Affinity Quartet – Caillou – 16/06/2017

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Affinity Quartet plus Mickaël Chevalier

L’été est tout proche et le Caillou du Jardin Botanique  peut enfin prendre ses aises. Les estivales y ont débuté le 1° juin et s’y poursuivront jusqu’à la fin Août, avec une flopée de beaux concerts en perspective, et pour tous les goûts. Ce vendredi soir, le soleil tarde à se coucher, la terrasse est bondée. On a en effet ressorti la jolie scène sur roues, moment tant attendu des addicts de la place, et pour insuffler une ardeur supplémentaire, c’est l’ Affinity Quartet, dans un nouveau projet antillais, qui est venu jouer un jazz bien chaloupé, à base de standards épicés, chaudement menés. Autant dire qu’une atmosphère de vacances ne tardera pas à s’installer. C’est l’occasion de retrouver au piano notre ami Francis Fontès en belle forme,

Francis Fontès

entouré de ses fidèles compères Dominique Bonadeï à la basse, Hervé Fourticq aux saxophones et Philippe Valentine à la batterie. Très solide combo, qui tient large place dans l’histoire du jazz de Bordeaux, mais aussi dans son présent des plus vifs.

Dominique Bonadeï

Hervé Fourticq

Philippe Valentine

La cerise sur le gâteau, c’est un invité de marque « de dernière minute » : Mickaël Chevalier qui les rejoint sur scène avec son bugle voyageur, l’occasion pour lui de retrouver au passage, au piano et à la batterie, deux de ses collègues du groupe Nokalipcis.

Mickaël Chevalier

L’affaire ne pouvait donc que fonctionner au mieux. Ainsi, nous voilà embarqués à bord d’un bel esquif, pour une croisière en deux sets, où tout ce joli monde est là, soucieux de donner du plaisir en suggérant le voyage et les Caraïbes. Question titres repris, nous sommes gâtés, c’est un vrai festival ! Mario Canonge est de la fête avec « Lese pale » et «Peyi mwen jodi », on déguste aussi « Travail raide » d’Alain Jean-Marie, « Guadelupe » de Michel Petrucciani, « Tu piti » du père d’Eddy Louiss, « Siempre me va bien » de Poncho Sanchez et quelques traditionnels comme « La Guadeloupéenne » et « Célestin ». On réécoute le délicieux « Butterfly’s dream » de Nolwenn Leizour, composition jouée avec Nokalipcis (décidemment !) dont elle est la contrebassiste. D’autres grands standards seront aussi repris, finement remodelés en mode afro-caribéen, quoiqu’ils en aient déjà le parfum, comme  « Manteca » de Dizzy Gillespie, « St Thomas » de Sonny Rollins et un beau « Caravan » Ellingtonien en guise de rappel. Nous les aurions bien écoutés jusqu’au bout de la nuit, tant ces thèmes ont illuminé la soirée, d’une musique superbe, jouée par un groupe épatant, à l’âme généreuse, avec lequel nous avons tous beaucoup d’affinités !

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Remerciements à Philippe Valentine pour la setlist.

Le Caillou du Jardin Botanique

 

Nokalipcis lumineux aux Jeudis du Jazz

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt.

« Jeudi du Jazz » à Créon le 16 février 2017.

En décembre dernier au Rocher de Palmer nous avions découvert Nokalipcis, le projet mené par Mickaël Chevalier (compositions, direction musicale et bugle) avec Nolwenn Leizour (contrebasse), Francis Fontès (piano) et Philippe Valentine (batterie). Le blog avait relaté leur premier concert et la Gazette Bleue de janvier avait présenté le projet en page 24 (liens en fin d’article).

C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous (AJ) nous sommes rendus à Créon pour leur prestation lors de la 3ème  soirée de la 8ème saison des « Jeudis du Jazz », une véritable institution ! Plaisir double, musical donc et aussi convivial tant ces soirées sont agréables à vivre. Accueil sympathique, dégustation de vin – hier soir le domaine de Coulonges en Haut-Benauge – la bière locale « Saint-Léon », tapas, pâtisserie et une écoute toujours aussi attentive, très appréciée des musiciens.

