Roger Biwandu invite Camélia Ben Naceur à l’Apollo.

L’Apollo, Bordeaux le 13 septembre 2017.

Pas de jazz à Bordeaux ? Pas hier soir en tous cas ! Pensez donc Dianne Reeves remplissait la 650 au Rocher, Olivier Gatto présentait son nouveau projet « Alma Caribe » au Caillou et pour sa carte blanche à l’Apollo Roger Biwandu invitait la pianiste Camélia Ben Naceur. L’embarras du choix, embarrassant en effet. Par chance Olivier Gatto revient au Caillou ce vendredi, alors pour moi ce sera l’impasse pour la grande Dianne ; mais une équipe d’Action Jazz y était et vous en parlera.

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Roger Biwandu entretenait le suspense depuis quelques semaines sur l’identité de son invitée baptisée pour la circonstance Caramelito. La dernière fois il l’avait appelée Victoria Principal ! Mais nous étions quelques uns à avoir compris de qui il s’agissait car il nous annonçait une pianiste exceptionnelle et des comme Camélia il n’y en a pas beaucoup.

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Un certain Billy Cobham s’en est d’ailleurs aperçu et il en a fait sa pianiste titulaire depuis bientôt dix ans ; elle était avec lui lors de son dernier passage au Rocher. Camélia joue aussi avec les Jazz Paddlers autour de Jean-Marie Ecay et de musiciens de la région – en principe – tous surfeurs. Le batteur bordelais Joris Seguin en fait partie. Il est là ce soir et me parle du grand professionnalisme de son amie Camélia. Le talent certes, il est immense, la passion bien sûr, il suffit de la regarder jouer, mais surtout énormément de travail.

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Perfectionniste aussi jusqu’au bout des doigts comme ces gants de manutention qu’elle met pour ranger son matériel et préserver ses petites mains qui sont un trésor. Et par dessus tout Camélia c’est une boule d’énergie qui donne beaucoup au public et à ses partenaires musiciens, elle est toujours à 200% me dit Joris, il y a longtemps que je m’en était aperçu. Camélia c’est un miracle au piano si on veut faire un mauvais jeu de mots car elle vit à Lourdes où entre deux tournées dans le monde avec Billy elle vient se ressourcer.

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Et donc hier soir elle était la vedette de ce magnifique trio, Roger à la batterie bien sûr et Nolwenn Leizour à la contrebasse. Roger n’est certes pas misogyne mais surtout il aime à s’entourer d’excellents musiciens et d’ami(e)s ; le fait que ce soit des femmes ou des hommes est subalterne.

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Le répertoire est très éclectique, alternant les titres punchy et des ballades profondes. Dans ces dernières l’explosive Camélia est capable de maîtriser sa fougue et de la transformer en délicatesse, de jouer en gouttelettes, de montrer sa sensibilité. Mais elle peut tout à coup en quelques mesures y introduire un groove surprenant. Et là l’entente parfaite avec Roger et Nolwenn est éclatante. Il faut les voir s’écouter, se comprendre, anticiper, marquer des breaks, se répondre.

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Bientôt Roger Biwandu va venir jouer avec un tambourin – mon rêve me dit-il – il a en effet pris ce soir un jazz set minimal, caisse claire, grosse caisse, charley et une seule cymbale. Comment faire tant de choses avec si peu de choses ? Un pied de nez à Camélia et à son patron Billy Cobham qui lui joue avec un vrai show-room ? Les soirs de jazz Roger, je l’ai souvent dit, joue de la musique plus que de la batterie, un régal pour les oreilles et les yeux.

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Nolwenn avec toute la discrétion qui la caractérise est à l’ouvrage, elle finit épuisée. Son rôle indispensable pour l’assise du trio est évident et elle a pris ce soir autant de chorus que certains dans une année. Ses dialogues avec Camélia sous les yeux admiratifs de Roger sont à souligner et leur accolade finale est révélatrice.

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Camélia a elle tenu ses promesses, comme toujours, avec ce bonheur de jouer et d’écouter les autres. Elle aussi a fini épuisée, des crampes dans les poignets de ses quatre mains (!) tant elle a donné d’accords et de triples croches.

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Une idée m’a traversé l’esprit pendant cette soirée, comment tous ces gens qui passent dans la rue entendant et voyant le concert à travers la vitrine de l’Apollo ne prennent-ils pas le temps de rentrer, comment peuvent-ils se priver de tels moments de bonheur…

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Set List

Black Nile (W. Shorter)

Dolphin Dance (Chet Baker)

You the Night and the Music (Arthur Schwartz)

Dindi (A.C. Jobim)

Sing a Song of Song (Kenny Garrett)

 

Caravan( Juan Tizol- Duke Ellington)

There is no Greater Love (Isham Jones)

I Have a Dream (Herbie Hancock)

Anna Maria (Wayne Shorter)

Moment’s Notice (John Coltrane)

Affinity Quartet – Caillou – 16/06/2017

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Affinity Quartet plus Mickaël Chevalier

L’été est tout proche et le Caillou du Jardin Botanique  peut enfin prendre ses aises. Les estivales y ont débuté le 1° juin et s’y poursuivront jusqu’à la fin Août, avec une flopée de beaux concerts en perspective, et pour tous les goûts. Ce vendredi soir, le soleil tarde à se coucher, la terrasse est bondée. On a en effet ressorti la jolie scène sur roues, moment tant attendu des addicts de la place, et pour insuffler une ardeur supplémentaire, c’est l’ Affinity Quartet, dans un nouveau projet antillais, qui est venu jouer un jazz bien chaloupé, à base de standards épicés, chaudement menés. Autant dire qu’une atmosphère de vacances ne tardera pas à s’installer. C’est l’occasion de retrouver au piano notre ami Francis Fontès en belle forme,

Francis Fontès

entouré de ses fidèles compères Dominique Bonadeï à la basse, Hervé Fourticq aux saxophones et Philippe Valentine à la batterie. Très solide combo, qui tient large place dans l’histoire du jazz de Bordeaux, mais aussi dans son présent des plus vifs.

