Chroniques Marciennes 3.4

Chapiteau de Marciac 30 Juillet 2017  Chronique : Fatiha Berrak, photos : Thierry Dubuc 

 

Nico Wayne Toussaint Big Band

Nico Wayne Toussaint : harmonica, voix

Pascal Drapeau : trompette

Sebastien Iep Arruti : trombone

Jean-Pierre Legout : Keyboard, voix

Michel Foizon : guitare, voix

Antoine Perrut : basse, voix

Romain Gratalon : batterie

Cyril Dumeaux : saxophone ténor

 

Ah quelle soirée mes amis … ! Une de celles dont on se souviendra longtemps.

Ce soir, le chapiteau est plus que jamais semblable à une fourmilière particulièrement agitée. Vous savez celle où règne cette forme de jubilation, avant l’événement dont on pressent quelque chose de singulier.

Sur les écrans du vaste chapiteau, défilent des images du festival dans tous ses états et commentées par une voix grave à l’accent rocailleux et caractéristique du terroir, sans parler de ses intonations typiques qui viennent éclairer d’un sourire certains minois, pareils aux tournesols alentours.

Il est 21 heures, lorsque les musiciens gagnent leur places dans l’obscurité avant d’allumer un brasier blues, ce brasier va immédiatement attirer un félin fou qui va s’y jeter, comme on plonge dans la vague immense. C’est Nico Wayne Toussaint qui surgit les bras grands ouverts vers son public comme pour l’enlacer en totalité et absorber son énergie et dispenser la sienne en échange équitable et chaleureux dans cet espace captivé.

C’est d’abord par un hommage vibrant rendu à James Cotton qui était l’harmonisiste de Muddy Waters et pour qui Nico Wayne Toussaint voue une grande admiration. C’est dans ce passé pas si lointain oh combien riche en événements chargés de larmes et de sang, mais d’espoir aussi, dont le ‘’présent » est cet héritage musical si vivant qu’est le blues qui porte en lui les stigmates aujourd’hui transcendées, comme autant de forces, de dignité et n’ayons pas peur des mots, autant d’amour par dessus tout.

Ici et maintenant celui qui le chante, le danse et le respire par tous les pores de sa peau, célèbre sa mémoire tel un trait d’union, un digne relais.

Un rythme dont l’esprit reflète toutes les couleurs de peau, le blues est bien l’héritage humain qui se chante et se danse dans toutes les langues dites libres ou en devenir de « l’être ».

Nico Wayne Toussaint possède un tempérament de feu. Après son triomphe de l’an dernier à l’Astrada avec son quintet, le « Get Booster Tour » aux couleurs blues funk, entouré de magnifiques musiciens, il revient pour cette édition 2017 avec une formation riche de trois nouveaux membres avec Pascal Drapeau, Sébastien Iep Arruti et Cyril Dumeaux.

Sur scène Nico Wayne Toussaint trépigne, sautille, et bondit. Il alterne librement tour à tour au rythme de son harmonica, les directs droites gauches, les l’uppercuts et les crochets fusent, mais également avec les caresses sensuelles et enivrantes. Le public ne tient plus en place, la salle est surchauffée et tout le monde est debout pour lui faire une haie d’honneur, lorsque l’artiste sillonne les artères d’une salle grisée et gorgée d’enthousiasme.

 

 

Dee Dee Bridgewater « Memphis Project »

Dee Dee Bridgewater : voix

Marc Franklin : trompette

Arthur Edmaiston : saxophone

Dell Smith : piano, orgue

Charlton Johnson : guitare

Barry Campbell : basse

James Sexton : batterie

Sharisse Norman : voix

Shontelle Norman-Beatty : voix

 

Une histoire d’amour évidente entre Madame Dee Dee Bridgewater et le public de Marciac, peut-être ! Mais, ce qu’il y a de certain c’est que ce soir, nous sommes tous véritablement impressionnés par l’indéniable charisme, le talent mais en plus, il y a autre chose de naturel chez elle, c’est cette incroyable classe et cette générosité. Au-delà de cela un mot me revient sans cesse à l’esprit tout au long de cette soirée en sa compagnie. Ce mot est ‘’jeunesse’’, bien entendu je parle non seulement de son aspect extérieur, mais surtout et avant tout de ce qui émane d’elle et qui véritablement rayonne tout autour.

Est-ce une grande part de ce blues dans lequel elle nous plonge plus particulièrement ce soir et qui surgit avec puissance ? Dans l’évocation de l’histoire américaine et son exhortation à toujours veiller sur l’aspect humain de l’être.

Dee Dee Bridgewater s’exprime dans un français parfait et va tout au long déployer une énergie communicative colossale elle semble clairement heureuse d’être de retour à Marciac. Elle présente son nouvel album « Memphis Project» sur lequel elle reprend des titres phares issus de la soul music, sa voix est puissante et percutante. La lady chante et danse ‘’Rock Me Baby ‘’.

Sous le chapiteau il y a peu de place pour danser mais certaines personnes n’ont pu résister longtemps et se défoulent avec bonheur. Le public est sous le charme de tous ses envoûtements. Lorsque le titre « Purple Rain » retenti des myriades de lumières se font jour en rythme dans l’obscurité.

Mais la fin du spectacle arrive à grands pas même si personne ne veut partir malgré plusieurs rappels auxquels madame Dee Dee Bridgewater à répondu avec un grand panache … Bravo bravo bravo !!!

Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !