Alma Caribe : Gatto/Rodz and friends

Le Caillou, vendredi 15 septembre 2017

Olivier Gatto a de la chance, il a épousé sa muse qui ainsi l’inspire pour ses créations musicales dont la dernière baptisée Alma Caribe. Shekinah Rodz puisque c’est d’elle qu’il s’agit, vient de Puerto Rico cette île des Caraïbes associée aux USA ; ce territoire est aussi appelé la isla del encanto (L’île de l’enchantement) Shekinah en est une preuve vivante et musicale éclatante. Et en plus il paraît qu’elle fait très bien la cuisine de son pays ; vraiment de la chance.

Qui dit cuisine dit salsa et c’est donc à cette sauce aux influences, latines, africaines et locales qu’Olivier Gatto a réarrangé des titres de jazz be bop ou hard bop ou encore de soul pour ce nouveau répertoire. Set list en fin d’article.

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Pour le choix des musiciens, en plus de Shekinah, une première touche d’Antilles avec Francis Fontès le plus guadeloupéen des pianistes bordelais, ou l’inverse, une seconde avec Frantz Fléreau lui aussi de Guadeloupe et percussionniste installé à Bordeaux depuis près de vingt ans et qui pour des collaborations ou des stages de formation parcourt le monde entier. C’est d’ailleurs à New York il y a peu de temps que ce dernier a appris, grâce à un ami batteur commun, l’existence à Bordeaux d’Olivier Gatto ! Le monde est grand et petit à la fois. Philippe Valentine lui apporte son savoir multiple à la batterie comme va nous le confirmer le concert.

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C’est le second concert de la semaine du groupe au Caillou où la configuration d’hiver a été reprise plus pour des affaires de voisinage grincheux que de météo ; encore que ce soir là, toujours en été sur le calendrier, la chaleur de la salle soit bien préférable à la tristesse grise de la terrasse.

A cinq et avec tout le matériel sur la petite scène il a fallu se tasser, je cite Olivier : « 4 congas,1 ka,1 barril,1 drumset,1 upright bass, 1 keyboard, 1 flûte,1 soprano sax,1 alto sax, 2 bells, chimes etc ». Lui a justement pris, une fois n’est pas coutume, sa Silent Bass Yamaha à la taille de guêpe beaucoup moins encombrante que son armoire normande habituelle.

Dès le premier titre, « Think on Me » de George Cables, le ton est donné, avec une telle sauce – une salsa pareille – nous sommes bien chez Shekinah. On ne peut que penser aux malheurs qui viennent de s’abattre dans ces contrées malgré la chaleur pleine de gaîté de la musique. Shekinah éblouit à la flûte ; de toutes les façons Shekinah éblouit toujours, même au piano… de la cuisine.

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« What’s Going On » fait partie du répertoire « classique » d’Olivier Gatto et c’est toujours un bonheur de l’entendre. L’apport des percussions de Frantz est indéniable, il ajoute cette belle couleur afro-latino à ces titres de jazz et quel talent lui aussi ! Le hard bop s’interpose entre les passages « calientes », il est là en fond ne réduisant pas cette musique à du pur latino souvent lassant à la fin. Les qualités d’arrangeurs d’Olivier Gatto on les connaît, on les retrouve ici. Les chorus s’enchaînent et Francis Fontès n’est pas le dernier à prendre son tour ; avec du Herbie Hancock et du McCoy Tyner au programme il est la fête et lui aussi s’arrange avec eux y mettant sa signature antillaise ancrée dans les gênes.

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Que cette musique est belle, chaleureuse, que ces musiciens donnent, partagent avec nous. Une confirmation, mais on le sait depuis si longtemps, Philippe Valentine sait tout faire ; il enseigne la batterie et ses élèves ont bien de la chance d’avoir un professeur qui certes connaît la théorie – c’est un peu le principe du métier – mais qui surtout en maîtrise parfaitement la pratique. Binaire, ternaire ou rythme de samba, il est là.

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Olivier lui quand il joue on se demande toujours où il est, ce soir il ne quitte pas Shekinah des yeux, s’amuse de sa muse. Le son de cette contrebasse est vraiment bluffant même si lui ne l’aime guère le contact corporel et la résonance étant bien différents d’une vraie « doghouse ».

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Shekinah non contente de nous jouer de la flûte, du sax alto, du soprano, chante aussi à la grande surprise de ceux qui ne la connaissent pas ; il y en a encore trop. Mais comme cela est insuffisant elle nous propose des duels/duos magiques aux percus avec Frantz ; et insatiable elle souffle dans ses sax en jouant de la cloche au pied, pas à cloche pied.

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Le public aura du mal à les laisser partir tout comme mercredi pour le même concert au même endroit ou a surgi par surprise à la toute fin Terreon Gully, l’immense – par le gabarit et le talent – batteur de Dianne Reeves qui venait de terminer son concert au Rocher. Terreon fait partie d’une autre formation d’Olivier Gatto, le Spiritual Warrior Orchestra chroniqué dans ce blog en février dernier. Un peu timide Terreon a fini par prendre les baguettes pour étaler toute sa classe.