Dominique Bonadeï

Hervé Fourticq

Philippe Valentine

La cerise sur le gâteau, c’est un invité de marque « de dernière minute » : Mickaël Chevalier qui les rejoint sur scène avec son bugle voyageur, l’occasion pour lui de retrouver au passage, au piano et à la batterie, deux de ses collègues du groupe Nokalipcis.

Mickaël Chevalier

L’affaire ne pouvait donc que fonctionner au mieux. Ainsi, nous voilà embarqués à bord d’un bel esquif, pour une croisière en deux sets, où tout ce joli monde est là, soucieux de donner du plaisir en suggérant le voyage et les Caraïbes. Question titres repris, nous sommes gâtés, c’est un vrai festival ! Mario Canonge est de la fête avec « Lese pale » et «Peyi mwen jodi », on déguste aussi « Travail raide » d’Alain Jean-Marie, « Guadelupe » de Michel Petrucciani, « Tu piti » du père d’Eddy Louiss, « Siempre me va bien » de Poncho Sanchez et quelques traditionnels comme « La Guadeloupéenne » et « Célestin ». On réécoute le délicieux « Butterfly’s dream » de Nolwenn Leizour, composition jouée avec Nokalipcis (décidemment !) dont elle est la contrebassiste. D’autres grands standards seront aussi repris, finement remodelés en mode afro-caribéen, quoiqu’ils en aient déjà le parfum, comme  « Manteca » de Dizzy Gillespie, « St Thomas » de Sonny Rollins et un beau « Caravan » Ellingtonien en guise de rappel. Nous les aurions bien écoutés jusqu’au bout de la nuit, tant ces thèmes ont illuminé la soirée, d’une musique superbe, jouée par un groupe épatant, à l’âme généreuse, avec lequel nous avons tous beaucoup d’affinités !

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Remerciements à Philippe Valentine pour la setlist.

Le Caillou du Jardin Botanique

 

Jazz vocal : Thierry Valette reçoit Sophie Bourgeois.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 9 juin 2017

La diffusion en live de la musique et surtout du jazz est multiple : les salles de spectacle, les festivals, les bars, les restaurants, la rue même mais aussi les concerts privés ou semi-privés. Ces derniers sont toujours à l’initiative de passionnés qui prennent ainsi le risque d’oser. Invitations lancées dans le réseau d’amis et de connaissances, d’amis d’amis, bouche à oreille et voilà les choses qui s’organisent. Ce soir-là du côté de Castillon la Bataille c’est Thierry Valette qui recevait dans la vieille bâtisse modernisée en loft de son domaine viticole.

Thierry est un passionné, chanteur de jazz à ses heures, il s’est déjà produit notamment au Saint Emilion Jazz Festival et a dans le passé organisé des jams vocales à Bordeaux. Voir le lien en bas de l’article.

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Ce soir il reçoit une autre passionnée elle aussi chanteuse de jazz amatrice – un mot en rien péjoratif car venant du verbe aimer, c’est important à rappeler – Sophie Bourgeois (voir Gazette Bleue # 19 et Blog Bleu).

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La libournaise, elle y tient, installée à Bordeaux dans un tout autre domaine était entourée du sacré trio avec lequel elle a enregistré l’an dernier son premier album « This is New » : au piano William Leconte qui parmi d’autres projets est titulaire du clavier depuis plus de quinze ans dans une des formations de Jean-Luc Ponty.

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Avec lui son frère Samuel Lecomte à la batterie, avec qui il joue dans son propre trio et la contrebassiste bordelaise Nolwenn Leizour, très demandée, et que Sophie tenait à avoir à ses côtés pour son disque. Des musiciens d’exception.

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L’intérêt des concerts privés c’est la proximité et le contact avec les artistes. Quand on en a peu l’habitude ce dernier est toujours intimidant, peur de déranger, de passer pour un casse-pied. Mais avec de vrais artistes on se rend très vite compte que pour eux ce contact est important, ils apprécient non qu’on les flatte, mais qu’on leur parle de leur travail, du plaisir ou de l’émotion qu’il a donné. Ils en sont toujours reconnaissants car eux aussi remplis de doutes. La proximité c’est autre chose c’est voir se fabriquer la musique devant ses yeux, sentir les échanges entre musiciens, ressentir les vibrations et les sons naturels des instruments. Et il est vrai qu’on y prend goût et qu’il est ensuite plus dur d’assister à des concerts dans des grandes salles ou sous de grands chapiteaux, suivez mon regard…

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Un autre intérêt des concerts privés c’est aussi une certaine convivialité avec le principe de l’auberge espagnole et ici ce soir une dégustation, voire plus, de produits de la vigne du domaine !

Concert en deux parties avec d’abord la restitution de l’album « This is New » (voir Gazette Bleue # 19) et ses standards revisités habilement par William Lecomte. Sophie les maîtrise parfaitement le trio lui ouvrant la route idéalement. William est un remarquable pianiste original dans ses chorus et ses interventions DANS le piano, Samuel fait de la dentelle à la batterie et ayant piaffé toute la soirée nous fera un solo sensationnel vers la fin, quant à Nolwenn sur des grilles qu’elle avoue complexes elle est impeccable avec son élégance habituelle.

