Concert de Soutien à FIP Bordeaux

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher, mardi 3 octobre 2017.

Vous le savez certainement les trois locales de FIP, celles de Nantes, Strasbourg et Bordeaux/Arcachon sont menacées car remises en question par le PDG de Radio France Mathieu Gallet. Le dossier est très avancé et la fin annoncée très proche paraît-il. Économies. Pourtant une goutte d’eau dans la galaxie Radio France, car une locale c’est 7 ou 8 personnes et la moitié en équivalent temps plein. Par contre pas de reclassement prévu pour ces personnes… Idem à Nantes et Strasbourg les deux autres locales rescapées des précédentes purges.

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Certes FIP continuerait à diffuser sa bande son mais comme le déclare la pétillante animatrice Stéphanie

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puis Patrick Duval dans son mot d’accueil « chez lui » au Rocher de Palmer, devant une 650 pleine, finies les annonces locales si importantes pour la vie culturelle : les concerts, les expositions, le cirque, le théâtre, le court métrage, les pestacles pour enfants, les rencontres littéraires, les conférences, les « petits » festivals, tous ces événements qui ainsi ne passent pas inaperçus.

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Souvent ces spectacles ou événements annoncés n’ont pas accès au grands médias ils trouvaient là un relais important.

Ces radios FIP créées il y a plus de 40 ans ont déjà subi trois attaques, la première en 1986 comme le rappelle Patrick Balbastre, ancien de Radio France.

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A cette époque à Bordeaux nous avions FIB, il y avait FIL à Lyon, FIM à Marseille et aussi d’autres, FIP étant uniquement à Paris ; le FI voulant dire France Inter, la troisième lettre correspondant à la ville. Devant le mécontentement des auditeurs les radios avaient subsisté mais sous le seul nom de FIP et avaient tout de même gardé leurs antennes et ainsi leurs annonces locales. La dernière attaque date de 2000, époque où FIP Lille a été supprimée comme le précise Jean-Gabriel Guichard du comité de soutien.

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Et voilà que ça recommence au moment où cette radio vient d’être déclarée la meilleure du monde par Jack Dorsey le PDG de Twitter. Les présidents de la Région, du Département, de la Métropole, de gauche et de droite, solidaires de FIP,  ont écrit à ce sujet au PDG de radio France sans résultat pour le moment.

FIP est un joyau, combien de découvertes avons nous faites en l’écoutant.  Ma discothèque est pleine de disques puis de CD entendus sur FIP pour la première fois. Je me souviens au début où il fallait téléphoner pour connaître le titre, notant l’heure dans la voiture et appelant le soir ou le lendemain ! Puis le portable permettant d’appeler immédiatement, puis les playlists sur le net jusqu’aux autoradios indiquant maintenant le titre en direct. Combien d’entre nous on téléphoné au 05 56 24 13 13 pour essayer de gagner une place pour un concert à Eysines, au Fémina ou ailleurs ou encore pour gratter un album à l’œil. Je me souviens avoir gagné plusieurs fois. La musique certes mais aussi les annonces.

Ces annonces ce sont les jolies voix des Fipettes qui nous les prodiguent et ce soir elles sont là révélant ainsi – enfin – au public leurs personnes, leurs visages, comme Zorro qui enlève son masque. C’est que la situation est grave.

Les amateurs de la radio se sont déplacés et après l’inquiétude de voir arriver le public au compte goutte c’est la satisfaction de constater la 650 pleine. FIP c’est avant tout la musique et peu de paroles alors va pour peu de discours et beaucoup de musique(s) ce soir.

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FIP c’est tout, le jazz, le classique, la chanson, la pop, les musiques du monde… tout on vous dit mais de qualité, alors ce soir l’échantillon proposé est éclectique et de grande valeur.

Du jazz avec Edmond Bilal Band le quartet de bordelais bien connu d’Action Jazz car vainqueur du Tremplin 2013. Prestation courte de 20 minutes comme les autres mais dense et sans round d’observation. Les excellents Paul Robert au sax, Mathias Monseigne à la basse, Simon Chivallon aux claviers et un époustouflant Curtis Efoua à la batterie. Une musique inventive, dynamique et moderne, une découverte pour beaucoup une confirmation pour nous. Ecoutez leur dernier opus sorti en mai dernier « Starouarz » vous verrez.

