Thomas Bercy Trio invite Maxime Berton au Caillou, Bordeaux le 21/01/2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

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McCoy Tyner est l’un de ces géants, toujours présents, qui marquèrent de notes d’or le jazz des années soixante, qui résonnent encore aujourd’hui, au plus profond de nos nuits bleutées. Il fut le pianiste du quartet de John Coltrane de 1960 à 1965, puis le quitta pour mener ses propres projets. Il avait cependant commencé à enregistrer des disques sous son nom dès 1962 avec l’album « Inception » (Impulse !). Son style est reconnaissable entre tous, puissance rythmique imparable de la main gauche, alliée à une luxuriante main droite, jusqu’aux rives du free. Il s’est aussi révélé un compositeur très prolifique, avec à son actif un nombre respectable d’albums sortis sous son nom, et de collaborations à bien d’autres. Au cours d’une tournée dans notre douce région, c’est dans ce riche répertoire que le pianiste et arrangeur Thomas Bercy a choisi diverses pièces, pour les jouer avec son trio – Jonathan Hedeline (basses) et Davis Muris (batterie) – et, en invités de marque, Marc Closier (sax ténor) pour les trois premières dates, puis, pour les six dernières, le jeune parisien Maxime Berton (sax ténor & soprano, flûte), prix du soliste au Tremplin de Getxo jazz 2015.

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Thomas Bercy a toujours animé avec passion ses projets où il invite à chaque fois divers artistes, souvenons-nous par exemple de son « Jazz Band », à la musique ambitieuse et voyageuse. Il est aussi très actif dans le Sud de la Gironde, sa base, où il se produit régulièrement lors de jams endiablées qu’il organise au Caravan Jazz Club à la Belle Lurette (Saint-Macaire). Très fin pianiste, son jeu riche et aventureux n’a peur de rien et lui permet de se plonger dans divers courants, et les fluides tumultueux, libres et illuminés du grand McCoy Tyner l’ont visiblement fort bien inspiré. Pour soutenir une telle musique, qui peut parfois partir comme des chevaux fous, il faut la charpenter d’une solide rythmique, gardons à l’esprit Jimmy Garrison et Elvin Jones derrière le Trane ! Thomas Bercy a su choisir ses compagnons. Ainsi, le jeu déterminé et sans fard d’un Jonathan Hedeline très concentré, avec cette rigoureuse et élégante souplesse qu’on lui connait, associé à celui d’un David Muris alliant puissance d’impact des relances et subtiles couleurs lors des accalmies, ont contribués à asseoir de très beaux envols. Maxime Berton nous a impressionnés par la maturité de son jeu. S’adaptant en l’instant à chacun des thèmes, il se laisse emporter par leur force en créant des spirales fulgurantes, que ce soit dans la profondeur du ténor ou dans les altitudes étoilées du soprano, avec des passages éthérés à la flûte. Marc Closier, qui avait débuté la tournée, est venu rejoindre le groupe pour quelques morceaux brûlants de passion collective (dont « Passion Dance » et « Walk Spirit, Talk Spirit »), soufflant de très belles notes, intérieures et graves, avec une délicieuse évanescence qui pouvait par moment s’échapper vers un free possédé. Autre invité de marque sur ces mêmes titres, le trompettiste Mickaël Chevalier qu’on a eu beaucoup de plaisir à retrouver dans ce contexte. Son jeu est précis, beau et sans esbroufe, il y a là de la lumière, des vagues, ou des eaux calmes, un horizon argenté à l’infini, comme cette mer qu’il aime tant.

