Jam Jazz Bordeaux – Rentrée 2017/2018

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

Quand arrive Septembre et ses rentrées plus ou moins gaies, il faut bien se faire une raison, c’est la reprise ! Alors pour se consoler, rien n’interdit de lorgner un peu sur les soirées de ce qui est encore un peu l’été. Et là, bizarrement, le sourire revient vite si l’on parle des concerts à venir, mais aussi et surtout, des fameuses « jam » jazz, car il s’en passe de bien bonnes dans le Bordeaux by night, on est ravi de les retrouver et la saison 2017/2018 se présente au mieux. Tout a commencé pour nous le 1° septembre au Bar l’Avant-Scène au 42 Cours de l’Yser, où le mystérieux trio « Mimoon » doit y démarrer les hostilités. Ici, on aime aussi le rock, comme en témoignent quelques affiches, AC/DC, Frank Zappa etc… Un lieu très accueillant et chaleureux, vraiment ouvert à toutes influences. « Mimoon » c’est Clément Bourciquot à la batterie, Félix Robin au vibraphone et Louis Laville dit « Vendeen » à la contrebasse, ces deux loustics formant la moitié du groupe Capucine. Le concert est filmé par Jérôme Mascotto, saxophoniste qu’on retrouvera plus tard, et féru de cinéma. Les choses jazz vont déjà bon train, les standards se bousculent et s’étirent avec  passion, alimentés de chorus et d’échanges qui instaurent une ambiance club dans laquelle on se sent bien.  Les « jam addicts » sont arrivés, et c’est du costaud ! Mathieu Calzan, qui investit le piano droit du bar et en titille avec délice l’ivoire, Louis « Cash Express © » Gachet (from « SF »), qui dompte sa brûlante trompette à la « hubbarde » et en extirpe des sons très « shaw », Jérôme Mascotto donc, et son beau saxophone tout neuf, et ce son engagé et chaleureux qui est sa marque. On n’oubliera surtout pas les « drumming » impeccables que distillent tour à tour Yoann Dupuy et Thomas Galvan, ainsi que la finesse de la contrebasse de la douce Marina Kalhart, qui nous quitte pour Copenhague (mais que l’on reverra), fidèle de ces jam et dont on avait apprécié le récent projet « Melodious Tonk » en trio avec le batteur Simon Lacouture et le guitariste Patrick Bruneau.

Mimoon Trio

Clément Bourciquot et Marina Kalhart

La semaine suivante, cette joyeuse animation n’allait certes pas se calmer, vu que dès le lundi, ce fut au tour de Thomas Despeyroux, exquis batteur et grand artificier de la jam bordelaise, d’ouvrir celle du Café des Moines au 12 rue des Menuts, pour laquelle il a invité deux jeunes pointures de la scène parisienne : Simon Chivallon aux claviers, que l’on connait bien chez nous (Edmond Bilal Band, Alexis Valet 4tet & 6tet, Gaëtan Diaz 5tet, JarDin…), et Gabriel Pierre à la contrebasse, excellent musicien et hyper actif dans foule de jams parisiennes, mais que l’on a aussi grandement apprécié à Marciac, au sein du trio d’Alexandre Monfort. On a plaisir à le retrouver le lendemain pour une nouvelle jam jazz, organisée elle aussi par Thomas Despeyroux tous les mardis en un nouveau lieu : Le Bad Motherfucker Pub (ce nom !) 16 Cours de l’Argonne. Accueil sympathique, salle assez vaste avec un beau billard tout au fond, on peut grignoter et la bière est bonne, bref. Il nous propose un trio très pointu et bien en jambes, d’autant qu’il marque le retour de Guillaume « Doc » Tomachot en excellente forme, qui nous gratifiera d’un suprême chorus enflammé sur le « Mr P.C. » du Trane, son sax est chaud bouillant ! Pour la jam arrivent un batteur mystérieux, mais aussi Alexis « Elastic » Cadeillan qui s’empare de la basse et va la faire danser, ainsi qu’à ses côtés le fort talentueux Rémi Dugué-Luron, armé d’une guitare acoustique électrifiée un peu vintage, dont il extirpera les plus beaux sons de son âme manouche.  Superbe entente improvisée qui fait de cette première une réussite, on y reviendra !