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Quel plaisir cela doit être de chanter dans ces conditions ! Et en plus voilà le trio qui s’étoffe avec un autre sacré musicien au saxophone ténor, Carl Schlosser au CV long comme le bras. Mon titre favori reste « All Of You » quant à « Obvilion » d’Astor Piazzola c’est un vrai moment d’émotion. Le lendemain soir c’est au Caillou du Jardin Botanique que le public a pu profiter de cette formation.

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En deuxième partie c’est Thierry Valette lui-même qui s’est « offert » le trio pour des standards de jazz, des titres de Michel Legrand et de bossa nova sublimés par ces musiciens. Carl a régalé avec la flûte cette fois et Sophie a ensuite rejoint la troupe pour un final en sextet. Des moments précieux.

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Cette pratique du jazz à la maison n’est finalement pas si rare et inaccessible quand on fréquente un peu le milieu comme nous le faisons, il suffit juste de franchir le pas et d’oser en faire partie.

Un grand merci à Thierry Valette de cette initiative, à Sophie Bourgeois et aux remarquables musiciens présents ce soir-là.

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n19-novembre-2016/

http://blog.actionjazz.fr/sophie-bourgeois-dans-un-ecrin-de-jazz/

http://www.thierryvalettejazz.com/

http://lozt.free.fr/William/

 

 

 

Alexis Valet sextet à Jazz and Blues

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Festival Jazz and Blues

Beautiran (33) le 1er juin 2017.

Le vibraphone est un curieux instrument, il ne laisse certainement pas indifférent. Un lointain cousinage avec un orgue de par l’utilisation de tubes métalliques, une mécanique complexe en font un drôle d’engin musical, classé parmi les percussions mais aussi joué souvent par des pianistes. Vieux de cent ans il s’est imposé dans le jazz avec, dans des styles différents, Lionel Hampton, Milt Jackson et bien sûr Gary Burton.

A Bordeaux ils sont deux jeunes musiciens à exceller avec, Félix Robin avec le groupe Capucine et Alexis Valet qui ce soir est à la tête de son sextet pour le concert d’ouverture du 22ème festival Jazz and Blues.

Un sextet de jeunes grands talents qui commencent à bien rayonner en dehors de la région avec Simon Chivallon (piano électrique), Olivier Gay (trompette), Jonathan Bergeron (sax alto), Tom Peyron (batterie). Ils sont chaperonnés par Nolwenn Leizour (contrebasse) qui malgré sa belle jeunesse fait ici figure de doyenne.

Malgré la forte promotion de l’événement le public a eu du mal à trouver le chemin de l’espace culturel de Beautiran et comme très souvent les absents ont eu tort, ce qui permet d’affirmer que nous les présents avons eu raison.

Hormis une composition de Jacques Schwarz Bart, « Blues Jonjon » tous les titres joués ce soir seront des compositions de trois des musiciens, Alexis, Jonathan et Olivier. De bons instrumentistes il y en a pléthore, de bons compositeurs il y en a déjà moins, ils en font partie.

De la modernité de suite avec « Chich Taouk »* de Jonathan Bergeron qui sur une base rythmique soutenue va d’abord permettre des chorus flamboyants de trompette et d’alto, une étonnante impro de piano aérienne de Simon – qu’il est bon ! – suspendant le temps un moment, avant que le vibraphone – un Musser pour les connaisseurs, un must – et ses notes tenues ne vienne ajouter sa tonalité douce et pastel. En solo à deux baguettes (des mailloches) ou en harmonie à quatre Alexis en est un maître ; s’ajoute le plaisir visuel, persistance rétinienne oblige, de voir les arabesques des mailloches accompagner cette sonorité si particulière.

« Yaoundé » et son intro de haute volée et « Hopeful Day » d’Olivier Gay confirment son talent de compositeur. Du jazz moderne très écrit qui se transforme soudain en Be Bop swinguant, tournant bien rond pour un cocktail très réussi, une façon de tirer le public vers des sonorités inhabituelles sans le désarçonner. Une musique chaleureuse et riche à la fois.

Pourquoi de temps en temps le nom du premier Lifetime de Tony Williams me vient-il à l’esprit ? Peut-être aussi grâce au drumming créatif et contrasté de Tom Peyron…

Un titre d’Alexis « Apple Terror » nous embarque avec une intensité montant lentement mais inexorablement. Alexis a enfin retroussé les manches de sa chemise et les baguettes virevoltent encore plus, magnifique. Dernier titre « 6.3 » aucun rapport sans doute avec la quinzaine de Roland Garros sinon qu’il nécessite un rappel en guise de manche supplémentaire pour boucler le match.

Et Nolwenn qu’Olivier m’a cachée pendant presque tout le concert à mon grand désarroi ? Magistrale comme d’habitude avec des grilles pas faciles avoue t-elle (de sacrés tordeurs de notes ces jeunes musiciens), tissant sa trame indispensable tout du long.

Les absents ont vraiment eu tort.

Le festival se poursuit jusqu’au 9 juin avec encore 5 concerts et 7 artistes, allez y ça vaut vraiment la peine : http://www.jazzandblues-leognan.fr/

Alexis Valet est ce soir au Caillou avec le quartet King Of Panda

* orthographe des titres sous réserve

Nokalipcis lumineux aux Jeudis du Jazz

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt.

« Jeudi du Jazz » à Créon le 16 février 2017.