En treize thèmes, Thomas Bercy et son groupe ont su recréer la magie McCoy Tyner. Fort respectueusement, et avec beaucoup de cœur, tous ont montré à quel point ils pouvaient être touchés à l’âme par la spiritualité et la force qui habitent la musique du maestro. De « Changes » à « Walk Spirit, Talk Spirit », c’est une belle part de sa carrière qui a été abordée, en passant par « Aisha », co-signée avec le Trane sur « Olé » (1961), mais aussi par quatre morceaux tirés de « The Real McCoy », son premier album sur Bluenote en 1967, considéré comme l’un de ses meilleurs par les connaisseurs. En guise de rappel, le groupe redevenu trio + 1 nous a offert un bien beau « Caravan » (Juan Tizol/Duke Ellington), que McCoy Tyner affectionnait pour l’avoir repris en 1965 sur son « Plays Ellington » (Impulse !). Très beau concert dont on se souviendra, et pour celles et ceux qui l’ont loupé, sachez qu’on retrouve le Thomas Bercy Trio + Maxime Berton, avec des invités surprise, dimanche 24 janvier à 18 h au Molly Malone’s 83 Quai des Chartrons à Bordeaux (Tel : 05 57 87 06 72).

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Le Caillou du Jardin Botanique

Mickaël Chevalier quintet au Caillou

 par Philippe Desmond ; photos N&B Thierry Dubuc 

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Mickaël Chevalier est trompettiste – et un bon – mais bien que pas très vieux il a déjà eu plusieurs vies et notamment une de marin. Il a bourlingué sur toutes les mers du globe avant de remiser son ciré et de se consacrer à la musique de jazz. Et donc ce soir-là au Caillou – où il se passe toujours quelque chose – il nous emmène dans les fjords de Norvège « Ballade à Tromsф » ou dans l’Atlantique vers « 15° Nord ». En effet lors du second set Mickaël va nous jouer ses propres compositions dont certaines datent déjà de quelques années avec le ML 5, le quintet du batteur Maxime Legrand.

Des compos très écrites, très denses, très ténues qui mettent bien en valeur ses qualités de soliste. Une trompette jouée nature, sans sourdine, sans micro HF ; de la trompette. Du jazz dynamique aux breaks spectaculaires, ou de jolies ballades, vraiment du beau travail.

Certains titres vont même nous amener à nous inquiéter pour son compère saxophoniste Jean-Christophe Jacques, à bout de souffle et au bord de la déshydratation dans la chaleur du lieu. Mais il a assuré comme d’habitude, lui aussi c’est un très bon. La rythmique est classique mais avec un trio piano, basse, batterie de haute volée.

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Au piano Francis Fontès toujours aussi à l’aise et volubile de ses mains quel que soit la musique jouée ; c’est vraiment un maître et il était d’ailleurs révélateur de regarder Mickaël et Jean-Christophe se régalant à l’observer jouer lors de ses chorus.

A la contrebasse, avec sa fidèle Mémé, Nolwenn Leizour discrète mais au combien efficace ; quand je la vois et l’entends jouer c’est bien simple je voudrais être contrebasse. Amusant, lors d’un de ses rares chorus de la soirée Nolwenn a été longtemps synchro avec le soliste à la contrebasse du concert de jazz toujours projeté en boucle au-dessus des musiciens.

A la batterie un pilote très chevronné et un esthète de l’instrument – il suffit de l’entendre parler cymbales spéciales ou fûts sur mesure avec passion pour s’en persuader – Philippe Valentine ; il n’a pas arrêté de varier les rythmes d’un drumming enjoué et dynamique ou plus nuancé et souple.

Le premier set était un hommage au trompettiste Freddy Hubbard et de « Crisis » à « Red Clay » – une version fabuleuse – en passant par « Song for John » et « Lament for Booker » le quintet et son leader trompettiste nous ont prouvé qu’ils n’avaient presque rien à envier aux diverses formations du maître.

Belle prestation de l’éclectique Mickaël Chevalier qui la veille au même endroit jouait avec le Petit Orchestre du Dimanche de Cédric Jeannaud ; au programme, du cha cha et du mambo ; un thé dansant du dimanche à l’heure du dîner un jeudi soir. Un moment délicieux (photo couleur).

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Shekinah Gatto Septet au Comptoir du Jazz

Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (couleur) Alain Pelletier (NB)

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Aujourd’hui 30 avril c’est la Journée Internationale du Jazz créée par l’UNESCO – rien moins – en 2005. Vous me direz que chaque jour est une journée internationale de quelque chose, de la Femme aux Droits de l’Homme en passant par celle des toilettes, oui les WC, vérifiez c’est le 19 novembre.