De g à d : Gabriel Pierre, Thomas Despeyroux et Guillaume « Doc » Tomachot.

Jam Badmotherfucker Pub

Le lendemain mercredi, c’est probablement la jam jazz la plus en vue de Bordeaux, la « Jazz Night Session » du Quartier Libre (lequel fête d’ailleurs ses deux ans d’existence !), 30 rue des Vignes aux Capus, tout ça grâce à Julian et son équipe, qui y ont cru dès le début mais aussi à celui dont c’est presque la fille spirituelle, Thomas Despeyroux, vrai « master of ceremony » que revoila en super forme, à la tête d’un quartet sacrément musclé. Avec lui on retrouve Guillaume « Doc » Tomachot visiblement ragaillardi par la soirée d’hier, il le prouvera tout au long du set, alors que la belle Laure Sanchez tient la contrebasse et nourrit le groove, son associé de trio Robin Magord s’y entendant à merveille pour faire jongler les bulles herbiennes. Tout fonctionne au quart de tour et cette superbe mécanique jazz poursuivrait bien sa route dans la nuit, si dame jam ne piaffait pas d’impatience à venir en découdre avec la note bleue improvisée. Ce soir c’est noir de monde et les musiciens sont légion. Alexis Valet a laissé son vibraphone à Paris, mais le clavier encore tiède de Robin Magord n’a pas de secret pour lui, alors il s’en empare avec élégance, bien décidé à ne pas s’en laisser compter et à en tirer les phrases perchées que l’on aime chez lui. La bande des aficionados est réunie pour écouter ses potes ou s’en donner à cœur joie sur scène. On cite Marina Kalhart, Louis Gachet, Mathieu Calzan, Jéricho Ballan, Louis Laville, Félix Robin et surement quelques autres… Vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient laisser passer une telle occasion, mince, c’est la rentrée ! Soirée de rêve dans un torrent jazz bien fresh, jusqu’à tard dans la nuit, ce sera dur de se lever le lendemain, mais quel pied ! Puisqu’on parle du Quartier Libre, profitons-en pour rappeler qu’il offre aussi une table inventive et gouteuse, et qu’en plus d’une riche programmation de concerts en tous genres, où ne sont pas oubliés le rock, le slam, l’electro, l’avant-garde, bruitiste ou pas, bref, tout ce qui sonne « mutant sound », d’autres jams que celle jazz s’y tiennent comme la « Jam Old Jazz » (le mardi), la « Jam Blues Funk » (tous les 1° jeudis du mois) et la «Soul Jam Party » (le samedi) , alors ne les manquez surtout pas !

 

De g à d : Thomas Despeyroux, Guillaume « Doc » Tomachot, Laure Sanchez et Robin Magord.

De g à d : Jericho Ballan, Louis Gachet, Louis Laville et Alexis Valet.