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Avec Terreon Gully (Photo Dom Imonk)

Si dehors il fait encore plus frais, dans nos têtes et dans nos cœurs la température a monté et pour de longues heures.

Set List :

1. Think on Me (George Cables)
2. What’s Going On ( Marvin Gaye)
3. Phantoms (Kenny Barron)
4. Man From Tanganyika (McCoy Tyner)

1. I Have a Dream (Herbie Hancock)
2. United (Wayne Shorter)
3. Obsesión (Pedro Flores)
4. La Havana Sol (McCoy Tyner)

Encore :
1. Why ( Victor Lewis)
2. Wise One (John Coltrane)

Shekinah Rodz à l’indispensable Caillou

par Philippe Desmond

C’est le cœur de l’été, des festivals de jazz partout dont le plus gros à deux heures et demie – et pas mal d’euros de péage – de Bordeaux mais toujours le Caillou qui maintient son rythme de 4 concerts par semaine, comme toute l’année, une balise rassurante vers laquelle on revient après être parti au large.

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Cet été après des années de vicissitudes réglementaires enfin réglées, tout se passe à nouveau dehors quand cette météo capricieuse le permet. Un fil rouge pour cette saison, parmi une programmation riche et éclectique, les chanteuses et le Jazz Ladies Festival. Mais on ne peut pas être partout et je n’aurai vu que Charlotte Wassy en duo chant piano ; impressions mitigées, bonnes concernant la qualité de sa voix et sa présence, plus mesurée quant à la nature des arrangements trop dérangés des standards proposés.

Le concert de l’australienne Hetty Kate – amusant non ? – a lui été très réussi, devant un public nombreux alors que le Saint Emilion Jazz Festival avait déjà aspiré pas mal de monde ; celui qui m’a dit ça n’est peut être pas très objectif mais je lui fait confiance car ce n’est pas un fanfaron, c’est un artiste, un vrai. C’est Olivier Gatto qui accompagnait ce soir là Hetty avec d’autres musiciens bordelais.

La transition est faite car ce soir c’est lui qui est aux manettes et cette fois avec sa chanteuse favorite, sa dame de cœur Shekinah Rodz ; deux valeurs très sûres de la scène bordelaise et internationale ce qu’il ne faut pas oublier ; leur notoriété rayonne bien au delà de notre satanée rocade ! Au piano Loïc Cavadore toujours trop rare par rapport à son talent et aux baguettes le fidèle Philippe Gaubert très investi dans l’association Music [at] Caillou. La terrasse est bien remplie au pied de la désormais célèbre scène-remorque.

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Venir au Caillou en été c’est un moment paisible, décontracté, on est en ville mais déjà un peu à la campagne les pieds sur des dalles ou la terre, l’herbe y est parfois folle, les tables n’y sont pas alignées ; loin des convenances guindées de certains endroits ici on vient pour passer un bon moment ; on y mange bien et comme dit l’autre « quand la musique est bonne », ce qui est la norme ici, tout va bien.

Olivier Gatto et Shekinah ont plusieurs projets en cours, la finalisation d’un album commencé cet hiver avec le Spiritual Warriors Orchestra, des musiciens de haute volée – voir blog fin janvier et début février – et « Alma Caribe 5 » et son All Stars de la scène bordelaise à la rentrée.

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Ce soir ils ont venus faire ce qu’il font si bien, nous régaler de standards mis à leur sauce et magnifiés par l’éclatante Shekinah. Au chant, à la flûte, au sax alto, au soprano elle n’arrête pas de nous surprendre sur des morceaux qu’on pourrait penser trop familiers. « Little Sunflower » de Freddie Hubbard par exemple et sa joyeuse et douce mélodie, ce qu’elle y fait à la flûte est remarquable, soufflant, chantonnant, gémissant dans le bec, à la Roland Kirk me souffle Dom Imonk.

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« Body and Soul » classique des classiques, elle se l’approprie vraiment, quant à « What’s Goin’ On » de Marvin Gaye la version du quartet est de toute beauté. Et oui Shekinah n’est pas toute seule, « derrière », ou plutôt ici à côté, Olivier et ses grosses cordes noires y va de son chorus plein d’émotion comme l’histoire que relate ce titre dont la chaleur du sax alto masque la dramaturgie. Loïc Cavadore en sideman excelle, s’impose parfois alors que me dira t-il il n’entend pas très bien le son du groupe. Pour nous c’est parfait. Même remarque de Philippe Gaubert qui va jouer tout en retenue notamment sur un solo plein de délicatesse lui l’habituel puncheur.

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Dans « God Bless The Child » Shekinah révèle à ceux qui la découvrent tout son talent et toute sa puissance, habitée par ce titre ; les conversations s’arrêtent, les fourchettes se posent, il se passe quelque chose ; God bless Shekinah !

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A la pose une avalanche de fromage recouvre notre table ; il doit y avoir des vaches et des chèvres dans le Jardin Botanique et ils écoulent le stock. La soirée est douce, enfin, on passe un bon moment. Cet hiver aussi on en passera d’autres ici mais dans l’ambiance surchauffée de la salle très souvent bondée.