En décembre dernier au Rocher de Palmer nous avions découvert Nokalipcis, le projet mené par Mickaël Chevalier (compositions, direction musicale et bugle) avec Nolwenn Leizour (contrebasse), Francis Fontès (piano) et Philippe Valentine (batterie). Le blog avait relaté leur premier concert et la Gazette Bleue de janvier avait présenté le projet en page 24 (liens en fin d’article).

C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous (AJ) nous sommes rendus à Créon pour leur prestation lors de la 3ème  soirée de la 8ème saison des « Jeudis du Jazz », une véritable institution ! Plaisir double, musical donc et aussi convivial tant ces soirées sont agréables à vivre. Accueil sympathique, dégustation de vin – hier soir le domaine de Coulonges en Haut-Benauge – la bière locale « Saint-Léon », tapas, pâtisserie et une écoute toujours aussi attentive, très appréciée des musiciens.

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Plaisir musical assuré, mais peut-être plus d’effet de surprise comme la première fois au Rocher ? Certes, mais une grande claque quand-même devant tant de qualité ! Ils ont été éblouissants, « la lumière certainement » me dira humblement Nolwenn quand je le lui dirai à la fin du concert en la qualifiant d’Impératrice. Son jeu à la contrebasse qui donne cette profondeur au son de l’ensemble, ses chorus pleins de nuances, sa complicité avec Francis Fontès pendant tout le concert ont épaté tout le monde.

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Lui aussi a fait forte impression, à ceux qui ne l’avaient jamais entendu bien sûr mais aussi aux habitués ; on ne se lasse pas de ses développements au piano, de sa virtuosité mais aussi de ce groove permanent qui l’habite. Non seulement on ne s’en lasse pas mais on en redemande.

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En face, côté cour, nous avons eu droit à une leçon de batterie de la part du professeur Valentine ; deux jours après la Saint Valentin c’était hier la Saint Valentine, un festival. D’un bout à l’autre sur sa Rolls de batterie, une Craviotto acajou/érable moucheté, il a plus que tenu le tempo, il a fait de la musique. Quelle palette, sans esbroufe, sans morceau de bravoure racoleur, mais à quel niveau ! Son duel avec Francis Fontès sur le dernier titre « 40ème Nord » a été une apothéose.

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Mickaël Chevalier ne s’est pas trompé en s’entourant de ces trois musiciens, avec une telle rythmique il est parfaitement en confiance pour nous régaler au bugle, « plus de Trumpet depuis les élections américaines » plaisante-t-il. Ce son de bugle plus chaud et velouté – avec parfois quelques effets surprenants – est parfaitement adapté au climat musical souhaité, du new bop mélodieux, à la fois énergique (« la Fuggita » en entrée qui a saisi toute l’assistance) et plein d’émotion (« Butterfly’s Dream de Nolwenn ou encore « Ballade pour Gino » écrit par Mickaël pour son grand-père). Mickaël rappelons-le a composé une dizaine de titres magnifiques – album « Tara » – complétés par la composition de Nolwenn, « Song for John » et le nerveux « Crisis » de Freddie Hubbard (un de mes titres favoris). Dire qu’il a un peu mis la musique entre parenthèses depuis quelque temps…

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Quatre super musiciens mais pas dessus tout une osmose et une impression de sérénité sur scène qui s’est transmise à l’assistance. Comme souvent ici un public venant à la découverte, sûr de passer un bon moment et friand de découverte ; et nombreux, plus de deux cents personnes, les réservations de repas étant bouclées depuis mardi midi !

Merci encore aux bénévoles de l’association Larural de proposer des plateaux de cette qualité  – « Mais d’où sont-ils » m’a t’on demandé ? de Bordeaux Madame ! – tout en désacralisant le jazz ; la fidélité du public est leur récompense. Et une mention aux techniciens son et lumière, c’était parfait.

Donc nous reviendrons le jeudi 13 avril pour le Youpi quartet !

 

Liens :

http://blog.actionjazz.fr/a-bord-du-tara-avec-le-nokalipcis-project/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.mickaelchevalier.com/projet/nokalipcis-quartet/

portrait de Francis Fontès dans la Gazette Bleue #13 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n13/

portrait de Nolwenn Leizour dans la Gazette Bleue #4 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n4/

 

 

