Nola news # 8

Par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

Ooh Poo Pah Doo !

James Andrews

James Andrews

Toujours une formidable ambiance dans ce club du quartier « Trémé » l’ « Ooh Poo Pah Doo Bar ». Trombone Shorty y a fait des débuts fracassants et c’était devenu le fief de Travis « Trompette Black » son cousin, jusqu’à son décés, l’an dernier. Et ce sont ses autres cousins qui mènent la barque, tous les lundis soirs. James Andrews, trompettiste, chanteur, showman y mettent le feu régulièrement. Et avec lui, on ne reste pas assis 5 minutes car il invite de suite le public à danser, à chanter, à organiser une « second line » (sorte de farandole) jusque dans la rue. Et, d’autres voisins viennent se mêler au show, tel Big Chief Doucette (chanteur que l’on peut voir dans la superbe série « Trémé »)

Big Chief

Big Chief Doucette

et Big Chief Bo Dolis Jr, lui aussi, chanteur, ainsi que d’autres musiciens du quartier.

Big Chief Bo Dollis Jr

Big Chief Bo Dollis Jr

Et Judy, la tenancière du bar ne se fait pas prier pour venir prendre le micro et chanter, en dansant, les succès, justement de « Treme ». C’est tous les lundis soirs, une ambiance survoltée dans ce club oublié des touristes … ce qui en fait l’authenticité. Quelle soirée … !

Julie

Judy

 

Instant Opus Improvised Series

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Martin Krusche (sax), Ashley Blume (p), Joesf Butts (ctb), Dan Caro (dr).

Comme tous les lundis, en deuxième partie de soirée, après la réunion Bluegrass, l’ Hi-Ho Lounge donne carte blanche à cette asso qui soutient la  musique improvisée. Et ce soir, c’est un quartet de musiciens chevronnés qui s’y colle. L’excellent saxophoniste Martin Krusche nous régale d’une musique déstructurée mais qui se structure pour encore mieux laisser place à l’improvisation. Il est merveilleusement accompagné dans ses aventures sonores par la discrète mais efficace claviériste Ashley Blume, Joesf Butts à la contrebasse et à la basse électrique et le fougueux batteur Dan Caro. Soirée décoiffante et enrichissante.

 

« 4 Sidemen of the Apocalypse »

Mike & friends

Mike Kobrin & friends

Super quartet de jazz moderne au « Café Negril » emmené par un très bon trompettiste Mike « Trumpet Mike » Kobrin qui a passé en revue quelques excellents standards de Monk à Rollins en passant par Chet Baker. Très bien soutenu par le guitariste Pete Rozé qui s’illustrait dans des solos courts mais bien montés, il bénéficiait également d’un bon drumming de Ethan Shorter et d’une excellente ligne de basse de Mike Robbins qui contribuaient à la réussite de cette soirée.

Mem Shannon Trio

Mem Shannon Trio

C’est le Bluesman Mem Shannon qui officie ce soir au club de Frenchmen street, le 30°/90° devant un bon public venu claquer des doigts et taper du pied. Un trio classique dont Mem Shannon en est le leader qui nous interprète ses compositions pour un Blues original,  très Louisianais, avant de se lancer dans les classiques du Delta Blues.

 

Open ears music series

Jesse Morrow

Jesse Morrow

Upstairs at the « Blue Nile » se trouve le « Balcony room » avec son superbe balcon surplombant Frenchmen Street d’où l’on voit et entend tous les soirs un Brass Band faire sonner ses cuivres pour régaler les curieux. Et, tout comme à l’Hi-Ho Lounge le lundi, c’est une autre asso qui propose de faire écouter des musiciens qui jouent un jazz différent (pour ne pas rentrer dans la polémique), une musique libre, débridée, aux portes du free jazz. Et, à New Orleans aussi, de fantastiques musiciens font évoluer la musique. D’ailleurs, des gens comme Delfeayo Marsalis, Khari Allen Lee et bien d’autres soutiennent cette démarche visant cette évolution. C’est le contrebassiste Jesse Morrow qui anime la scène avec ses complices Simon Lott à la batterie, Anthony Cuccia aux percussions, l’excellent tromboniste Jeff Albert et le talentueux Brad Walker au saxophone ténor.

Brad Walker

Brad Walker

Court premier set avec 2 compositions du leader du soir, Jesse Morrow puis un deuxième set où chaque participant exécutait un solo/impro avant de se retrouver tous pour des impros collectives. Et non, iI n’ y a pas que des Brass Band à New Orleans…

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Next Generation

On avait parlé de l’énorme travail du pianiste/chanteur Jessie McBride pour les jeunes et c’est au « Prime Example », excellent club convivial de N.Broad qu’il pésente, chaque mercredi, cette nouvelle génération de musiciens, encore dans les écoles de musique (Nocca, UNO à New Orleans et Berkley school à Boston).