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Un « Summertime » très arrangé, puis une élève de Shekinah – et oui elle donne des cours pensez-y – qui monte sur scène chanter la peur au ventre, un final avec « Thieves in the Temple » de Prince version Herbie Hancock et voilà une soirée sympa comme sait en proposer le Caillou qui s’achève.

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Merci à Benoît Lamarque et son équipe d’entretenir cette flamme musicale bordelaise et en plus il aura bientôt une bonne nouvelle à annoncer…

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http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/

https://www.atevenements.com/

 

 

Thomas Bercy trio invite Duke Ellington

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Festival Jazz and Blues

Château Latour-Martillac (33)

jeudi 8 juin 2017.

Il y a des pianistes avares de notes et d’autres plus généreux sans pour autant être prolixes. Thomas Bercy fait partie de cette dernière catégorie, c’est notre McCoy Tyner, un pianiste au style lyrique, foisonnant. D’ailleurs Thomas joue souvent son répertoire ou celui bien sûr de John Coltrane mais ce soir il avait une commande de Jacques Merle, l’organisateur du festival Jazz and Blues, faire du jazz « classique » jouer du Duke Ellington… en trio. Un jour, à quelqu’un qui lui demandait de faire du jazz moderne, Duke a répondu « Pourquoi voulait vous que je recule ainsi autant dans le passé ? » boutade rappelée par Thomas car cette musique est intemporelle et surtout adaptable à dessein à toutes les époques, tous les styles.

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Ainsi il a accepté la proposition et s’est mis à retravailler un répertoire qu’il jouait dans le passé sauf un titre emblématique qu’il propose régulièrement, on en reparlera. Pour l’occasion il a gardé Jonathan Hédeline son fidèle contrebassiste depuis trois ans et s’est adjoint un spécialiste de ce que les amateurs d’étiquettes appellent le jazz classique, le sensationnel batteur Guillaume Nouaux. Des sensations il en donne à chaque fois en effet.

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A propos d’étiquettes mais dans un autre genre en voilà qui portent les jolis noms de Château Latour-Martillac, Château le Sartre, Lafargue, Bardins. Et oui comme d’habitude une dégustation de Pessac-Léognan est proposée avant le concert qui se déroule dans le magnifique site du premier château nommé, un Grand Cru Classé. La famille Kressman propriétaire des lieux est d’ailleurs là, presque au grand complet, pour accueillir le public dans la belle salle de réception. Il y a bien cent cinquante personnes présentes et ça c’est une bonne nouvelle et une joie pour les musiciens, ils m’en parleront.

Thomas Bercy ne pouvait pas commencer par un autre titre du Duke que « Take the Coltrane », morceau qui va donner le ton de la soirée ; du Ellington mais à la manière Bercy (Thomas, pas l’autre). Titre qui figure sur l’album de 1962 cosigné de ces deux seigneurs du jazz. Ca part très fort, Thomas ruisselle déjà et s’envole dans son univers, il grimace, souffre de plaisir, chantonne à la manière d’Eroll Garner. En plus ce soir il a un vrai et beau piano !

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Pas de round d’observation non plus pour Jonathan et Guillaume, ça promet.

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Voilà « Come Sunday » un titre plus gospel puis l’éternel « Take the A Train » qui en trio prend une autre dimension au gré des chorus de Thomas, Guillaume Nouaux aux aguets ne le quittant pas des yeux.

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Très beau passage avec « Azure » sur un arrangement intimiste d’Olivier Gatto joliment servi par son ancien élève Jonathan Hédeline, avant l’éblouissant « Perdido » de Juan Tizol le tromboniste de Duke. Thomas Bercy le tord très vite à sa façon puis Guillaume Nouaux nous embarque très loin dans un solo d’un autre monde, provoquant des ovations spontanées, revenant petit à petit dans le thème de par sa mélodie comme il sait si bien le faire avec ses baguettes.

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On redescend sur terre par « In a Sentimental Mood » alors que l’orage se déclenche et que le bruit de la pluie fait écho au son des balais sur la caisse claire. Thomas l’entend et cite plusieurs fois « Singing in the Rain » dans son chorus, ainsi que, plus insolite, « La Maison près de la Fontaine » un thème qu’il adore. « Day Dream » puis « Mack The Knife » mais sans Ella et évidemment le titre que tout le monde attend est qui est un peu devenu l’hymne de Thomas Bercy « Caravan ». Thomas et sa productrice Cécile Royer animent en effet dans le Sud Gironde et bien sûr au-delà, le Collectif Caravan dont ce blog relate souvent les événements. Chaque bœuf mensuel organisé par ce collectif se termine avec des « Caravan » à toutes les sauces voire salsas.

Très musclée ce soir la caravane, chaque membre du trio faisant avec elle un dernier – ou presque – tour de piste flamboyant. Deux titres en cadeau bonus vu l’ovation finale et un grand bonheur pour tout le monde.

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Dehors c’est toujours le déluge mais sans grêle c’est bon pour la vigne.

Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Laurent Robino à l’Avant-Scène

 

Par Philippe Desmond

Bar l’Avant-Scène

Bordeaux le samedi 29 avril 2017

Il est toujours intéressant d’aller découvrir un jeune musicien surtout quand il est entouré « d’anciens » disons de gens qui ont déjà fait leur preuves. C’était le cas ce samedi soir à l’Avant-Scène le petit bar qui est pourtant un haut lieu du jazz bordelais. Combien y sont passés et de célèbres en plus !