Didier Ballan Jazz Ensemble, Saint Jean D’Illac 20/01/2017

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

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L’été dernier, nous avions laissé s’envoler le tapis volant Japam des rives de Chez Alriq, en bord de Garonne, et le voici de retour sur la terre de Saint Jean d’Illac, froide des gelées de janvier, et ravie de se voir réchauffée. C’est la troisième soirée de l’excellent festival Jallobourde, 8° édition, mené avec beaucoup de goût et de persévérance sur quatre communes (Canéjan, Cestas, Saint Jean d’Illac et Martignas), par le passionné Louis Gilly et ses équipes et partenaires. On retrouve donc le bel ensemble jazz du pianiste Didier Ballan. Celui-ci revient d’un voyage en Inde, pays aimé et maintes fois visité, accompagné de Christiane, son épouse vidéaste,  et, pour ce dernier, avec aussi son fils Jéricho, batteur du groupe. Les voici de retour pour un concert dont on pressent déjà que paix et spiritualité en seront les moteurs. Japam s’ouvre par le morceau titre qui en révèle d’entrée le concept. Un doux souffle est murmuré par Émilie Calmé (flûte, bansuri), que nous sommes tous heureux de retrouver en pleine forme, et l’émotion se met naturellement en mouvement, le reste de la troupe la suit, le piano du leader écrit son parchemin, formant de beaux signes et la tension grandit, rythmes qui battent et percutent l’air, alchimie de guitare ensorcelée qui saigne son blues. Ici point de messe, mais une célébration du son, au travers de carnets de voyages, aux vélins noircis et froissés de souvenirs délicieux. Voici alors Egyptomania, le tempo ne faiblit pas, la plume libère son encre qui s’abandonne en des espaces percussifs et enflammés. Grondements associés de batterie (Jéricho Ballan) et de contrebasse (Nolwenn Leizour), modération poétique du piano (Didier Ballan) qui survole l’affectif. Ersoy Kazimov (derbouka, bendir) est époustouflant. Il maintient son instrument qui, éclairé de l’intérieur, voit sa peau former un petit soleil vertical sur lequel dansent ses doigts en de frénétiques chorégraphies, alors que Christophe Maroye (guitare) a encore déchiré l’air de ses éclairs lumineux. Une suite profondément humaniste a su hypnotiser le public, en trois pièces soudées à la vie, à la mort : « Amour », « Kaos », et « Doute ». Trois splendeurs qui décrivent avec force et une infinie tendresse ce qu’est la nature humaine. On passe des humeurs subtiles de l’amour, sa foudre, ses clins d’yeux, ses vertiges, au chaos de la crise, en s’abandonnant à « Doute », probablement l’une des pièces les plus belles de ce projet. Le regard de Didier Ballan sur sa troupe, et sur son fils en particulier, est touchant et fait de lui un « sage » prévenant, présent, au service du groupe ; il est l’un des six, ni plus, ni moins. « Jeru’s dance », hommage au fils, est toujours aussi enjoué et permet à Jéricho Ballan de s’échapper en de précises envolées, et de montrer une fois de plus la flamme et la ferveur qui l’animent, alimentées à n’en point douter, par le récent voyage en Inde. Mention spéciale à la grande qualité de tout le groupe, et à Christophe Maroye en particulier, dont l’excellent « No Turning Back » vient de sortir. Notre ami Ivan Denis Cormier va l’interviewer pour une prochaine Gazette bleue et chroniquera cet album. Ce soir encore, le Didier Ballan Jazz Ensemble a enchanté un public venu en nombre, et qui n’est pas près d’oublier la force collective de Japam ! Revoyons-les vite en concert et, surtout, procurez-vous leur disque, c’est un must have !

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

http://www.didierballan.com/

Christophe Maroye (2) Didier Ballan (3) Didier Ballan (6) Emilie Calme-Nolwen Leizour (2) Ersoy Kazimov Jericho Ballan

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Sophie Bourgeois dans un écrin de jazz

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par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Mercredi 14 décembre 2016, Bordeaux pianos Nebout & Hamm.

Bientôt Noël, l’époque des cadeaux mais, dix jours avant, la distribution a commencé avec le concert de la chanteuse Sophie Bourgeois et de son trio. Un cadeau, la première chose que l’on en voit c’est son emballage, parfois son écrin comme ce soir. Celui-ci est très original, une salle de concert insolite, pourtant dans un endroit dédié à la musique, un magasin de pianos. Des instruments partout, des noirs des blancs, des colorés, des pianos à queue, droit, de concert ou d’étude, un paradis pour pianiste. Cela tombe bien car un grand spécialiste va en jouer ce soir.

Nous sommes dans la maison Nebout & Hamm pour la présentation de l’album de Sophie Bourgeois « This is new » et de façon très avant-gardiste, plutôt que de déplacer un piano on a préféré déplacer le pianiste, plus maniable en général. Sophie, la dernière Gazette Bleue de novembre vous l’a présentée et le quotidien Sud-Ouest en a même fait un portrait lundi dernier, insistant, un peu trop peut-être, sur son métier de chirurgien-dentiste. Ce soir nous avons affaire à la chanteuse de jazz et cela va nous suffire amplement !

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Le trio qui figure sur l’album a été reconstitué et se produit en public pour la première fois. William Lecomte pianiste et arrangeur de l’album est aux commandes d’un extraordinaire ¾ de queue, un Steingraeber & Söhne fabriqué à la main à Bayreuth, une Rolls me dira t-il, à la fois puissant et sensible, au toucher délicat. Son frère Samuel Lecomte est à la batterie, une simple mais excellente Yamaha « Manu Katché » mise à sa disposition par Didier Ottaviani. Ces deux musiciens Sophie n’est pas allée les chercher par hasard, ils ont des CV de grande classe, William étant notamment connue pour sa collaboration de longue date avec Jean-Luc Ponty, parmi tant d’autres. La chanteuse bordelaise tenait tout de même à ce que sa ville soit aussi représentée et son choix s’est porté sur Nolwenn Leizour, la contrebassiste avec qui tout le monde veut jouer et pour cause, elle est merveilleuse. Parfaite parité pour une fois sur une scène de jazz !

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Disons le l’album est excellent comme le souligne Philippe Méziat lors de la présentation de la soirée, présent ici à double titre comme critique de jazz avisé, voire plus, mais aussi comme patient de la dame dont les séances sur le fauteuil lui ont tout appris du projet mûri depuis deux ans. Je le confirme, ayant la chance de l’écouter depuis deux mois pour les besoins de la Gazette Bleue.

Un album de standards, encore me dire-vous ! Et bien oui et des comme ça on en redemande, un choix de titres judicieux et parfois déroutant et surtout des arrangements d’une autre planète de William Lecomte. Sophie et Nolwenn le confirment, cela fut un sacré défi que de chanter et jouer ces pièces ainsi lors de l’enregistrement du disque.