Nous sommes Action Jazz pas Action WC (ça doit bien se trouver en supermarché) alors parlons de la journée du Jazz.

A Bordeaux plein événements, au Tunnel pour la clôture de la saison avec la Dream Factory, Roger Biwandu, Nolwenn Leizour, Hervé Saint-Guirons et ce soir les guitaristes Dave Blenkhorn et Yann Pénichou , superbe concert m’a-t-on dit, ou encore à Pena Copas y Compas  avec Taldea et un jazz influencé par l’Espagne et Pat Metheny autour de Jean Lassalette, Christophe Léon Schelstraete, Stéphane Mazurier, Nicolas Mirande, Jeff Mazurier et Thomas Lachaize ; excellent aussi m’a-t-on confié.

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Il faut choisir ce sera donc au Comptoir du Jazz avec le septet de Sheki Gatto. Shekinah aux sax alto et soprano, à la flûte et au chant, Olivier Gatto à la contrebasse et à la direction musicale, Guillaume Nouaux à la batterie, Francis Fontès au piano, Mickaël Chevalier à la trompette, Sébastien Iep Arruti au trombone et Jean-Christophe Jacques aux sax ténor et soprano.

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Nous voilà donc au Comptoir du Jazz qui depuis quelques années n’avait plus guère que le comptoir, le jazz n’y trouvant plus le refuge traditionnel. Grâce à la nouvelle direction, à Benjamin Comba et Musik’Tour Production le jazz revit dans ce lieu emblématique.

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21h30 le quai de Paludate est encore calme et le Comptoir se remplit doucement. Un septet sur la scène foutraque du lieu avec en plus un piano à queue c’est quasiment une prouesse. Devant, la « cuivraille » et derrière la rythmique, Francis Fontès et son beau piano noir relégués au fond.

Ça démarre et ça va être un festival ! « Song from the underground railroad » de Coltrane permet au septet de s’échauffer, pas encore de chorus, ça viendra après. « One day I’ll fly away » de Joe Sample amorce, comme le titre l’indique, le décollage.

Attachez vos ceintures, c’est parti avec « My favourite things » de Coltrane et une suite de chorus majestueux de chacun des membres du groupe. Shekinah à la flûte telle Eric Dolphy, Jean-Christophe et son soprano – une bête de course – à la place du Maître, « Mc Coy » Fontès impressionnant – rappelons que ce n’est pas son métier, il est radiologue ! -, « Elvin » Nouaux, un des batteurs les plus musicaux et créatifs que je connaisse et la colonne vertébrale du tout, Olivier Gatto particulièrement en verve. N’oublions pas Mickaël Chevalier et sa trompette à l’état brut, magnifique dans ses prises de risque et le surprenant trombone de Sébastien Arruti, spectaculaire et inspiré avec cet instrument si bizarre. La salle qui commence à bien se remplir est aux anges.

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« Wise One » encore de Coltrane – ne nous plaignons pas – puis comme un cheveu sur la soupe un titre qui enflamme la salle, le classique du jazz New Orleans « Second Line Break », Shekinah en profitant pour présenter en chantant les membres du groupe.

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Pause. L’occasion de bavarder et d’apprendre que relancer le jazz au Comptoir c’est dur. Des concerts prévus jusqu’à l’été sont annulés, le public n’est pas assez présent ; pourtant il l’était en nombre ce soir. Il y a deux semaines le Rocher était plein à craquer, et un mois avant même, pour Marcus Miller. Il l’était aussi pour Billy Cobham. Où sont ces gens ? Aiment-ils le jazz ou le star système ? Savent-ils que les musiciens de ce soir jouent de temps en temps avec les plus grands ou plus célèbres, savent-ils qu’ils ont sous la main des talents remarquables ? Savent-ils qu’ils se privent de grands moments ? Quel dommage.

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On repart pour le second set avec « I have a dream » d’Herbie Hancock. La soirée est aussi un hommage à Martin Luther King, à Malcom X, à Rosa Parks qui on fait avancer la société US ; et il reste du travail comme l’actualité nous le montre… Une expo photos dans le hall leur rend hommage. Toujours dans cet esprit une merveilleuse adaptation du « What’s going on » de Marvin Gaye et pour finir le magnifique « Theme for Malcom » de Donald Byrd ; un vrai bouquet final ! Les musiciens prennent du plaisir ça se voit, ça rayonne sur le public.