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Changement radical avec Las Hermanas Caronni, deux sœurs jumelles argentines venant de Rosario, mais vivant à Bordeaux depuis plusieurs années et fidèles auditrices de FIP comme elle nous le révèlent. Laura au violoncelle et Gianna aux clarinettes, les deux chantant. Un moment de grâce d’une beauté dépouillée magnifique et si musicale mais bien trop court – j’ai déjà eu la chance de les voir lors d’un vrai concert, merveilleux, ne vous en privez pas à l’occasion – Pleines de fraîcheur et d’humour en plus, comme Gianna qui nous déclare pendant que Laura s’accorde que celle-ci a accouché sous FIP. Style indéfinissable mais à quoi bon, du jazz, du tango, de la chanson, une touche de classique, FIP à elles deux. Une 650 bouche bée sous le charme ; moi quand je les vois et les entends, c’est simple, je tombe amoureux des deux à la fois.

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FIP sans musique du monde n’est pas FIP nous voilà partis dans les Balkans avec la Cie Mohein et ses 8 musiciens « seulement », la chanteuse n’étant pas là.

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Autour du cymbalum – un piano sans clavier en quelque sorte – au son si caractéristique, trois violons endiablés, la clarinette de Nicolas Lascombes, une guitare, une contrebasse et des percussions.

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Ça virevolte, ça balance, le public finissant debout. Musique aux sons parfois tristes et pourtant si gaie, musique d’émotions, pour mariages et enterrements comme on le dit pour elle.

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Tout les musiciens viennent saluer rejoints par les Fipettes, les applaudissements de la salle debout sont scandés, c’est émouvant et rappelons nous, seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.

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Sauvons les locales de FIP, signez la pétition !

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Les six Fipettes (Photo Dom Imonk)

lien pétition : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

contact : fipbordeauxarcachonendanger@gmail.com

 

 

Erik Truffaz Quartet et Edmond Bilal Martignas le 24/03/17

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Erik Truffaz

Une chose est sure, c’est qu’Erik Truffaz aime notre belle région, il s’y est souvent produit, avec le succès que l’on sait. Le Rocher de Palmer y est pour beaucoup, puisque rien que l’an dernier, il a accueilli le trompettiste, en février et en juillet, mais on en redemande. Souhait exaucé ! Ce soir, Martignas-sur Jalle fête donc le jazz, et la Salle Gérard Philippe est pleine à craquer, pour une soirée organisée par l’association « Label Evolution », en coproduction avec le Rocher de Palmer, dans cette formule « hors les murs », très appréciée par les publics les plus excentrés.

C’est l’Edmond Bilal Band qui ouvre le bal, pour un set assez court, mais bourré de vitamines. Ce quartet a la rage au cœur et son jazz groove prend à chaque set une ampleur qui s’appuie sur d’essentiels ingrédients : La scène, un incessant travail créatif, dans la composition et l’éclairage actuel de leurs thèmes, et cette complicité qui les soude. « Edmond », c’est d’abord le sax de Paul Robert, la voix du groupe, souvent allongée d’electro, tantôt furieuse et roots, tantôt planante et onirique, la lampe frontale jazz.

Paul Robert

C’est aussi « Brutus », comprenez Mathias Monseigne, bassiste qui affine son style de note en note, et joue en pointillés souples et percussifs, c’est un peu l’acupuncteur funk du groupe (On se souvient de Michael Henderson chez le Miles Davis 70s). Les drums d’Edmond, c’est Curtis Efoua Ela, toujours aussi époustouflant d’agilité et d’à-propos, extracteur du minerai rythmique vital, avec des breaks au millimètre.

Mathias Monseigne

Curtis Efoua Ela

Quant au couturier d’Edmond, c’est Simon Chivallon, jeune magicien des claviers et du Rhodes en particulier, il observe, colore le groove à la moindre incitation, et habille la musique de nappes feutrées et ondulantes, formant sa cape de velours. Ce fut bref mais catchy en diable. Dernier morceau du set en surprise, Aflica-E, le premier de leur prochain album à sortir le 12 mai. On vous en reparle très vite !