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Cela, en plus d’une assistance constituée de beaucoup d’amis à ne pas décevoir mais pas que, le public étant admis sur simple réservation et disons le gratuitement, rajoute à la tension palpable de l’événement et au trac de la chanteuse.

Le choix du premier morceau est à ce titre judicieux pour la détendre, « All of You » de Cole Porter et son gimmick enjôleur de boogie-woogie à la contrebasse, les scats arrivent très vite, c’est parti pour plus d’une heure de bonheur partagé. La jolie voix de Sophie est très vite en place, son sourire aussi, elle est en confiance, le trio lui ouvrant la route avec brio.

Elle enchaîne avec un autre titre de Porter, « One of those things » et ses deux difficiles « th », un supplice pour nous les Français. Le piano donne toute sa musicalité dans la boucle du thème, le swing surgissant de temps en temps. « I’m throught with love » commence en duo voix contrebasse devant cette curieuse façade de maison qui délimite l’intérieur de l’étage du magasin, éclairage rose, douceur de la pierre alliée à celle de la musique, parfait. La batterie est discrète mais présente, au service de la musique nous dira Samuel Lecomte qui pourtant « aime jouer en liberté », les notes graves du piano se fondent avec la contrebasse, une atmosphère intime, la voix de Sophie apportant son émotion. Les deux titres chantés en Français ensuite vont ajouter à l’émotion, le « Ces petits riens «  de Serge Gainsbourg joué sur un rythme de tango introduisant ainsi naturellement « Oblivion » d’Astor Piazzolla mis en paroles par David McNeil. Voix expressive, émouvante, assistance captée, captivée, en apnée.

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« This is new » nous ramène sur terre, le swing en est magique, quel brio, quel trio ! On sent la chanteuse totalement libérée, il le faut car arrive une curiosité, sans doute très difficile à chanter tant l’arrangement en est complexe, rendant longtemps méconnaissable le thème : « Mack the Knife » que tout le monde connaît mais que beaucoup mettent du temps à identifier. Une pure merveille de William Lecomte « mon arrangeur-dérangeur » aime à dire Sophie Bourgeois. Rythmique primitive des toms de batterie et de la contrebasse, « coups de harpe » sur les cordes du piano – qui seront vite essuyées dès la fin du concert pour en éviter l’oxydation – un univers dont la tension monte progressivement à mesure que se chante le drame, une vraie création. Une référence à Ahmad Jamal me dira William Lecomte, et oui bien sûr !

« I’ve got the world on a string » et le très beau chorus de Nolwenn, puis « One Hand, One heart » couronnent le concert.

En rappel le grand standard « On Green Dolphin Street » seul titre ne figurant pas sur le CD et un succès total pour cette première sortie en public. On en redemande !

Joie ensuite de partager un moment avec les musiciens et les amis autour d’un verre de bordeaux – attention aux pianos – pour étirer une soirée délicieuse. Ces petits riens c’est bien mieux que tout…

Pour les absents une séance de rattrapage avec Sophie Bourgeois et William Lecomte entourés de Dominique Bonadéi (cb), Thierry Lujan (g) et Guillermo Roata (dr) se déroule ce vendredi 16 décembre au Bistrot Bohême à Bordeaux.

Du pain et du jazz

par Philippe Desmond.

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Allez donc trouver une boulangerie un dimanche soir au mois d’août à Bordeaux ! Allez donc trouver un concert de jazz aussi ! Encore que le Molly Malone’s ait repris ses sessions de fin d’après-midi, je viens d’y passer un moment avec les Sophisticated Ladies déjà chroniquées sur ce blog.

Et bien à Action Jazz on a trouvé ! Un concert de jazz dans la boulangerie-pâtisserie Pomponette, rue Répond. Et si nous n’avons vu ni la chatte ni la femme du boulanger c’est avec plaisir que nous avons retrouvé la chanteuse Marie Carrié invitée par le trio du pianiste Jean-Marc Montaut. Yann Pénichou à la guitare et Nolwenn Leizour à la contrebasse ; curieusement personne aux baguettes… Jean-Marc habite le quartier et avec Guillaume son boulanger ils ont eu l’idée de créer cet événement dans ce lieu inhabituel pour un concert. Un lieu où les pains ne sont pas des fausses notes et où les fours créent des succès.

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Quand j’arrive le public est déjà sous le charme de Marie Carrié, la peau dorée comme un croissant, et toujours aussi juste au chant. Ce public pour la plupart il vient du voisinage. Sur la vitrine l’affiche du concert précisait d’ailleurs d’amener de quoi s’asseoir et certains y ont pensé ; tabourets et carrément les chaises du salon pour un petit groupe.

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Des passants, à pied ou à vélo, font une halte musicale qui pour beaucoup va s’avérer aussi gourmande. La boulangerie est en effet ouverte, du salé, du sucré et même quelques bulles bien fraîches servies dans des flûtes, en verre celle-ci.

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La scène est assez insolite que de voir une bonne trentaine de personnes, le visage souriant, visiblement heureuses, s’approprier ce coin de trottoir pour s’y inventer un moment de bonheur impromptu.Car en plus la qualité musicale est là. Si nous nous connaissons les musiciens et leur valeur, ce n’est pas le cas de la plupart des gens qui s’étonnent même de se voir offrir un tel récital.

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Un répertoire de standards bien sûr, très facile d’accès, allant d’Antonio Carlos Jobim à Duke Ellington en passant par Franck Sinatra. Jean-Marc Montaut au piano – électrique, pas à gaz – et Yann Pénichou à la guitare dialoguent ainsi avec Marie, Jean-Marc agrémentant parfois joliment son jeu en sifflant. Nolwenn appelée à la rescousse à peine une heure avent le concert, suite à un empêchement de Laurent Vanhée, fait plus qu’assurer et elle est ravie de cette nouvelle expérience.