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C’est fini ! Même pas ! Une jam se met en place, Stéphane Seva, Lo Jay, une élève de Shekinah viennent chanter, Colin Smith flûtiste est là aussi ainsi que Jonathan Hedeline un élève d’Olivier Gatto à la contrebasse. On est bien.

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Merci M’sieurs dames c’était super, on reviendra. Quand … ?

Une heure du mat j’ai des frissons… de bonheur, je me sens rajeuni ; ça ne vas pas durer longtemps, je croise des hordes de jeunes essayant d’entrer dans les boîtes de nuit voisines, des bouteilles d’eau minérale remplies de boissons brutales à la main pour certains, des yeux déjà trop rouges pour d’autres, j’ai trois fois leur âge. Je ne les envie pourtant pas, ils ne vont certainement pas passer un aussi bon moment que moi ce soir. Ça viendra, je l’espère pour eux.

 

Un jeudi soir à Bordeaux…

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Le printemps pointe son nez en cette douce journée de mars, la soirée approche, mes proches m’interrogent « tu ne vas pas au Tunnel ce soir ? ». Et oui c’est jeudi et le jeudi c’est Tunnel, la cave de jazz de l’Artigiano Mangiatutto l’excellent restaurant italien de la rue des Ayres. Le problème c’est que ce soir comme tous les jeudis soirs aussi il y a un groupe au Caillou du Jardin Botanique à la Bastide et l’affiche est sympa. Mais il y a un autre problème. De l’autre côté du fleuve le Comptoir du jazz renaissant propose lui aussi une affiche intéressante…
Où aller, il y a d’excellents musiciens partout. Question difficile. Je vais prendre un joker Jean-Pierre, je téléphone à un ami : «Allo Thierry ? bla bla bla… bon on fait comme ça, à tout de suite ». Réponse C : je vais aux trois, c’est mon dernier mot !
20h30, les alentours du Caillou (entrée gratuite, bar, restaurant) sont très calmes, la fac voisine est bien sûr fermée à cette heure-là et il n’y a aucune activité dans le quartier. Pour garer sa voiture pas de problème, ça compte. Et comme en plus je suis à moto ! Quelques notes sortent de cette forme bizarre en forme de…caillou. Je rentre doucement, dans le restaurant quelques personnes attablées et d’autres sirotant un verre, l’ambiance est cosy, sereine, cool.
Un excellent trio est à l’ouvrage. Le trompettiste Mickaël Chevalier joue avec Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Simon Pourbaix à la batterie. Au programme un hommage à Clifford Brown le trompettiste compositeur tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1956 à moins de 26 ans. Du Bebop et du Hardbop, une trompette volubile, un orgue velouté et une batterie contrastée, le ton est donné. On voit la musique se faire, les musiciens sont à côté de nous et ça c’est une vraie chance. Les chorus s’enchaînent, un coup d’œil, un signe de tête on se comprend c’est du jazz. Dernier titre du premier set, le trio invite le tout jeune Alex Aguilera qui va prendre un magnifique chorus à la flûte ; très prometteur. Mon verre est fini, Thierry a pris quelques photos, c’est la pause, on discute un peu avec les musiciens et on file.
22 h, le quai de Paludate est encore calme, il est trop tôt pour les discothèques. Au Comptoir du Jazz (entrée 5€, bar) pas trop de monde, pourtant le sextet présent est de grande qualité. Shekinah Rodriguez (sa, ss) est entourée de Raphaël Mateu (tr), Sébastien Arruti (tb), Jean-Christophe Jacques (st, ss), Guillermo Roatta (dr) et Olvier Gatto (cb, arrangements et direction musicale), que des très bons. Sur la scène exiguë et mal fichue du lieu ils sont un peu serrés d’autant que Sébastien a un physique de première ligne – basque bien sûr – les cuivres sont devant et les deux autres cachés derrière au fond. Alain et Irène Piarou sont là, en effet Action Jazz se doit de prendre contact avec la nouvelle direction du Comptoir duquel le jazz avait un peu disparu ces derniers temps. Sur scène le sextet rend hommage au Duke…sans piano. Petit à petit les gens arrivent.