Simon Chivallon

Après un rapide intermède, voici donc l’Erik Truffaz Quartet, prêt à en découdre avec le silence. Les premières notes se posent, tout en douceur, et petit à petit la pulsation enfle et un irrésistible tempo s’instaure. Ça c’est l’effet Truffaz. Le moteur rythmique de cette belle machine est lancé, pour de bon. D’entrée, Benoît Corboz s’impose en maître des ponctuations acides hallucinées de ses claviers. Frissons seventies. Une longue amitié le lie à Erik Truffaz, lequel nous rapportera non sans humour les péripéties de leur premier voyage à New York, ils avaient 25 ans, l’hôtel Carter à Time Square, le short vert rayé noir de Benoît etc…Bref, notre homme se sent bien ici, il a envie de se confier, et on aime ça.

Benoît Corboz

Retour au groove avec l’époustouflant « Fat City », tiré de « Doni doni », sur lequel le jeu illuminé d’Erik Truffaz, d’abord rêveur et tatoué de wah wah, s’échappe en un lyrisme à la vrille cosmique, en se posant sur le brasier entretenu par l’incroyable batterie du jeune Arthur Hnatek (qui a d’ailleurs finalisé les arrangements de ce morceau), et le riff d’airain associé de la basse de Marcello Giuliani et des claviers. Très grand titre ! Erik Truffaz a du cœur et cette élégance rare à s’intéresser vraiment au lieu où il joue. Ainsi, la salle sera ravie de se voir offrir une dédicace en un joliment amené « Martignas by night », propice lui aussi aux confidences du maître, une improvisation bluesy, sur fond de basse octaver et de batterie métronome, avec un petit goût du Miles Davis’ 80s. Erik Truffaz est un homme d’engagement et il voyage aux quatre coins du vertige des sens et de l’émotion planétaire. Sa discographie en dit long, et nous émoustille depuis vingt ans, et même plus récemment si l’on écoute « In between », « Tiempo de la révolution » et « Being human being ». Ainsi, « Doni doni », album qui se joue ce soir, embrasse passionnément la mère Afrique, par une attention particulière pour le Mali, dont le titre est tiré de sa langue bambara, et qui voit sur le disque, l’une de ses filles les plus célèbres, Rokia Traoré, illuminer l’espace. Voilà que débute « Szerelem », pièce remarquable, gorgée de douceur et de beauté, une élégante dédicace du trompettiste aux femmes de la salle, dont les joues de certaines ont dû rosir d’aise…On repart dans le groove et on se laisse emporter par la pulse imparable de ce groupe, d’autant que pour épicer ce banquet, suivront quelques pépites de chorus endiablés, Marcello Giuliani carrément en mode Bootsy Collins par moment, Arthur Hnatek, alpiniste intrépide des équations polyrythmiques de haut vol, et  Benoît Corboz sorcier majestueux des claviers électriques, âme survivante de Joe Z, mais aussi très émouvant au piano acoustique, lors d’un duo beau et éphémère avec le leader.

Arthur Hnatek

Marcello Giuliani

La trompette de Truffaz est lumineuse et séduit les étoiles. Cependant, peut-être un peu moins « fourth world – possible musics » que les fois précédentes, elle a semblé ce soir plutôt vouloir explorer plus profondément l’âme d’un jazz universaliste, intérieur, blues, pop, world, sans fard et sans frontière, fait pour le peuple.

Erik Truffaz

Trois rappels ont eu raison d’un public réellement conquis par cette musique, en particulier par « Doni doni », le dernier morceau, vrai hymne humaniste et optimiste, rondement mené par un groupe au zénith, que, les poils dressés sur les bras et les yeux humides d’émotion, on a furieusement envie d’appeler le « Truffaz Syndicate » ! Soirée coup de cœur ! Bravo et merci à tous ces épatants musiciens, que l’on voudra revoir bien vite, mais aussi aux équipes techniques, son, lumières, bénévoles, qui ont fait de ce concert une franche réussite.