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Nous voilà donc ici pour retrouver le Bordelais de 26 ans à peine, le saxophoniste alto Laurent Robino. Sauf qu’il a fait des infidélités à notre pourtant si belle ville – tout le monde le dit maintenant, ça doit être vrai – pour suivre un cursus au conservatoire de musique de San Sebastian, le réputé Musikene. Etudes mais aussi rencontres de nombreux musiciens et non des moindres notamment au gros festival de cette ville. Des progrès et ainsi l’admission dans le non moins prestigieux Prince Claus Conservatorium de Groningen en Hollande en 2015. L’occasion, en relevant ce brillant cursus, d’évoquer avec cet ancien du Berklee College de Boston qui l’accompagne ce soir le manque flagrant en France d’une formation universitaire diplômante de haut-niveau pour les musiciens. Certes il y a les conservatoires mais les équivalences avec l’étranger sont plus difficiles à faire car moins nettes du fait du type de formation moins universitaire, au sens d’universel, qu’ailleurs. Un sujet de plus pour nos futurs dirigeants si jamais la formation culturelle venait enfin à les intéresser… Mais ce n’est pas le propos.

Cet ancien de Berklee c’est le musicien et contrebassiste Olivier Gatto du très solide donc. A ses côtés à la batterie Philippe Gaubert toujours dans les bons coups lorsqu’un bon musicien débarque à Bordeaux, un vrai pivot local.

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Ils ont joué en trio les jours précédents mais ce soir puisqu’il y a un piano sur place il y aura aussi un pianiste, Loïc Cavadore, que personnellement j’adore. Pour se faire entendre il a déshabillé complètement le piano le faisant ressembler à ces bastringues de saloon tels que le cinéma nous les fait revivre , ou invente. Spectacle insolite que cet I-Phone posé contre les marteaux pour délivrer la grille.

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Attablé à mes côtés, mais il ne jouera pas, un autre ancien de Berklee, le saxophoniste ténor Alex Golino. Il est venu écouter un de ses anciens élèves qui va le remercier en lui jouant une composition be-bop écrite en son honneur « Goalino » ; qu’Alex lui ait permis d’atteindre son but est évident. Car Laurent Robino en plus d’être un excellent saxophoniste alto au son naturel et chaleureux, profitant de toutes les tonalités que lui offre son instrument est aussi un très bon compositeur.

Il va nous le montrer aussi par cette belle ballade, dédiée elle à sa maman présente ce soir. Loïc Cavadore la débute en solo par un concerto – il a une formation classique, ça se sent – et une fois que les trois autres l’auront rejoint prendra un chorus inspiré de toute beauté. Tout le concert il va nous régaler.

Olivier Gatto est ce soir en grande forme, la Juve a gagné la veille et à l’approche de la rencontre contre Monaco mercredi il est remonté comme une pendule. En attendant il va nous montrer qui il est si on ne l’avait pas déjà remarqué. Sa longue et lyrique intro d’une autre composition de Laurent dédiée cette fois à son oncle ou ce chorus d’un autre monde mêlé de percussions à la façon d’un Mingus, d’une profondeur très émouvante dans le « Steeplechase » de Charlie Parker vont même arriver à nous surprendre encore. Les réactions du public très averti pour la plupart sont révélatrices.

C’est ce qui est bien avec le jazz quand un concert comme celui-ci, tout simple (!) sans tapage, purement acoustique, arrive à vous procurer de fortes émotions.

On sent même parfois le jeune Laurent au spectacle. Philippe Gaubert n’a pas la tâche facile ce soir, lui le puissant batteur il doit aussi rester au service des autres pour leur tisser un tapis de percussions adapté. Baguettes, balais, mailloches tout va y passer pour construire une ambiance rythmique impeccable.

Avec un telle trio Laurent est en confiance et aussi bien dans ses compos que dans les standards (« Nardis » de Miles, « Beatrice » de Sam Rivers…) il fait chanter son alto blanc – ça va avec tout – ose prendre des risques, qui d’après les mimiques que fait Olivier le surprennent parfois. Encore un peu de timidité dans ses présentations mais qui disparaissent vite bec en bouche. Un musicien qui monte c’est sûr.

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Un tout jeune de 19 ans viendra rejoindre avec succès le quartet avec sa trompette, Vincent Gaubert, le fils, sur « Well You Needn’t » de Monk. Festival de chorus pour tous sur ce dernier titre, super. Un autre Gaubert est là aussi mais avec ses 13 ans n’ose pas sortir son sax.

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Mais dans le jazz ce n’est jamais fini et c’est Iano Anselmo qui prendra les baguettes pour un bonus en trio piano contrebasse batterie.Un excellent choix que d’être venu ici alors que la programmation musicale et particulièrement jazz dans les environs était ce soir très riche. Choisir c’est renoncer dit-on, mais là vraiment aucun regrets !

Et demain la journée va être riche et longue avec le Jazz Day #2 à Saint Macaire mais ça on vous en reparlera dans la Gazette Bleue de juillet, patience !