Le jeudi de la semaine suivante, nous voici rendus au Starfish Pub, 24 rue Sainte Colombe. C’est la rentrée d’une jam qui existe depuis un an et s’y tiens les 1° et 3° jeudis du mois. Menée par le groupe Capucine – on ne présente plus Thomas Gaucher, Félix Robin, Louis Laville et Thomas Galvan – les festivités sont reconduites pour la nouvelle saison et on s’en réjouit ! La journée a été rude pour certains car il y avait audition au Conservatoire tout proche, sous la houlette de l’invité du soir, Julien Dubois, leur professeur et aussi leader du groupe JarDin. Nos musiciens arrivent fourbus, mais ils n’en laisseront rien paraître tout au long d’un set consacré au grand Wayne Shorter, dont on fêtait en août les 84 ans ! Peu de thèmes mais magnifiquement développés et un Julien Dubois au jeu riche, militant et combatif, et quelque fois risqué, sa patte « mbase » ressortant par moment ses griffes pour aciduler ses remarquables phrases, dont certaines un soupçon free style. La fatigue a comme disparu et Capucine tient bien le rythme, le flow et les chorus assurent, nos quatre jeunes gaillards rendant élégamment honneur à leur professeur, même si les doigts de Vendeen sont en surchauffe. La jam va suivre et ça va jouer du feu de Zeus jusqu’à pas d’heure ! Quelle énergie, quelle passion, quelle force collective ! On a retrouvé là toute la « bande » déjà croisée précédemment, avec de nouvelles têtes comme Mathieu Tarot et David Bonnet à la trompette, Joseph Rouet-Torre à la guitare et Alexandre Aguilera, sans sa flûte car il a décidé de reprendre son sax pour les jam, et c’était très réussi pour une première ! Bordeaux, la « belle endormie » ? Pas si sûr ! Ces jams le prouvent et vous font de l’œil, ne vous en détournez pas ! Tous ces lieux et ces musiciens vous ouvrent en grand les portes de leurs nuits étoilées ! Alors n’hésitez pas, venez donc y faire un tour, ils n’attendent que ça, et vous ne serez pas déçus !

Capucine et Julien Dubois

Jam Starfish

Jérôme Mascotto et Mathieu Calzan

Jam Starfish

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

barlavantscene.fr

cafedesmoines33.com/

quartierlibrebordeaux.com/v2

starfishbordeaux.fr

 

Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Jim Husky chez le Pépère : récréation

Par Philippe Desmond.

La dernière magnifique chronique de Dom Imonk relatait une création, celle-ci parlera elle d’une récréation. Car tel était le cas hier soir chez le Pépère en cette nuit bordelaise encore trop pluvieuse.

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Récréation avec cette animation propre à ce genre de moment, les gens qui bougent, qui discutent, rient, se désaltèrent et grignotent leur petit goûter fait de tapas et autres cochonnailles, spécialités du lieu. Et lors d’une récréation on joue, ici pas au ballon ou à la corde à sauter mais de la musique, du jazz. Récréation car tout se passe dans la bonne humeur, spectateurs et musiciens se mêlent, s’invectivent gentiment aux aimables provocations de Stéphane Borde dont la stature remise son banjo au rang de ukulélé.

Le set commence en trio avec Stéphane donc, Nicolas Dubouchet et sa légendaire casquette à la contrebasse, et en vedette Jim Husky au piano et au chant ce soir, mais aussi capable de se produire au trombone ou encore à la trompette. Musicien complet et talentueux que cet Américain qui vit depuis longtemps à la campagne en Gironde. Chaque deuxième jeudi du mois il a carte blanche ici. Avec son look très bonhomme, barbichette et feutre zaninesque vissé sur la tête, il va promener ses doigts pour notre plus grand plaisir sur ce piano presque bastringue au gré de standards inusables. Je ne l’avais jamais vu jouer et je découvre un excellent pianiste caractéristique de ce style des années 30 assorti d’un très bon chanteur et tout cela avec un réel humour ; ses transitions, étoffées des interventions douces et légères de Stéphane Borde, sont très amusantes et en plus instructives.

De Louis Armstrong à Fats Waller en passant par des traditionnels comme « On the Sunny Side of the Street » ou le tube d’Irvin Berlin « Cheek to Cheek » le trio, très marqué par le son du banjo, va se mettre une assistance conquise encore plus dans la poche. C’est gai, ça joue bien, un pain par ci par là pris avec humour, ça vit. Le lieu lui-même est vivant, en haut, en bas du monde et de la bonne humeur, des clients au patron, ça compte.