Jessie McBride

Jessie McBride

De son piano, Jessie dirige avec beaucoup de discrétion cette jam session et présente le groupe de ce soir dans lequel on peut reconnaître, entre autre le magnifique trompettiste John Michael, issu de la Nocca et maintenant à la Berkley. Voilà des jeunes qui ont déjà, à 16-17 ans, du métier et surtout du talent et Jessie McBride les met à l’honneur et leur donne quelques ficelles.

Next Generation

Next Generation

Et, comme c’est une jam, voilà un « jeune ancien » de la Nocca, qui prend place à la batterie pour soutenir ces musiciens en herbe. Joey Dyson, discret, humble prend les baguettes et la jam prend alors une autre dimension et le public ne s’y trompe pas … que de talents dans cette next generation ! A suivre …

Joey Dyson

Joey Dyson

 

Johnny V & friends

Johnny Vidacovich

Johnny Vidacovich

Johnny V (V pour Vidacovich) invite chaque semaine 2 autres musiciens pour former son trio au Maple Leaf. Ses invités de ce soir sont le remarquable bassiste (à 6 cordes), Chris Severin (entre autre, prof à la Nocca)

Chris Severin

Chris Severin

et celui qu’on ne présente plus, le pianiste-organiste-trompettiste, Nicolas Payton.

Nicolas Payton

Nicolas Payton

N. Payton ne prenait que rarement sa trompette et préférait le piano électrique et l’orgue pour interpréter ses compositions. C’est un premier set avec une musique très intimiste qu’il proposait avant de se lâcher un peu plus dans le second. Les 2 sidemen de luxe faisaient tour à tour merveille dans leurs solos.

J. Vidacovich, Chris Severin, Nicolas Payton Trio

J. Vidacovich, Chris Severin, Nicolas Payton Trio

Et le concert se terminait, comme d’habitude, avec une dégustation de cookies préparés par Johnny V. Sympa, non ?

Nola’s news # 42

par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

Depuis 1 semaine et l’annonce du décès d’une des figures montantes du jazz de la Nouvelle Orléans, Travis « Trumpett Black » Hill, à l’âge de 28 ans, lors d’une tournée au Japon, tous les jours sont organisées des « second line » (défilé derrière un Brass Band) dans les rues de Tremé. Elles partent toutes du club « Ooh Poo Pah Doo » où Trompett Black animait la scène, tous les lundis. Hier soir, après la second line, c’est le « Cafe Istambul » qui appelait les très nombreux musiciens à se recueillir en musique (on est à New Orleans) et rendre hommage à Travis.

Peinture hommage

Peinture hommage

Un peintre avait réalisé un portrait et l’on pouvait, comme pour un livre de condoléances y apposer sa signature. Le plus émouvant, et j’en ai encore la chair de poule, c’est lorsque le Preservation Hall Orchestra entra dans le club en jouant la fameuse marche funèbre néo-orléanaise.

Preservation Hall Orchestra

Preservation Hall Orchestra

Après quoi, l’hommage commençait toujours en musique, mais cette fois dans la joie avec un morceau qui faisait déjà danser le public. Et, il y avait un nombre impressionnant de gens venus partager avec la famille ce moment de recueillement. Plusieurs « têtes d’affiches » étaient présentes et venaient se produire pendant 30 minutes. Et c’est Walter Wolfman Washington qui commençait cet hommage.

Walter Wolfman Washington

Walter Wolfman Washington

« Wolfman » jouait et chantait du blues mais aussi 2 thèmes rapides et entraînants. Puis, c’est Brother Tyrone qui prenait la suite et venait chanter quelques standards du rythm’n blues avec beaucoup de ferveur, comme il le fait à chaque représentation.

Brother Tyrone

Brother Tyrone

Le public se déchaînait, chantait et dansait. Brother Tyrone partageait régulièrement la scène avec Travis à Ooh Poo Pah Doo, ainsi d’ailleurs que le très apprécié pianiste Tom Worrell.

Tom Worrell

Tom Worrell

Nous étions dans un spectacle comme pouvait le faire James Brown et on oubliait presque pourquoi on était là.