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Le jour décroissant, c’est au light-show tricolore des feux de circulation que le concert se colore. Les gens sont restés, d’autres sont arrivés attirés par la musique, la soirée est encore chaude, adoucie par la musique. Un très joli moment, du pain béni.


			

Didier Ballan Jazz Ensemble, Chez Alriq Bordeaux 16/08/16

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

Didier Ballan Jazz Ensemble

Didier Ballan Jazz Ensemble

Partir, larguer les amarres, c’est un peu ce que propose la guinguette Chez Alriq, car l’eau qui lui chatouille les pieds, vaste comme une mer, en fait un port, une escale. On y embarque sans se faire prier, à la découverte de nouveaux paysages sonores, et ce soir, c’est le bateau du Didier Ballan Jazz Ensemble qui nous accueillait pour revivre son projet Japam, dont l’esprit colle parfaitement au lieu. Peu avant le concert, Didier Ballan nous parlait de l’Inde, pays vénéré, qu’il visita plusieurs fois, avec son épouse Christiane, cinéaste. Il évoquait la remontée du Gange jusqu’à sa source, parcours spirituel, sur des flots chargés d’histoire et de signes. Marqué par une telle aventure, l’un de ses projets est de filer ainsi sur la Garonne, pour atteindre son berceau, dans les Pyrénées espagnoles. Et qui sait, peut-être lui dédiera-t-il une composition. La présence de ce fleuve tout proche est source de sérénité, et ce magnétisme aquatique rend les gens heureux et curieux. De semblables flux traversent la musique de l’Ensemble. Le concert a délivré un message de paix, susurré dès l’ouverture, sur fond de bourdon joué par Didier Ballan à l’harmonium indien, par l’excellente Emilie Calmé (flûte, bansuri) jouant une douce introduction à Japam, hymne de vie, dont le thème qu’on n’oublie plus est une respiration. Tout est calme et s’accélère soudain d’une fièvre collective où Didier Ballan, passé au piano, et Emilie Calmé sont vite encerclés par les rythmes et les sons capiteux d’une troupe bien soudée. On retrouve la patte de Nolwenn Leizour (contrebasse), un jeu stylé, profond et précis, limite « vitousien » par moment, alors que Jéricho Ballan (batterie) s’affirme de jour en jour en s’envolant de plus en plus haut, tel un Peter Pan des baguettes. Ce soir à ses côtés Ersoy Kazimov (derbouka, bendir), l’associé idéal, subtil mais enflammé jongleur de peaux, carrément en état de grâce. Un chorus de guitare incendiaire d’un Christophe Maroye en grande forme, a conclu cette consistante mise en bouche.

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Ersoy Kazimov

Ersoy Kazimov

Christophe Maroye

Christophe Maroye

Le groupe fait corps et les morceaux se bonifient avec le temps. Ainsi « Amour » nous téléporte dans un paradis de douceur où quiétude et sérénité sont inspirées par une flûte fluide et onirique. « Jeru’s Dance », hommage calme et ensoleillé de Didier le père à son fils Jéricho, rondement mené, met tout le monde en valeur, et en prime un chorus tout en finesse du jeune batteur. Le premier set se termine déjà, avec un somptueux « Massala Café », méditatif au début, puis gagné par le rythme et un peu de mélancolie, lézardée d’une guitare torturée.

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Le deuxième set démarre très fort par « Kaos », une sorte de heavy rock mutant, torride et crépusculaire, mené par un riff de guitare hallucinant. La batterie n’a rien à envier à celle d’un Bonzo et la basse pilonne. Le binaire est roi, tout le monde s’affaire à la fusion de ce métal et le piano du chef est l’oiseau qui survole la cité en flamme. Au final, comme une rédemption, le guitariste roi pourfendra les fumées d’un éclair ferraillant. Après la tempête, l’accalmie avec « Doute », l’un des grands thèmes du projet, l’impression qu’on est en apesanteur dans un éther bleu pacifique. Piano, flûte, harmonies de guitare et pouls rythmique apaisé, tout respire une beauté, transmise aux délicieux « Madhavi » et « Cerise » qui referment ce set. Le public jubile et en veut plus, alors voilà le rappel.  » La surfeuse des sables « , titre qui démarre en mode bluesy et se mue bien vite en un groove irrésistible, guidé par la flûte très seventies d’Émilie Calmé, qui mène un bal où tout le monde prend de monstrueux chorus. Un vrai feu d’artifice qui clôt une magnifique soirée que l’on souhaite revoir bien vite. Le bateau s’est transformé en un immense tapis volant qui nous emmène tous, au loin, très loin, nous ne sommes pas prêts d’en redescendre !