Après la pause, une récréation dans la récréation, et comme dans une cour d’école on reforme les équipes, place au bœuf – dans ce lieu dédié au cochon je préfère ce terme à jam – avec les quelques musiciens qui sont là depuis un bon moment mêlés aux amis du public. Jean-Luc Pareau (Jazz Chamber Orchestra) au sax alto, George au ténor, Mathieu Tarot trompettiste récemment arrivé à Bordeaux, Jean Giraudeau au cornet (un vintage King Master 1946 pour les connaisseurs ; merci Jean) vont venir se mêler aux autres et la bagarre de récré va commencer.

jam
Compliment osé, mais compliment quand même, de la part de ma voisine « ça me fait penser à la scène de jazz endiablée des Aristochats » ; et bien oui, d’ailleurs la troupe enchaîne sur « The Bare Necessities  » si vous connaissez « Il en faut peu pour être heureux » dans le Livre de la Jungle  ! Je confirme.
Une fille va même oser rejoindre ces garçons turbulents, Blandine (de Blandine et l’Herbe à Swing) pour deux titres dont « I Can’t Give You Anything But Love », un plaisir.

blandine

Encore une jolie soirée en ce jeudi où il y avait l’embarras du choix, au Tunnel avec une troupe de choc autour de Roger Biwandu, au Siman avec du jazz aux sonorités brésiliennes, au Caillou avec Ceïba et ses chants du monde ou aux « jeudis du jazz » de Créon avec Zum Trio ! La musique c’est en live que ça se passe, pas à la télé ou en MP3 !

La pluie fait toujours des claquettes dehors mais finalement quelle importance ?

Sébastien Arruti Quartet au Caillou, Bordeaux le 08/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Pour le troisième concert de l’année au Caillou du Jardin Botanique, c’est le Sébastien Arruti Quartet qui est finalement venu jouer vendredi dernier, suite à l’indisponibilité de Shekinah Rodz, à laquelle nous souhaitons un prompt rétablissement. Infatigable acteur de la scène régionale, notre homme a su gérer l’urgence, et s’est donc emparé de son précieux trombone, de quelques partitions, et a pu compter sur trois autres très sérieuses pointures amies, qu’on a toujours plaisir à retrouver. Sébastien, plus Olivier Gatto à la contrebasse, Loïc Cavadore au piano et Philippe Gaubert à la batterie, un quartet de classe qui allait chauffer un public venu nombreux et qui en avait grand besoin, après toutes ces pluies. Le premier set démarre, nos musiciens se mettent en place et trouvent leurs marques, ils se testent, le moteur commence à bien tourner et le voici à température. Son carburant ne pollue pas mais enivre, il est à base de standards, que l’on découvre pour certains, des thèmes plutôt classiques et rafraîchis, qui gambadent allègrement, du « Byrd’s House » de Donald Byrd au « Bag’s groove » de Milt Jackson, en passant par « Drop Me Off in Harlem » de Duke Ellington et « New Orleans » de Hoagy Carmichael, ces deux derniers présents sur le disque « Got Bone ? » de Sébastien Iep Arruti. On a aussi pu apprécier une composition du patron : « Camp de Sélection N5 », et on s’est régalé du suave « There Is No Greater Love » d’Isham Jones et du délicieux « Cherokee » de Ray Noble.

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Fin du premier set qui nous donne l’occasion de parler des musiciens. On est impressionné par le jeu ample et généreux d’un Sébastien Iep Arruti toujours souriant, c’est important. D’abord, la beauté et le son de l’instrument, puis la maîtrise, ce lyrisme entier, qui nourrit de savantes envolées, entrecoupées de silences et de micro-scats cuivrés, qui relancent le rythme, à la manière d’un « funkyste » enjazzé. Bop et New-Orleans sont fondus par un tel feu. On se reportera à son album « Got bone ? », où le morceau « Slide by slide » semble bien être un vibrant hommage à Slide Hampton.