Brother Tyrone Band

Brother Tyrone Band

C’est comme ça à la Nouvelle Orléans, on partage joies et peines, toujours en musique. C’était au tour du « Dirty Dozen Brass Band » de rendre hommage, et on connaît leur entrain. 30 minutes de folies durant lesquelles ils demandaient aux spectateurs de rester debout et de danser.

Dirty Dozen Brass Band

Dirty Dozen Brass Band

L’excellent trompettiste Leroy Jones était venu se joindre a à eux pour une prestation à tout casser.

Leroy Jones

Leroy Jones

Puis, le « Big Sam’s Funky Nation » occupait à son tour la scène pour un moment de frénésie car Big Sam est un showman qui sait « mettre le feu » … et c’est bien ce qu’il a fait. Il a même organisé des chorégraphies depuis la scène que les spectateurs exécutaient.

Big Sam

Big Sam

Et les « Funky Nation » donnaient, comme d’habitude tout ce qu’ils avaient et le public adhérait à cent pour cent.

Big Sam's Funky Nation

Big Sam’s Funky Nation

Le « New Breed Brass Band » poursuivait cet hommage et quand on parle de Brass Band, on parle bien sûr, de musique entraînante et joyeuse, comme pour parader dans les rues.

New Breed Brass Band

New Breed Brass Band

Cette excellente formation devait laisser la place à un autre Brass Band tout aussi important à Nola, le « Brass-A-Holic »

Brass-A-Holic Band

Brass-A-Holic Band 

qui lui aussi jouait cette musique de Brass Band si particulière. Chaque demi heure donc, les groupes se succédaient et l’ambiance n’avait pas le temps de retomber. Corey Henry, autre tromboniste- chanteur, faisait son show d’une intensité incroyable.

 

Corey Henry

Corey Henry

Sa formation s’était étoffée et l’on y retrouvait avec plaisir le saxophoniste Calvin

Calvin

Calvin

et le guitariste June Yamagushi qui donnaient une dimension encore plus importante à cet orchestre.

June Yamagushi

June Yamagushi

J’ai rarement connu une telle ambiance et lorsque Corey Henry et James Andrews (cousin de Travis) faisaient monter sue scène la mère de Trumpett Black pour l’honorer, on atteignait alors le sommet de l’émotion.

Corey Henry, mère de Travis, James Andrews

Corey Henry, mère de Travis, James Andrews

Quoiqu’il en soit, tous étaient là pour honorer Travis et James Andrews, très ému, au bord des larmes se présentait sur scènes avec ses musiciens et chantait et jouait en montrant le ciel du doigt.

James Andrews

James Andrews

Peu à peu, le groupe grossissait sur la scène qui n’était plus assez grande.

une partie de la section de cuivres

une partie de la section de cuivres

James Andrews Band

James Andrews Band

Des éléments de « Bonerama » venaient participer à l’hommage dans une ambiance surréaliste.

Tromboniste de Bonerama

Tromboniste de Bonerama

L’ambiance était à son comble quand les indiens faisaient leur entrée et traversaient le club pour rejoindre la scène en chantant et en dansant.

Indian

Indian

Indian

Indian

Big Chief Bo Dollis Jr était également présent

Big Chief Bo Dollis Jr

Big Chief Bo Dollis Jr

Le temps n’avait plus d’importance et tous ces musiciens jouaient avec la ferveur que Travis avait sur scène.

Indian et Bo Dollis Jr

Indian et Bo Dollis Jr

James Andrews avait donc réussi à regrouper tous ces musiciens pour une véritable communion.

James Andrews

James Andrews

James Andrews + invités

James Andrews + invités

Enfin, l’autre cousin de Travis, Glen David Andrews venait lui aussi rendre hommage dans une ambiance qui n’arrêtait pas de monter.

Glen David Andrews

Glen David Andrews

Lui aussi, très ému, invitait le public à chanter et à danser, encore et encore. La longue soirée se terminait avec un chanteur de gospel bien connu à Nola, Josh. Sa voix atteignait des extrêmes dans les aigus.

Gospel singer, Josh

Gospel singer, Josh

Et comme dans les églises de Louisiane, Josh faisait monter l’ambiance par ces chants de gospel impressionnants

Gospel singer, Josh

Gospel singer, Josh

et entraînait le public à crier le nom de Trompett Black en finissant allongé par terre. 5 heures de musique pour un hommage extraordinaire, un partage et une solidarité hors du commun. C’est vraiment la première fois de ma vie que j’assistais à un tel événement de cette ampleur, d’une telle intensité et d’une émotion aussi bouleversante. Il fallait bien toutes ces photos pour témoigner de cet hommage. Travis « Trompett Black » allait avoir 29 ans le 7 août prochain. RIP.