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Plaisir musical assuré, mais peut-être plus d’effet de surprise comme la première fois au Rocher ? Certes, mais une grande claque quand-même devant tant de qualité ! Ils ont été éblouissants, « la lumière certainement » me dira humblement Nolwenn quand je le lui dirai à la fin du concert en la qualifiant d’Impératrice. Son jeu à la contrebasse qui donne cette profondeur au son de l’ensemble, ses chorus pleins de nuances, sa complicité avec Francis Fontès pendant tout le concert ont épaté tout le monde.

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Lui aussi a fait forte impression, à ceux qui ne l’avaient jamais entendu bien sûr mais aussi aux habitués ; on ne se lasse pas de ses développements au piano, de sa virtuosité mais aussi de ce groove permanent qui l’habite. Non seulement on ne s’en lasse pas mais on en redemande.

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En face, côté cour, nous avons eu droit à une leçon de batterie de la part du professeur Valentine ; deux jours après la Saint Valentin c’était hier la Saint Valentine, un festival. D’un bout à l’autre sur sa Rolls de batterie, une Craviotto acajou/érable moucheté, il a plus que tenu le tempo, il a fait de la musique. Quelle palette, sans esbroufe, sans morceau de bravoure racoleur, mais à quel niveau ! Son duel avec Francis Fontès sur le dernier titre « 40ème Nord » a été une apothéose.

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Mickaël Chevalier ne s’est pas trompé en s’entourant de ces trois musiciens, avec une telle rythmique il est parfaitement en confiance pour nous régaler au bugle, « plus de Trumpet depuis les élections américaines » plaisante-t-il. Ce son de bugle plus chaud et velouté – avec parfois quelques effets surprenants – est parfaitement adapté au climat musical souhaité, du new bop mélodieux, à la fois énergique (« la Fuggita » en entrée qui a saisi toute l’assistance) et plein d’émotion (« Butterfly’s Dream de Nolwenn ou encore « Ballade pour Gino » écrit par Mickaël pour son grand-père). Mickaël rappelons-le a composé une dizaine de titres magnifiques – album « Tara » – complétés par la composition de Nolwenn, « Song for John » et le nerveux « Crisis » de Freddie Hubbard (un de mes titres favoris). Dire qu’il a un peu mis la musique entre parenthèses depuis quelque temps…

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Quatre super musiciens mais pas dessus tout une osmose et une impression de sérénité sur scène qui s’est transmise à l’assistance. Comme souvent ici un public venant à la découverte, sûr de passer un bon moment et friand de découverte ; et nombreux, plus de deux cents personnes, les réservations de repas étant bouclées depuis mardi midi !

Merci encore aux bénévoles de l’association Larural de proposer des plateaux de cette qualité  – « Mais d’où sont-ils » m’a t’on demandé ? de Bordeaux Madame ! – tout en désacralisant le jazz ; la fidélité du public est leur récompense. Et une mention aux techniciens son et lumière, c’était parfait.

Donc nous reviendrons le jeudi 13 avril pour le Youpi quartet !

 

Liens :

http://blog.actionjazz.fr/a-bord-du-tara-avec-le-nokalipcis-project/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.mickaelchevalier.com/projet/nokalipcis-quartet/

portrait de Francis Fontès dans la Gazette Bleue #13 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n13/

portrait de Nolwenn Leizour dans la Gazette Bleue #4 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n4/

 

 

A bord du Tara avec le Nokalipcis Project

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Sortie officielle de l’album « Tara »
Rocher de Palmer, vendredi 2 décembre 2016.

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Ce soir nous allons prendre le large, embarquement au Rocher, pas de Gibraltar mais de Palmer sur la goélette Tara avec un très très bel équipage nommé NOKALIPCIS avec par ordre d’apparition dans ce nom mystérieux (plus pour longtemps) NOlwenn Leizour (contrebasse), MicKAël Chevalier (bugle), PhiLIPpe Valentine (batterie) et FranCIS Fontès (piano). Pour ceux qui ne savent pas voyager sans carte prenez celle marquée Néo Bop.

Le Salon de Musiques (le « s » final est très important en ce lieu) se garnit copieusement de passagers avec pas mal de têtes connues et notamment de jeunes têtes, celles de musiciens en devenir qui ne boudent pas leurs aînés, ça fait plaisir.