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C’est bon vous avez noté, il s ‘appelle Laurent Robino.

Magiques « Accords à Corps » avec Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

L’Entrepôt, le Haillan, samedi 4 février 2017.

Une semaine riche en événements musicaux de grande qualité – ce blog en témoigne – ne pouvait se terminer qu’en apothéose et ce fut le cas ce samedi soir à l’Entrepôt du Haillan pour la 5ème édition d’ « Accords à Corps », habile allitération alliant musique et danse.

Les musiciens, ce blog vous les a présentés en début de semaine ; autour d’Olivier Gatto (direction musicale, composition, arrangements, contrebasse, organisation générale, taxi, j’en passe… ) et de la merveilleuse Shekinah Rodz (Sax alto, flûte, chant, percussions, cuisine porto ricaine…) les deux locaux, les excellents Dimitris Sevdakis (claviers), JC Dook Kingué (guitare électrique), Sam Newsome (sax soprano), Terreon Gully (batterie) et Tito Matos (percussions) venant du monde entier. Cet ensemble s’avance sous le nom contrasté de Spiritual Warriors Orchestra.

Les danseurs – et oui, désolé mesdames, la grammaire française m’oblige à dire danseurs alors que nous comptions une bonne trentaine de danseuses pour un seul homme, David du JBA – viennent eux de la région : Tempo Jazz du Haillan , le Jeune Ballet d’Aquitaine (JBA), le Pôle d’Enseignement Supérieur de la Musique et de la Danse de Bordeaux (PESMD).

Des mois de travail, choix des musiques, arrangements, travail des danseurs dans leurs écoles, préparation de la mise en scène, des costumes – superbes – travail individuel des musiciens, puis depuis lundi résidence de l’orchestre enfin réuni, répétitions avec les danseurs, tout ça pour une création éphémère, un one shot comme on dit dans le milieu ! Un avant-goût musical, plus que ça même, nous avait été proposé mercredi dernier , voir chronique du blog.

Remercions ceux qui rendent de si belles choses possibles, au premier chef la Ville du Haillan et l’équipe de l’Entrepôt.

« Olishe » une composition latino de Shekinah débute musicalement le concert sur un rythme déjà très soutenu. Les musiciens sont tous très élégants, Shekinah en tête comme toujours. Olivier Gatto a troqué – à contrecœur – sa vieille grand-mère de contrebasse de 1870, qui mercredi soir lui a fait de gros caprices, contre une élégante silent-bass à la taille mannequin ; pour lui je ne sais pas mais pour nous ce sera parfait.

Le concert est organisé en une alternance de titres musicaux et de titres dansés dont le premier « Eastern Love Village » de Kenny Garrett est mis en ballet par le JBA. Alternance du noir et du blanc, beaucoup de mouvement, de légèreté, tout ça s’annonce bien.

Sur « Kings of Hearts » de John Stubblefield, Sam Newsome au soprano épate tout le monde par la précision et la justesse de son jeu ainsi que par sa respiration circulaire continue. Quant à Terreon Gully il entame son festival aux baguettes. Shekinah à l’alto n’est pas en reste !

Tableau suivant avec un arrangement blues d’Olivier du « Thieves in the Temple » de Prince les danseuses du PESMD évoluant dans un beau désordre très organisé, vêtues de délicieuses robes acidulées comme dans La La Land. Et un solo de guitare de JC Dook pour mettre un peu de sel dans tout ce sucré. Enthousiasmant.

Sam Newsome, impérial, attaque alors un solo de soprano magique sur une de ses compositions enchaînée par « In a Sentimental Mood » de Duke Ellington, les danseuses du PESMD évoluant dans une chorégraphie noueuse et éthérée, le regard vide, très esthétique. Qui improvise, le sax, les danseuses, les deux, aucun ? Magique.

Le ballet suivant de Tempo Jazz voit arriver Shekinah à la flûte en ombre chinoise sous une toile entourée de feuilles dansantes. Une réelle beauté inventive et un partage des danseuses avec les musiciens. Plein les yeux, plein les oreilles.

Mais ce n’est pas fini, Shekinah nous offre une de ses compositions « What Would Be My Life ». Quelle grande artiste, quand je pense aux gens qui font la queue pour se ruiner dans l’achat d’un billet pour une chanteuse québécoise fin juin à Bordeaux et qui ne l’ont jamais entendue ! Quel gâchis.  JC Dook épatant à la guitare et Terreon Gully qui cisèle son drumming valant presque le déplacement à lui seul ; Olivier Gatto a très bien travaillé sur tous les arrangements, le résultat est superbe ; quant à sa silent-bass elle sonne parfaitement dans ce rôle ingrat de colonne vertébrale apparemment discret mais si nécessaire. Je l’ai surpris plusieurs fois à échanger des sourires avec ses musiciens signe de sa satisfaction, lui le perfectionniste.

La scène se remplit de strass avec le JBA pour un alerte « New York Second Line » très New Orleans. Oserai-je dire que les danseuses sont belles sans me faire traiter de vieux macho ? Oui j’ose le dire, elles sont magnifiques.

« Serenade to the Motherland » de John Stubblefield est lancé par la flûte de Shekinah, le groupe la rejoignant avec une soudaine ampleur. Mais que c’est beau !

