se sent un peu seul, avec un air amusé aussi et qu’il n’a rien préparé pour notre rencontre mais qu’il allait improviser son répertoire comme il le sentait. Il lui arrive de temps à autre de se lever pour aller taquiner les cordes basses du piano avec une certaine nonchalance. Il nous parle de ses compositeurs illustres qui ont contribué à son inspiration, tels que Robert Schumann, Johannes Brahms et autres romantiques, mais aussi Thelonious Monk pour son jazz improvisation. Nous étions durant prés d’une heure trente accrochés à ses bras et simplement heureux d’être là, en si bonne compagnie.

 

Le mercredi 08 Février 2017

Paul Lay, raconte Billie Holiday

Paul Lay est natif d’Orthez, il poursuit ses études classiques à Toulouse puis découvre le jazz lors d’un stage à Marciac. Il entre au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Alors qu’il vient d’être diplômé, Paul Lay intègre le Quintet du contrebassiste Riccardo Del Fra, l’un de ses anciens professeurs.

Sa discographie :

2010 en trio sous le label Labory Jazz « Unveiling »

2014 Paul Lay Mikado Quartet « Workaholic »

Pour la dixième étape de ce projet Paul Lay, pianiste virtuose, récompensé par le prix « Django Reinhardt 2016 » se pose à Saint-Pierre-du-Mont aujourd’hui et nous accueille dans son univers passionnant.

Nous sommes à la fois au théâtre, au cinéma et sur une scène de concert où est placé à notre gauche, un piano à queue noir laqué tiré à quatre épingles et sur lequel il ne manquait plus qu’un gardénia.

Il n’attend pas longtemps l’arrivée du jeune virtuose Paul Lay, qui va ce soir l’animer à sa façon et rendre hommage à Billie Holiday pour l’occasion du centième anniversaire de sa naissance au rythme d’une existence traversée de touches noires et blanches.

Nous sommes transportés au tout début du siècle dernier, en 1915, l’année du premier souffle d’Eleanora Fagan de son vrai nom.  Les lumières s’effacent et l’écran s’agite grâce à la complicité du vidéaste « Olivier Garouste », vont alors s’entrelacer de façon interactive des extraits de concerts, les paroles et des chants de Billie holiday accompagnés simultanément par l’improvisation du jeune pianiste. Il sera projeté autre chose que de simples images de « Lady Day », mais avant tout l’histoire déchirante d’une femme, dont la vie a forgé ses « voies » et certaines en sentiers épineux à une époque sans cesse bouleversée pour une femme de sa condition. Malgré tout, elle a su planter dans le terreau exigeant de son parcours, une fleur auditive à la fois rare et persistante, troublante et poignante, qui éclot encore de nos jours pour caresser nos oreilles et adoucir nos mœurs, on écoutera également quelques morceaux de personnalités chères à Billie Holiday telles que Lester Young ou Duke Ellington.