Michael FORMANEK Ensemble KOLOSSUS – The Distance

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Label ECM

Par Alain Flèche

Nouveau projet de Michael Formanek avec ensemble Kolossus! Aussi énorme que l’enregistrement de Sonny Rollins auquel ce titre fait (peut-être) référence !? Tant dans la quantité, pas moins de 18 musiciens convoqués pour l’aventure, que qualitativement, que la crème du new « Big Apple » ! Que du beau linge ! A  faire rêver toute boite d’édition. Et le chef qui s’y colle pour gouverner tout ça, le 19eme élément, pas des moindres : Mark Helias ! Si !« The distance », titre de l’album (et du 1er morceau, distance séparant ce que chacun comprendra à l’aune de sa propre intelligence!) pour introduire une suite en 8 mouvements, sujet : Exoskeleton (littéralement : partie extérieure « exotérique » du squelette). Dès l’ouverture, les 13 anches et cuivres installent une nappe sonore qui tient plus de l’élément aquatique que du bout de tissu recouvrant une table. Compositions et arrangements très pertinents qui donnent de l’espace et du temps pour comprendre l’intérêt du sujet sans lasser, l’oreille reste accrochée au discours jusqu’à la conclusion. Le piano de Kris Davis (omniprésente dans cet enregistrement, personne ne devrait s’en plaindre) va prendre le 1er chorus dans cette suite sans échelle. Et puis, par-dessus, presque du bruit, des parasites … non, ce n’est pas la chaine Hifi qui est en cause, seulement Tomas Fujiwara et ses peaux et métaux un peu sale (presque grunge?!) qui s’installe. Ce pauvre, mais beau, trop beau piano pensait traverser le Styx paisiblement ? Que nenni ! La batterie infernale ne va avoir de cesse que de le tirer  vers le fond. Le fond de son intention, couler ou se débattre, c’est le challenge ! Bien sûr, la belle dame va s’en tirer avec les honneurs, mais non sans avoir concédé quelques victoires à la « Bête » enragée. Une autre partie de cette suite, Chris Speed va s’y coller. Avec autant de risques, de hargne; les tentatives de sauvetage à l’arrache et pied-de-nez ne suffirons pas, la lutte est sévère, pourtant, le saxophoniste atteindra l’autre rive épuisé, rompu, mais sauf. C’est le tour de Mary Halvorson, tellement concentrée/concernée, qu’elle en oublie son pathos habituel, sur ce coup-là point de glissandi pour faire joli, du concret ! Elle ne devra cependant son salut qu’à force de beauté que nous lui connaissons et force d’accords voir de blockchords quasi tyneriens qui épaterons jusqu’à son adversaire batteur/battu qui la laissera passer sur l’autre rive saine et sauve. Dernière partie (après bien des péripéties). L’expérience aidant, l’orchestre resserre les rangs, tous groupés ! Digne du radeau de la méduse. Tous unis dans une diatribe concertante et free à qui mieux mieux mais dans le plus bel exemple d’harmo(lo)die du genre … Et c’est la trompette de Ralph Alessi qui monte au créneau, cerbère-drum n’en puis mais et, de guerre lasse, finit par laisser passer la troupe ! En fait, il ne l’a pas trop ramené sur ce coup-là ! Épuisé des combats précédents, submergé de l’intention du groupe au coude à coude à en découdre jusqu’à la victoire, ou la dissolution (alchimique), et la Métamorphose (écrit : Metamorphic) : dernière partie de cette suite) est consommée. Maintenant, la voie est libre. Libre à chacun de tenter à présent la traversée. Ne pas oublier biscuits et bouée ! Les réminiscences des exploits précédents devraient suffire à rendre le voyage presque  confortable. Tel le Grateful Dead nous ayant aidé à ce va et vient de réalité consensuelle à vision psychédélique (trip), Michael Formanek nous offre ici sa conception du « grand pas » à ne pas manquer et propose les outils idoines à rendre la traversée, peut-être pas si confortable, mais pour le moins possible. Bonne route !

Par Alain Flèche

 http://michaelformanek.com/