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Erik Truffaz Quartet

http://www.eriktruffaz.com/

Edmond Bilal Band au Caillou, Bordeaux le 15/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Edmond Bilal Band est un être musical protéiforme qui, comme le caméléon, change de couleur dès que son inspiration le lui dicte, ou quand les aléas de la vie le lui imposent. Ainsi les avait-on découverts il y a quelques années, en un quintet très prometteur, voguant dans un jazz groove au flow grossissant de concert en concert. Trois EP (dont deux chroniqués dans la Gazette Bleue : n°1 & n°10), avaient fixé plusieurs de leurs compositions, souvent reprises en live, certaines allant peu à peu devenir les hymnes du groupe. L’année dernière, le Edmond Bilal Band s’est produit en quartet, avec une musique plus punchy, des thèmes plus resserrés, en quête de sonorités toujours plus affutées. Nous avons adoré ça, mais nous n’étions pas les seuls car la formation a ainsi écumé diverses scènes de l’été, dont Jazz in Marciac, et il fit un peu avant un passage très remarqué à La Défense Jazz Festival, dont le batteur Curtis Efoua Ela ressortit primé. Fin 2015, ce furent aussi les fameuses « Dover sessions », filmées aux KETV Studios de Douvre, on en reparlera. Ce vendredi soir, le caméléon Edmond s’est posé en trio sur un Caillou ravi de les accueillir. Un public nombreux, des fidèles, des amis. Un répertoire encore en mutation joué par un groupe arrivé bien musclé en technologie, formé de Paul Robert (saxophone ténor, moog, effets), Mathias Monseigne (guitare, basse, effets) et donc Curtis Efoua Ela (batterie, effets). De nouveaux morceaux ont été proposés comme « @transversale » et « Patapatwi », les deux joués à Douvre et déjà visibles sur la chaine youtube d’Edmond, ainsi que le fort pêchu « Captain B », très bientôt en vidéo lui aussi. Le trio est passé à une lecture carrément « drum & bass » de son répertoire. Ça souffle fort et ça décoiffe, un peu à la manière du « Bedrock » d’Uri Caine, ou de son « Philadelphia experiment ».

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Paul Robert fait joujou avec son nouveau moog, ce qui épice les flux et colorise le ton. Son saxophone garantit la « jazzité » du propos, on le sait fan de Cannonball Adderley, et on sent une belle soul dans son jeu. Mais grâce à ses pédales d’effets, son souffle s’échappe souvent vers des éthers électronisés, et ses phrases ainsi démultipliées créent un mood planant qui contraste bien avec le groove endiablé des deux autres compères.

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Curtis Efoua Ela est impressionnant de drive. Il jongle avec ses boules de rythme, de peaux en cymbales, agilité et précision d’impact étant ses marques. Il est partout et ses tempos ensorcelés, aidés d’un peu d’electron, enflamment la musique et sont le fondement d’une pulse fraîche et hachurée, qui booste l’ambiance et la repeint à neuf.

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Parlons de la basse « pointilliste » de Mathias Monseigne qui joue en mode « morse hypnotisant », il « electro-choque » les morceaux, pas volubile mais omniprésent dans le son, comme un percussionniste à quatre cordes. Il est tout aussi indispensable quand il s’empare de sa fidèle guitare bleue. Les pédales d’effets enrichissent son jeu mutant, qui devient beaucoup plus rythmique, des riffs et accords s’entrelacent, dans des humeurs obliques, au boisé acide, et ce, un peu au dépend de ses chorus d’antan, mais on sait qu’ils reviendront un jour.

Outre les morceaux déjà cités, on a eu droit à des pépites, telles que la brûlante reprise du « Listen here » d’Eddie Harris, à d’autres récentes compositions comme « M’Brabouch » et « Alerte V », et enfin aux tubes, transfigurés par le drum & bass, que sont « Watertouch II», « Zealot charge » et un « Hymne à la repeinte », carrément devenue une « Free repeinte » lunaire et sinueuse, ouverte par un sax cosmique. Ces nouvelles couleurs de peinture « bilalienne » nous ont bluffés et prouvent l’aisance avec laquelle le groupe sait se remettre en question. Et puis les ingrédients sont là: Une formation ayant muri en peu de temps, des musiciens chercheurs et trouveurs d’idées neuves, des compositions enlevées et bien rodées à l’expérience du live. On suivra de près leurs mutations futures. Après deux sets enflammés, Edmond Bilal Band a encore offert à son public qui le rappelait, une superbe improvisation planante créée dans l’instant, beau cadeau qui nous fait espérer les revoir au plus vite en concert. Le groupe démarre la nouvelle année sur les chapeaux de roue. Ainsi, le 23 janvier 2016, à l’initiative du Rocher de Palmer, on retrouvera Edmond Bilal Band à San Sebastian, devenue capitale européenne de la culture. Et ensuite, le 18 février 2016 à Paris, à l’occasion d’un showcase auquel ils participeront à la prestigieuse Maison Selmer.
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Caillou du Jardin Botanique