« C jam blues », le délicat « «In a sentimental mood » le morceau de jazz préféré de Shekinah, bien sûr « Caravan » réarrangé par Olivier Gatto avec notamment des contrepoints bien sentis en soutien de chaque chorus de cuivres. Les deux sax se répondent, la trompette chante et le trombone gronde ; derrière ça tient le tout comme la colonne vertébrale Là aussi connivence entre les musiciens, applaudissements réciproques lors de tentatives osées ; ils cherchent, ils trouvent, ils nous régalent. Mais le temps passe, arrive la pause. Thierry reste là, il n’a pas fini ses photos – c’est un perfectionniste – pour moi direction centre-ville.

23h30 au Tunnel (entrée gratuite, bar) où ce soir c’est la jam mensuelle. Le maître du lieu est Gianfranco et le responsable musical en est Roger Biwandu, pas moins. D’octobre à fin avril c’est le rendez-vous incontournable des amateurs de jazz. Ce soir autour de Roger aux baguettes, François Mary à la contrebasse et Stéphane Mazurier au clavier Rhodes (instrument à demeure et obligatoire !). L’originalité du Tunnel c’est autour d’une rythmique habituelle la « Dream Factory » Roger toujours, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Hervé Saint Guirons au Rhodes en général, la présence d’un invité ou deux différents chaque jeudi à partir de 21h30. Mais ce soir donc c’est jam. Quand j’arrive dans la cave pleine à craquer le trio a été rejoint par Dave Blenkhorn, Yann Pénichou et leurs guitares ; il me faut quelques instants pour reconnaître le morceau soumis à la douce torture des improvisations. Ça groove grave, la voute de la cave en tremble, mais oui bien sûr voilà le thème qui revient imperceptiblement, ils sont partis dans tous les sens – pas tant que ça – et ils sont en train de retomber sur leurs pieds ; c’est « Watermelon Man » du grand Herbie Hancock. Le saxophoniste Alex Golino est là mais sans son instrument, pour le plaisir de voir et entendre les copains. Changement de guitariste, Roger appelle le jeune Thomas encore élève au conservatoire. Il s’en tire très bien les autres le félicitent ; pas par complaisance, le mois dernier un pianiste un peu juste s’est fait virer au beau milieu d’un morceau… Roger rappelle Dave Blenkhorn pour un titre dont ce dernier ne se souvient pas. Je suis juste à côté de lui et j’entends Yann Pénichou lui chantonner brièvement le thème. Trente secondes plus tard Dave mène la danse parfaitement… Il est minuit trente, le set s’achève devant un public ravi.

Voilà donc un jeudi soir passionnant de jazz à Bordeaux ; des endroits accueillants, des musiciens remarquables, des amateurs comblés. La scène jazz de Bordeaux est en plein renouveau et ça c’est vraiment une bonne nouvelle. Pour savoir ce qui se passe, suivez www.actionjazz.fr sa page et son groupe Facebook, les pages FB des artistes ou des lieux cités, ou le groupe FB « qui joue où et quand ? ». Sortez écouter en live tous ces beaux artistes, ils n’attendent que ça et ils méritent votre présence. Nous avons de vrais pros à Bordeaux soutenons les, ce n’est que du plaisir !

Allez il faut rentrer, thanks God, tomorrow it’s Friday mais y’a aussi école. Place à la musique des échappements…

Philippe Desmond ; photos : Caillou et Comptoir Thierry Dubuc, Tunnel PhD

Shekinah Rodz Quintet – Festival Jallobourde Saint Jean d’Illac 23 janvier 2015

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Ce soir une partie de la troupe d’Action Jazz a rendez-vous dans une école maternelle, celle de Saint Jean d’Illac; plus précisément dans l’enceinte de cette école à la salle Louis Armstong ; tout cela est bien insolite mais c’est le lieu choisi pour cette deuxième soirée du festival Jallobourde 2015. A la grande surprise et à la grande joie des organisateurs cette salle va s’avérer bondée pour accueillir le Shekinah Rodz Quintet. Petit bémol, le public – moi compris – est un peu trop grisonnant… A nous de faire venir les plus jeunes !