Final sur un traditionnel initié par Tito Matos qui avec ses percussions a pimenté toute la soirée et se met ici en avant avec un renfort de marque, Marcelo son adorable fils de 3 ans et son mini pandero (tambourin). Une fois le concert terminé Tito et Marcelo nous rejoindront dans le hall pour un petit concert improvisé du fiston ; « c’est la cerise sur le gâteau » s’enflamme Fatiha notre chroniqueuse ; sur le Gatto voyons ! Pour ce final tous les danseurs (et oui David est là) se rejoignent sur scène pour un tourbillon d’une gaieté inouïe enflammé par un chorus éblouissant de Dimitris Sevdakis le plus latino des pianistes grecs.

Complet, 450 personnes 450 sourires sur les visages ! Tant de bonheur va se payer un jour mais celui là on ne nous le reprendra pas.

PS : une confidence, la présence de danseurs me chagrinait un peu à priori, moi je venais écouter les musiciens, le reste me paraissait bien accessoire ; je suis ne suis donc pas un imbécile car j’ai largement changé d’avis, d’ailleurs je dois vous quitter pour ne pas rater mon premier cours de danse…

Bonus : toutes les photos de Thierry Dubuc sur : http://thierrydubucphotographe.zenfolio.com/p123532738

L’église au coeur battant

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

À l’église du Haillan, le mercredi 1er février 2017

Blues, Roots, Swings & Spirituals #2

Olivier Gatto, contrebasse

Shekinah Rodz, saxophone soprano et flûte

Terreon Gully,  batterie

Tito Matos, percussions

JC Dook, guitare

Sam Newsome, saxophone soprano

Sébastien Arruti, Trombonne (Guest)

 

Dehors il fait un froid humide dans une nuit bien sombre, certains sont arrivés en peu en avance car ils ne connaissaient pas la ville. Alors qu’ils marchaient rapidement vers les lumières de l’Entrepôt au haillan, le cou enfouit entre les épaules dans leurs vêtements chauds, sont allés demander leur chemin cherchant l’église dont ils venaient de traverser le parvis. Bien leur en a pris car ensemble nous en avons bien ri !

Ce soir, c’est le 2ème anniversaire de ce concert au sein de ce lieu fédérateur qui rassemble tout près de son coeur, des hommes et des femmes de tous horizons géographiques pour célébrer autour d’un foyer chaleureux et rayonnant, celui de la musique savamment distillée, par des artistes de grands talents. Quelle privilège d’être ici ! le concert affiche complet depuis des jours.

Il est environ 20h30, le public est installé et échange calmement avec son voisin, lorsque un musicien prend place. Il a suspendu une sorte de chapelet à clochettes au saxophone et délicatement l’agite, laissant s’en dégager un tableau sonore et bucolique verdoyant où viendraient paître les âmes libres, nous voilà de façon inattendue cueillis et attentifs, puis nous devinons s’éloigner les âmes dans une brume de douceur. Une douceur qui se prolonge et s’anime d’énergie cuivrée qui va nous emporter vers un ailleurs ou plus rien n’est descriptible sinon la vivacité du souffle qui nous propulse et nous plaque dans notre assise, nous avons à notre insu décollé, pris de la hauteur. Le ciel est clair et dégagé, nous sommes en vitesse de croisière.

A peine a-ton détaché notre ceinture qu’un son de flûte traversière nous saisit la main pour nous parler la langue de sa cousine, la flûte Guinéenne qui chevauche les ailes du vent en ignorant les frontières. Une interprétation remarquable de Shekinah Rodz.

Plus loin une contrebasse seule s’approche, très vite rejointe par la formation du jour au complet avec une flute lumineuse pour un « Little sunflower » une mélodie en trait d’union entre deux escales, la suivante nous accueille à Portorico sur un rythme lent et qui va crescendo puis c’est la trombe et la transe … le percussionniste fini par abandonner là ses tambourins pour occuper l’espace en entamant une danse trépidante dans une jolie énergie toute communicative.

Puis nous nous envolerons un peu plus au nord du coté des Etats-Unis sur une guitare qui accorde son « Amazing grâce » et nous laisse sous le charme.

C’est maintenant le maitre du jeu, Olivier Gatto qui prend la parole pour la présentation de tous les membres de son groupe qui l’accompagne ce soir, ainsi que ce qui a motivé son choix. Par exemple le batteur qu’il a découvert grâce à l’un de ses deux jeunes fils, celui-ci depuis un an écoutait très régulièrement un titre sur youtube dans lequel jouait Terreon Gully

Nous avons également été gratifiés d’un magnifique « Afro blue » pour un saxophone et batterie. Sam Newsome dans un style que je n’avais encore jamais vu avec ce balancement de part et d’autre de son cuivre pour diffuser ses notes tel un encensoir, avec un souffle à l’en croire infini et cette puissance époustouflante d’où émane cette mélodie totalement envoutante et divine !

Il y a également un invité surprise, l’excellent Sébastien Iep Arruti au trombone qui vient clôturer cette soirée en fanfare, tambourins, flute, sax, dans l’allée centrale de cet édifice qui vient de se recharger de très bonnes vibrations ce soir.

Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra at work

par Philippe Desmond.

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A l’Entrepôt du Haillan il règne en cette après-midi d’hiver une ambiance studieuse. Plus un atelier qu’un entrepôt d’ailleurs, un atelier de fabrication de musique avec tout ce que cela comporte de difficultés, techniques notamment. Sur scène un amoncellement de câbles, des boîtes à outils, des flight-cases, des caissons et bien sûr des musiciens de jazz.

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Olivier Gatto en a réuni autour de lui une sélection très cosmopolite et tout ce beau monde qui n’a jamais travaillé ensemble dans cette configuration ou même jamais avec lui est encore en train de tâtonner ; mais pas pour longtemps. La résidence n’a commencé qu’en fin de matinée retardée par l’arrivée in extremis de la batterie mais déjà à 16 heures on parle de capter les premiers titres pour la réalisation d’un CD.

Cependant des problèmes techniques n’arrivent pas à se résoudre notamment pour le guitariste JC Dook qui ne s’entend pas comme il le souhaite dans son casque de retour. JC comme tout musicien de talent paraît avoir une forte personnalité et il a des exigences liées à son sérieux artistique. Une solution va être trouvée au grand soulagement d’Olivier qui dans sa grande sagesse s’est armé de patience : il va jouer en coulisse devant son ampli pour ne pas gêner les autres ! D’où son absence sur les photos.

Parlons des musiciens et de leur diversité. JC Dook est un remarquable guitariste de blues, d’origine camerounaise, qui a fait ses classes à la Berklee School de Boston où il a connu Olivier. Il vit à Berlin.

Un autre congénère d’Olivier à Berklee est présent, Sam Newsome ; saxophoniste américain de NYC spécialisé uniquement dans le soprano, il collabore avec de nombreux artistes et notamment la chanteuse de jazz Elisabeth Kontomanou.

Terreon Gully est originaire d’Atlanta ; il est arrivé dans le projet un peu par hasard. Le tout jeune fils d’Olivier et Shekinah faisait tourner en boucle un CD de Diane Reeves et le batteur a accroché leur oreille et c’est ainsi qu’il se retrouve au Haillan. C’est un batteur aux multiples influences, du latino (il joue dans Yerba Buena) au Hip Hop en passant par le jazz (Jacky Terrasson, Abbey Lincoln…) et la pop (Sting).

Un autre américain mais de Puerto Rico est aux percussions : Tito Matos, déjà vu ici en 2016 avec Olivier Gatto. Des références avec Eddie Palmieri, David Sanchez étoffent son CV.

Parmi tous ces musiciens US un Grec a réussi à se glisser, Dimitris Sevdalis le pianiste européen au toucher latino ; nous avons déjà eu la chance de l’entendre en 2015 et 2016 avec la formation d’Olivier, à Andernos, Lesparre et Saint-Emilion.

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Bien entouré comme vous le voyez notre chef de projet avec bien sûr son inséparable Shekinah Rodz au chant au sax et à la flûte où elle excelle.

Olivier Gatto tient la contrebasse, il en joue même, et s’occupe des arrangements et de la direction musicale.

Il est prévu en plus de la préparation des spectacles de mercredi et samedi d’enregistrer un CD de 6 ou 7 titres ; Deux compositions de Shekinah, une d’Olivier, une de Sam, peut-être une de Terreon – mais tellement complexe, « une compo de batteur » me dit Olivier – et des standards pas trop standards. Le style c’est de la B.A.M. mâtinée de latino bien sûr.

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Il est 17 heures, plus qu’une heure avant la fin de la session du jour, ils sont enfin prêts et après les instructions d’Olivier sur l’ordre des solos, etc, attaquent un premier thème « Belize ». Et là impression curieuse de solitude du chroniqueur qui réalise que la captation se fait en sortie d’instruments, les retours se faisant dans les casques ! Si ce n’est le son naturel du beat de la batterie et des percus, un filet de soprano ou de voix de Shekinah je n’entend pas de musique. Un moment la batterie s’arrête, silence, tiens drôle de fin… non c’est le chorus de piano électrique ! Moi qui bricole à la batterie ça me permet de me concentrer sur le jeu de Terreon et de me régaler devant tant d’aisance, de souplesse féline et de précision métronomique. Fin de prise, on en discute, on la refait, c’est bon on la garde. Et d’une. 17h30.

Une composition de Shekinah maintenant « What Would Be My Life ? » même frustration pour moi -mais pas pour longtemps – on la refait, super, on la garde. Et de deux. 18 heures.

« Ah mince j’aurais dû te donner un casque ! » réalise Olivier. Et bien finalement non car ensuite la découverte des morceaux autour de la console de mixage est une révélation, le résultat est magnifique et tout ça en si peu de temps.

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Cette chronique vous a peut-être alléché mais s’il reste des places pour mercredi (Concert Roots Blues Jazz grand public à l’église du Haillan) et samedi (Accords à Corps, jazz et ballets à l’Entrepôt) elles se comptent sur les doigts de la main… Tentez votre chance !

Avec ce projet Olivier Gatto signe son grand retour avec toujours cette exigence de qualité sans aucune concession à autre chose que ses idées.