L’énergie d’Edmond Bilal Band au Siman

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

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Bien beau concert hier soir au Siman avec Edmond Bilal Band : Paul Robert au sax ténor, Philippe Gueguen aux claviers, Curtis Efoua à la batterie, et Mathias Monseigne à la basse et à la guitare. Mais où est Edmond Bilal ? Simplement sorti de l’imagination des membres du  groupe au moment de le baptiser. C’était il y a quelques années lorsque les compères se sont retrouvés au conservatoire d’Agen en classe de jazz, Bordeaux n’offrant pas encore ce type de formation. Depuis le groupe a fait son chemin et a atteint sa maturité, le concert de ce soir en a été la preuve.  EBB, vainqueur du tremplin Action Jazz 2013 et d’autres distinctions nous a proposé deux sets différents plein de groove et de créativité.

Le premier a donné lieu à de longues improvisations et à quelques compositions.Des impros d’une réelle richesse et d’une grande liberté autour d’une rythmique impeccable et implacable. Parfois je penserai à « Ego » ce magnifique album de Tony Williams. Curtis Efoua est lui aussi un batteur extraordinaire, un régal à entendre et à voir ; maîtrise des changements de rythmes, polyrythmie, puissance, finesse tout y est !

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L’excellent Mathias à la basse et lui s’entendent parfaitement et tissent une base solide pour les deux solistes.

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Au sax ténor Paul Robert a un style bien à lui, il a l’art de tisser des chorus en utilisant souvent la répétition pour faire monter la tension, presque dans la transe, puis la faire retomber dans des climats plus planants ; il n’est pas avare de ses interventions et c’est tant mieux pour nous.

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Au piano électrique et au synthé Philippe Guéguen est tout à fait dans le registre du band, un jazz fusion créatif avec des développements Hancockiens et une belle virtuosité, et toujours avec un petit sourire.

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La pause est bienvenue pour se remettre de ces premières émotions musicales. Le bruit des tables et des assiettes refait surface, jusque-là couvert par la puissance de la musique, puissance mais pas au seul sens de décibels. Un gros noyau de personnes est présent pour le concert, à siroter des cocktails ou autres nectars mais beaucoup  sont là pour ta table – dont la carte alléchante est toute nouvelle – et n’ont pas attendu la pause pour aller en convois fumer sur la terrasse. Ah cette terrasse du Siman, quelle merveille, un des plus beaux points de vue sur les quais de Bordeaux !

Le second set laisse davantage la place à des compositions superbement écrites, de Paul et de Curtis, plus de funk – l’occasion pour Mathias de nous gratter quelques accords soul à la guitare – et de groove et toujours cette rythmique folle, ces breaks impeccables ; une grande énergie et joyeuse en plus. En bonus une belle ballade enivrante le sax nous plongeant dans une atmosphère planante. Le groupe a beaucoup joué cet été et notamment à Marciac et cela s’entend, c’est carré, fluide, vraiment en place. Et quelle générosité des musiciens, ils vont jouer près de deux heures trente.

Il est minuit, le concert a commencé il y a près de trois heures, on vient de passer un grand moment. Pour ceux qui ont manqué cet épisode sachez que le groupe sera en concert samedi 10 octobre  à 22 h au Maquis Zone 4 (Rue Gratiolet à Bordeaux)  juste avant de partir pour l’Angleterre pour enregistrer un album avec captation vidéo et donner quelques concerts. Allez les voir pour les aider à financer cette tournée !

L’horizon s’élargit pour le Edmond Bilal Band…

Chronique EDMOND BILAL BAND

EDMOND BILAL BAND

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

En quelques années, Edmond Bilal Band est devenu un groupe incontournable dans la région et s’est forgé une sacrée réputation en live. Bordeaux et ses environs ne sont jamais oubliés, Marciac non plus, près de vingt sets la saison dernière ! Mais no limit pour eux, ne se sont-ils pas retrouvés tout récemment à Douvres, Hambourg et même Berlin ? Tourner forge l’âme des musiciens, et façonne un métier. Et ils le possèdent de mieux en mieux. La route c’est idéal, pour faire tourner des morceaux, roder de nouvelles compositions, accumuler les idées, pour les futurs passages en studio. Et justement, ils en sortent avec un nouvel album très bien né. Le jazz-groove est toujours là, mais en plus pointu et pro, ils ont beaucoup travaillé depuis cet EP que nous avions eu plaisir à chroniquer dans ces colonnes. Tout a évolué en bien. On a ici plus de compositions, onze au total, dont cinq délicieux interludes très brefs, de vrais bijoux qui aèrent l’ensemble. Les titres sont plus charpentés, tournoyants et, surtout, ont cette élégance qui touche et les cale dans nos mémoires. Coup de cœur pour « La Repeinte » (l’hymne ?), « Zealot charge » et « Water Touch II » (ces chorus de guitare !), mais aussi pour le speed de « Spelgo Shuffle » et l’ambitieux « Un p’tit café ». On y retrouve avec plaisir les chaleureuses envolées de toute l’équipe. Aux avant-postes, Paul Robert (as,ts), Philippe Gueguen (p, kbs), Mathias Monseigne (el g) et un beau pacte rythmique pour pousser le tout avec Philippe Sifre (db,b) et Curis Efoua (dms). Vivement les festivals d’été pour les revoir en live, et avec ces morceaux, ce sera épatant !