Présentons rapidement Shekinah Rodriguez, maintenant Gatto pour l’Etat Civil, à laquelle la Gazette Bleue N° 5 avait consacré une interview. D’origine Portoricaine née aux USA elle s’est fixée en France et plus précisément à Bordeaux depuis quelques années où il y a de nombreuses occasions de l’admirer. A ses immenses qualités d’instrumentiste aux sax alto et soprano ainsi qu’à la flûte et aux percussions s’ajoute celle de magnifique chanteuse, sans parler de sa beauté et de sa gentillesse.
Ces qualités n’ont d’ailleurs pas échappé à Olivier Gatto un des maîtres français de la contrebasse qui l’accompagne sur scène et donc dans la vie. Car c’est un maître, un musicien spectaculaire à voir et à entendre, maltraitant ou caressant son instrument et aussi un arrangeur et directeur musical de talent.
Pour compléter ce quintet, trois excellents musiciens bien connus de la scène jazz bordelaise et bien au-delà.
Au clavier un pianiste « amateur » au sens pur du terme, homme de radio(logie), le docteur Francis Fontès ; il nous épate à chaque fois et si dans son cabinet on le scanne je suis sûr qu’à l’intérieur on va y voir Herbie, Chick, Ahmad, Chucho et bien d’autres.
A la trompette un souffleur local, Mickaël Chevalier très présent sur la scène jazz, du big band de Franck Dijeau à des collaborations avec Roger Biwandu ; le pauvre, il a souffert hier soir ce qui expliquait son visage grave et sa raideur, sous le coup d’un mal de dos terrible que les calmants n’ont pas apaisé. Il a pourtant drôlement assuré.
A la batterie le jovial et exubérant Guillermo Roatta qui peut passer instantanément de la douceur de ses balais aux rythmes latinos les plus endiablés ; un régal à voir et écouter.
Le répertoire choisi va s’avérer éclectique, tant mieux, Shekinah a de multiples influences et elle aime en faire profiter son public ; public qui en bonne partie la découvre. « Groove Merchant » de Jerome Richardson ouvre la soirée. La tonalité du concert sera donc jazz. Soprano, trompette, piano, contrebasse prennent leur solo, divergent, convergent, le set démarre fort.
« Little Sunflower » de Freddie Hubbard avec son fond latino va mettre en avant les qualités de flûtiste de Shekinah ; je me demande si ce n’est pas dans ce registre que je la préfère.
Même les novices vont reconnaître « Caravan » qui arrive ensuite. Pas de chien qui aboit et une caravane qui s’étire entre des dunes de trompettes, de sax et de piano ; au gré des impros on croit s’être perdu dans le désert et finalement tout le monde se retrouve à la fin, superbe.
Arrivés à l’oasis petit intermède chanté, « Très palabras » d’Osvaldo Farrès (Quizás, quizás, quizás) et la belle voix de Shekinah.
Et on revient au jazz, du vrai du lourd, du Coltrane : « Transition ». De la douceur de la flûte on est passé à la violence du sax alto. Dans ce registre elle est fabuleuse comment tant de grâce peut-elle produire un tel déchaînement ?
« You’re everything » (tiens on dirait du Chick Corea dis-je à mon voisin. C’est en effet du Corea) conclut – provisoirement – la prestation.
Ovation, rappel, « Quizás, quizás, quizás » est réclamé, Shekinah et Francis Fontès vont l’offrir au public sans aucune préparation et c’est un régal ; c’est ça les vrais musiciens. Et pour finir un meddley cha cha cha autour d’«Oye Como Va» de Tito Puente enflamme le public. Encore une belle soirée me glisse Dom ; et en plus on ne s’en lasse pas.
Une note amusante pour finir, la personne qui a présenté le concert nous a annoncé Shakira avant bien sûr de se reprendre. Une autre fois peut-être mais je crois que nous n’avons pas perdu au change.

 

Philippe Desmond