Le gréement est de qualité ; sur scène un piano, un vrai, les seuls que Francis Fontès apprécie, Mémé la vieille et respectable contrebasse ¾ de Nolwenn et une batterie de rêve, une rare Craviotto en bois, acajou et érable moucheté, cerclée bois, qui va faire mourir de jalousie les quelques batteurs présents dans la salle. Le bugle artisanal tout neuf de Mickaël Chevalier arrive dans ses mains pour un largage des amarres tonitruant soutenu nerveusement par la batterie dans une longue phrase tendue très hard bop ; un accueil à bord des plus surprenants qui décoiffe tout le monde. Piano et contrebasse viennent humaniser tout cela et nous voilà donc partie sur un premier bateau nommé « La Fuggita ».

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Et oui avant d’être le musicien que l’on connaît Mickaël Chevalier a eu plusieurs vies, notamment celle de marin. Il a traversé les océans, fait le tour du monde comme mécanicien de bord. La plupart de ses compositions originales présentées ce soir portent les noms des bateaux sur lesquels il a navigué. Comme « Renée » un cargo porte container avec lequel nous traversons l’Atlantique par une mer calme et sereine sur une mélodie tout en douceur. Déjà un chorus d’une grande musicalité de Francis Fontès (le médecin du bord), ampleur, volubilité et finesse sont là comme d’habitude bien qu’on ait l’impression qu’il a encore fait des progrès ! C’est bien possible car il travaille pour. La suavité du bugle, préféré pour cette raison à la trompette, fait la transition avec une intervention en solo très travaillée de Nolwenn qui place de suite la barre très haut. Philippe Valentine tire la quintessence de son bijou en bois comme il va le faire toute la soirée d’une façon remarquable ; un drumming très musical.

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On change de navire avec la goélette « Tara » qui file ses 12 nœuds, légère et agile, tout le monde s’affairant sur le pont avec précision et efficacité . Très beau.

Tempo tendu en cross stick contrastant avec deux chorus nostalgiques de piano et contrebasse, pour encore une belle mélodie amenée par Mickaël, l’intensité montant petit à petit vers un duel éblouissant entre le piano et la batterie arbitré par la contrebasse. Du pur bonheur musical comme en témoigne nos regards échangés avec les amis autour. Nous étions au pied d’un fjord en Norvège pour une « Balade à Tromsø ».

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Place au trio rythmique pour une escale avec une jolie composition de Nolwenn et un arrangement de Francis, « Butterfly’s Dream », débutant par une balade délicate puis, une fois le papillon sorti de sa chrysalide, s’envolant même sur un rythme de samba. Pendant ce temps Mickaël en bon mécanicien graisse les pistons, pas du moteur V10 de son cargo mais du 3 cylindres en ligne de son bugle encore en rodage et qui lui fait quelques misères.

Puis Mickaël Chevalier prend les habits de Freddie Hubbard, un de ses musiciens favoris, avec « Dear  John » (Coltrane) et l’irrésistible « Crisis » où chacun s’en donne à cœur joie, le vibrato du bugle ramenant toujours au gimmick envoûtant du titre.

Ce bugle Mickaël le fait gémir ou geindre avec un certain humour dans « For Gino ». A 5 degrés près nous serions géographiquement en accord avec le titre suivant « 40° Nord », celui qui traverse, entre autres, la Méditerranée. La section rythmique entretient avec un autre dialogue piano batterie un groove impeccable, sous un déluge de notes,   le tout sous un orage de contrebasse, le bugle dévoilant de belles éclaircies.

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En rappel « Rara Avis » nous ramène tranquillement à terre, il est temps, le bugle ce soir est capricieux et a consommé pas mal d’huile, mais sans nuire au résultat. Mickaël m’expliquera que ce type d’instrument artisanal est ajusté de façon très précise et que, neuf, la moindre poussière peut perturber son fonctionnement. Il est musicien, mécanicien mais aussi excellent compositeur et arrangeur comme le prouve tous les titres entendus ce soir et qui figurent – sauf Crisis – dans l’album « Tara » du Nokalipcis Project magnifiquement illustré par les dessins de la goélette par Christian Revest.

L’unité et la cohésion du groupe sont vraiment manifestes et la croisière de ce soir a été une splendeur, d’un niveau de qualité impressionnant, tant au niveau de l’interprétation que des compositions. Un projet vivant à recommander à tous les programmateurs.

https://www.facebook.com/Nokalipcis/