Didier Ballan

Didier Ballan

http://www.didierballan.com/

http://www.laguinguettechezalriq.com/

Loïc Cavadore trio invite Sonia Nédelec ; du travail d’artistes

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

©AP_loicCavadoretrio-3464

Les « Jeudis du Jazz » pour leur septième saison sont devenus un rendez-vous apprécié dans le Créonnais et au-delà. On parlerait presque d’habitude les concernant. Justement ces habitudes elles ne doivent pas s’installer dans le monde culturel et musical en particulier. Le programme de ce soir va être la parfaite illustration de ce qu’est un vrai travail d’artistes, avec ses prises de risques et ses mises en danger, loin d’une routine facile mais ennuyeuse à la longue.
Loïc Cavadore a eu carte blanche pour ce concert ; il a même eu page blanche ; il lui a été proposé une création pour l’occasion. La voie qu’il a choisie, celle de reprises de morceaux et chansons connus peut ainsi paraître hors sujet, la réalité est toute autre, il s’agit bien d’une vraie création de jazz, d’un spectacle complet et cohérent. Mais cela personne ne le sait avant le concert, ça va être la surprise.
Le public est un peu plus lent à arriver que d’ordinaire – mais il sera là – ce qui permet de déguster tranquillement le vin du jour du château Couteau ; un fait exprès pour cette soirée qui va couper les habitudes ? Assiettes de tapas, pâtisseries préparés par les bénévoles de Larural tout est là pour passer une bonne soirée.
Loïc Cavadore s’installe au piano, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Simon Pourbaix à la batterie ; Sonia Nédelec l’invitée du trio les rejoint très élégante dans sa drôle de robe en corolle.

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L’intro de Simon aux mailloches ne permet pas de deviner le premier titre qui va au fil du phrasé de Sonia se laisser découvrir ; oui nous entendons bien « I’m Only Sleeping » des Beatles mais déjà le ton est donné, ce n’est pas une reprise c’est une interprétation au vrai sens du terme.
La contrebasse profonde de Nolwenn Leizour lance « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel chantée subtilement pas Sonia sous les gouttelettes de piano de Loïc et le drumming toujours enthousiaste de Simon, encore tout en retenue avant le final surprenant en climax de cette si jolie ballade. Superbe adaptation avec cette liberté qu’offre le jazz.

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On commence à comprendre la thématique du spectacle, de la pop tordue en jazz ; tu parles ! Voilà Brel qui déboule en attendant sa « Madeleine » qui ne viendra pas ; Sonia et le trio vont s’appliquer à traduire l’anxiété de l’attente dans un affolement complet du tempo qui passe du be-bop au hard-bop pour finir dans une déstructuration totale. La Madeleine est en miettes. Il me remonte alors à la mémoire ce concert de Brel vu en 1967 ici à Créon lors d’une Fête de la Rosière…
Voilà maintenant « Manon » ce joyau de Gainsbourg dans une interprétation sensible et émouvante, Simon aux baguettes s’y révélant explosif dans un développement surprenant du thème. Que de créativité des musiciens sur ces thèmes qu’on pourrait croire figés !

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Le titre suivant n’est pas connu du grand public mais c’est un morceau fétiche de Loïc Cavadore qui le propose souvent, « Bebe » d’Hermeto Pascual, une bossa nova qui va virer à la samba en passant par un superbe chorus de Nolwenn Leizour. Quel talent et quelle présence, la blondeur de ses cheveux et de sa contrebasse sur ce fond de rideau rouge.

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Le dernier titre du premier set, joué en trio, est une composition de Loïc Cavadore « Le Joueur de Flûte » écrite pour une pièce de théâtre. Une mélodie très riche qu’il développe subtilement au piano.
Curieusement une partie du public a l’air un peu désarçonné par ce qu’il a entendu avec – toujours ici – une écoute très attentive. C’est vrai que le groupe n’a pas choisi la facilité à une époque où nous sommes inondés de reprises édulcorées ou sans plus d’intérêts que les originaux, chantées – et non interprétées – par des vedettes en mal de vente de disques ou des chantailleurs de télé-crochets… Une autre partie du public, dont je fais partie, adore.

Le second set ne va pas ménager ses surprises, à commencer par une version d’un autre monde de « Modern Love » de David Bowie ; il a dû se régaler de là-haut. Une version qui après un départ truffé de breaks monumentaux vire au concerto ! « Ah si j’avais eu un vrai piano ! » me dira Loïc, lui qui a une formation classique et qui, en soliste virtuose qu’il est, épate même ses musiciens, son développement n’étant pas écrit et changeant à chaque fois me dira Nolwenn. Le tempo insistant de la grosse caisse le ramène sur terre, le thème revient, Sonia le reprend, c’est superbe.

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Climat poétique avec un titre de Nick Drake artiste peu connu disparu jeune dans les années 70. Sonia Nédelec y est à son aise, elle fait preuve de douceur et de délicatesse.

Une pluie de perles au piano introduit « Summer Soft » de Stevie Wonder, cette si belle chanson aux variations de tonalités caractéristiques. Et là devinez quoi, on enchaîne sur un titre de Pierre Perret, un des plus émouvants « Lily » avec des accords de piano que ne renierait pas Corea ; expressivité de Sonia, un choix osé, un choix réussi.

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Dernier titre avec « Al Otro Lado Del Rio » hommage au Che et une prise de risque absolue de Sonia Nédelec qui sans micro et a cappella enveloppe la salle de sa voix.

En rappel l’atmosphère se détend avec le petit bijou de Juliette « Tu Ronfles » lancé par une intro incroyable et amusante de Nolwenn Leizour à l’archet ; sa contrebasse respire, souffle, ronfle, s’ébroue !

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Prise de risque est l’expression qui revient dans les commentaires élogieux de fin de concert, merci à ces organisateurs et à ces artistes d’en prendre ainsi. C’était la première de ce spectacle, il y a des réglages à faire avouent les musiciens – « On a essayé de faire rentrer des ronds dans des carrés » lance Loïc – mais le niveau musical et artistique est déjà au dessus de bien des propositions actuelles.

Prochain « Jeudi du Jazz » en octobre avec des surprises nous a alléché Serge Moulinier…

http://www.larural.fr/