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Olivier Gatto est une force tranquille, imperturbable, en symbiose spirituelle avec son instrument. Il en articule les sons, de rythmes en chorus, on comprend ses notes parce qu’il nous les parle. Son jeu précis nous émeut par sa profondeur, comme chez un Ray Brown ou un Charlie Haden. L’intense présence du bois, de la nature et le respect qui leur est dû, sont en interligne de ses cordes.

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Loïc Cavadore nous a conquis par son jeu de piano subtil et très riche, main gauche, main droite, aucun répit. Une belle science pianistique, particulièrement mise à contribution, face à la justesse un peu rétive de son instrument ce soir-là. Pilier indissociable de ce quartet, il l’est aussi de la scène régionale où on l’aimerait plus présent. Messieurs les organisateurs, it’s up to you ! Régalons nous de son tout dernier opus « Andantino » qui vient de sortir, à écouter sans modération.

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Enfin, last but not least, Philippe Gaubert est lui aussi un musicien qui mouille sa chemise pour le jazz. Il est omniprésent, et en particulier au Caillou où il s’investit sans compter. Son jeu puissant fourmille d’idées et en fait par exemple l’un des complices favoris d’Ernest Dawkins, quand il vient en France, c’est dire ! Ce soir on a senti son drive plus intériorisé, il y avait certes de belles frappes, mais dans la retenue, plutôt des frôlements (appuyés) et des caresses (expertes) de peaux, bien adaptés au répertoire en fait. Et le tout enjolivé d’un jeu de cymbales foisonnant.
Le break terminé, voici un deuxième set qui débute par deux perles qu’il fallait aller chercher. Tout d’abord le « Juliano » de Julian Priester, écrit à l’origine pour Max Roach, morceau au souffle de liberté, servi par une très belle interprétation du quartet, qui ouvre les grilles et s’envole. Suit une reprise vraiment bien ficelée du « Mo’ Better Blues » de Bill Lee (le papa de Spike), joué par Branford Marsalis dans le film du même nom. La cerise du gâteau au Caillou, ce sont les jams, et nous avons été gâtés !

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La magnifique et rare Carole Simon se trouvait parmi le public. Après le concert, elle nous confiera être devenue adepte du be-bop, grâce à ces musiciens qui l’invitent ce soir. C’est d’un chant éblouissant qu’elle va illuminer le « Bye Bye Blackbird » de Ray Henderson. Son scat emporte tout, avec une délicatesse, une inventivité et une précision qui nous ont laissés sans voix.

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Puis c’est sur « But Not For Me » de Georges Gershwin qu’arrive Nolwenn Leizour, qui chipe la contrebasse d’Olivier Gatto, pour en faire sa « Mémé » d’un soir, et en extraire un drive subtil et agile, avec l’élégance de jeu qu’on lui connait. Deux jeunes musiciens rejoignent enfin le groupe pour y souffler leur passion, Alex Aguilera à la flûte et Mathieu Tarot à la trompette. Ils sont très talentueux et savent raconter de belles histoires, par des chorus inspirés, qu’ils pourraient presque jouer jusqu’au bout de la nuit. Le public ravi en redemande et les voici repartis, sous le regard bienveillant de Sébastien Iep Arruti, dans un superbe « The Theme » de Miles Davis. On n’en revient pas, mais quelle soirée ! Le quartet se reforme pour un bien soulful « (Sittin’ On) The Dock Of The Bay » d’Otis Redding, et le rappel final, « Pour Tonton » (de Sébastien), sera empreint d’un peu de tristesse, rendant hommage à l’oncle de Philippe Gaubert.
Encore une belle soirée qui fait montre de la vivacité du jazz à Bordeaux, et en particulier de ce lieu, le Caillou du Jardin Botanique, à la programmation très futée, que l’on peut apprécier tout au long de l’année, en dégustant si on le souhaite, les succulents plats au menu de sa carte.