Hommage à Blue Note par Roger Biwandu quintet.

par Philippe Desmond, photos Rémy Dugoua

L’Apollo de Bordeaux, le 16/11/2016

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Un concert dédié au label Blue Note, Action Jazz dont le logo est une note bleue ne pouvait pas le manquer ; remarquez que les cartes blanches à l’Apollo, personnellement je n’en ai pas raté beaucoup. Ces cartes blanches elles sont depuis toujours (1997 !) dans les mains de Roger Biwandu, dans des registres divers, de la pop à la soul en passant ce soir par le jazz, du vrai, du bon, du bop.

Hommage donc au label historique du jazz, Blue Note le bien nommé. Fondé aux USA en 1939 par Alfred Lion et Max Margulis, ce label a vu passer tous les plus grands du jazz. Un peu en déclin dans les 70’s il a bien redémarré dans les 80’s et d’ailleurs ce soir une de ses artistes emblématiques actuelles se produisait à Bordeaux : Norah Jones chantait en effet au Femina pour un concert complet depuis des lustres. Amateurs de jazz ou de star system ? Réponse dans la chronique à paraître en suivant.

Et bien nous, nous étions à l’Apollo avec Roger Biwandu (batterie), Alex Golino (sax ténor), Mickaël Chevalier (bugle), Hervé Saint-Guirons (piano électrique) et Olivier Gatto (contrebasse) et nous n’avons pas regretté. Un Apollo confortable ce soir, du monde mais pas cette foule oppressante de certains soirs, des conditions idéales pour se régaler en musique…et au bar qui pour une fois est accessible !

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« Driftin’ » d’Herbie Hancock ouvre le concert sur un bon tempo, gai et enlevé. De la musique classique presque, 1962 pensez donc ! Mais toujours aussi moderne. Ce qu’il a de remarquable dans ces cartes blanches c’est que tout se passe quasiment sans répétition, chacun « faisant ses devoirs » (dixit Roger) dans son coin pour le soir du concert venu s’accorder avec ses partenaires. Ça tourne rond dès le départ. Il faut dire que les musiciens présents ne sont pas là par hasard, Roger Biwandu ne prenant jamais de risque, vu l’exercice, et s’entourant toujours des meilleurs pour le type de musique choisi.

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« Hocus Pocus » ensuite, de Lee Morgan avec Mickaël Chevalier dans le rôle du trompettiste, mais au bugle, instrument qu’il ne quittera pas de la soirée. Il me dira le préférer de plus en plus à la trompette pour la suavité du son. Il vient même d’en commander un tout neuf. Chacun prend sa part du morceau, les chorus s’enchaînent naturellement, pas de démonstration, de la musique tout simplement.

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Le très alerte et mélodieux « Una Mas » – vous connaissez tous – de Kenny Dorham – vous connaissez moins – arrive ensuite et s’étire au gré des chorus, piano très délicat d’Hervé, sax volubile mais pas trop d’Alex, liberté du bugle de Mickaël, rythmique nuancée mais solide d’Olivier, batterie créative et sans cesse différente de Roger, du jazz quoi.

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« Fee Fi Fo Fum » de Wayne Shorter, issu du magnifique album « Speak No Evil » radoucit l’atmosphère avant le sprint de « Moment’s Notice » de John Coltrane. Superbe.

Une pause pour faire tourner encore plus le bar et nous voilà repartis avec Hank Mobley et « Take Your Pick ». Bravo à Roger Biwandu pour le choix des titres et un tour d’horizon quasi complet du catalogue Blue Note dans le style Hard Bop qui le caractérise. « Punjab » de Joe Henderson ensuite, puis le grand classique « Around Midnight » de Monk alors qu’il n’est que 21 heures 30. Magnifique version.

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Arrive un de mes favoris avec « Crisis » de Freddie Hubbard qu’ils vont tordre près d’un quart d’heure avec verve et intensité, proposant chacun des chorus percutants. Ce titre est d’une tension qui ne vous lâche pas, excellent choix. « The Kicker » d’Horace Silver et, enfin, le solo de batterie de Roger attendu toute la soirée. Ce soir je l’ai senti sérieux, impliqué, concentré, cette musique, parmi toute celles qu’il aime, c’est quand même sa favorite et il ne voulait certainement pas décevoir ; opération réussie et quand il se lâche Biwandu devient Triwandu.

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Roger annonce que c’est la fin du concert mais il reste encore un peu de temps avant le couperet de 22 heures, strictement respecté en ce lieu, ce que nous appelons musique devenant, passé cette heure, tapage pour le voisinage. Alors allons-y pour un rappel avec le standard « Moanin’ » de Bobby Timmons écrit pour Art Blakey et ses Messengers. Intemporel.

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Quand après le concert je demande à Mickaël Chevalier pourquoi il n’a joué que du bugle la réponse arrive « depuis les élections aux USA, no more Trumpet » avant de m’en donner la raison musicale évoquée plus haut.

Encore une soirée de grande qualité, amicale en plus, dans un Apollo rénové magnifiquement. Prochaine carte blanche le 21 décembre dans un tout autre registre, un hommage à Bambi…

 

Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.