Par Dom Imonk

https://www.facebook.com/EdmondBilalBand/

Autoproduit

L’or du monde d’Innnvivo…  une pépite !

 

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Par Annie Robert

Beaucoup de monde ce 16 avril au Bootleg pour la sortie du nouvel EP du groupe Innvivo, désireux de découvrir ou de redécouvrir ce Hip Hop mâtiné de jazz  si caractéristique de ce groupe bordelais.
Leur atmosphère, leur couleur sont reconnaissables. Peu de rythmes en boîtes, même si les pédales et les effets sont présents; pas de répétitions à l’infini mais un sens important de la composition.
La section basse /batterie (Didier Bassan/ Louis Gaffney) bien solide et charpentée se fait animale et vitale et possède la discrétion voulue et la rigueur souhaitée. Elle est inventive et présente mais sans excès ni surenchères. Autour, les deux guitares véloces et agiles de Clément Laval et Mathias Monseigne  se partagent les rifs, tantôt mélodiques tantôt rythmiques. À travers leurs prestations, on sent que ces deux-là ont été biberonnés au jazz, qu’ils ont transpiré sur les airs des plus grands, et que John Scofield n’a plus de secrets pour leurs phalanges. Ils offrent ainsi à chaque morceau un côté délicat, onirique qui manque parfois au Rap et au détour d’un slam des accords de jazz et quelques gouttes de funk. Ces quatre-là sont des musiciens dans l’âme et la tripe, ils passent des guitares aux claviers, des effets aux rythmes sans problèmes, ils se glissent dans chaque morceau avec justesse.
Et puis, tenant la scène par sa présence, ses textes poétiques et forts, son phrasé impeccable, il y a le chanteur. Hugo Raducanu s’impose à la fois comme rappeur  et comme « meneur de jeu ».
Batteur  dans d’autres groupes, il sait faire jaillir le rythme, le martyriser, le froisser, le développer en souplesse. Il en joue comme un chat avec une souris.
Dire que son atmosphère est noire serait excessif, mais elle est pour le moins désenchantée et parfois inquiète. Il célèbre la nature, le monde,  mais aussi les difficultés à être, à partager, les révoltes et les sursauts «  il était mille fois la comédie humaine ». Sauf pour certains grands rappeurs, le hip-hop, peut sembler pêcher parfois par son vocabulaire limité ou ses images simplistes. Mais là ce n’est pas le cas, le jeune homme sait filer la métaphore, se promène dans une poésie créative. Il s’amuse des images, il trouve « comment remettre du bois dans le feu de l’homme ». Et le public le trouve avec lui conquis à la fois par la qualité des textes et la musicalité du groupe.
Dans ce set varié, Innvivo passe de moments forts et puissants frôlant l’acmé totale à des instants plus doux, ou mélancoliques  à l’exemple de ce morceau  magnifique en trio : la guitare acoustique, la voix et le violoncelle d’une invitée surprise, un beau moment à la fois d’écriture et d’improvisation.
Pas un instant d’ennui, pas de redites, pas de mélodies standardisées.
Ce groupe  renouvelle et enrichit avec bonheur le genre. Il mérite plus que notre attention et le public présent lui a mille fois rendu son énergie.
L’EP  quant à lui intègre en plus quelques voix d’accompagnement fort belles et à propos. L’enregistrement lisse peut être un peu la force du live mais c’est une raison de plus pour se déplacer et les voir «  pour de vrai » .
« L’or du monde » est un petit bijou !!

Allez les gars continuez « à remettre du bois dans le feu de l’homme », ça réchauffe !!